L'Apparition du Christ à Marie Madeleine après la Résurrection (en ) est un tableau du peintre russe Alexandre Ivanov (1806-1858), achevé en 1835. Il est conservé au Musée russe à Saint-Pétersbourg (à l'inventaire sous le ). Ses dimensions sont de ... La toile est une composition à deux figures de taille réelle : Marie Madeleine et Jésus Christ. C'est le moment où le Christ prononce, selon l'Évangile selon Jean (Jn 20,17), les mots en grec ancien : (Mê mou aptou), traduits en latin par Saint Jérôme : Noli me tangere. Marie Madeleine, apprenant la Résurrection de Jésus, va vers lui, mais ce dernier l'arrête dans son élan en disant : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. »
Ivanov a commencé ses esquisses et ses études pour ce tableau en 1833. Sur la grande toile finale, il a travaillé en 1834 et 1835 dans son atelier à Rome. Quand le tableau est terminé, il est exposé à Rome d'abord, où il a eu du succès, puis au milieu de l'année 1836 à Saint-Pétersbourg. L'académie russe des Beaux-Arts attribue à Ivanov le titre d'académicien pour la réalisation de ce tableau. Le succès de cette toile a permis à Ivanov de poursuivre son séjour de pensionnaire boursier en Italie, ce qui fut pour lui une étape préparatoire à la création de l'œuvre de sa vie : L'Apparition du Christ au peuple, sur laquelle il a travaillé de 1837 à 1857.
Le peintre et critique Alexandre Benois écrit que « L'Apparition du Christ à Madeleine montrait toute la compétence d'Ivanov dans la représentation de la nudité et du drapé ». En même temps, selon Benois, dans l'image de Madeleine, on perçoit « quelque chose qui montre à quel niveau de compréhension du tragique la peinture est déjà arrivée à l'époque d'Ivanov, comment ce dernier est devenu connaisseur de l'âme humaine, comment il pouvait ressentir jusqu'aux larmes un récit émouvant de l'Évangile ». L'historien d'art russe Mikhaïl Alpatov fait remarquer que la toile est « typique de l'art académique, du classicisme », mais le peintre a réussi à obtenir « une majesté telle que les académistes ne connaissaient pas » : les deux personnages du tableau d'Ivanov « sont enveloppés d'une telle dignité, qu'ils sont plus proches des héros de la tragédie classique que de personnages des récits évangéliques ».
Histoire
Événements antérieurs et travaux sur la toile vignette|gauche|Alexandre Ivanov. Atelier à Rome (papier, aquarelle, encre de Chine, pinceau, plume, milieu des années 1830, Galerie Tretiakov). En qualité de pensionnaire de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts, Alexandre Ivanov part en Italie en 1831 et s'installe à Rome. On sait que, dès 1833, l'idée lui est venue de créer un tableau monumental Apparition du Messie au peuple et qu'il en a écrit dans sa lettre adressée à la société d'encouragement des artistes. Toutefois, il a décidé de commencer par une réalisation plus simple, à deux personnages seulement, au début de l'année 1834 avec son tableau Apparition du Christ à Marie Madeleine qui est donc une étape préparatoire à la création de la toile L'Apparition du Christ au peuple. Dans une lettre au comte , datée du , Ivanov écrit : « N'ayant jamais entrepris la réalisation d'une œuvre plus grande, j'ai entrepris maintenant un tableau à deux personnages de taille réelle dont l'un représente Jésus dans un jardin, qui est déjà une ébauche ».
