de Maurienne, ou plus couramment de Savoie, dit « le Bienheureux » ou « le Saint », né le ou au château d'Aveillane et mort le à Chambéry, est le , également seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais, marquis d'Italie (Suse) et le second Humbertiens à porter le titre de comte de Savoie (1148-1189). Sa vocation religieuse lui permet d'être béatifié en 1838.
Il est commémoré le selon le Martyrologe romain, et le en Savoie.
Biographie Enfance Humbert est né le ou au château d'Aveillane., résidence comtale permettant de protéger le Val de Suse et surveiller le comté de Turin, .. Il est le premier fils, du comte , comte de Maurienne, seigneur du Bugey, d'Aoste et du Chablais, et de Mathilde ou Mahault d'Albon, sœur du comte-dauphin .
Son père, avant de partir en croisade, le confie, de même que la régence de ses terres, au soin d'Amédée de Clermont, dit de Lausanne (1110-1159), évêque de Lausanne... Le jeune comte semble fort marqué par son enseignement religieux pour que l'historiographe Samuel Guichenon souligne
Dilemme du règne et de la vocation religieuse Humbert succède à son père, en 1148, mort durant la seconde croisade. Il est connu sous le nom . Il est proclamé majeur deux ans plus tard. Son règne n'est pas marqué par une action politique majeure, contrairement à ses prédécesseurs et notamment son père. Le médiéviste Bernard Demotz observe que . Il est béatifié en 1838Les Petits Bollandistes... Cette vocation religieuse reviendra, semble-t-il, durant son conflit avec l'Empereur où le comte envisage de se retirer à Hautecombe.
Dans un acte publié entre 1139 et 1159, il confirme les donations faites par son père à la chartreuse d'Arvières, dans le Valromey (Bugey)Acte publié entre 1139 et 1159 (REG 0/0/1/323).. L'acte en profite pour fixer les limites où s'applique le contrôle de l'abbaye.
Le comte Humbert, malgré sa vocation intime, se doit de donner un héritier. Il se mariera à quatre occasions. Son conseil a dû jouer un grand rôle dans cette politique. Le conseil comtal réunit autour du prince un nombre de conseillers, issu généralement de la noblesse, et dans une moindre mesure auprès des ecclésiastiques issus toutefois du même sérail. Son rôle est d'aider le comte dans la gestion de son domaine, notamment dans les affaires féodales, la haute justice, les finances ainsi que la politique tant intérieure qu'extérieure du comté. Il peut également avoir un rôle lors des décisions de mariage.
En 1151, Humbert se doit d'épouser Faydive (ou Faidive), sœur du comte . Elle meurt quelques années plus tard († 1154), sans avoir donné d'héritier. À la suite de ce décès, il fait de nombreux dons à l'abbaye d'Aulps, où il effectuera régulièrement des retraites spirituelles ainsi qu'à Hautecombe..
En 1155, il se marie avec une cousine, Gertrude d'Alsace-Flandre, fille de Thierry d'Alsace, comte de Flandre. Le mariage s'avérant infertile, il est annulé par la répudiation de la comtesse, en 1162. Deux ans plus tard, sous la pression de ses vassaux, il se remarie avec Clémence de Zähringen (morte en 1167), fille de , comte de Zähringen et duc de Bourgogne. Au décès de sa troisième femme, qui lui aura donné trois filles, il se retire à Hautecombe, prenant l'habit des cisterciens. Il fait par ailleurs enterrer la comtesse dans le cloître de l'abbaye (la tradition médiévale ne permet pas de sépulture dans l'enceinte de l'église). gauche|vignette|Tombeau de Clémence de Zähringen dans l'abbaye d'Hautecombe. Selon la Chronique de Savoye (, Jehan d'Orieville, dit Cabaret, historiographe du comte , ses vassaux viennent à nouveau à lui pour lui demander de renoncer à ce retrait afin de se remarier et donner un héritier mâle au comté. : . Au refus apposé par le comte, ils reprennent A ces mots, les moines soutiennent le comte et les vassaux auraient menacé de mettre le feu à l'abbaye.
