Le genre neutre est une catégorie grammaticale qui existait dans la langue latine et en ancien français, et dont il ne reste rien, sinon quelques vestiges, en français moderne. Des propositions de neutralisation de la langue voient le jour en français contemporain, et peuvent donner lieu à la création de néologismes, soit en réaction à ce qui est considéré comme un sexisme de la langue française, soit comme une option pour les personnes non binaires.

En ancien français L'ancien français a gardé du latin des formes neutres (ni masculines ni féminines), comme le pronom neutre « el », et ses variantes « ol », « ul » et « al », provenant du « illud » latin ; ces pronoms disparaissent après le ... Les pronoms démonstratifs « cest » et « cel », encore constatés au et au , sont également des formes neutres. Le pronom « ce » (d'abord sous les formes « ço » ou « ceo ») était une autre forme neutre qui entraînait une désinence ∅ ni masculine ni féminine.

En français moderne Absence du genre neutre et binarisme du français moderne Il n'y a en français moderne que des noms de genre grammatical masculin ou féminin. , déclare ainsi Éliane Viennot.. De même selon Daniel Elmiger, le français moderne a ..

Traces du neutre et structures impersonnelles D'autres linguistes sont moins catégoriques pour d'autres catégories de mots. Selon Christiane Marchello-Nizia, tout au long de l'histoire du français, les grammairiens se sont montrés hésitants quant à l'existence d'un éventuel genre neutre en français. Les pronoms démonstratifs « ce », « ça », « ceci » et « cela » sont quasi unanimement considérés comme des formes neutres et dans une moindre mesure comme des formes de genre indifférencié. Il en va de même pour « rien » et « quelque chose ».

« Il », employé dans les verbes impersonnels et les locutions verbales impersonnelles, est le plus souvent classé comme un pronom impersonnel ou unipersonnel, et parfois comme un pronom neutre, mais dans ce cas, la distinction n'est pas morphologique mais sémantique.

Statut du masculin comme éventuel marqueur du neutre La question du masculin fait débat. Pour l'Académie française, ; c'est ainsi que l'on parle de , même quand l'objet en question est désigné par un nom féminin (on ne dit pas : ). Au contraire, pour la linguiste Anne Abeillé, .

Une autre question est celle de la valeur générique que les grammaires traditionnelles attribuent au masculin pluriel. En effet, depuis le , il faut dire « Les hommes et les femmes sont intelligents », le masculin l'emportant sur le féminin, et valant pour tous.. Avant le , plusieurs pratiques coexistaient, et il était possible de dire, en vertu de la règle de proximité, « les hommes et les femmes sont intelligentes » : le sujet le plus proche du verbe étant « les femmes », l'accord pouvait se faire au féminin. Il semble toutefois que l'accord au masculin était l'usage le plus fréquent : analysant le corpus en moyen français de l'ATILF (textes de 1330 à 1500) et la fréquence des accords de proximité, Marie-Louise Moreau conclut que l’accord au masculin y est majoritaire..

Selon la Commission générale de terminologie et de néologie, en français moderne ; . Cette affirmation est contestée par certains linguistes, pour qui l'accord au masculin pluriel serait l'expression d'un sexisme linguistique. Alain Rey déclare ainsi : . Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) partage cette opinion et avance l'argument des effets psychologiques de l'accord au masculin sur les personnes francophones : (par exemple « les diplomates » est un générique épicène, qui ne précise pas le sexe des individus concernés, à la différence de « les ambassadeurs », ou « les ambassadrices »). Dans son essai La distinction, Pierre Bourdieu considère que la place grammaticale centrale du genre masculin dérive du symbolisme lié au groupes dominants et subordonnés, et participe à l'univers social où les femmes occupent un rôle secondaire.. Markus Brauer et Mickaël Landry se basent sur 5 études en langue française pour démontrer que le masculin générique n'est pas neutre comme il est parfois présenté.

Comparaison avec d'autres langues , selon la linguiste Anne Abeillé. Par exemple, le chinois, le japonais ou le turc ne possèdent pas de genre.. La distinction de genre existe dans 44 % des langues selon un atlas qui en répertorie 256, cependant parmi ces 44 %, toutes les langues ne font pas correspondre nécessairement la distinction de genre et le sexe des individus. La différence entre genres grammaticaux peut servir à classer les humains et les non-humains, ou encore, les animés et les inanimés. Certaines langues ont une dizaine de genres.

Les langues binaires en termes de genre comme le français seraient minoritaires également selon la linguiste Johanna Nichols, qui a comparé sous cet angle . Le français compte, selon elle, parmi les 27 % de langues J. Nichols, Linguistic Diversity in Space and Time, Chicago, University of Chicago Press, 1992, citée dans ..

En français contemporain De nouvelles stratégies de neutralisation sont apparues, répertoriées par exemple dans Pour une grammaire non sexiste de Céline Labrosse (1996) ou dans la Grammaire non sexiste de la langue française de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard (2017). Alpheratz, qui a écrit une Grammaire du français inclusif (2018) et est spécialiste du genre neutre et du français inclusif en français contemporain.., propose un système de genre neutre (le système al) dont certaines formes sont expérimentales, et le définit ainsi :

Parmi les classements des nouvelles formes, certains distinguent d'une part les formes hybrides ou bigenrées, qui opèrent une fusion de formes masculine et féminine (« iel », « lecteurice ») ; et, d'autre part, les formes neutres au sens strict, qui abolissent totalement le genre (« ul », « ol », « mo »)Mona Gérardin-Laverge, « Queeriser la langue, dénaturaliser le genre », Cahiers du Genre, 2020/2 (), . DOI : 10.3917/cdge.069.0031,lire en ligne.. Ces deux catégories de formes diffèrent de la rédaction épicène qui exploite les possibilités déjà présentes dans la langue, en évitant les formes genrées.

