Les rescapés noirs du White Lion en 1619 en Virginie furent les premiers habitants noirs d'Amérique à ne pas avoir vécu dans les empires ibériques du Portugal et de l'Espagne.
Ils avaient été victimes en Angola d'un raid massif des mercenaires commandé par le gouverneur portugais Luís Mendes de Vasconcelos (1617-1621) contre le royaume de Ndongo, trois ans avant la défaite portugaise à la bataille de Mbumbi. En cours de déportation vers le Mexique, ils furent interceptés par un corsaire venu de Vlissingen aux Pays-Bas. Endommagé par son combat contre le navire négrier, ce dernier cingla vers la Virginie où il les débarqua et passa un mois à entreprendre des réparations. Cette colonie britannique leur appliqua alors un statut d'engagés sous contrat, comme aux travailleurs blancs dont elle restera composée à 98 % jusqu'en 1649.
Leur nombre, non précisé, était plus proche de la trentaine que de la vingtaine, dont une majorité de femmes et deux ou trois descendus d'un second navire corsaire, le Treasurer, arrivé cinq jours plus tard.
La date de ce débarquement a inspiré "The 1619 Project", lancé par le New-York Times en 2019, visant à refonder l'historiographie américaine focalisée sur la déclaration d'indépendance de 1776 en analysant la contribution de l'esclavage et de la population noire, mais selon les historiens les Noirs arrivés par hasard en 1619 en Virgine n'y ont pas vécu sous un statut d'esclaves.
Des historiens ont critiqué ce "Projet 1619" pour sa date, en estimant que l’esclavage en Virginie ne datait pas de 1619 mais de la seconde partie des années 1650, quatre décennies plus tard, et qu'il n'avait vraiment pris son essor en Virginie qu'à partir des années 1680, dans les Caroline à partir de 1700, en Georgie à partir de 1760 et en Alabama et Mississippi après 1815. Portée historique du débarquement de 1619 Cet épisode de 1619 n'a le controversé The 1619 Project du New-York Times"Slavery's Ironic Twist of Fate" par Roger D. McGrath, professeur d'histoire à l'Université de Los Angeles, en novembre 2020 dans le magazine Chronicles , estime Roger D. McGrath, professeur d'histoire à l'Université de Los Angeles, en dans le magazine Chronicles car il . En effet, des dizaines de milliers de colons blancs étaient prêts à s’engager pour partir vers le Nouveau Monde et la Virginie reste la seule colonie britannique à avoir des habitants africains au cours des années suivantes, et ce en nombre toujours très modeste. Plus de 80 % des 7500 blancs arrivés en Virginie entre 1607 et 1624 sont morts de maladies ou d'attaques des Amérindiens, mais sans décourager le flux des candidats venus d'Europe.
Ensuite, . Entre-temps, expédier des Africains vers les colonies , car il était , par un et sans les acheter.
Parmi les Noirs arrivés à cette époque, Anthony Johnson, engagé sous contrat en 1621, possédait 250 acres en 1651, reçu en échange du financement du voyage de 5 engagés sous contrat, dont 4 blancs et un noir, John Casor. Ce dernier part ensuite travailler comme salarié libre pour un voisin, Robert Parker, qui le soutient en 1654 quand Johnson conteste et perd en justice. C'est seulement une décision, inverse, en appel en 1655, qui a établi officiellement le précédent juridique de l’esclavage en Virginie, a souligné Roger D. McGrath, sous forme de jurisprudence, confirmée seulement en 1661-1662 par le vote d'une législation locale en ce sens, la loi virginienne de 1662 sur l'esclavage.
Les connaissances manquent pour affirmer que l'année 1619 a marqué le début de l'esclavage aux USA, selon Karsonya Wise Whitehead, professeur de communication et d'histoire à l'Université du Maryland.
Selon Daryl Scott, professeur d'histoire de l'Université Howard de Washington, le fait qu'une partie des Noirs débarqués en 1619 en Virginie aient ensuite été considérés comme libres, sans procédure d'affranchissement, montre que ce n'est pas une date importante de l'histoire de l'esclavage.
