La sorcellerie en Auvergne est l'ensemble des manifestations de l'art ou de la croyance en l'art d'interroger ou modifier le sort, à travers les époques, dans la zone géographique correspondant à l'Auvergne historique ou à l'ancienne région administrative d'Auvergne.

Présentation historique vignette|La Marguerite des Chiens dite La Sorcière, carte postale du Puy-en-Velay (Haute-Loire)|alt=La Marguerite des Chiens dite La Sorcière, carte postale du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

La tablette de Chamalières, tablette en plomb écrite en langue gauloise, invoquant le dieu celtique Maponos, en tant que tablette de défixion est une manifestation antique de sorcellerie au sens de sort de malédiction.

Mais la sorcellerie désigne le plus souvent l'objet de procès et de violences du , entre chasse aux sorcières et lettres de rémission, étudiées en Auvergne par René Crozet et Pierre-François Fournier.

La sorcellerie est enfin l'objet de recherche ethnologiques pour des périodes plus récentes à travers les enquêtes de la société d'études et de recherches des survivances traditionnelles (SEREST).

Carte des sorcières notoires en Auvergne

Jeannette Vergeade, brûlée vive en 1390 au hameau du Monteils-Haut à Saint-Front (Haute-Loire) Agnès Celeyra, accusée de sorcellerie avant 1391 à Saint-Coust, ancienne paroisse de Châtel-Guyon Blanchette de Polet, condamnée à chartre perpétuelle et morte sur la route de Vertaizon, vers 1395 ou en prison Begnite Cloete, battue à mort en 1452 à Saint-Ferréol-des-Côtes Jehanne de la Meu, battue à mort en 1455 dans le hameau de Tourzy de la commune de La Pacaudière Guillaumete de Pigeroles, « Turletenche », battue à mort en 1464 à Pigerol, commune de Thiers Aelis Perière, battue à mort en 1468 au Pacauds, commune de Paslières Michelle Tortoine, battue à mort en 1472 à Moissat Blanche Maydade, battue à mort en 1484 à Peyrtus, commune d'Orbeil Jehanne Andraulde, battue à mort en 1548 au Fayet, commune de Marcenat (Cantal) Jeanne Bosdeau, brûlée vive en 1594, originaire de Salagnac en Limousin, rebaptisé Le Grand-Bourg au XIXe siècle Magdaleyne des Aymards, accusée de sorcellerie en 1605-1610 aux Aymards, commune de Verneugheol Françoise Bos, accusée de sorcellerie en 1606 à Laqueuille Hélips Pigiollat, accusée de sorcellerie en 1625 à Fontanges

Liste de prétendus sorciers et prétendues sorcières

Agnès Celeyra (?-avant 1391) Agnès Celeyra est une prétendue sorcière dont on retrouve la trace dans les archives de l'officialité de Clermont-Ferrand avant 1391.

Le fragment de deux dépositions dans lesquels l'affaire d'Agnès Celeyra est traitée est le seul fragment connu des archives de l'officialité de Clermont en matière de sorcelleriePierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, p.296.

vignette|alt=Photo stèle érigée sur le lieu d'exécution de Jeannette Nova|Stèle commémorative Jeannette Nova Jeannette Nova (?-1390) Jeannette Nova est originaire des Farges dans le Brivadois. Elle est également connue sous les noms de Jeanette Vergeade et de Jeanette Revergada. Arrivée à Chadron-en-Velay en 1390, elle est rapidement l'objet d'une enquête secrète, menée par la cour du monastère du Monastier-Saint-Chaffre, pour ses activités de guérisseuse. Cela aboutira à son procès le , pour neufs chefs d'accusations. Elle comparait au château de Freycenet-la-Tour le , devant le lieutenant du juge de la terre et mandement du monastère du Monastier-Saint-Chaffre et le lieutenant du régent du bailliage. Accusée du crime de sortilèges et sorcellerie commis sur les terres du monastère et dénoncée par la rumeur publique, elle est condamnée à être brûlée vive le jour même au Monteils-Haut, commune de Saint-Front. Une stèle commémorative a été érigée sur le lieu de l’exécution.