Leur crainte était aussi que leur nouveau suzerain soit le roi d'Angleterre, un souverain qui n'ait que peu de connaissance de la Savoie. Il épousa en quatrièmes noces, Béatrice de Vienne, qui donne naissance dans l'année suivante à un fils, Thomas. L'année de mariage n'est pas connue, le projet MedLands donne vers 1175, tandis que le Regeste dauphinois, le place en 1178.. La naissance est annoncée comme un miracle par saint Anthelme, évêque de Belley.. Ce dernier naît dans le château comtal de Charbonnières, en Maurienne. À la naissance de son fils, la Chronique de Savoye raconte que le comte, heureux, fait édifier un prieuré . Il s'agit toutefois d'une légende propagée par les moines, la fondation du prieuré du Bourget remontant au .
L'historien Laurent Ripart souligne, en citant notamment les travaux de Guido Castelnuovo, que le des Chroniques est un moyen pour les historiographes savoyards de mettre en avant l'abandon par ce comte du pouvoir temporel au profit d'une vie ecclésiastique.
Menaces sur le comté vignette|droite|Fresque représentant l'empereur Frédéric Barberousse reconnaissant le pouvoir du pape . Malgré ce penchant pour la vie spirituelle, Humbert doit tout de même agir et affirmer son pouvoir contre les ennemis de son comté, le Dauphin d'une part, mais également l'Empereur, Frédéric Barberousse. En 1153, le comte Humbert doit, comme son père dix ans plus tôt, intervenir contre le dauphin, , pour défendre la forteresse et la cité de Montmélian.
L'Empereur, en difficulté face à la papauté, est obligé de passer par le Mont-Cenis contrôlé par le comte en 1168, chassé par les ligues lombardes.. En échange, il confirme les droits du comte sur le comté de Turin, en Piémont, et sur l'évêché de Sion, en Valais.. Malgré tout, le comte de Savoie ne fait pas le choix du camp de l'Empereur dans son combat contre le Pape, choisissant une autre stratégie, en cherchant à s'allier notamment avec les Plantagenêt, rois d'Angleterre. promet sa fille Alix (Alaïs) à Jean d'Angleterre, futur roi..
Lors de la signature des accords, en 1173, pour le futur mariage, des grands nobles sont témoins, dont Arducius de Faucigny, évêque de Genève, , le comte de Genève, Henri, baron de Faucigny ainsi que des vassaux du comtéActe de 1173 (REG 0/0/1/391).. Alix meurt avant la cérémonie de mariage. Ce choix des Plantagenêt, partisans du pape et de la , est un acte d'engagement du prince de Savoie contre la de l'Empereur. Lorsque Frédéric Barberousse recouvre sa puissance, il agit dès que possible contre le comte de Savoie. En 1174, les troupes impériales saccagent et incendient la ville de Suse, humbertienne depuis près d'un siècle, qui refuse d'ouvrir ses portes. Une partie des archives du comté auraient été détruites à cette occasion, mais les faits ne sont pas confirmés. Il semble plus probable que les principaux actes soient conservés dans les principales abbayes du comté, notamment Saint-Maurice ou surtout Hautecombe avec le comte Humbert, à partir de 1189.
vignette|Le château d'Aveillane qui contrôle le Val de Suse et le Piémont.|alt=Le château d'Aveillane qui contrôle le Val de Suse et le Piémont.Frédéric Barberousse, puis son fils, poursuivent la sape du pouvoir comtal. Ils placent directement les archevêques de Tarentaise (1186) ou les évêques de Genève, de Belley (1175) et de Turin (1175) sous sa protection, leur permet ainsi de s'émanciper du contrôle des Humbertiens, plus tard ceux de Sion et de Lausanne.. L'évêque de Turin oppose ses nouveaux droits au comte de Savoie, en se prévalant de la suzeraineté désormais directe au souverain germanique, dans le courant de l'. Les troupes savoyardes réagissent en prenant la ville de Turin, autant pour défendre les droits du comte que de venger le sac de Suse. L'évêque de Belley, Anthelme, partisan de l'Empereur, est fait prince du Saint-Empire, en 1175.. Il obtient une bulle d'or lui donnant tout pouvoir sur la ville de Belley et sa région. Mécontent, le comte conteste cette situation. L'évêque profite de la mort d'un prêtre de son Église par un homme du comte, pour excommunier Humbert . La sentence ne dure pas longtemps, le pape l'absout.
