Julius Tander, né à Jihlava (Iglau) en Moravie, le , et mort à Moscou, le , est un médecin autrichien particulièrement connu pour ses travaux en anatomie et pour son action politique en faveur d'une médecine sociale. Membre du Parti ouvrier social-démocrate (SDAP), il s'illustre par son action en faveur de la santé en général, de l'enfance et de la maternité en particulier. Juif d'origine, il se convertit au catholicisme lors de son mariage. Il est doyen de la faculté de médecine de l'université de Vienne durant la Première Guerre mondiale. À partir de la fin des années 1920, il est progressivement contraint, à la suite des attaques antisémites dont est victime son institut d'anatomie, de renoncer à sa charge professorale en s'expatriant en Chine puis en URSS où il meurt en 1936 avant d'avoir pu mener à leurs termes les missions réformatrices de la médecine qui lui avaient été confiées. En 2011, une polémique voit le jour concernant certains propos eugénistes qu'il avait pu écrire remettant en question le bien fondé de la place qui porte son nom à Vienne.

Éléments biographiques Julius Tandler est né à Iglau en Autriche-Hongrie, le , dans une famille juive modeste. Son père, Moritz Tandler, est marchand à Iglau. Sa mère est Rosalie SchüllerE. Randol Schoenberg sur www.geni.com. Entre 1872 et 1875, la famille s'installe à Vienne où le père a décroché un emploi de rédacteur en chef. Moritz Tandler fait de mauvaises opérations si bien que très tôt, Julius Tandler est contraint de travailler en réalisant des travaux ponctuels ou en donnant des cours particuliers pour financer ses études secondaires et universitaires et contribuer aux dépenses de la famille composée de sept enfantsEn tout, le couple aura eu : Julius né à Jihlava en 1869 ; Ottilie née à Jihlava en 1870 ; Oskar né à Jihlava en 1871 ; Paulina née à Jihlava en 1872 ; Joseph né à Vienne en 1875 ; Camilla née à Vienne en 1877 ; Hugo né à Vienne en 1881; Alfred né à Vienne en 1882 et Egon né à Vienne en 1885 (source : E. Randol Schoenberg sur www.geni.com). Julius Tandler obtient son doctorat de médecine en 1895 et devient l'assistant d'Emil Zuckerkandl. Il termine son cursus universitaire en 1899. L'année suivante, il épouse Olga Klauber et se convertit à la religion de son épouse, le catholicisme.

En 1902, il est professeur agrégé d'anatomie sans charge de cours. Au décès d'Emil Zuckerkandl, en 1910, il reprend la chaire de l'Institut d'anatomie de l'Université de Vienne. De 1914 à 1917, il est le doyen de la faculté de médecine de l'Université de Vienne dont il contribue à asseoir la réputation internationale. 250px|vignette|Julius Tandler devant son auditoire à l'Institut d'anatomie de Vienne Après la Première Guerre mondiale, il dirige une commission chargée de faire état de forfaitures perpétrées durant le conflit. Julius Wagner-Jauregg devait y siéger mais il en est écarté parce qu'il est poursuivi pour son recours à des traitements par électro-chocs des névrosés de guerre. Il est remplacé par Sigmund Freud.

Julius Tandler était autant attentif aux aspects curatifs que préventifs de la médecine et également fort préoccupé par les questions sociales. Il est séduit par les théories développées par relatives à un eugénisme positif. Julius Tandler croit ainsi, selon les préceptes d'un néo-lamarckisme social, à la transmission héréditaire de traits sociaux acquis. . Cette conviction l'a ainsi mené à accorder une place importante à la prévention médico-sociale chez l'enfant et l'adolescent et à se préoccuper de question relatives au conseil matrimonial et à la planification familiale.

Il était rédacteur en chef du Zeitschrift für Konstitutionspathologie et a fait partie de la section d'hygiène de la Société des Nations.

Carrière politique Au tournant du siècle, Julius Tandler rejoint les rangs du Parti social-démocrate d'Autriche (SDAP). Il y cotoîe ainsi Ferdinand Hanusch et . Durant la Première Guerre mondiale, il milite auprès de Karl d'Autriche pour la création d'un ministère de la santé publique qui verra le jour le .

