Erich Wolfgang Korngold, né le à Brünn (Autriche-Hongrie) et mort le à Hollywood, est un compositeur autrichien, naturalisé américain en 1943.

Korngold est le dernier souffle du romantisme viennois. Ses œuvres sont jouées devant la haute société alors qu'il n'a pas douze ans et la critique enthousiaste d'alors voit en lui un nouveau Mozart. Son élan s'interrompt brusquement après la réussite de son opéra Die tote Stadt (La Ville morte) en 1920, sommet de sa carrière. Plus tard, il fuit le nazisme, mais son succès se poursuit à Hollywood, aux critères esthétiques tout différents ; il y compose une douzaine de musiques de films (Les Aventures de Robin des Bois, Capitaine Blood, Anthony Adverse…), dont le style symphonique est toujours imité. Ces partitions ont donné au musicien l'occasion de réutiliser ces matériaux pour d'autres œuvres « sérieuses », par exemple son Concerto pour violon, son œuvre la plus jouée avec La Ville morte. Après la Seconde Guerre mondiale, un retour en Autriche ne lui ramène pas le succès (Symphonie en fa dièse majeur) : le langage musical de Korngold est resté le même, alors que les goûts ont fortement changé en Europe. Biographie Né dans une famille juive, Erich Korngold est le second fils du critique musical Julius Korngold. Julius est docteur en droit, élève de Anton Bruckner, wagnérien, lié à Brahms et pianiste amateur de talent. Erich Wolfgang reçoit son second prénom, Wolfgang, d'un père ambitieux et très protecteur qui avait déjà nommé son premier fils Robert, en hommage à Schumann. La famille quitte Brno pour s'installer à Vienne en 1901. Julius est d'abord l'assistant puis, à la mort de celui-ci, le successeur du critique Eduard Hanslick à la Neue Freie Presse, en 1902.

Le « » thumb|upright=0.7|alt=peinture : portrait de Zemlinsky|Portrait d'Alexander von Zemlinsky en 1908 par Richard Gerstl. Erich Wolfgang est un enfant prodige : à cinq ans, il joue à quatre mains avec son père et reçoit les premières notions d'harmonie ; à sept, il compose des valses et de petites mélodies (1905–1907). Il est présenté en 1906 à Gustav Mahler, qui s'exclame, médusé : Dans l'impossibilité de le prendre pour élève, étant lui-même prêt à partir aux États-Unis, il le recommande à Alexander von Zemlinsky, qui devient son professeur (1909–1911).

À l'âge de , il compose un trio avec piano et un ballet en deux actes Der Schneemann [« Le bonhomme de neige »], qui est orchestré par son professeur ZemlinskyEn 1913, Korngold révisera l'orchestration lui-même pour les nouveaux concerts. et créé à l’Opéra de Vienne, pour la fête de l'empereur François-Joseph, le , sous la direction de Franz Schalk. Le succès est complet pour le prodige de treize ans et le public s'étonne de sa maturité et du raffinement musical dont il fait preuve. Même Richard Strauss, après avoir étudié les trois œuvres publiées à titre privéIl s'agit des six études de caractère sur Don Quichotte, le ballet Der Schneemann et la Sonate pour piano . Julius voulait qu'ils lui donnent franchement leur opinion. Il avait envoyé les partitions notamment à Richard Strauss, Arthur Nikisch, Karl Goldmark et Engelbert Humperdinck. par Julius, est stupéfait et l'écrit dans une lettre :

Si Jean Sibelius a dit qu'il était , Puccini quant à lui déclare qu'il a tellement de talent . Ernest Newman le considère comme un . Le public attache simplement l'expression Wunderkind à l'enfant génial.

Sa Sinfonietta est jouée par Felix Weingartner et l'Orchestre philharmonique de Vienne en 1913 et ensuite par tous les grands chefs de l'époque : Nikisch, Busch, Mengelberg, Furtwängler, Muck, Knappertsbusch, Walter, Henry Wood et Richard Strauss.

