vignette|redresse=1.1|Le Berger flûteur (1709) d'Antoine Coysevox au Musée du Louvre vignette|redresse=1.1|Dr Ferdinand Dejean, par Jacobus Buys, huile sur toile, après 1782, ©Baan Dong Bang Museum, Thailand. La flûte traversière baroque, appelée aussi "traverso", située en organologie comme en iconographie entre la flûte Renaissance et la flûte classique et romantique, est un instrument en usage entre 1680 et 1800, pendant des périodes ou mouvements artistiques dénommés, selon les arts considérés et sans concordance chronologique entre eux, baroque, baroque tardif, rococo, siècle des Lumières, Empfindsamkeit, préclassicisme, Sturm und Drang, néoclassicisme, classicisme, préromantisme…
Facile à reconnaître en peinture, la flûte traversière baroque est faite en trois ou quatre parties, avec une clé. Elle se différencie ainsi de la flûte Renaissance, en une seule partie et sans clé, et de la flûte classique et romantique, toujours en quatre parties, mais avec un clétage plus développé.
Instrument de princes et de rois, de prestige pour l'aristocratie européenne, pratiquée par des protecteurs et mécènes d'artistes, instrument magique pour Mozart, symbole de l'amour dans les scènes galantes françaises collectionnées dans toute l'Europe, la flûte traversière a pris pendant le une place rarement égalée par un autre instrument avant ou après elle dans l'histoire des arts.
Peinture Durant plus d'un siècle où les instruments étaient remisés dans des réserves, cachés dans des collections privées ou rangés dans les malles des greniersUne flûte Denner c.1715-20 a été retrouvée en 1991 près de Nuremberg dans un grenier où elle dormait depuis plus de deux siècles ; il s'agit d'un instrument exceptionnel (cf. Hünteler : Eine neuentdecke Traversflöte von Jacob Denner, Tibia, 1993, 2, ), acheté par une institution privée de Düsseldorf à un prix non divulgué, mais qui le met officieusement au rang d'instrument à vent le plus cher au monde ; il a longtemps été prêté à Konrad Hünteler (1947-2020)., et la musique tombée dans l'oubli, les gravures et tableaux ont été les seuls témoignages de la splendeur passée de la flûte baroque au .
La classification ancienne hiérarchisée en "grand genre" (histoire, religion, mythologie), portrait et "genres mineurs" (scène de genre, paysage, nature morte, miniature), toujours acceptée au , peut être utilisée pour les représentations picturales incluant une flûte traversière baroque.
Peinture religieuse, mythologique et historique La peinture d'histoire, religieuse ou mythologique, est le genre noble du Grand Siècle, dont le prestige s'estompe au cours du Siècle des Lumières. Alors que Watteau renouvelle la peinture d'histoire avec ses premières fêtes galantes, les rares sujets religieux et mythologiques musicaux perdent leur signification et ne sont plus considérés que comme « concerts » ou « leçons de musique ».
L'art religieux idéalisé du reste éloigné du réalisme pictural : dans les nombreuses figures d'anges musiciens, les flûtistes ne font que serrer des instruments grossièrement stylisés. Une représentation de sainte Cécile, patronne des musiciennes et des musiciens, par (1764) est l'une des moins défavorisées de ce point de vue. Quelques autres tableaux évoquant la sainte, avec son regard tourné vers le ciel, offrent une représentation plus fidèle de l'instrument contemporain, à savoir la flûte française de Hotteterre, avec ses viroles et cabochon en ivoire caractéristiques ; c'est le cas du Concert de Pierre-Jacques Cazes, en plusieurs versions et de Music Party de Philippe Mercier.
