Le lac de Caussade est un lac artificiel contesté, constitué illégalement à l'aide du barrage de Caussade, sur le lit du ruisseau de Caussade, affluent du Tolzac, dans le bassin versant de la Garonne, situé près du hameau de Saint-Pierre-de-Caubel, sur la commune de Pinel-Hauterive (Lot-et-Garonne). Projet initié dans les années 1990 par le syndicat département des collectivités irrigantes de Lot-et-Garonne, il est d'abord autorisé par arrêté préfectoral le , qui est annulé le suivant. Malgré cela, le lac est construit sans autorisation durant l'hiver 2018-2019 par la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne et la Coordination rurale, syndicat agricole majoritaire en Lot-et-Garonne.
Le projet consiste en la création d'un barrage et le creusement d'un lac artificiel d'une superficie de et d'une profondeur maximale de , permettant la constitution d'une réserve d'eau de utilisable pour l'irrigation des terres agricoles environnantes. Malgré un volume inférieur de 40 %, celui-ci fait écho au projet de barrage de Sivens, avorté en 2014 à la suite de manifestations opposant écologistes et agriculteurs et ayant conduit à la mort de Rémi Fraisse, militant écologiste. À la suite de cela, les projets de retenues artificielles doivent faire l'objet de « projets de territoires », qui ont été contournés pour le lac de Caussade.
Depuis 2018, le projet fait l'objet de nombreux recours, fruits de l'opposition entre défenseurs de la cause environnementale et agriculteurs souhaitant contrôler l'irrigation de la zone afin d'irriguer les terres et d'alimenter continuellement le Tolzac. L'association France Nature Environnement et la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili jugent que la réalisation du lac est .
Géographie Le ruisseau de Caussade est un petit cours d'eau de de long, affluent direct de la rivière de Tolzac, elle-même affluent direct de la Garonne. Il prend sa source sur la commune de Saint-Pastour, traverse la commune de Pinel-Hauterive pour se jeter dans le Tolzac à la frontière administrative avec la commune de Monclar.
Le lac de Caussade se situe à une centaine de mètres du lieu-dit Saint-Pierre-de-Caubel, petit hameau de la commune de Pinel-Hauterive, en Lot-et-Garonne. Il est le lieu de jonction de plusieurs autres cours d'eau intermittents. Le barrage se situe à en amont du confluent avec le TolzacDossier d'Autorisation Environnementale, . Avant la réalisation du lac, le site était constitué de terres agricoles et de forêts.
Contexte autour du projet
Réchauffement climatique Différentes études sur le réchauffement climatique, comme celles du Giec, mais surtout le rapport d'étude « Garonne 2050 » réalisé par l'Agence de l'eau Adour-Garonne en 2012, prédisent une diminution importante de la ressource en eau sur le bassin Adour-Garonne dans les prochaines années (jusqu'à 40 %), , ainsi qu'une modification du mode des précipitations par des pluies plus marquées en période hivernale et des sécheresses plus marquées en période estivale. Selon ce rapport, une augmentation de la température moyenne annuelle comprise entre et entraînerait à l'échéance 2050 de fortes modifications sur l'hydrologie, en particulier des baisses annuelles de débits de toutes les grandes rivières du sud-ouest, comprises entre 20 et 40 %. Sans modification des usages, les étiages seront plus précoces, plus sévères et plus longs. Face à l'ampleur des problèmes futurs, la réduction de la demande ne suffira pas à répondre à l'enjeu. Parmi les solutions retenues figure la création d'ouvrages de stockage hivernal, en complément d'autres leviers, dans tous les scénarios mais avec une ampleur très variable (de 75 à de mètres cubes), , . Dans le scénario a minima, il conviendrait de créer de mètres cubes de réserves pour un coût de d'euros. Pour compenser la baisse des débits d'étiage, il faudrait augmenter le stockage de de mètres cubes et diminuer les surfaces irriguées de 15 %, ce qui est déjà un peu le cas puisque la culture du maïs a reculé de 20 % de 1990 à 2010, et les surfaces irriguées ont diminué de 18 % de 2000 à 2010 dans le bassin.