Au bout de dix-huit mois, Zemlinsky se rend compte qu'il n'a plus rien à apprendre à son élève. Quelque temps plus tard, Korngold suit les cours de contrepoint avec le pédagogue Hermann Graedener. Zemlinsky envoie à l'enfant une carte postale :

Lors de sa brève incorporation dans l'armée pendant la Grande Guerre, il est versé dans la musique en raison de sa santé fragile. Il écrit plusieurs marches militaires, dont une seule, publiée au début des années 1930 et arrangée pour orchestre, nous est parvenue. Le commandant ayant écouté le morceau demande à Korngold : Le musicien aurait répondu :

Opéra thumb|Egon Schiele, (1911). À seize ans, il compose deux opéras en un acte, l'un comique et l'autre tragique : et Violanta (1914). Les représentations remportent un grand succès et les œuvres sont souvent redonnées — souvent à la suite, par exemple par Furtwängler durant la saison 1916‑1917 à LilleVoir sur patangel.free.fr..

thumb|upright=1.3|left|alt=photo : mise en scène de Die tote Stadt|Die tote Stadt à l'opéra de Graz en 2015(photo Francisco Peralta Torrejón). Le triomphe remporté en 1920 à Hambourg, où il était devenu chef d'orchestre, par son opéra (La Ville morte), adapté du roman symbolique Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach et repris dans plus de quatre-vingts théâtres lyriques du monde entier – c'est l'opéra le plus joué des années 1920 – par les plus grands chefs (Szell, Schalk, Klemperer, Knappertsbusch), par exemple, lors de la création du Festival de Salzbourg en 1922. Cette œuvre marque le sommet de sa carrière.

En 1924, Korngold et Luzi von Sonnenthal (1900–1962) se fiancent, malgré l'opposition farouche de ses parents, et se marient. Le couple a deux enfants : Ernst (?–1996)Qui eut lui-même une fille nommée Kathrin, violoniste. et Georg (1928-1987).

En 1925, Korngold est, dans les pays germanophones, le compositeur viennois le plus joué après Richard Strauss.

C'est l'époque de la composition de l'opéra Das Wunder der Heliane qu'il dédie à son épouse, Luzi. Il la considère comme son œuvre la plus importante. Le livret est basé sur le texte de Hans Kaltneker (1895–1919) et adapté par le dramaturge Hans Müller (1882–1950), ami de Julius Korngold qui était déjà l'auteur de Violanta et partiellement de Die tote Stadt. Il a tout juste trente ans quand l'opéra est créé avec succès à Hambourg le , puis le 29 à Vienne. Présentée parallèlement au Jonny spielt auf de Ernst Krenek, qui fit recette et l'éclipsa en révisant à la baisse le nombre de représentations. Les critiques, y compris son père, et les machinations politiques eurent raison du succès annoncé de l'opéra lors de sa création berlinoise par Bruno Walter en 1928. Julius Korngold avoua sa responsabilité dans ses mémoires, et Erich en fut atteint psychologiquement. Il délaisse l'opéra pour la musique de chambre.

Cinéma thumb|left|alt=photo : Max Reinhardt|Max Reinhardt. En 1929, il aborde une collaboration fructueuse avec le célèbre metteur en scène Max Reinhardt avec l'adaptation de Die Fledermaus/La Chauve-Souris à Berlin (1929) jouée à guichets fermés plusieurs semaines, ou La Belle Hélène ; et en 1934, sollicité par Max Reinhardt qui avait fui aux États-Unis dès 1933 du fait du nazisme, il se rend à Hollywood afin d'y adapter la musique de Mendelssohn au film de Reinhardt, Le Songe d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Dream). Les années suivantes, il revient de façon intermittente en Europe où il enseigne à l'Académie de musique de Vienne (1930-34).

En 1936, il emmène aux États-Unis sa femme et ses fils et s'installe à Hollywood. Juste avant l'Anschluss, il accueille en plus son père, sa mère Joséphine et son frère Robert. Pendant cette période américaine, il côtoie volontiers les autres exilés, tels Schönberg, malgré les différences esthétiques évidentes.

Korngold commence une deuxième carrière en composant des musiques de film pour la firme Warner Bros., partitions dont les plus connues sont celles qui accompagnent des films mythiques : Les Aventures de Robin des Bois, Capitaine Blood, L'Aigle des mers. Les conditions du contrat avec la société de production lui laissent choisir trois films tous les deux ans et conserver les droits sur les partitions. En douze années, il composera dix-huit musiques de film. Il sera honoré personnellement aux Oscars comme compositeur pour deux partitions : Anthony Adverse et Robin des Bois.