À partir de 1919, il se présente pour le Parti travailliste social-démocrate aux élections municipales de Vienne. Il siège comme conseiller de 1919 à 1933, date à laquelle il doit renoncer à son mandat pour des . Au niveau national, il intègre le gouvernement de Karl Renner en qualité de sous-secrétaire d'État et chef du bureau de la santé publique sous Ferdinand Hannouche. C'est durant ces mandats qu'il réalise, en 1920, une réforme du système hospitalier autrichien permettant son financement par les structures étatiques et non plus uniquement caritatives comme cela avait été le cas jusqu'alors.

250px|vignette|gauche|Le Château Wilhelminenberg récemment reconstruit est racheté en 1927 par la ville de Vienne et transformé en foyer pour enfants. À Vienne, Julius Tandler est la cheville ouvrière d'une politique sanitaire et sociale engagée contribuant ainsi à ce qu'il était alors convenu d'appeler « Vienne la rouge » (). La politique qu'il instilla à Vienne sous la Première république fut saluée et suscita même l'intérêt d'autres nations. Tandler réorganise entièrement le département jeunesse et santé en se concentrant sur le bien-être de la jeunesse, la lutte contre la mortalité infantile, maternelle et la tuberculose qu'on appelait à l'époque la « maladie de Vienne » tant sa prévalence y était importante. Il crée ainsi de nombreux jardins publics d'enfants, des centres d'accompagnement des mamans, des services de dentisterie scolaire. En 1925, une première en Europe, il ouvre un centre d'adoption d'enfants. En 1927, la ville de Vienne acquiert le Château Wilhelminenberg pour en faire un foyer pour enfants. La même année, il crée des colis pour la petite enfance et généralise l'accompagnement des femmes enceintes. Ces accompagnements, volontiers paternalistes et empreints d'une visée de contrôle social, ne manquèrent pas d'éveiller des critiques dans les rangs de l'opposition.

Avec le chirurgien , il crée le premier centre d'accompagnement des cancéreux.

Tandler s'est également intéressé à améliorer le sort de ses congénères en fin de vie même si sur ce point, il n'atteint pas tous ses objectifs. Il est également l'un des promoteurs de la construction du crématorium qui soulève l'indignation de la gauche catholique qui estimait que Tandler poussait la population à l'athéisme.

Ces projets nécessitaient d'importants investissements . Mais Julius Tandler savait se montrer persuasif et créatif pour lever des fonds.

Au début des années 1930, Julius Tandler a également travaillé pour la section hygiène de la Société des Nations, l'ancêtre de l'Organisation des Nations unies.

À partir d', des membres du National-socialisme autrichien intègre le conseil municipal. Julius Tandler subit les attaques violentes de cette opposition montante. Ce ne sont plus ses projets qui sont attaqués mais bien sa personne y compris de manière antisémite. Le premier institut d'anatomie qu'il dirigeait subira également les assauts antisémites qui iront croissant à partir de la fin des années 1920. L'arrivée au pouvoir du chancellier Engelbert Dollfuss en 1932 achèvera de le contraindre à se retirer de la politique ce qu'il fait en 1933.

En 1933, il demande un congé pour raison de santé et accepte une mission en Chine pour prendre part à une réforme de l'enseignement universitaire à Shanghai et à Pékin. À son retour, en , le divorce avec le gouvernement de Kurt Schuschnigg est définitivement consommé. Il est arrêté et doit renoncer à sa charge professorale en acceptant une mise à la retraite anticipée.

Franc-maçonnerie En 1920, Julius Tandler est introduit dans la loge maçonnique Lessing aux trois anneaux (Lessing Zu den drei Ringen) à Innsbruck par Ferdinand Hannouche. En raison de ses mandats politiques qui en faisaient un personnage public, il y siégeait sous le pseudonyme de Retland.

