Le COBA (Comité pour le boycott de l’organisation par l’Argentine de la Coupe du monde de Football) a été créé en par un groupe de militants français et argentins d'abord à Paris (une trentaine de groupes de quartiers ou d'arrondissements) et rapidement dans deux cents villes de France. La France fut le pays où le mouvement de Boycott de cette coupe du monde prit le plus d'ampleur.

La coupe du Monde de Football s'est déroulée du au en Argentine soumise à une dictature militaire instaurée par un coup d'état d'une junte de généraux le . Le Président auto proclamé était le Jorge Rafael Videla.

Des groupes se constituèrent un peu partout en Europe pour faire de cet événement l’occasion de dénoncer les exactions de la junte argentine : d’abord dans des pays dont l’équipe nationale participait à la phase finale (Suède, Espagne, Pays-Bas, Italie, République Fédérale d’Allemagne, Autriche), ensuite dans des nations non qualifiées comme Israël, le Danemark, la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Islande, le Portugal, la Suisse ou encore la Belgique autour du COBRA (Comité Belge contre la Répression en Argentine).

Mais l'appel au boycott n'a été soutenu en France que par les partis d'extrême gauche (LCR, PSU). Aucun des grands partis de gauche PCF et PS, aucune des grandes centrales syndicales (CFDT, CGT, FO, FEN) n'ont voulu s'y associer. Seuls, le SGEN-CFDT et le mouvement de syndicalistes enseignants L’École émancipée se sont engagés dans la campagne de boycott."

Le contexte géopolitique des années 1970 En Amérique latine, plusieurs pays avaient subi des coups d'État conduisant à l'instauration de dictatures. Après le Brésil en 1964, la Bolivie en 1971 avec Hugo Banzer, le Chili en 1973, et l’Uruguay en 1973, vint le tour de l'Argentine en 1976 dans le cadre du vaste plan Condor. L’opération Condor (en espagnol : Operación Cóndor) est le nom donné à une campagne d'assassinats et de lutte antiguérilla conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l'Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay, avec le soutien tacite des États-Unis au milieu des années 1970. Les dictatures militaires latino-américaines ont envoyé des agents secrets poursuivre et assassiner les dissidents politiques jusqu'en Europe (France, Italie, Portugal, Espagne...) et aux États-Unis (phase 3 de l'opération Condor qui culmina avec l'assassinat d'Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende, en à Washington D.C.).

Les États-Unis ont soutenu le coup d’État militaire argentin de . En 1976, Henry Kissinger, alors secrétaire d’État, avait donné le feu vert à la politique de séquestrations, de tortures et de morts mise en place par la dictature. En avril de cette année 1976, il avait rencontré le ministre des Affaires étrangères en Argentine, César Guzzetti. D’après le mémorandum secret de cette réunion (dévoilé en 2004), Guzzetti avait déclaré: «Le principal problème que nous avons est le terrorisme», ce à quoi Kissinger avait répondu : «S’il y a des choses que vous devez faire, faites-le rapidement.» Ensuite, en août de la même année, Kissinger avait rencontré Robert Hill, l’ambassadeur des États-Unis en Argentine, à qui il avait confirmé l’échange qu’il avait eu avec Guzzetti.

La situation a un peu changé avec l'élection de Jimmy Carter à la Présidence des États-Unis en . Hill déclara à Patt Derian, secrétaire d’État pour les Droits humains, qu’il pensait que le message de Kissinger à Guzzetti avait amené la dictature militaire à intensifier la répression.

Le , un rapport du secrétaire d'État américain Cyrus Vance du Président démocrate Jimmy Carter élu en fit état à cette date de 6000 exécutions et de à disparus en Argentine depuis le coup d'État de .

