L'homme pongoïde est un cryptide, auquel les cryptozoologues Bernard Heuvelmans et Ivan Sanderson proposèrent en 1969 le nom scientifique dhomo pongoides, à la suite de l'affaire de l'homme congelé du Minnesota. Il ne s'agit pas d'une créature nommée telle quelle dans un folklore particulier, mais d'une hypothèse, développée au cours des par Boris Porchnev, qui suggéra que les nombreux récits au sujet d'hommes sauvages en Europe et en Asie pourraient être expliqués par l'observation, par des populations dénuées de connaissance scientifique, d'une espèce inconnue d'Hominien ayant évolué parallèlement à notre espèce et qui serait peut-être apparentée à l'Homme de Néandertal.
Cette hypothèse, en plus de n'avoir jamais été prouvée scientifiquement, du fait de l'absence totale de preuves matérielles, a été très critiquée, car cette vision de l'apparence de l'Homme de Néandertal en être sauvage et velu est contredite par les récentes découvertes scientifiques.
Historique Le folklore lié aux hommes sauvages est particulièrement riche en Europe et en Asie : de nombreux récits ont été répertoriés, notamment dans le Caucase (Almasty, Kaptar), dans l'Hindou Kouch (Barmanou), au Cachemire (Van-Manass), dans le Pamir (Goul-Biavane ou Adame-Djapaisy), au Népal et dans le nord de l'Inde (Yeh-Teh, Teh-Lma, Meh-Teh, Mande Barung), au Sri Lanka (Nittaewo), au Tibet (Migö), dans le centre de la Chine (Yeren), en Mongolie (Almass), au Xinjiang (Ksy-Gyik), en Indochine (Nguoi Rung) et en Malaisie (Orang Mawas). Les récits provenant du Caucase, de l'Hindou Kouch, du Cachemire, du Pamir, du Tibet, du Xinjiang, de Mongolie et d'Indochine sont globalement cohérents et décrivent une créature bipède et velue, complètement recouverte de poils, sauf sur le visage, au corps large et puissamment musclé, avec de longs bras et de grandes mains au pouce faiblement opposable, avec des jambes courtes et fléchies, des pieds très larges, une tête comme enfoncée dans les épaules, un front fuyant, des arcades sourcilières très prononcées, un nez retroussé et aplati, et une bouche sans lèvres visibles.
Antiquité
Les hommes sauvages apparaissent dans de nombreux contes d'Asie, où ils sont parfois associés à des démons, ou plus généralement aux forces du mal. Par exemple, le Veda évoque un roi indien, Yama (appelé aussi Yima, Djima ou Djemchid), parti des territoires de l'actuel Turkménistan et du nord de l'Iran, luttant contre des devas, créatures nues, velues, grandes et puissantes, se battant à mains nues ou avec des pierres et des branches. Selon les légendes, elles auraient été repoussées vers le Mazandéran et trouvèrent refuge dans les monts Damavend. Dans certaines parties de l'Avesta, les devas sont parfois décrits comme des animaux sauvages, alors que dans le Shanamé, les devas sont des créatures hostiles et affublés de divers caractéristiques fantastiques. Dans diverses légendes musulmanes, les devas sont décrits comme des esprits maléfiques. Porchnev mentionne également des rituels païens d'offrandes aux devas ayant eu lieu dans les régions montagneuses d'Afghanistan, d'Iran, du nord de l'Inde et du Caucase ainsi qu'en Scythie, où elles furent interdites au Avec l'essor du zoroastrisme, les devas auraient été ensuite mythifiés selon Porchnev, puis décrits comme des démons. Ils auraient ensuite progressivement cessé d'être vénérés.
Selon Porchnev et Heuvelmans, les satyres (appelés aussi faunes, pans ou troglodytes) seraient des Néandertaliens mythifiés. Lucrèce, au , décrivit dans son De Rerum Natura des hommes sauvages et velus, forts, sans vêtements, ni outils, ni langage. Pline l'Ancien affirma que les satyres n'ont rien d'humain à part leur apparence, et émettent d'étranges vocalises. Plutarque rapporte qu'en 86, sur les territoires de l'actuelle Albanie, un satyre, incapable de parler et n'émettant que des sons inarticulés, aurait été apporté devant le général romain Sylla, qui aurait été marqué par son apparence.