Hydrographie du bassin versant du Tolzac Le bassin versant du Tolzac, situé intégralement en Lot-et-Garonne, couvre une superficie de , soit 1 % de celle du bassin versant de la Garonne.
Sur le seul bassin versant du Tolzac, on décompte plus de d'eau de plus de , et plus de de prélèvementPlan de gestion des étiages, ..
Afin d'assurer une eau de bonne qualité et un bon fonctionnement biologique du cours d'eau en toute période et particulièrement en saison sèche, il est souhaitable d'assurer un débit minimum aux cours d'eau, dit débit de salubrité. Le plan de gestion des étiages (PGE) du bassin versant du Tolzac vise un débit objectif de à la station de Varès, non loin du confluent avec la Garonne, et un débit minimal de sur la branche monclaraise du Tolzac, où se situe le lac de Caussade. Le protocole rédigé en 2011 indique ainsi un déficit de 1 à de km avant soutien d'étiage, que ne peut subvenir à elle seule la retenue du Lourbet, sur la branche du Tolzac de Verteuil, et ce sans compter les nombreuses périodes d'assec de la branche du Tolzac de Monclar.
Conséquences du projet avorté du barrage de Sivens
À la suite du conflit autour du projet de barrage de Sivens, ayant pour point d'orgue les manifestations de 2014 ayant entraîné la mort du jeune militant Rémi Fraisse, la politique nationale autour des projets de lac d'irrigation a été revue, notamment de manière à introduire une concertation poussée avec les habitants. Depuis une instruction gouvernementale de 2015, les projets de réserves d'eau, pour pouvoir être financés par les agences de l'eau, doivent être élaborés dans le cadre d'une démarche de « projet de territoire pour la gestion de l'eau » (PTGE), Ces projets de territoire imposent la réalisation de diagnostics, et de mesures d'accompagnement vers l'agroécologie, visant à réduire la consommation en eau des territoires. Ils imposent également de réfléchir à d'autres solutions que des barrages d'eau massifs, tels que des petites réserves collinaires, ou une adaptation des cultures selon les ressources disponibles — vers des plantes moins gourmandes en eau (comme le sorgho), mais moins rentables. Dans une politique nationale de maîtrise de la consommation d'eau, la construction de barrages reste ainsi autorisée, sous réserve d'un consensus des habitants, élus et associations environnementales.
Les projets de territoire sont cependant accusés de ralentir considérablement les dossiers de réalisation de barrages d'eau. Six ans après la fin annoncée du projet de barrage de Sivens, la concertation autour d'un nouveau barrage plus petit, dans le cadre légal du projet de territoire, n'a toujours pas porté ses fruits. Entre 2015 et 2019, moins de cinq projets de territoire ont été validés.
En ne sollicitant pas de financement par les agences de l'eau, les promoteurs du lac de Caussade s'évitent de participer à ces procédures laborieuses de projet de territoire. Au média Pleinchamp, Serge Bousquet-Cassagne explique qu'.
Descriptif du projet
Caractéristiques techniques
Le projet consiste en la réalisation d'une réserve d'eau sur des terres arables et parcelles forestières, et la construction d'un barrage de de long. La superficie du lac est de , sur plus d' de long, pour une capacité maximale de , desquelles seraient réservés à l'alimentation du Tolzac durant les périodes de sècheresseConcertation publique, . Durant l'été, la retenue permettrait de soutenir l'étiage du Tolzac de Monclar, à hauteur de . Dans le détail, la vocation du barrage serait la suivanteDossier de demande d'autorisation environnementale, :
irrigation : (dont correspondant à ce qui était déjà prélevé auparavant) ; soutien d'étiage : ; gestion interannuelle : ; réserve minimale technique : .
