Une crise d'approvisionnement existante ou imminente pour la matière première bois est qualifiée de pénurie de bois (en France, on parle aussi volontiers de disette de bois).

L'idée de pénurie de bois historiquement débouche et est connexe aux idées de durabilité et de conservation de la nature. Elle contribue fortement au développement de la et de l'écologie.

À l'heure de l'industrialisation, si elle ne se départit pas dans un premier temps du rationalisme productiviste, la protection de la nature accéda à une sensibilité nouvelle, pré-écologique et romantique, avançant des arguments à la fois scientifiques et alarmistes, dans lequel la pénurie de bois n'était plus le seul motif d'inquiétude, mais aussi celui d'un dérèglement profond des équilibres de la nature: . Réalistes ou exagérées, les craintes de pénurie de bois témoignent d'un nouveau rapport de l'homme à la nature : dans un monde fier de la civilisation, la nature apparaissait vulnérable ; dans le même temps tout à coup, l'homme avait les moyens de protéger la forêt et de la restaurer. Pour être efficace cette nouvelle initiative devait être d'utilité publique.

L'expression allemande « » est utilisée pour l'Europe centrale, où il y a eu une forte pénurie du au début du , traitée par de nombreuses sourcesJoachim Radkau, Technik in Deutschland. Vom 18. Jahrhundert bis heute. Frankfurt/New York 2008, S. 74.. Pionnière de l'afforestation et de l'écologie, l'Allemagne a connu en 1986, déclenchée par l'historien de l'environnement et écologiste Joachim Radkau, une controverse durable et acharnée (« Holznotdebatte » ) sur l'existence, l'étendue, les effets spatiaux et sociaux de la pénurie de bois.

Il peut y avoir, ou avoir eu, pénurie de bois, pour une essence particulière ou pour plusieurs ; localement, régionalement, à l'échelle d'un pays, ou mondialement, pour des applications spécifiques du bois : bois de chauffage, bois de construction, bois de marine, bois pour le tan ou d'autres activités industrielles ; pour différentes raisons : liée à une surexploitation, des circonstances exceptionnelles ayant modifié les habitudes de consommation, des circonstances exceptionnelles ayant empêché une récolte, le transport ou l'acheminement des bois à un utilisateur final.

Une pénurie de bois d'œuvre s'est déclarée mondialement en 2021, connexe aux différentes pénuries liées à la pandémie de Covid-19, provoquant une flambée des prix ; moins lié à une pénurie d'arbres ou même à une diminution de la production de bois d'œuvre, que la récente convergence de l'augmentation des tarifs canadiens sur le bois d'œuvre aux États-Unis, l'augmentation de la demande de rénovation et de construction de maisons provoquée par la pandémie, et le spasme de l'offre liée au transport. Une pénurie de bois importante et une hausse des prix s'était produite en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Des pénuries au Canada sont prévues causées par les ravageurs: dont dendroctone du pin ponderosa dans l’Ouest et la tordeuse des bourgeons de l’épinette dans l’Est.

Description Les prévisions ou craintes de pénurie de bois plus que les pénuries de bois sont apparus périodiquement dans toutes les cultures, à une époque pas tellement éloignée où le bois était un matériau incontournable. Les craintes nationales de pénuries de bois ont été exprimées dans des contextes de guerre mais aussi en temps de paix. À mesure que l'utilisation d'une ressource s'intensifie, ceux qui dépendent de cette ressource anticipent une pénurie future. Les discours sur la pénurie du bois expriment la reconnaissance à la fois de la dégradation de l'environnement et du caractère limité de cette ressource naturelle.

Cependant, la longue période de maturité des arbres signifiait que la résolution d'une véritable pénurie de bois pourrait prendre des décennies (100 à 150 ans pour certaines applications du chêne). La crainte des pénuries de bois ou les pénuries elles-mêmes se sont conclues généralement à partir du par un accroissement de l’interventionnisme de l’État (en Angleterre la première loi de préservation est adoptée par le Parlement en 1535 sous le règne de Henri VIII, en France une ordonnance royale de 1515 prise par François Kristin Bartenstein. Les origines du concept de développement durable. In: Revue Juridique de l'Environnement, , 2005. pp. 289-297. suivie de la prise de contrôle étatique réalisée par Colbert au ) ; qui peuvent être considérées comme les premières manifestations de l'impulsion de conservation moderne.

Les craintes de pénurie du bois ont conduit à une tentative de réduction ou d'élimination des activités de chasse, de pâturage et de recherche de nourriture dans de nombreuses forêts européennes. Historiquement, les fourrageurs et les ramasseur de bois de feu ont été particulièrement sujets à la réglementation, car ils étaient souvent de faible statut socio-économique et sans recours lorsque l'accès était restreint. La forêt longtemps considérée comme un lieu périphérique où les parias trouvaient refuge, devint un milieu ordonné. La création de réserves forestières et de terrains de chasse royaux réserva à la fois des forêts aux loisirs d'élite et assura l'approvisionnement en bois de la couronne l'acte de Jacques Stuart en 1604 par exemple, interdit d'abattre entre le avril et le 30 juin, sous peine de confiscation des arbres, ou de doubler leur valeur monétaire, à l'exception du bois qui était nécessaire pour les navires, les moulins et les maisons appartenant au roi.

Cet interventionnisme croissant de l’État ne rencontrera pas souvent le consensus social indispensable à sa réussite, mais plutôt une résistance, plus ou moins importante selon les pays (Blacks, Pine Tree Riot, guerre des Demoiselles).