Moyen Âge Des voyageurs arabes du rapportèrent avoir vu dans le Caucase des singes semblables aux hommes, marchant debout, recouverts de fourrure, au visage rond et ne sachant pas parler (voir Almasty). Un écrivain arabe, Abul Hassan Ali Masoudi, rapporta que des singes semblables aux hommes vivraient sur les terres habitées par les Slaves. vignette|Le léchi, une des nombreuses représentations de l'Homme sauvage.|gauche Selon une chronique de l'époque de , grand-prince de la Rus' de Kiev, les païens habitants la région du Dniepr feraient des offrandes aux Bereguins (« peuple des rives »), également appelés Oupirs (vampires) par les Turcs. Dans Le Dit de la campagne d'Igor, poème épique de la fin du , des Divs ou Solovyis apparaissent perchés sur des branches et poussant des cris perçants. L'homme sauvage est une figure récurrente des contes russes (avec le Léchi ou le Domovoï), ou Mansis et Khantys de Sibérie avec le . Dans les récits, ces êtres sont bipèdes et velus, et des mâles mais aussi des femelles (qui auraient de longs seins, qu'elles pourraient replier derrière leurs épaules, comme les femelles almasses signalées en Mongolie) et parfois des jeunes sont évoqués. Porchnev a également suggéré que les Vodianoïs et les Roussalkas seraient des versions mythifiées des hommes et des femmes sauvages vivant dans des marais reculés.
L'écrivain persan Nizami al-Arudi écrivit au dans le Chahar Maqala que l'animal le plus proche de l'homme est le Nasnas marchant debout et vivant dans les plaines du « Turkistan ». Le Nasnas fut déjà évoqué au par Maqdisi, un écrivain arabe qui vécut à l'ouest de l'Afghanistan, et qui écrivit que des hommes velus semblables à des animaux et courant comme des gazelles vivraient dans les régions désertiques du Cachemire, du Tibet, du Wakhan et de la Chine. Maqdisi aurait affirmé que les habitants de la région chasseraient et mangeraient ces créatures. Le roi arménien de Cilicie, , lors de son voyage de 1254-1255 en Asie sur les terres de Batu et de Möngke, évoqua des hommes sauvages nus, vivant dans le désert au sud d'Ouroumtchi.
vignette|Femelle « Ourang Outan » ou Homo sylvestris, d'après Bontius, 1658. L'aristocrate bavarois Johannes Schiltberger, fait prisonnier en 1402 après la bataille d'Ankara, passé au service de Tamerlan puis de la Horde d'or, écrivit après son retour en Europe que : « Sur la chaîne des monts Arbouss [à l'est des monts du Tian Shan] vivent des hommes sauvages qui n'ont pas de demeures fixes. Leur corps est entièrement couvert de poils, sauf sur les mains et le visage. Ils errent dans les montagnes comme d'autres animaux, et se nourrissent de feuilles et d'herbes, et de tout ce qui leur tombe sous la main. Le souverain du pays en question a offert deux de ces hommes sauvages ainsi que trois chevaux sauvages, pas plus grands que des ânes [probablement des chevaux de Prjevalski] et qui vivent au pied de ces hauteurs ». Des hommes sauvages sont brièvement mentionnés dans lÉpopée de Manas, célèbre poème épique kirghize.