Washington a alors fait pression sur la dictature argentine pour qu’elle desserrât l’étau de la répression. Un des signes du changement d’orientation de Washington a été donné par l’intervention de la Commission interaméricaine de droits humains de l’OEA lorsqu’elle est venue à Buenos Aires en 1979. Des politiciens argentins, mais aussi des militants et des proches des disparus ont pu à cette occasion lui présenter leurs dénonciations et leurs griefs. Mais, en 1978, l'équipe des États-Unis ne s'était pas qualifiée pour la compétition finale en Argentine. Le gouvernement américain n'était donc pas concerné directement par le boycottage de la coupe du monde.

Les gouvernements européens dont les équipes de football étaient sélectionnées n'ont jamais manifesté l'intention de suspendre leur participation et en particulier le gouvernement français sous la Présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Son fidèle soutien et ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski avait proposé lors d'une visite à son homologue argentin le général Albano Harguindeguy des " échanges de renseignements pour lutter contre la subversion ", comme il l'a affirmé à la journaliste Marie-Monique Robin.

Pendant la guerre d’Algérie, la France avait établi des liens forts avec les armées et les gouvernements luttant contre la subversion en créant en 1958 des Centres d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla à l'initiative de Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense nationale du gouvernement Félix Gaillard. À partir des années 1960, des anciens d'Algérie avaient ensuite enseigné pendant des années aux officiers de ces armées les méthodes d'interrogation sous tortures et les disparitions de prisonniers. Voir le livre et le film "Escadrons de la mort, l’école française" de Marie-Monique Robin (2004). Témoignages et documents dessinent un puzzle terrifiant, sur lequel il ne faut pas se méprendre. Marie-Monique Robin ne charge pas l'armée française des crimes commis par la dictature argentine. Ce qui l'intéresse c'est, d'une part, le fait que l'État démocratique français ait jugé bon d'exporter des méthodes moralement indéfendables, et, d'autre part, la façon dont les Argentins vont appliquer ces théories dans un contexte très différent de celui de l'Algérie : " - Un général argentin m'a expliqué pourquoi le rôle des Français a été déterminant. Au début des années 1960, alors qu'il n'y a pas de guérilla, ils introduisent cette notion d'un ennemi intérieur, virtuel. Toute une génération d'officiers va être formée à cette idée, qui sera une vraie bombe à retardement. Après le coup d'État de Videla, en 1976, on ne traquera pas des gens qui posent des bombes, comme à Alger, mais des "subversifs", des gens qui sont communistes, socialistes, péronistes, qui ne pensent pas comme il faut. Ça pourra être n'importe qui, un universitaire, un avocat, un ouvrier… Ce sont ces gens-là qu'on ira enlever chez eux, torturer et jeter à la mer."

Une partie de l'Église catholique française a aussi joué un rôle important pour l'inspiration idéologique des militaires de la junte de 1976 : «En été 1958, Jean Ousset décidait d’implanter la Cité catholique en Argentine. La revue Verbe annonçait la naissance de la Ciudad católica et, en 1962, le père Georges Grasset s’installait à Buenos Aires pour diriger l’édition espagnole de la revue El Verbo. Le père Grasset, toujours insaisissable, est un ancien aumônier militaire en Algérie où¹ il représentait la Cité catholique et fut le guide spirituel de l’OAS. S’il part, en 1962, en Argentine, c’est pour y faciliter l’installation de certains chefs de l’OAS qui étaient en fuite. Ainsi, le colonel Gardes, condamné à mort par contumace par un tribunal militaire, passe par l’Espagne de Franco avant de débarquer en Argentine en 1963. L’extrême droite argentine a été très influencée par ces réfugiés français et la Cité catholique a formé les généraux qui, avec le général Videla, prirent le pouvoir en en destituant Isabel Peron.

