Les élections fédérales australiennes de 2022 () ont lieu le pour le renouvellement des de la Chambre des représentants et de 40 des du Sénat. Elles inaugurent la quarante-septième législature du Parlement du Commonwealth d'Australie.

Le scrutin intervient dans un contexte marqué par la sortie de la pandémie de Covid-19, les tensions diplomatiques avec la Chine, les débats sur la transition énergétique et le climat, ainsi que des préoccupations liées au coût de la vie. Le Premier ministre sortant Scott Morrison, chef du Parti libéral et de la Coalition formée avec le Parti national, sollicite un second mandat complet, malgré les importantes critiques sur sa gestion des incendies de 2019-2020, de la crise sanitaire et pour plusieurs controverses diplomatiques, notamment l'affaire des sous-marins français.

Dans le cadre d'un fort bipartisme, il fait face au Parti travailliste (ALP) dirigé par Anthony Albanese, l'enjeu étant de revenir au pouvoir après neuf années dans l'opposition, depuis les élections de 2013. Ils mènent une campagne axée sur la justice sociale, l'amélioration des services publics et surtout une politique climatique plus ambitieuse.

L'ALP remporte la victoire en obtenant 77 sièges à la Chambre, soit la majorité absolue, tandis que la Coalition s'effondre et enregistre son plus mauvais résultat en plusieurs décennies. Scott Morrison est réélu dans la circonscription de Cook, mais est contraint à la démission de la direction du Parti libéral. Il sera remplacé par Peter Dutton, alors son ministre de la Défense.

Les Verts, menés par Adam Bandt, gagnent trois sièges à la Chambre et également trois sièges au Sénat. Les indépendants (teal independents) obtiennent également de bons résultats en remportant sept sièges dans la chambre basse. À l'inverse, le parti One Nation de Pauline Hanson progresse en voix mais échoue à accroître sa représentation parlementaire, Hanson conservant néanmoins son siège de sénatrice.

Anthony Albanese succède deux jours plus tard à Scott Morrison et forme un nouveau gouvernement.

Contexte vignette|gauche|120px|Scott Morrison. Les élections fédérales de mai 2019 voient la victoire de la Coalition, une formation de partis libéraux-conservateurs dirigée par le Premier ministre sortant, Scott Morrison. Les résultats constituent une authentique surprise, qualifiée de pour la coalition : alors que les sondages annonçaient une alternance au profit du Parti travailliste (ALP) après six ans de gouvernement libéral, la coalition du gouvernement sortant l'emporte avec une avance assez nette, les résultats en voix des principaux partis restant essentiellement inchangés à la chambre des représentants par rapport aux précédentes élections. La coalition enregistre par ailleurs une légère progression au SénatLégislatives en Australie : victoire inattendue des conservateurs au pouvoir. Chef du Parti travailliste et de l'opposition depuis 2013, Bill Shorten annonce le soir même sa démission de la direction de l'ALP..

Porté à la tête de l'exécutif en 2018 à la suite d'un vote interne au parti libéral ayant renversé Malcolm Turnbull , Scott Morrison parvient à se maintenir en poste tout au long du mandat de trois ans de la législature élue en 2019. C'est la première fois depuis la fin du mandat de John Howard en 2007 qu'un Premier ministre australien ne connaît pas de tentative de renversement interne (en anglais, leadership challenge, ou leadership spill), tous partis confondus..

vignette|gauche|120px|Vue satellite des feux de brousse le 31 décembre 2019. Les zones brunâtres sont la végétation brûlée, qui couvre une surface de sur 100. Au cours de ces trois années, le gouvernement Morrison II fait face à plusieurs crises importantes. Les feux de brousse de 2019-2020, amènent à la déclaration de l'état d'urgence dans les États de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria, mobilisant le soutien aérien des Forces de défense australiennes et des renforts venus de toute l’Australie ainsi que de l'étranger.. Les feux causent plus de de dollars de dégâts auxquels s'ajoute un milliard supplémentaire du fait de la chute des revenus du secteur du tourisme. Morrison est vivement critiqué à cette occasion pour n'avoir pas mis fin à ses vacances à Hawaï et ce même au plus fort de la crise, lors du décès de deux pompiers volontaires. Cette situation affuble le Premier ministre d'une image d'indifférence qui, couplée à une remise en cause du modèle énergétique australien focalisé sur la production et l'exportation de charbon dans le contexte d'une montée grandissante de l'inquiétude face au réchauffement climatique, conduit à plusieurs manifestations anti-gouvernementales

L'Australie est également affectée par la pandémie de Covid-19 qui provoque un total de morts dans le pays au . Le gouvernement Morrison met alors rapidement en place une cellule de crise, ferme les frontières et finance un vaste programme de soutien à l'emploi. Cette bonne gestion de la pandémie permet à l'Australie d'éviter plusieurs des de cas subies dans le reste du monde, et vaut ainsi au gouvernement un regain de popularité. La suite de la pandémie voit cependant ce dernier critiqué pour la lenteur du déploiement des vaccins et des tests de dépistages lors de l'arrivée sur le territoire des différents variants du SARS-CoV-2. Les mesures anti-Covid du gouvernement mises en place sur l'île-État dès le début de la pandémie, telles que l'obligation de quarantaine pendant 14 jours ainsi que des confinements stricts, sont alors parmi les plus restrictives au monde. Celles-ci finissent par provoquer fin 2021 des manifestations dans tout le pays, parfois violentes... À partir de 2022, le pays est touché de plein fouet par le variant Omicron et passe de au à au .