Neutralisation par le recours au langage épicène

Le français offre traditionnellement la possibilité d'utiliser pour certaines notions une forme non différenciée, qui ne varie donc pas au masculin et au féminin. Cette forme est celle de nombreux noms et adjectifs, particulièrement ceux qui s'achèvent par -e, comme « bibliothécaire », « journaliste », « Belge », « tendre », « agréable » etc. Pour certains mots, la variation en genre n'est pas perceptible dans le langage oral, comme « ami-amie ». Enfin, il y a la possibilité d'utiliser des doublets pour contourner le masculin générique et de dire par exemple « les étudiants et les étudiantes ».

D'autres « stratégies d’évitement » supposent l'emploi de formes impersonnelles comme , en lieu et place de etc..

Néanmoins, une étude sur les biais implicites en langue anglaise indique, dans le contexte d'une élection présidentielle, que l'usage de termes épicènes, majoritaires en langue anglaise, évoque plus souvent le masculin que le féminin, même lorsque la représentation féminine est plus probable.

Neutralisation par la création de nouvelles formes hybrides Une stratégie de neutralisation consiste à utiliser des « formes hybrides », qui associent des formes féminines et masculines. Les pronoms neutres sont les plus connus parmi ces néologismes, tout particulièrement le néopronom inclusif « iel ». (ou « ielle » ou « yel »), combinaison de « il » et « elle ». Cette forme est introduite dans le dictionnaire Le Robert en 2021.. Selon le même procédé ont été créés des substantifs comme « lecteurice » (de « lecteur » et « lectrice »), « chômeureuse » (de « chômeur » et « chômeuse »), « frœure » (de « frère » et « sœur »)

L’accord des adjectifs et des participes passés entraîne soit la création selon le même principe de nouvelles formes d'adjectifs : « heureuxses » (de « heureux » et « heureuses »), « valeureuxe » (de « valeureux » et « valeureuse »), « créatifve » (de « créatif » et « créative ») — ou de doublets abrégés : « arrivé.e », « arrivé-e », « arrivé(e) » (au lieu de « arrivé » ou « arrivée »).

Des déterminants peuvent également faire l'objet d'une hybridation, comme « toustes » (au lieu de « tous » et « toutes »), des pronoms démonstratifs, comme « cellui », au lieu de « celle » et « celui »).

Neutralisation par la création de nouvelles formes neutres Des formes neutres au sens strict, c'est-à-dire qui ne sont pas forgées à partir de formes masculines et féminines, ont été proposées ; il en va ainsi de pronoms comme « ul » ou « ol » (en remplacement de « il » ou de « elle »), ou de l'adjectif possessif « mo » (au lieu de « mon » ou de « ma »). Ces créations s'autorisent de l'exemple du pronom neutre suédois, « hen ».

On peut aussi créer de nouveau suffixe pour neutraliser les noms, comme -aire pour les noms en -eur(e)/-euse : ambassadaire, agricultaire, cherchaire...

L'accord du participe passé abolit également dans ces cas la référence au masculin et au féminin. L’accord fait intervenir la lettre (T), on écrira ainsi ou deux lettres (ae) : .

Ces inventions rendent plus manifeste, selon Mona Gérardin-Laverge, le caractère non nécessaire, et non naturel du binarisme de genre dans la langue.

Usages sociaux Pronoms neutres

L'affichage des pronoms, notamment neutres, à utiliser consiste pour une personne à indiquer, par exemple dans sa signature de courriel, sur son profil sur les réseaux sociaux, ou avec un badge porté sur sa veste, par quel pronom cette personne souhaite être désignée. Cet usage est apparu, selon le journal Le Monde, dans les milieux militants homosexuels et transgenres avant de se répandre . L'indication du pronom neutre sur les réseaux sociaux fait partie du mode de communication de nombre de personnes non-binaires..

Les estimations du degré de diffusion des néopronoms en français varie selon les médias. Le magazine Elle estime en 2020 que ces pronoms neutres .. Interrogé par le journal Le Monde, Arnaud Alessandrin, sociologue à l’université de Bordeaux, affirme en 2021 que cet usage .

Analyses des causes de la diffusion des pronoms Selon la coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, Gabrielle Bouchard, l'adoption d'un langage plus neutre en termes de genre correspond à une nécessité intime pour nombre de personnes transgenres ; « la détresse de ces personnes provoquée par l’utilisation d’un pronom genré (le « il » ou le « elle ») peut aller très loin. » affirme-t-elle. De même, Karine Espineira, sociologue des médias, souligne le fait que le mégenrage peut être vécu comme un acte de « violence » par une personne trans, surtout dans les premières étapes de la transition.

Quant à l'affichage des pronoms par des personnes non-trans, il aurait pour objectif, en partie, de marquer un soutien aux transgenres en reproduisant leurs codes. Étant donné que les personnes transgenres sont souvent visées par des remarques désobligeantes, voire par du cyberharcèlement, le fait de généraliser la mention du pronom crée un « effet-parapluie ». L'adoption de cette pratique au-delà des communautés trans serait liée également à une sensibilité nouvelle des jeunes générations plus disposées que les précédentes à reconnaître la fluidité des identités de genre. Selon un sondage de l'IFOP réalisé en , pour 22 % des les catégories homme ou femme ne constituent pas des catégories pertinentes selon lesquelles ces personnes interrogées pourraient se définir.