El Verbo apportait une idéologie en : Jean Ousset publiait dans cette revue une série d’articles sur « Les devoirs et conditions de l’efficacité pour combattre la révolution antichrétienne »; l’amiral Auphan, l’ancien ministre de la Marine de Vichy, étudiait « La conspiration communiste mondiale » (). Enfin, en , la série d’articles signée Cornelius, parue dans Verbe, en 1958, pour justifier la torture, est publiée en espagnol et signée Centurion. Toute une partie de la hiérarchie catholique semble avoir soutenu ces pratiques de répression. En 1977, en pleine dictature militaire, Mgr Marcel Lefebvre fit un premier voyage en Argentine. Il y est bien accueilli puisqu’en , lors de la grand-messe qu’il célébra à Lille devant 5000 intégristes, il avait fait l’apologie des régimes militaires en Amérique latine : « Prenez l’image de la République argentine. Dans quel état était-elle il y a seulement deux, trois mois ? Une anarchie complète, les brigands tuant à droite, à gauche, les industries complètement ruinées, les patrons des usines enfermés et pris en otage, une révolution invraisemblable. Dans un pays pourtant aussi beau, aussi équilibré, aussi sympathique que la république argentine, une République qui pourrait être d’une prospérité incroyable, avec des richesses extraordinaires. Vient un gouvernement d’ordre, qui a des principes, qui a une autorité, qui met un peu d’ordre dans les affaires, qui empêche les brigands de tuer les autres, et voilà que l’économie revient, et que les ouvriers ont du travail et qu’ils peuvent rentrer chez eux en sachant qu’ils ne vont pas être assommés par quelqu’un qui voudrait leur faire faire la grève alors qu’ils ne le désirent pas. »

De fait, la plupart des militaires de la junte argentine de1976, comme Videla lui-même, font volontiers étalage de leur catholicisme. Nombre d'entre eux ont milité dans le mouvement Cursillos de Cristiandad (cours de chrétienté) très proche du groupe français, intégriste et anti-libéral, Verbe.

Beaucoup de hauts dignitaires de l'église catholique argentine ont collaboré avec la dictature à divers titres Certains prêtres assistaient aux séances de torture, d'autres intervenaient directement dans la répression, comme Christian Federico Von Wernich, aumonier de la police de Province de Buenos Aires et confesseur du général Ramon Camps qui a été condamné le à la réclusion à perpétuité pour 7 homicides, 42 enlèvements et 32 cas de torture.

À l'inverse, des religieux catholiques inspirés par la Théologie de la Libération ont combattu l'injustice sociale dans les quartiers populaires et parfois dans les "villas miserias" (bidonvilles) et la dictature en défendant les droits de l'homme. Ils ont subi eux-mêmes la répression avant et après le coup d'état : assassinat en , probablement par la Triple A, du Père Carlos Mugica, un inspirateur historique des fondateurs des Montoneros, mais qui s'était désolidarisé de la lutte armée; assassinat de l'évêque de la Rioja Enrique Angelelli dans un faux accident de la route, probablement sur ordre de la dictature, en , et les enlèvements et disparitions de militants de la paroisse progressiste de Santa Cruz à Buenos Aires (dont les deux religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, et une mère de la Place de Mai). Le peintre et architecte Adolfo Perez Esquivel, dirigeant du Servicio Justicia y Paz, organisation de défense des droits humains a été emprisonné et torturé en 1976. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1980.

Depuis les années 1970 les Américains, avec leur école des Amériques pour la coopération et la sécurité, avaient pris le relais des français. Les gouvernements français ont maintenu une mission militaire principalement pour vendre du matériel. La France est devenue le deuxième fournisseur d'armes de l'Argentine derrière les États-Unis avec 200 chars légers AMX-13, des hélicoptères Puma conçus pour la lutte antiguérilla, des missiles sol-sol SS 11/12, les fameux Exocet utilisés pendant la guerre des Malouines avec l'appui de militaires français maintenus sous le gouvernement Mitterrand, 12 chasseurs Mirage III EA, 30 avions d'entraînement Morane Saulnier pour les attaques au sol, 70 % de l'équipement et les moteurs pour l'avion argentin Pucara.