Le fils, , s'engage en 1187 dans une lutte armée contre Humbert. Il saccage le Piémont mais peine à prendre le château d'Aveillane (1187) et les autres forteresses du Val de Suse. L'hiver arrive et les troupes impériales, ne pouvant emprunter le col du Mont-Cenis enneigé rebroussent chemin. L'Empereur cite le comte de Savoie Le comté a pu éviter un conflit qui aurait pu avoir des conséquences plus graves.. Le comte Humbert, mais davantage son fils qui lui succédera, vont modifier leur politique pour se rapprocher du parti de l'Empereur.
Œuvres religieuses
En 1149, Humbert confirme par un acte la fondation de son père de la chartreuse d'Arvières, dans le Bugey-ValromeyActe de 1140 (REG 0/0/1/302)..
En 1178 ou 1183 (selon le Régeste genevois), puisque l'acte ne le mentionne pas., il est considéré comme le fondateur de la chartreuse d'Aillon, dans les BaugesActe publié en 1183 (REG 0/0/1/426)... Il lègue à l'abbaye l'ensemble de ses droits sur la terre d'Aillon ainsi que le lac de la Thuile, . En 1188, il fonde l'Abbaye Saint Antoine de Ranvers (paroisse de Buttigliera Alta), au-dessus d'Avigliana, dans le Val de Suse, où l'on trouve également un hôpital pour les pèlerins..
L'historien Bruno Galland souligne que, malgré l'image pieuse du comte, sa politique religieuse maintenait l'emprise savoyarde dans la région, citant notamment les mots d'un contemporain du comte ..
Mort et succession Décès et sépulture vignette|left|Cénotaphe du comte, d'après l'ouvrage de Guichenon (1658).|alt=Cénotaphe du comte, d'après l'ouvrage de Guichenon (1658). Après le décès de sa troisième femme, au moment de son retrait dans l'abbaye d'Hautecombe, il fait la demande d'être enterré à Hautecombe. En 1178, la naissance d'un fils lui donne enfin l'occasion, avec la permission de sa femme, de se retirer à Hautecombe, où il reprend, semble-t-il, l'habit de moine. La Chronique de Savoye, qui reste une hagiographie officielle, ne fait pas mention ce retour vers la fin dans les ordres. Le comte meurt le . Selon ses volontés, il est enterré dans l'enceinte du cloître de l'abbaye. On trouve ainsi l'origine de la nécropole de la maison de Savoie.
Son tombeau est déménagé dans l'église au . Il est détruit lors du saccage de l'abbaye, sous l'occupation du duché par les troupes révolutionnaires françaises. L'ensemble est reconstruit par Charles-Félix. En 1954, les tombes sont transférées dans le sanctuaire dédié à la maison de Savoie, selon la volonté du roi d'Italie .
Succession La succession d'Humbert a été une question primordiale de son règne avec notamment ses quatre mariages. Il devient père d'un garçon, Thomas, entre 1175 et 1180, probablement 1178. Lorsque Humbert s'éteint en 1189, son fils est encore mineur, il n'a que . La Cour de Savoie choisit pour tuteur le marquis de Montferrat, Boniface ; cousin de son père, c'est aussi un partisan gibelin, ce qui permet au comté de se rapprocher du parti de l'Empereur. L'empereur Frédéric Barberousse meurt en l'.
Famille et descendance vignette|Cénotaphe de de Savoie (fils et successeur de le Saint), selon l'ouvrage de Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie (1658). Humbert se marie quatre fois :
en 1151 avec Faidiva de Toulouse ou Faydive, Faidive (1135-1154), fille d'Alphonse Jourdain, comte de Toulouse et marquis de Provence (1103-1148) et de Faidiva d'Uzès. Elle meurt trois ans plus tard sans avoir donné d'héritier ; en 1155 Gertrude d'Alsace-Flandre, fille de Thierry d'Alsace, comte de Flandre et de Sibylle d'Anjou. Le mariage est annulé au motif de l'infertilité de la comtesse en 1162 ; en 1164 avec Clémence de Zähringen († 1167), fille de , et de Clémence de Namur. Deux ans plus tôt, elle s'était séparée de son premier époux Henri le Lion, duc de Bavière et de Saxe. Humbert et Clémence eurent trois filles : Sophie (Sofia, Éléonore) (1165-1202), mariée à (1170 † 1212),