Les peintures mythologiques avec flûte baroque ne sont pas fréquentes. Alors que l'on n'imagine pas le dieu Pan avec un autre instrument que la flûte qui porte son nom, Orphée, selon les époques, se voit échanger sa lyre avec un luth, une harpe, un violon, une viola da braccio ou une viole de gambe, mais pas avec une flûteDans l'Antiquité, il y avait une rivalité entre la lyre, instrument à cordes né en Grèce, et la flûte, venue d'Asie ; cette rivalité a fait l'objet de la joute musicale entre Marsyas et Apollon, où c'est l'instrument grec qui est déclaré vainqueur.. Un tableau de Jacques François Courtin, du Musée Dobrée de Nantes, connu comme Le Concert par l'estampe correspondante de Jean Baptiste Haussard, représente Marsyas de Phrygie, premier joueur de flûte de l'Histoire, à la cour de la déesse Cybèle : par ses mélodies, il enchante les paysansCette admiration causera sa perte : la légende raconte que, tellement louangé par ses compatriotes, Marsyas osa défier Apollon en combat musical à Nysa, et que le dieu le châtia en le faisant écorcher vif., une jeune fille qui lui apporte des fleurs, et son compagnon coiffé du bonnet phrygien. Le flûtiste phrygien est également présent dans un tableau d'un suiveur de Courtin illustrant la rencontre à Nysa de Marsyas et Bacchus, lui sous les traits d'une toute jeune ménade.
Portrait Des flûtistes renommés ont été portraiturés avec leur instrument : Hotteterre sur une gravure de Bernard Picart, La Barre avec une flûte début de siècle, Buffardin, Devienne par Jean-Baptiste-Claude Robin (longtemps attribué à David), Tromlitz par Daniel Caffé, Kleinknecht pastellisé par Alexandre Roslin… Il y a aussi le tableau d'André Bouys, Réunion de musiciens de la Chambre du Roi, où l'on identifie La Barre (debout) et Hotteterre (avec une flûte en ivoire) en compagnie de trois autres personnages, dont un flûtiste et un gambiste, dont les identités restent discutées.
Deux personnages célèbres de Potsdam ont été représentés à plusieurs reprises flûte en main : le grand virtuose et compositeur Johann Joachim Quantz, inventeur de la clé de mi bémol, par Francesco Solimena (c.1725), (c.1741) et Johann Heinrich Franke, et son royal élève Frédéric II de Prusse, celui-ci seulement après sa mort, par Peter Haas (avec flûte et tricorne), Carl Röchling et surtout Adolph Menzel, qui après des gravures sur boisIllustrations des soirées musicales au château de Potsdam, au temps de la jeunesse de Frédéric, et au temps de sa vieillesse, in ., a peint en 1852 le célèbre Concert à Sanssouci, avec le roi Frédéric II à la flûte.
Lorsqu'ils pratiquaient la flûte, des nobles et notables tenaient à figurer avec leur instrument, comme le prince Charles Théodore avec sa flûte de Thomas Lot, par un peintre non identifié (Brandt ?) et par Johann Georg Ziesenis, le fermier général De La Pouplinière par Carle van Loo, , émigré français ami de Frédéric II, le colonel et futur parlementaire William Wollaston par Gainsborough… Un tableau signé par Jacobus Buys peint après 1782 et redécouvert en 2015 en Angleterre, riche de signes et symboles, révèle le docteur flûtiste Ferdinand Dejean, ce mystérieux “Hollandais des Indes” de Mozart, mécène et prédécesseur en franc-maçonnerie du compositeur.
Instrument joué par des ducs, des princes et des roisFrédéric II, la princesse Anne-Amélie de Prusse, le Margrave de Bayreuth, le roi de Pologne et duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, la marquise de Boufflers, le prince de Carignan, Charles Théodore de Bavière, le Duc de Guînes, le marquis de Dampierre… , la flûte traversière apparaît dans des portraits de familles de l'aristocratiePeut-être était-il même de bon ton d'être représenté avec une flûte alors que l'on n'en jouait pas : sur le tableau de J. Zoffany Mr. et Mrs. James Blew et leurs enfants, le trou d'embouchure de la flûte n'est pas visible, ce qui montre que la tête est mal montée, et la position des doigts de la main droite n'est pas bonne, des détails qu'un peintre peut ignorer, mais qu'un vrai flûtiste ne saurait négliger…. Jean-Gaspard WeissJean-Gaspard Weiss, ou Gaspard Weiss (1739-1815), virtuose originaire de Mulhouse, ayant acquis une grande réputation à Londres et introduit dans la noblesse britannique ; l'un de ses deux portraits connus pourrait être de Sir Joshua Reynolds : ., professeur de flûte de plusieurs aristocrates anglais, se fait aussi représenter en famille.