Le barrage est un barrage en remblai homogène, d'une longueur de , d'une hauteur de , et d'une épaisseur en crête de . Le remblai est constitué de terres argileuses prélevées parmi les déblais du lacDossier de demande d'autorisation environnementale, .
Montage du projet Le projet est porté par le syndicat départemental des collectivités irrigantes du Lot-et-Garonne (SDCI 47), pour le compte de l'association syndicale autorisée des coteaux du Tolzac. Les associations syndicales autorisées sont des associations d'agriculteurs permettant de mettre en commun des ressources afin de réaliser des installations communes pour plusieurs agriculteurs. Le SDCI 47 est une structure, fondée en 1977, regroupant les collectivités locales et les associations syndicales autorisées d'agriculteurs du Lot-et-Garonne autour des questions de l'irrigation. Le lac de Caussade est soutenu financièrement et politiquement par la chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, contrôlée depuis 2013 par le syndicat agricole Coordination rurale et présidée par Serge Bousquet-Cassagne. Son vice-président Patrick Franken est également de l'ASA des coteaux du Tolzac et président du syndicat Coordination rurale 47 jusqu'en 2019.
Les acquisitions foncières, les travaux et la maîtrise d'ouvrage portent le coût du projet à près de d'euros. Durant toute cette période, le projet n'est jamais appelé barrage de Caussade mais lac — bien qu'il s'agisse de la réalisation d'un barrage permettant la retenue d'eau —, afin d'éviter des parallèles médiatiques avec le barrage de Sivens.
Lors de l'enquête publique, le plan de financement prévisionnel prévoit une prise en charge publique (financement européen et régional) de près de 50 %, un apport du conseil départemental de Lot-et-Garonne pour 15 %, et un autofinancement de plus d'un million d'eurosRapport d'enquête publique, .
À la suite des débouchés administratifs et judiciaires contre le projet, la chambre d'agriculture récupère durant l'hiver 2018-2019 la maîtrise d'ouvrage de fait et finance et réalise elle-même les travaux nécessaires, pour plus d'un million d'euros.
Impact du projet
Irrigation des terres agricoles Les autorisées pour l'irrigation des terres permettent de soutenir 24 à agricoles environnantes, possédant des cultures à forte valeur ajoutée et gourmandes en eau : prune, noisette, betteraves, ail, maïs.
Impact environnemental Malgré mesures compensatoires, plusieurs avis défavorables sont rendus par les autorités et associations environnementales. L'autorité environnementale de Nouvelle-Aquitaine émet des réserves, demandant des mesures compensatoires plus approfondies, notamment vis-à-vis de la tulipe des boisAvis de l'autorité environnementale, . Le conseil national de la protection de la nature, dont l'avis est nécessaire lors de la destruction de foyers d'espèces protégées, n'accorde pas de dérogation, soulignant notamment un inventaire incomplet, l'absence de mesures d'évitement, et des mesures compensatoires imprécisesAvis du conseil national de la protection de la nature, ce que constate également l'agence française pour la biodiversité, émettant deux avis défavorables.
Histoire
Années 1980 à 2000 : ébauche d'une retenue d'eau à Saint-Pierre-de-Caubel Dès 1980, une association syndicale autorisée voit le jour afin d'envisager la réalisation d'une retenue d'eau sur le bassin versant du Tolzac, à des fins d'irrigation. En 1991, un avant-projet détaillé apparaît, mais des contraintes sur le foncier empêchent l'avancement du projet, qui est mis en sommeil pendant une dizaine d'annéesRapport d'enquête publique, .
En 2001, le projet est réactivé afin d'alimenter la branche monclaraise du Tolzac lors des périodes d'étiage. Des études approfondies sont menées, desquelles ressortent trois sites favorables à l'élaboration d'une retenue d'eau, de par leur volume utile et leur localisation. Le site sur le ruisseau de Caussade est choisi en raison des emprises foncières favorables.
Années 2010 : réveil du projet