Parallèlement, il dirige des opérettes à New York en 1942 et 1944. Après plusieurs demandes effectuées depuis 1936, il adopte la nationalité américaine en 1943. Il partage son temps entre l'Europe et les États-Unis après 1945.

Espoir d'une nouvelle carrière En 1947, à cinquante ans, Korngold décide d'abandonner le cinéma et prépare son retour à Vienne avec plusieurs partitions concertantes ainsi que des œuvres symphoniques « sérieuses ». Mais, le , il est victime d'une crise cardiaque qui l'oblige à une longue hospitalisation et à du repos. Pour occuper son temps, il s'astreint à composer mentalement, ce qui donnera la Sérénade symphonique pour cordes, . C'est une œuvre « sérieuse » et non légère, destinée à son retour en Europe.

Ce n'est qu'en 1949 qu'il franchit l'Atlantique avec ses partitions et de nouvelles idées en tête, dont la Symphonie en fa dièse, composée en Autriche.

Ses tentatives restent malgré tout de cruels échecs : ses années d'exil, le changement de la société et les goûts du public l'avaient totalement rayé du monde musical viennois ou allemand. L’establishment le considère comme un compositeur de films, sans aller plus loin. En 1955, il revient à Hollywood, à Toluca Lake, où il meurt deux ans plus tard des suites d'une embolie cérébrale, âgé seulement de soixante ans.

Après son décès, son fils, George, travaille inlassablement à la survie de l'œuvre de son père en produisant des disques, notamment de la musique de films pour la firme Varèse et de la Symphonie en fa dièse avec le chef d'orchestre Rudolf Kempe.

Style La musique de Korngold représente le dernier souffle de l'esprit romantique viennois au style mélodique, rythmique et harmonique de la modernité du naissant. Mais, après les premiers élans enthousiastes, ses ouvrages ont quitté le répertoire ; paradoxalement, ses partitions cinématographiques, sous forme de suites d'orchestres, ont suscité un regain d'intérêt longtemps après sa mort, particulièrement sur disque.

Orchestrateur Comme celles de Ravel ou de Strauss, les partitions de Korngold montrent une tendance , mais le compositeur de La Ville morte sait .

Technique au cinéma La technique utilisée par Korngold pour écrire une musique de film était la suivanteUne description complète du processus se trouve dans le livre de Ben Winters (2007) .. Il prenait connaissance du scénario au cours du tournage et en notait des éléments thématiques. Lorsque le tournage était terminé, de nuit, il se faisait projeter les bobines du film dans une salle pourvue d'un piano, en improvisant jusqu'à ce que la musique s'adapte parfaitement. De retour chez lui, il notait les idées jouées au piano en fixant les détails de temps et de bobine.

Korngold est un modèle avoué pour des compositeurs de musiques de films tels que Bernard Herrmann, John Williams, Jerry Goldsmith ou Patrick Doyle, adeptes comme lui des grandes partitions symphoniques.

Œuvre Composé d'opéras, d'œuvres symphoniques, de lieder, de musique de chambre, son catalogue est surtout connu aujourd'hui, outre son opéra La Ville morte (1920) et son Concerto pour violon, pour ses musiques de films avec Errol Flynn : Les Aventures de Robin des Bois, La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre ou L'Aigle des mers.

Korngold a laissé avec opus et de nombreuses sans opus.

Piano Chambre Orchestre Concertos Lieder Chœur Opéras Ballet Musique de films

Piano Sonate pour piano en si mineur (1908–1909) I. II. Scherzo. – Trio. III. Finale. Moderato Sonate pour piano en mi majeur, opus 2 (juillet–) Dédiée à Alexander von Zemlinski, elle est destinée au pianiste Artur Schnabel, qui en assure la création à Berlin, le . Le grand pianiste la redonne souvent et en laisse un « enregistrement » pour piano mécanique. I. Moderato II. III. Largo. Con dolore IV. Finale. Allegro vivace