Au printemps et à l'été 1834, Alexandre Ivanov, « désireux d'étudier toute l'école italienne de peinture », fait un voyage dans le nord de l'Italie. Il se rend à Venise à Milan, à Bologne, Ferrare, Padoue, Vicence, Vérone, Bergame, Brescia et dans d'autres villes encore. Pendant le voyage, il étudie de près les productions des anciens de l'école vénitienne, particulièrement celles du Titien. Dans ses dessins de cette période, Ivanov « accorde une attention particulière au développement du drapé, et cherche à obtenir l'impression du poids et du chatoiement du tissu ». Plus tard, le peintre a noté : « Un examen attentif de l'école Vénitienne, et en particulier de la toile du Titien, m'a beaucoup aidé, celle intitulée Jésus découvert devant Marie de Magdala (1514) ». vignette|upright=0.8|Noli me tangere, ou Jésus découvert devant Marie de Magdala, Titien, 1514. Outre une préparation à son tableau L'Apparition du messie au peuple, L'Apparition du Christ à Marie Madeleine c'était aussi la réalisation du compte rendu de son voyage payé par la bourse de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts, et en même temps, comme il l'espérait, une possibilité d'obtenir une bourse supplémentaire pour se rendre en Palestine. Dans une lettre à la Société impériale datée du , Ivanov explique qu'il travaille toujours à son tableau Jésus, découvert par Magdalena à la résurrection, « d'une hauteur de trois archines et demi et d'une longueur de cinq », et demande le prolongement de sa bourse de pensionnaire : « Mais poussé par une vive ferveur à montrer mes capacités à la vénérable académie et à justifier devant elle le travail réalisé, je vous prierais instamment de prolonger ma bourse de pensionnaire, en vous promettant de vous envoyer à bref délai mon tableau : Jésus découvert par Magdalina ».
Après la création : en Italie vignette|Georg Wilhelm Timm. Tableau d'A. Ivanov L'Apparition du Christ à Marie Magdalena après la Résurrection (lithographie, 1862). Le tableau L'Apparition du Christ à Marie Madeleine a été terminé en et exposé dans l'atelier de l'artiste. Un des premiers visiteurs est l'écrivain Alekseï Timofeïev. Il s'exprime ainsi à ce propos : « c'est un sujet sur lequel de nombreux peintres ont travaillé ; ce qui est particulièrement bien réussi dans ce tableau, c'est la position du Christ. Il est Dieu ! C'est-à-dire grandeur, douceur, confiance, bonté, sainteté, puissance. Le tableau est superbe ! ». D'autres artistes ont visité l'atelier d'Ivanov. Ainsi, le peintre et sculpteur danois Bertel Thorvaldsen, qui a beaucoup apprécié la toile et la maîtrise de son auteur. Dans une lettre à son père Andreï Ivanov, Alexandre écrit : « Beaucoup d'artistes sont venus voir mon tableau : Thorvaldsen l'a apprécié et a surtout communiqué à tout le monde son opinion. C'est flatteur ! Obtenir des éloges de lui n'est pas facile. On ne peut l'acheter ni par l'argent ni par la bassesse ». L'artiste italien Vincenzo Camuccini, qui n'apprécie pas vraiment l'œuvre d'Ivanov de manière générale, a fait l'éloge de cette toile.
Il est probable qu'au , le fond de la toile était moins foncé qu'aujourd'hui. En témoigne la reproduction de la lithographie de Georg Wilhelm Timm, publiée dans le de la revue (Liste des peintres russes) en 1862. La lithographie montre clairement l'entrée de la tombe à gauche ainsi que les arbres d'un jardin à l'arrière-plan. Ivanov lui-même, dans une lettre à son père écrit qu'il essaye d'« éviter la noirceur » et de « transmettre l'intensité de la lumière matinale ».
Dans une lettre au comité de la Société impériale d'encouragement des Beaux-Arts datée du , Alexandre Ivanov remercie celui-ci pour « le généreux patronage et le renouvellement de sa pension » et ajoute que « maintenant, quand j'aurai terminé L'Apparition du Christ à Marie-Madeleine, je m'empresserai de le soumettre au jugement de mes protecteurs ». Mais la toile est restée encore quelque temps en Italie. Au début de l'année 1836, le tableau est présenté à une exposition au musée du Capitole à Rome, où sont exposées également des toiles des maîtres russes Oreste Kiprensky et Mikhaïl Lebedev, et des peintres allemands August Riedel et Franz Ludwig Catel. Comme l'écrit Ivanov : « J'ai décidé de l'exposer au public et, comme vous pouvez le constater, ma toile ne s'est pas égarée et figure parmi une série de brillantes peintures de genre de divers styles. »
Après la création : en Russie Enfin, en , la toile est envoyée à Saint-Pétersbourg. Malgré les critiques favorables reçues à Rome, Ivanov s'inquiétait sérieusement de l'accueil qui lui serait réservé en Russie. Il voulait surtout que la toile soit exposée dans une salle lumineuse pour que sa composition se trouve sous le même éclairage que celui représenté sur la toile, c'est-à-dire celui de l'heure matinale de la rencontre du Christ et de Marie Madeleine ». À son père, Ivanov a demandé de veiller à ce que la toile soit insérée dans un cadre doré, bien serrée de tous les côtés et qu'aucun autre tableau ne vienne empiéter sur le sien. vignette|droite|Jésus et Marie Madeleine, 1818 Galerie Tretiakov, par Alexeï Egorov.
