Boupalos (en grec ancien , en latin ) et Athénis (en grec ancien , en latin ) sont deux sculpteurs et architectes de la Grèce antique, à l'époque archaïque, fils du sculpteur Archermos. Boupalos est plus particulièrement connu pour sa querelle avec le poète satirique Hipponax, rendue proverbiale par les auteurs de l'Antiquité. Aucune œuvre n'a pu lui être attribuée avec certitude.

Biographie Des membres de « l'École de Chios » ?

D'une famille de sculpteurs, Boupalos et Athénis naissent sur l'île de Chios, XXXVI, 11-13. Extrait de la traduction de Marion Muller-Dufeu.. Selon Pline l'Ancien, leur arrière-grand-père, Mélas, leur grand-père Mikkiadès, et leur père Archermos exercent déjà cet art, et tous ont produit un grand nombre de statues réalisées dans les îles voisines ou dans celle de Délos. Pline précise que l'art de Boupalos et Athénis atteint son apogée lors de la olympiade, c'est-à-dire vers , et qu'ils sont contemporains du poète satirique Hipponax. L'auteur fonde probablement cette affirmation sur l'interprétation d'une inscription sur une base, qui fait mention de Mikkiadès, son fils Archermos, et de Chios la ville ancestrale de MélasI. Délos, 9 = , 340.. Cette base a été rattachée à une statue de Niké ailée découverte à proximité de l'Artémision de Délos, et datée de à Aujourd'hui conservée au Musée national archéologique d'Athènes sous le numéro d'accession n21., ce que tend à confirmer l'attribution à Archermos par un auteur antique de la première Niké ailéeScholie au vers 573 des Oiseaux d'Aristophane = Muller-Dufeu n338.. Ces éléments ont permis de conclure à l'existence d'une « École de Chios », à laquelle l'on a attribué un ensemble de statues d'origine ionienne trouvées à DélosPar exemple Georges Perrot, Histoire de l'art dans l'Antiquité 8. La Grèce archaïque. La sculpture, Paris, 1903, 298-324..

Mélas n'est toutefois pas cité comme sculpteur dans l'inscription de Délos, et il s'agit en réalité du fondateur mythique de ChiosJohn Griffiths Pedley, AJA 86/2 (avril 1982), 188 [183-191].. Suivant l'interprétation de cette inscription, Mikkiadès pourrait être le dédicant de la sculpture ou son auteur ; l'incertitude est la même pour l'inscription mutilée sur le socle d'une statue dédiée à Apollon, trouvée dans l'île de ParosIG XII 5, 147 = Muller-Dufeu n348.. Certains auteurs préfèrent donc considérer que la vocation artistique de la famille commence avec Archermos. Il a également été avancé que les œuvres attribuées aux sculpteurs de Chios ne présentaient en réalité pas d'unité de style et qu'il était donc abusif de parler d'une écoleKenneth Sheedy, « The Delian Nike and the Search for Chian Sculpture », AJA, 89/4 (octobre 1985), 619-626..

La querelle avec Hipponax

La querelle entre Hipponax et les deux frères, et surtout Boupalos, est bien connue dans l'Antiquité.

Aristophane y fit allusion dans sa comédie Lysistrata, où le chœur des hommes s'exclame, à propos du chœur des femmes : « Si elles s'étaient pris deux ou trois coups de poing dans les dents, comme Boupalos, elles la fermeraient définitivement« . », Lysistrata, 360-361. Extrait de la traduction de Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz légèrement modifiée.. » Un distique d'Hipponax, en particulier, devint proverbial : « Tiens mon manteau, je vais lui en balancer une dans l'œil« », frag. 70 Diehl.. » Aristophane y fit plusieurs fois allusion dans son œuvre, en présentant des personnages se déshabillant pour se préparer à l'action : dans les Thesmophories, l'une des protagonistes, s'écrie en pleine bagarre : « Prends mon manteau, PhilistaThesmophories, 656. Extrait de la traduction de Victor-Henry Debidour légèrement modifiée.Cité par Howard M. Jackson, « Why the Youth Shed His Cloak and Fled Naked: The Meaning and Purpose of Mark 14:51-52 », Journal of Biblical Literature, 116, n2 (été 1997), 281, note 21 [273-289].! »

Horace y fit également allusion dans la sixième de ses Épodes, intitulée « Contre un poète médisant » :

Pline rapporte ainsi le motif de la querelle :

Acron, l'un des commentateurs d'Horace, fournit ici l'explication de Pline et en cite une autre : Hipponax aurait demandé la fille de Boupalos en mariage, et aurait été rejeté pour sa laideurMuller-Dufeu, 346..