Exil, décès et sépulture vignette|droite|SépultureAbteilung ML, Gruppe 1, Nr. 1A de Julius Tandler à Vienne aux côtés de Robert Danneberg et d'Hugo Breitner () Profondément blessé par son éviction de l'université et de ses mandats politiques, il séjourne un temps aux États-Unis où il s'était déjà rendu en 1929. Puis à nouveau en Chine pour finalement accepter une mission qui lui fut confiée par l'URSS pour prendre part à l'élaboration d'un plan de réforme de l'enseignement de la médecine et des organismes hospitaliers. Il meurt à Moscou dans la nuit du 25 au sans avoir pu s'atteler à cette tâche.

Sa dépouille est finalement rapatriée en train à Vienne. Il est incinéré le dasrotewien.at

Le Stadt Wien le conseil municipal de la ville de Vienne décide que l'urne contenant ses cendres sera placée dans le columbarium d'honneur du crématorium de Simmering à Vienne qu'il avait contribué à faire construire en 1921. Il repose aux côtés de deux autres socialistes Viennois, Robert Danneberg et Hugo Breitner, non loin de la sépulture d'Adele Bloch-Bauer dont il fréquentait le salon et dont il avait été le médecin avant qu'elle ne meure en 1925 Kimberly Bradley, « The mysterious muse of Gustav Klimt », BBC culture, septembre 2016..

Reconnaissances Une place dans le ( arrondissement) de Vienne porte son nom depuis 1949 (anciennement Althanplatz)Austria Forum. La ville de Vienne décerne depuis 1960 une médaille : la Prof. Julius Tandler-Medaille der Stadt Wien aux personnes qui se sont distinguées dans le domaine social. Elle porte la légende suivante : für Verdienste um die Menschlichkeit ("pour services rendus à l'humanité"). Elle comporte trois grades, bronze, argent et or. En une exposition est organisée pour le anniversaire de sa mort : Le rêve de la "nouvelle personne", à la laverie , Karl-Marx-Hof, Halteraugasse 7, à Vienne. Elle n'occulte pas l'intérêt qu'a pu porter Julius Tandler à l'eugénisme mais se propose de la contextualiser en fonction de l'époque dans laquelle elle s'insère et des œuvres réalisées par Tandler. Un buste à son effigie est réalisé par De nombreuses institutions portent également son nom.

Polémique à propos de la vie indigne 250px|vignette|gauche|Une des plaques commémoratives figurant sur la Julius Tandler-Platz (ainsi dénommée depuis 1949) à Vienne ( arrondissement). Entre 2011 et 2013, la ville de Vienne a souhaité mettre en place une commissionLa Kommission zur Prüfung der Wiener Straßennamen (voir Noms de rues viennois controversés (Julius Tandler, )) pour réaliser une étude en vue de contextualiser historiquement les choix d'attribution des noms de rues. La place Julius Tandler a été alors identifiée comme .

En 2015, tandis qu'il est question d'inaugurer une plaque commémorative pour Julius Tandler, le politologue tchèque estime que les propos relatifs à l'eugénisme et à l'hygiène raciale que ce dernier a pu tenir ne peuvent être relégués au second plan.

L'auteur dénonce sa théorie de et son étude Danger d'infériorité (1928). Dans un document de travail en 1930, Julius Tandler regrettait que . Selon cet auteur, il entendait avant tout , mais sans toutefois proposer de mesures concrètes clairement formulées :

En 2016, le sociologue autrichien, , énonce une autre citation de Julius Tandler : .

Ces propos sur ces questions pourraient faire de Julius Tandler un des pionniers de l'idéologie raciale eugéniste développée par la suite par le National-socialisme. Tandler sera cependant rejeté par les hygiénistes raciaux nazis en raison de ses préoccupations sociales au travers d'un eugénisme positif qu'il prônait. Certains de ses écrits démontrent cependant une certaine ambivalence envers un eugénisme négatif.

Klaus Taschwer contextualise également : .

Ainsi il écrivait également en 1924 :

Quoi qu'il en fut, ses réflexions autour d'un eugénisme négatif s'il en fut n'orientaient pas sa pratique professionnelle qui était empreinte d'humanisme et d'intérêt pour les questions sociales. Il avait ainsi l'habitude de dire : ou encore et .

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