Les historiens sont cependant d'accord pour rappeler que les "engagés" blancs qui ont constitué 100% de la colonie au lancement en 1607 puis 98% jusqu'au milieu du siècle, n'étaient eux-mêmes pas complètement libres, notamment pendant la durée de leur contrat d'engagement et que les Noirs débarqués en 1619 n'avaient, eux, pas choisi ce statut"1619: 400 years ago, a ship arrived in Virginia, bearing human cargo" par E.R. Schmidt dans USA Today car ils ont été victimes d'une razzia en Angola.
Dès 1913, une étude de l'historien John Henderson Russell sur l'esclavage en Virginie avait établi que les Noirs n'y avaient pas le statut d'esclaves, au moins au cours des trois premières décennies.
Selon le gouverneur de 1671, les premiers navires à en importer sont arrivés dans la seconde partie des années 1660, dans le sillage de la Loi virginienne de 1662 sur l'esclavage, encore durcie par une loi de 1667 interdisant de recourir au baptême pour dispenser un esclave de servitude Southern Slavery and the Law, 1619-1860 Par Thomas D. Morris.
Cette date de 1619, jusque-là "L’esclavage, acte fondateur de l’histoire des États-Unis ?" par Valentine Faure, dans Libération le 23 juillet 2020 , émerge cependant dans le débat en , quand Élisabeth II, Reine d'Angleterre, fait une très courte allusion , lors d'une visite à Jamestown pour fêter le anniversaire de la fondation en 1607 du premier établissement durable des Anglais outre-Atlantique" Élisabeth II à Jamestown - Sur les traces des premiers colons" le 5 mai 2007 dans Le Devoir . Peu après, en , pour commémorer elle aussi cette fondation de 1607-1608, la Chambre des représentants américains évoque 246 années d'esclavage (1619-1865), dans une déclaration d'excuses formelles"Le Sénat présente des excuses pour l'esclavage et la ségrégation" le 18/06/2009 dans France 24 . Dix ans après, venu à Jamestown en , le président américain Donald Trump a préféré célébrer les 400 ans de la première assemblée en Virginie mais la date de 1619 ressurgit aussi pour les esclaves, cette fois dans le titre même de The 1619 Project, conçu à l'origine comme un numéro spécial du New York Times préparé par sa journaliste noire Nikole Hannah-Jones.
Prévu pour le mais critiqué par des historiens, il s'est rapidement transformé en projet beaucoup plus large, très peu centré sur l'année 1619 et visant surtout à dénoncer le racisme institutionnel et les défis socio-économiques des Noirs en 2019. Finalement le numéro de 100 pages est sorti à une autre date, le 2019, avec une quinzaine de contributions d'écrivains . Nikole Hannah-Jones y souligne que ce sont les Noirs qui ont de son pays“America Wasn't a Democracy, until Black Americans Made It One.” par Nikole Hannah Jones, en 2019, car elle veut , notamment l'idée qu'elle commence en 1776, quand Thomas Jefferson ou George Washington, deux grands propriétaires d'esclaves, sont présentés comme les , triomphant lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Ces derniers étaient selon elle surtout motivés par le fait que les Britanniques s'apprêtaient à abolir l'esclavage, mais selon des historiens l'abolitionnisme a en fait progressé juste après la guerre plutôt que juste avant, dans le sillage des abolitions des nouveaux américains du Nord, dès 1780, et des dizaines de milliers d'esclaves libérés par les Anglais.
L'historienne Myriam Cottias a reconnu que les Noirs furent effectivement des «perfectionneurs de la démocratie» américaine et le New York Times a concédé que seulement «certains» Américains se sont principalement battus pour défendre l'esclavage lors de cette guerre d'indépendance, mais cinq historiens de renom ont écrit au journal, consternés par d'autres «erreurs factuelles du projet ainsi que le processus fermé qui le sous-tend», l'Africain-Américain Glenn Loury, professeur d'économie à Brown University, dénonçant même une démarche .