Cas d'école Les pressions exercées sur la forêt ont été variables dans le temps, pour un matériau qui est de tous les usages. Avec la marine en bois, le bois devient un matériau stratégique.

Bois de marine Comme en témoignent l'histoire navale grecque ou hollandaise, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de forêts pour être une nation de tradition maritime. En Grande-Bretagne, la construction navale n'eut pas une influence constante sur tous les bois du pays ; la marine n'est devenue grosse consommatrice de bois que grâce à la croissance du commerce intercontinental et à la course aux armements à partir de la fin du . La production des navires construits en bois entre 1800 et 1860 fut probablement égale à celle de tout le reste de l'histoire. Une grande partie du bois de construction navale, en particulier pour les grandes pièces et les formes spéciales, provint en Angleterre des haies et des parcs, et non des forêts.

Pendant l'épopée de la marine à voiles, et en bois, on s'inquiète de la rareté du bois et particulièrement les pins pouvant former des mâts et les chênes pouvant produire les bois tors et plus particulièrement les courbes qui forment une catégorie à part, très rare et recherchée, qui sert à lier les baux avec les membres du navireJacques-Joseph Baudrillart. Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches. Volume 1. . Huzard, 1821. Lire en ligne. En France ou en Angleterre on va chercher les mâts jusque dans les pays de la Baltique, mais pour produire les bois tors, tous les chênes ne conviennent pas relève l'historien de marine Robert G. Albion, il faut d'abord des chênes d'Angleterre de préférence des comtés du sud-est, en particulier du Sussex : la particularité du chêne d’Angleterre est son individualité inhabituelle en matière de forme, on peut trouver des chênes sur le continent qui poussent par milliers dans de vastes forêts de futaie, avec des troncs presque uniformément droits et minces, pratiquement dépourvus de branches ; par contre, les chênes anglais prennent souvent une grande variété de formes, nécessaires à l'obtention des bois tors ; en particulier les chênes rudes poussant dans les haies vives, qui ont suffisamment de place pour développer leurs branches ; on suppute que les chênes anglais acquièrent leur résistance particulière par le vacillement constant avec le vent, ce qui leur donne des formes étranges tout en renforçant leur bois ; malgré de nombreux défauts de croissance, le chêne anglais produit du bois admirablement bien adapté aux besoins de la marine ; son principal inconvénient est la lenteur de sa croissance, ce qui exige en matière de politique forestière un siècle de prévision ; mais cette lenteur même de la croissance est très souvent un élément de force du boisRobert G. Albion. "Trees and Ships Timber", cité dans .

Les forêts en Angleterre sont régulièrement surexploitées, et les premières lois de préservation des chênes adoptées par le Parlement anglais datant du , découlent de l'inquiétude liée à l'approvisionnement des chantiers navals. Enfin les bois de mâture sont une qualité difficile à trouver: l'Angleterre connait des pénuries de bois liées à sa marine qui l'oblige à importer de la Baltique puis depuis le Canada. Le commerce du bois à destination de la marine est conditionné par les guerres, les blocus maritimes, particulièrement sur l'Øresund, enfin par des ajustements économiques tour à tour mercantilistes protectionnistes ou subventionnistes puis finalement libre-échangistes, dont c'est l'une des premières applications. En Angleterre, le bois courbe de chêne devient très rare à la fin du à cause de l'arrachage généralisé des haies vives lorsque le maïs a commencé à être cultivé de manière extensive ; on a alors recommandé l'usage du mélèze comme arbre de substitution, afin de produire un approvisionnement suffisant en bois en un minimum de temps, et des millions de mélèzes ont été ainsi plantés.

Quelques chiffres rendent compte de l'importance des prélèvements forestiers par la marine : sous Louis XIV, un vaisseau de premier rang – véritable forêt flottante – exige pas moins de à troncs et une frégate environ un millierLes bois de marine sur onf.fr.

Les salines allemandes gauche|vignette| de Reichenhall En Allemagne, il y a eu des différences importantes entre les salines d'Allemagne du Nord telles que Lüneburg, qui ne posséda plus de forêts, après avoir défriché la forêt environnante à des fins de chauffage, et les salines alpines telles que Reichenhall, qui pouvaient se retourner sur les forêts qu'elles géraientDieter Schott: Energie und Stadt in Europa: von der vorindustriellen „Holznot“ bis zur Ölkrise der 1970er Jahre. Beiträge auf der 3. Internationalen Stadtgeschichts-Konferenz in Budapest 1996. Franz Steiner Verlag, Stuttgart 1997, . (Sozial- und Wirtschaftsgeschichte. Beihefte, Band 1996).. Alors que Lüneburg est toujours considérée comme un exemple standard de désolation forestière préindustrielleKarl Otto Henselin, Ursprünge des industriellen Stoffwechsels zwischen Mensch und Natur (PDF; 1,8 MB). Abgerufen am 10. August 2012. et a donc dû importer son bois du Mecklembourg après le recul de ses propres ressources forestières, une véritable peur panique () sévit à Reichenhall vers 1600 concernant l'arrivée d'une pénurie de bois de chauffage et de mousse. La question de savoir si cela était justifié est encore sujet à controverse dans la rechercheKotter versus v. Bülow, zitiert bei Schott 1996, S. 1956.. Reichenhall résolut l'approvisionnement en bois grâce à la Salinenkonvention et ainsi put assurer à elle seule l'approvisionnement en matières premières de la saline, sans être limitée par la frontière proche de l'Autriche.