La signature de l'AUKUS qui voit l'Australie rejoindre le 15 septembre 2021 le Pacte de défense régional des États-Unis et du Royaume-Uni, met soudainement fin aux contrats de partenariat signés avec la France notamment en termes de défense sous-marine nucléaire. Considérée comme un coup dans le dos par le ministre des affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, la rupture sans avertissement du contrat à la suite de négociations menées en secret provoque un tollé diplomatique. La France rappelle alors ses ambassadeurs tandis que son président, Emmanuel Macron accuse publiquement Morrison d'être un menteurAffaire des sous-marins : Emmanuel Macron accuse le Premier ministre australien de mensonge.

Les deux principaux partis d'opposition, le parti travailliste et les Verts, s'engagent dans les élections de 2022 avec de nouveaux dirigeants. La démission de Bill Shorten chez les travaillistes est ainsi rapidement suivie par l'élection d'Anthony Albanese à la tête du parti. Ce dernier ne parvient cependant pas selon les sondages d'opinion à se démarquer pendant les périodes de faiblesse du gouvernement lors des feux de brousse et de la pandémie..

Après la démission de Richard Di Natale en février 2020, les Verts choisissent pour dirigeant Adam Bandt, l'unique député du parti.

Système politique et électoral L'Australie est une démocratie parlementaire et une monarchie constitutionnelle. C'est alors un royaume du Commonwealth avec Élisabeth II pour reine d'Australie. Cette dernière est dotée d'un rôle purement cérémoniel, et est représentée par un gouverneur général dont les fonctions sont également d'ordre symbolique, tout en conservant certains pouvoirs de réserve. Le pouvoir exécutif est exercé par le Premier ministre et son Cabinet. Ceux-ci sont responsables face à la Chambre des représentants et ne demeurent en fonction que s'ils bénéficient de la confiance d'une majorité des députés.

La Chambre des représentants et le Sénat sont tous deux pourvus au suffrage universel direct, mais selon des systèmes électoraux différents. La chambre est par ailleurs renouvelée intégralement pour des mandats de trois ans, tandis que le Sénat est renouvelé par moitié, mais pour des mandats de six ans. Le vote est obligatoire et le fait de ne pas voter est puni d'une amende.. Chambre des représentants vignette|redresse|Fonctionnement d'un vote à second tour instantané vignette|redresse|Exemple de bulletin de vote utilisé à la chambre La Chambre des représentants se compose de pourvus au vote à second tour instantané dans autant de circonscriptions électorales uninominales. Ce type de vote y est utilisé sous sa forme intégrale : les électeurs classent l'intégralité des candidats de leur circonscription par ordre de préférences en écrivant un chiffre à côté de chacun de leurs noms sur le bulletin de vote, 1 étant la première préférence. Au moment du dépouillement, les premières préférences sont d'abord comptées puis, si aucun candidat n'a réuni plus de la moitié des suffrages dans la circonscription, le candidat arrivé dernier est éliminé et ses secondes préférences attribuées aux candidats restants. L'opération est renouvelée jusqu'à ce qu'un candidat atteigne la majorité absolue. Les bulletins de vote doivent obligatoirement comporter un classement de l'ensemble des candidats. À défaut, ils sont considérés comme nuls. La loi électorale permet cependant de considérer comme valables les bulletins sur lesquels une seule case a été laissée non cochée..

Dans la pratique, des volontaires des partis politiques se tiennent à l'entrée des bureaux de vote le jour des élections et proposent aux électeurs des cartes qui indiquent comment chaque parti préconise d'ordonner les candidats.

Sénat Le Sénat se compose quant à lui de 76 sièges pourvus au scrutin à vote unique transférable dans des circonscriptions plurinominales. Chacun des six États constitue une circonscription de élus pour six ans, mais renouvelés par moitié, tandis que celles du Territoire du Nord et de la capitale Canberra comportent deux sénateurs chacun, élus pour trois ans et renouvelés intégralement. Si le renouvellement de la chambre est intégral, celui du Sénat a ainsi lieu par moitié environ, quarante sièges étant à pourvoir tous les trois ans : six par État et deux par Territoire. Le Sénat peut toutefois être renouvelé intégralement en même temps que la chambre dans le cas d'une double dissolution, auquel cas la moitié des sénateurs des États effectuent exceptionnellement des mandats de trois ans.

Dans ce mode de scrutin, à finalité proportionnelle, les électeurs classent au moins autant de candidats que de sièges à pourvoir par ordre de préférences en écrivant un chiffre à côté de chacun de leurs noms sur le bulletin de vote, 1 étant la première préférence. La forme du système est ici non intégrale : les électeurs ne sont pas obligés de numéroter l'ensemble des candidats, mais seulement au moins autant que le double du nombre de sièges à pourvoir dans leur circonscription. Ils peuvent toujours en numéroter plus s'ils le souhaitent. En pratique, la loi électorale permet de considérer comme valables des bulletins sur lesquels au moins six candidats ont été numérotés.

vignette|Exemple de bulletin de vote utilisé au Sénat Les candidats sont regroupés sur le bulletin de vote par partis, et les électeurs peuvent librement sélectionner l'ensemble des candidats de ce parti ou en sélectionner des candidats de partis différents. Les électeurs ont également la possibilité de voter directement pour le parti de leur choix en cochant une seule case, auquel cas l'ensemble de leurs préférences sont attribués aux candidats présentés par le parti dans l'ordre proposé par ce dernier. L'électeur choisissant ce type de vote par parti doit cependant en numéroter au moins six, bien que la loi électorale permette de considérer comme valables des bulletins sur lesquels un seul parti a été coché.