Les craintes du peintre étaient vaines et à Saint-Pétersbourg son tableau a été très apprécié. Son père lui a écrit qu'il ne devait pas s'inquiéter du cadre et que pareil tableau « par sa propre force provoque une forte impression dans l'esprit du spectateur du fait des sentiments qui y sont représentés ». Le peintre Alexeï Egorov, chez qui Alexandre Ivanov avait étudié à l'Académie russe des Beaux-Arts, l'a félicité succinctement par ces mots : « Quel style !». En 1818, il avait lui-même réalisé Le Christ et Marie Madelaine. Mais il y avait aussi des critiques négatives, ainsi celles de l'auteur de pièces de théâtre romantiques à succès Nestor Koukolnik (1809-1868). Discutant du tableau avec Karl Brioullov, Koukolnik lui demande : « C'est quoi cette peinture d'Ivanov ? Une mystification ou quoi ? Ou bien je suis déjà dépassé et je ne comprends rien, ou bien ce tableau est mauvais ! Atrocement mauvais, sans composition, sans couleur ». Brioullov, malgré le fait d'Ivanov était son rival, a, quant à lui, parlé de celle-ci d'un ton approbateur.
vignette|L'Apparition du Christ à Marie Madeleine après la Résurrection au Musée russe. L'Académie russe des Beaux-Arts attribue le le titre d'académicien à Alexandre Ivanov pour son tableau L'Apparition du Christ à Marie Madeleine après la résurrection. L'artiste lui-même n'aspirait pas à de tels titres et écrit à ce propos à son père en : « Dommage que l'on m'ait fait académicien : mon intention était de ne jamais avoir de titre, mais que faire, abandonner cet honneur c'est offenser ceux qui m'ont honoré ». Dans la même lettre à son père, il ajoute : « Qui aurait pensé que mon tableau Jésus et Marie Madeleine aurait produit un tel coup de tonnerre ? Pour peu que je la connaisse, elle n'est que le début d'une toile décente. Mais ce pour quoi je suis content, c'est que vous le soyez vous-même et que le conseil et son président soient en admiration devant elle ! Dites-leur que je voudrais bien continuer à recevoir ma bourse de pensionnaire pour poursuivre mon tableau L'Apparition du Christ au peuple. C'est mon seul souhait. »
La société impériale d'encouragement des beaux-arts a présenté le tableau à l'empereur Nicolas , puis l'a placé dans la galerie russe du Musée de l'Ermitage (au dos de la toile figure le d'inventaire du musée de l'Ermitage : 2550). Ivanov s'est vu octroyer pour ce tableau, mais il ne les a reçus qu'en 1843. En 1897, le tableau a été transféré du musée de l'Ermitage au musée de l'empereur Alexandre III (aujourd'hui le Musée russe), où il se trouve encore. Après ce transfert au Musée russe, la toile Apparition du Christ à Marie Madeleine après la résurrection a été exposée en 1898 au palais Mikhaïlovski, dans une salle où étaient exposés Le Dernier Jour de Pompéi et Le Siège de Pskov de Karl Brioullov, Le Serpent d'airain et Mort de Camille la sœur d'Horace de Fiodor Bruni, Martyrs chrétiens au Colisée de Constantin Flavitski, La Cène de Nikolaï Gay et quelques tableaux d'Ivan Aïvazovski.
Sujet et description
Les évangéliste Jean et Marc sont les seuls qui reprennent l'épisode de la dernière Cène dans leur évangile. Jean la décrit comme suit :