Au , des récits sur des créatures humanoïdes incapables de parler sont enregistrés à Java, notamment par des voyageurs hollandais, comme Rumphius ou Jacques de Bondt (Bontius) qui affirma avoir vu un couple de ces créatures et décrivit une femelle marchant debout, pleurant, faisant preuve de pudeur et d'autres comportements humains. D'autres voyageurs diront que ces créatures auraient de longs bras descendants jusqu'à leurs genoux, se cacheraient dans des cavernes, auraient une bonne vision nocturne et voleraient de la nourriture aux populations locales, qui les chasseraient. Certains d'entre eux auraient été capturés et mobilisés pour effectuer quelques tâches domestiques (comme porter de l'eau), bien que ces êtres seraient incapables d'apprendre à parler. Si certains cryptozoologues voient dans ces récits un hypothétique hominien inconnu, l'essentiel de la communauté scientifique y voit des représentations exagérées d'orangs-outans, éteints aujourd'hui à Java.
En 1758, Carl von Linné, dans la dixième édition de son Systema naturae, sépare le genre Homo en deux espèces, Homo sapiens et Homo troglodytes (ou Homo nocturnus), en se basant en partie sur les récits rapportés par Pline l'Ancien ou Bontius. L'espèce Homo sapiens était aussi divisée en six sous-espèces, avec notamment Homo ferus, désignant des Homo sapiens redevenus sauvages (par exemple, les enfants-loups). Mais pour le cryptozoologue Dmitri Bayanov, certains Homo ferus seraient de « vrais » hommes sauvages. LHomo troglodytes serait, selon les quelques informations dont disposait Linné, d'apparence humaine, bipède, et dépourvu de diastème, contrairement aux singes. Le terme troglodytes sera écarté par Johann Blumenbach en 1775 du genre Homo vers le genre Simia (aujourd'hui obsolète), puis Pan, pour désigner le chimpanzé. Même si les sources de Linné étaient à la fois peu nombreuses et peu précises, voire parfois contradictoires, désignant probablement l'orang-outan et le chimpanzé, Porchnev et Bayanov pensaient que le nom scientifique de l'homme sauvage serait donc Homo troglodytes du fait des règles de la nomenclature zoologique.
En 1784, selon Michael Wagner (qui l'affirma dans son livre Beiträge zur philosophischen Anthropologie, publié en 1798) un « jeune homme sauvage » aurait été capturé dans une forêt entre la Valachie et la Transylvanie, et détenu en captivité durant plusieurs années à Kronstadt (aujourd'hui Brașov). Selon Wagner, la créature était de taille moyenne, recouverte d'une épaisse fourrure, notamment sur la poitrine et le dos, avait des yeux enfoncés et un front fuyant, des sourcils touffus et un nez court et aplati. Sa peau était jaune sale, il avait des callosités sur les genoux, les coudes et la paume de ses mains, et marchait debout d'un pas lourd, balançant sa tête et la poitrine penchée en avant. Il ne pouvait émettre de sons articulés, ne comprenait pas quand on lui parlait et ne semblait pas intrigué par son reflet dans une glace. La créature aurait été habituée avec le temps à porter des vêtements et à apporter de l'eau. Son sort ultérieur n'est pas renseigné.
Au milieu du , une « femelle Abnauaiu » (un nom abkhaze désignant les hommes sauvages) nommée Zana aurait été capturée dans la région d'Otchamtchiré, ou encore en Adjarie, et aurait vécu au village de Tkhina, à de Soukhoumi. Selon les témoins, la peau de Zana était noire et recouverte de poils rougeâtres ou noirs, notamment sur le bas de son corps, son visage étant recouvert de poils courts et épars, et ses cheveux mats et épais. Le visage de Zana s'avançant « comme un museau », était large, avec des pommettes proéminentes, un nez plat avec de larges narines. Zana aurait donné naissance à plusieurs enfants humains qui auraient vécu normalement (le plus jeune, Khvit, mourut en 1954 entre 65 et ). Zana aurait été enterrée dans les ou 1890 à Tkhina, mais les témoins furent incapables de retrouver l'emplacement de sa tombe. Le corps de Khvit fut exhumé, et analysé. Selon Bryan Sykes, Zana serait une Homo sapiens, et descendrait d'une population ayant quitté l'Afrique il y a , et s'étant installée dans le Caucase.