Bien plus nombreux sont les portraits de flûtistes, pour la plupart amateurs, peu connus ou anonymes, qui, en dehors de l'originalité ou des qualités picturales, ont aussi un intérêt organologique et musicologique : Louis-Gabriel Blanchet (1705-1772) : Portrait de James Grant of Lettok (1760) ; Le joueur de flûte Alexis Grimou : Le joueur de flûte (1715) Jan Kupecký : Portrait de Josef Lemberger (c.1710) Pierre Le Sueur (1724-1786) : Portrait de flûtiste vêtu à l'orientale (1747) Louis-Michel van Loo (1707-1771) : Le joueur de flûte traversière Philippe Mercier (attribution) : Joueur de flûte traversière (on remarque la parfaite restitution de la position des doigts et de la belle flûte en ébène à viroles d'ivoire et clé en argent) Henri Millot : Portrait d'un flûtiste (1720)On identifie parfois ce flûtiste au célèbre virtuose Michel Blavet, mais celui-ci, gaucher et autodidacte, avait spontanément commencé à tenir sa flûte à gauche, et il a gardé cette façon de jouer toute sa vie ; il aurait été impossible pour lui de poser en tenant sa flûte à droite. Martin Ferdinand Quadal : Portrait de Henry Clemetshaw (1753-1821), organiste et flûtiste aveugle (1777) George Romney : Portrait de Francis Lind (avec une flûte Simpson en ivoire), c.1775-76 Gaspare Traversi : Portrait d'un flûtiste ; Un jeune homme jouant de la flûte ; Portrait d'un jeune musicien jouant de la flûte Antoine Vestier : Flûtiste ; Portrait d'un jeune musicien tenant une flûte (1661-1726) : gravure Travers-Flaute, faisant partie du recueil Musikalisches Theatrum, Nuremberg, 1715-1725 Joseph Wright of Derby : « Mr. et Mrs. William Chase, dans un intérieur près d'une fenêtre, elle tenant un oiseau » (1760)
Quelques scènes de genre du , proches du portrait, montrent que l'ancien instrument n'est pas encore tout à fait oublié. Ernest Meissonier, dans une de ses reconstitutions du qu'il affectionne, met dans les mains de son Joueur de flûte un traverso d'époque en buis à une clé. Son goût pour l'époque de Louis XV est partagé par Prudent-Louis Leray, auteur d'une séance mettant en scène traverso, clavecin et violoncelle. La démarche artistique est la même pour Interieur mit Flötenspieler im Rokoko-Kostüm de (1828-1866), qui y ajoute un peu de l'humour et de la Gemütlichkeit du Biedermeier.
Dans une petite scène enfantine illustrée par le peintre romantique américain (1824-1910), c'est un jeune garçon qui joue un traverso d'ébène, un peu grand pour lui. Deux variétés de flûtes baroques plus courtes, dites flûte “tierce“ et flûte “quarte“, utilisées dans certaines œuvres musicales pour leurs tonalités de fa et de sol, l'une visible sur un portrait de Quantz (à moins qu'il ne s'agisse d'un piccolo), ont l'avantage d'être plus adaptées aux enfants : on les voit sur deux tableaux de Giandomenico TiepoloG. Tiepolo s'est inspiré d'un tableau de Dirck van Baburen peint 150 ans auparavant et représentant un jeune joueur de flûte : même port de flûte à gauche, même coiffe, etc., la différence notable étant le remplacement de la flûte Renaissance par un traverso baroque : et John Opie.
Scène de genre Fête galante