Il s'agit en réalité d'un véritable lieu commun dans la carrière des poètes iambiques : une anecdote similaire porte sur Archiloque de Paros et son ennemi LycambeHorace, Épîtres, I, 19, 30 ; Ovide, Ibis, 54 ou encore l'épitaphe de Gétulicus pour Archiloque = Anthologie palatine, VII, 71., ou encore sur Sémonide d'Amorgos et son ennemi Orodoecide. Il semble d'ailleurs que Lycambe et Orodoecide soient des personnages imaginaires. On aurait également pu le croire de Boupalos et Athénus, si leur existence réelle n'avait pas été attestée par ailleurs. En tout état de cause, Pline indique que les deux sculpteurs poursuivirent en fait leur carrière sans encombre. Rosen a suggéré que Boupalos était devenu la personne cible de toutes les moqueries et les méchancetés d'Hipponax, en raison de la singularité de son nom : il n'est porté par aucune autre personne dans les sources existantesRosen, 32.. À l'oreille, le nom peut apparaître comme la combinaison de , le bœuf, et (), l'équivalent de phallus de taureau. De fait, Hipponax met fréquemment en scène son ennemi dans des situations obscènes, où il apparaît comme un dépravé. Il est possible que ses railleries ne s'adressent pas à Boupalos, le sculpteur, mais à un personnage imaginaire auquel Hipponax aurait donné le nom d'un personnage historiqueRosen, 41..

Œuvre thumb|Restitution du décor polychrome de la frise du trésor de Siphnos, dont la partie Nord pourrait comporter la signature de Boupalos

À la période archaïque, la grande statuaire avait une vocation religieuse et funéraire : les statues décoraient les sanctuaires ou les tombesBoardman, 63.. Elles étaient dédiées par les cités, les tyrans ou de riches particuliers, ce qui explique que les sculpteurs provenaient souvent de cités prospères et travaillaient dans les grands centres religieux : Olympie, Delphes ou Délos. Boupalos, originaire de la prospère île de Chios, ne déroge pas à la règle. Les Anciens lui attribuent une statue d'Artémis à Iasos, en Carie ; une autre Artémis à Chios, dont Pline a noté que le visage paraît triste quand on s'en approche, et riant quand on s'en éloigne — peut-être l'effet d'un sourire archaïque vu par le bas quand on est près, et de face quand on est loinBoardman, 88. ; une statue de Tyché, la Fortune, coiffée d'un et tenant une corne d'abondance, à Smyrne, dont Pausanias a précisé qu'elle était la première du genre ; un groupe des Charites nues, en or, dans le temple de Némésis, la Vengeance, à Smyrne, ainsi que dans la chambre d'Attale, à Pergame — peut-être s'agit-il de l'œuvre originale déplacée par la suiteMuller-Dufeu, 342 et n. 7 ; voir I. Pergamon, 46, sur ce qui est peut-être la base du groupe statuaire..

L'existence à la période archaïque d'une statue de Tyché, figure qui autrement n'a pas de représentation attestée avant le , a paru douteuse à certains spécialistes modernes, qui ont postulé l'existence d'un autre Boupalos, vivant à l'époque hellénistiqueR. Heidenreich, « Bupalos und Pergamon », Archäolögischer Anzeiger 50 (1935), 668–701.. L'hypothèse a été critiquéeA. Rumpf, « “Zu Bupalos und Athenis » Archäolögischer Anzeiger (1936) 51, 52–64. et l'on préfère considérer aujourd'hui que Pausanias a vu, en réalité, une œuvre hellénistique archaïsanteLIMC VIII, 1 s.v. Tyche, 124..

Pline l'Ancien indique que Boupalos et Athénis étaient les auteurs de nombreuses statues vendues dans les îles voisines, notamment Délos, et auxquelles ils ajoutaient une épigramme selon laquelle « Chios n'était pas célèbre seulement par ses vignes, mais par les œuvres des fils d'Archermos ». Toujours selon lui, certaines des œuvres de Boupalos ont été transportées à Rome par Auguste, et placées sur le couronnement du temple d'Apollon au Palatin, ainsi que dans « presque tous ceux que fit construire le divin Auguste ». Cette précision est considérée avec scepticisme par les historiens modernes, compte tenu du peu d'attrait exercé sur les Romains par la sculpture grecque archaïque : on a soupçonné Pline d'avoir voulu illustrer son propos en attribuant à Boupalos des statues grecques anonymes présentes à RomeSheedy, 625..

Rien n'a été conservé de son œuvre sculptée, si ce n'est peut-être un morceau d'une représentation du Palladion retrouvé sur le PalatinPaul Zanker, The power of images in the Age of Augustus, University of Michigan Press, 1988, 242, fig. 288.. On a également proposé de lire la signature de Boupalos sur la frise Nord du trésor de Siphnos, à DelphesD. Viviers, « Le bouclier signé du Trésor de Siphnos à Delphes: 'Régions stylistiques' et ateliers itinérants ou la sculpture archaïque face aux lois du marché », dans Chr. Müller et Fr. Prost (éd.), Identités et cultures dans le Monde méditerranéen antique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 53-85.. La signature « œuvre de Boupalos » que l'on trouve sur un socle est un faux d'époque romaineMuller-Dufeu 347 = CIG 6141.. Parallèlement à la sculpture, a noté Pausanias, Boupalos était renommé pour son habileté « à construire des temples et à modeler les animaux, IV, 30, 6.. » Aucune trace ne témoigne avec certitude de ces deux activités. Pour sa part, Acron considérait Boupalos comme un peintre originaire de Clazomènes, et non comme un sculpteur ; cette activité de peinture n'est pas attestée par ailleurs.

Notes et références

Bibliographie

. , 336 à 348. Ralph M. Rosen, « Hipponax, Boupalos, and the Conventions of the Psogos », Transactions of the American Philological Association, 118 (1988), 29-41.

Catégorie:Sculpteur grec du VIe siècle av. J.-C.