Blanchette de Polet (? - vers 1382-1395) Blanchette de Polet, est accusée d'avoir pratiqué la sorcellerie contre Jean II d'Auvergne, pour le compte de son favori Aubert de Peuchaud (sortilèges d’ « amitié », pour qu’Aubert garde son influence et reste dans les bonnes grâces du Comte). Emprisonnée au château d’Ybois, commune d’Orbeil, canton d’Issoire, puis au Château de Montboissier, commune de Brousse-Montboissier, canton de Cunlhat et enfin à Riom. Elle est finalement condamnée à la prison à vie et menée au Château de l’évêque de Clermont, Henri de la Tour d'Auvergne à Vertaizon. Blanchette serait soit morte en prison, soit morte noyée en tombant du pont de Pont-du-Château sur la route du château de VertaizonFournier, Magie et sorcellerie, 1979, pp. 297-301.

Begnite Cloete (?-1452) Begnite Cloete ou Beguite Cloete est une prétendue sorcière morte de coups et blessures dans la paroisse de Saint-Ferréol (Saint-Ferréol-des-Côtes) en Auvergne en .

Accusée d'avoir ensorcelé un certain Thogny de la Villate, d'avoir promis de le guérir et d'avoir refusé par la suite. Après quoi, elle est battue par Thogny de la Villate et deux de ses amis dont Guillaume Moler et est laissée pour mortePierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, pp.307-309. Elle tente de retourner chez elle, s'allonge sous un arbre et meurt probablement de froid et des suites de ses blessures.

Guillaume Moler est pardonné et absous de toutes ses fautes par une lettre de rémission de Charles VII conservée aux Archives nationales.

Jehanne de la Meu (?- novembre 1455)

Jehanne de la Meu est une prétendue sorcière du XVe siècle. Soupçonnés, avec son mari, d'être des sorciers par la rumeur publique, ils sont régulièrement menacés et battus par le voisinage. Accusée par son voisin André Morin d'être responsable de la maladie de sa femme Alayre en 1455, elle avoue pouvoir la guérir. Une semaine plus tard, Alayre étant retombée malade, André morin se rend chez Jehanne et son mari, accompagné de ses deux fils. Malgré leurs supplications, ils sont battus par les trois hommes. Jehanne est emmenée à l'extérieur par André Morin et un de ses fils et est violemment frappée à la tête. Elle décède par la suitePierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, pp.311 à 314.

André Morin et ses deux fils sont innocentés par une lettre de rémission de Charles VII (roi de France) en : comme pour les autres cas tirés des lettres de rémissions, les meurtriers ont une bonne réputation et l'accusée est reconnue coupable de sorcellerie par l'opinion publiquePierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, pp.309-310.

Guillaumete de Pigeroles alias "La Turletenche" (1374-1464)

Guillaumette de Pigeroles alias La Turlutenche est une prétendue sorcière morte de torture, coups et blessures à Thiers en .

Âgée de 90 ans au moment des faitsGuillaumete est la seule supposée sorcière dont l'âge est connu selon Pierre-François Fournier dans son ouvrage Magie et sorcellerie, Guillaumete est accusée par la rumeur publique d'avoir empoisonné la femme de Jehan Sommet, notaire à Thiers. Torturée et menacée à plusieurs reprises par ce dernier, sur les conseils d'autres personnes, elle déclare ne pas pouvoir guérir la malade. Le lendemain, Jehan Sommet demande à deux amis et ses deux beaux-frères de retourner chez Guillaumete. Elle est emmenée à l'extérieur, nue et est battue et laissée pour morte. Ils reviennent après avoir constaté la guérison de la malade mais trouve Guillaumete près de la rivière Durolle, inconsciente. Ils la ramènent chez elle et la laissent devant la porte de sa maison. Elle est retrouvée morte le lendemainPierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, pp.319-323.

Jehan Sommet est innocenté et pardonné par une lettre de rémission de Louis XI conservée aux Archives nationales.