The 1619 Project rappelle par ailleurs que d'autres Noirs étaient venus avant 1619 en Amérique du Nord, mais dans la partie espagnole : selon l'historien Henry Louis Gates, un esclave noir nommé Juan Garrido est ainsi arrivé accompagné de Juan Ponce de León en 1513 en Floride, près de Sainte-Augustine, où les Espagnols amenèrent des esclaves en 1565Article de Olivia Waxam dans Time le 20 août 1619 .
Contexte diplomatique, économique et militaire En 1619, les empires espagnol et portugais, fusionnés entre 1618 et 1620, sont les seuls européens à pratiquer l'esclavage et la traite négrière. Ils monopolisent la rive ouest de l'Atlantique, où seules sont tolérées la discrète colonie anglaise de Virginie et une autre encore embryonnaire, les Français de Nouvelle-Écosse, appelés plus tard Acadiens.
Ces deux empires produisent alors un maximum d'argent-métal et de sucre, qui sert aussi de monnaie, leur permettant de se procurer beaucoup plus d'esclaves à partir du milieu des années 1610, razziés lors de raids militaires ou achetés à des auxiliaires militaires africains des Portugais en Angola. La mine d'argent espagnole du Potosí, plus importante du Monde, a atteint son niveau historique de production en 1580-1620. Dès 1585, son exploitation a décuplé par rapport 1570 et la ville a plus d'habitants que Madrid, Séville ou Rome, avec une production d'argent-métal qui reste proche des sommets au début du siècle suivant, des esclaves africains étant employés dans les activités annexes. Dans les décennies qui suivent, ce métal du Potosi sert aux sucreries portugaises du Brésil à acheter des esclaves noirs raflés le long des fleuves africains"Potosi, l'argent du Pérou inonde le monde" par Tristan Gaston Lebreton dans Les Echos le 6 août 2019 .
Cet afflux d'argent-métal espagnolMesuré par l’étude menée grâce au cyclotron a porté sur 16 monnaies du Pérou de 1556 à 1784, 12 monnaies du Mexique de 1516 à 1598, 29 monnaies espagnoles de 1512 à 1686 et 65 monnaies françaises de 1531 à 1652 provenant des collections du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale (Paris), du musée Puig (Perpignan) et de la collection Bourgey (Paris). a aussi dopé la frappe monétaire en Europe dans les années 1610, les mines du Mexique prenant ensuite le relais"L’argent du Potosi (Pérou) et les émissions monétaires françaises" parBruno Collin, dans la revue Histoire et mesure en 2002 . Il provoque un essor de la demande de tabac, puis de sucre, en Europe, mais aussi une , renchéri par les pénuries de la guerre de Trente Ans. Dès le milieu des années 1610, le prix du tabac produit en Virginie a augmenté"A Study of the Africans and African Americans on Jamestown Island and at Green Spring, 1619-1803" par Martha W. McCartney, étude pour le Colonial National Historical ParkcNational Park Service en 2003 .
Jusque-là, au cours de la période 1560-1620, environ 74 % du sucre venait d'Hispaniola. Dans l'île espagnole, jusqu'aux années 1570, la main d'œuvre était essentiellement amérindienne, avant d'être remplacée par des Africains de Madère et Sao Tomé, choisis pour leur expérience du sucre"Le monde atlantique. Un espace en mouvement - siècle" par Eric Schnakenbourg, Éditeur Armand Colin en 2021 . Les années 1610 ont vu le Brésil prendre le relais : le nombre de moulins y passe de 130 en 1585 à 230 en 1610 et 346 en 1629. Il a triplé en un demi-siècle. Une invention importante, autour de 1610, permet de remplacer les deux cylindres horizontaux broyant la canne par trois cylindres verticaux, , avec des chaudières plus petites pour .
L'offre et la demande de sucre progressant, les Empires espagnols et portugais, fusionnés entre 1580 et 1620 dans l'Union ibérique, en produisent un maximum car il sert aussi de monnaie, en plus de l'argent-métal, pour financer la guerre de Trente Ans débutée en 1618. C'est le premier essor de la traite négrière, centré sur le Brésil : quelque y sont envoyés au cours de la première moitié des années 1620.
Des chrétiens originaires d'une ville de l'intérieur de l'Angola