L’histoire de Guillaumette Pigeroles a été reprise par la romancière Mireille Calmel dans Le Bal des Louves en 2003.

Jean et Guillaume Imbert (vers 1470-1472)

En 1470, Jean Imbert, meunier et charpentier, soupçonné de crime de sorcellerie et dénoncé au bailli du seigneur Lafayette est brûlé vif au lieu-dit Le Chambon à PontgibaudPierre-François Fournier, Magie et sorcellerie, p.328. En 1472, son fils Guillaume, est accusé d'avoir eu recours à la sorcellerie par vengeance et d'avoir causé la mort de deux personnes. Emprisonné et soumis à la question (torture), il avoue. Il se suicide en prison, persuadé qu'il allait subir le même sort que son pèreRené crozet, Sorcellerie en Auvergne, p.19.

Leurs biens et leur terre sont confisqués au profit du seigneur de PontgibaudCette histoire est également abordée dans l'Extrait d'une procédure instruite à Pontgibaud contre Guillaume Imbert, sorcier tiré des Mémoires de l'académie des sciences, belles lettres et arts de Clermont-Ferrand, Tome XV, 1873 aux pages 71-74.

Aelis, ou Alips, Perière (?- mars 1468) Aelis Perière, paysanne et veuve de Jehannin Paillard, est une prétendue sorcière accusée d'avoir fait mourir sept ou huit bovins appartenant à Guillaume et Antoine Dubos, d'avoir rendu leurs femmes malades et eux-mêmes car ils refusaient de lui donner ce qu'elle demandait (du pain, de la laine, du lard, du foin…). Les deux paysans la soupçonnent après qu'elle les ait menacés en leur affirmant qu'ils seraient bientôt pauvres. Le , les deux hommes décident d’aller chez Aelis, de nuit, avec un autre homme Jehan Beaudan, pour l'apeurer, lui faire confesser les faits et la pousser à guérir les malades. Aelis est saisie chez elle et emmenée près de l'étang de Bost Chalvet, les yeux bandés d'un couvre-chef. Niant les faits, elle est battue à mort et abandonnée avec un bras cassé et la tête tuméfiée. Elle est retrouvée par les voisins. Guillaume et Antoine Dubos, ainsi que Jehan Beaudan seront pardonnés et acquittés par une lettre de rémission de Louis XI, à la condition de faire un pèlerinage nus vers l'église la plus proche de l'étang, chacun une torche au poing, et de demander pardon aux parents et amis de la défunte.

Michelle Tortoine (?- 1472) Michelle Tortoine est accusée d'avoir ensorcelée la fille de Guillaume de Nugière, âgée de 5 ans, à Mainsac, dans le canton de Vertaizon, en 1472. En sortant de la taverne, et après une conversation avec ses compagnons, Guillaume menace de battre Michelle Tortoine avec un bâton d'une longueur d'une demie aune si elle ne guérit pas sa fille. Elle se rend en ville et auprès des juges pour se plaindre de ces accusations, ce qui conduit Guillaume de Nugière à la battre. Michelle meurt des suites d'une maladie. Guillaume est absous de ses fautes par la justice sous réserve de faire dire une messe pour l'âme de MichellePierre-François Fournier, Magie et sorcellerie : essai historique, 1979, pp.329 à 331.

Blanche Maydade (Montferrand, 1484)

Blanche Maydade est une supposée sorcière, veuve de Perre Chastelpaly. Elle est tuée en à Montferrand sous le règne de Charles VIII, après avoir été dénoncée par Jehan Bouchut, natif de la paroisse d'Orbueil, et deux prêtres, Antoine d'Espaigne et Robert Duclaux.

Soupçonnée d'avoir ensorcelé ou rendu malade une dénommée Florence Rondière et mise devant le fait accompli, elle refuse de le reconnaître et de le réparer, ce à quoi un des deux prêtres (D'Espaigne ou Duclaux) répond avec violence, la giflant au visage jusqu'au sang avant de la précipiter au sol. Blanche court se réfugier chez elle et meurt de ses blessures six ou sept jours plus tard.

Katherine Hugue dite Balage (? - janvier 1496)