David Patrick Roger Lefèvre, né le à Reims, est un tueur en série, braqueur et criminel multirécidiviste français, surnommé « le tueur des marais ».
Le , Lefèvre commet un vol main armée, en compagnie d'un complice. Trois jours plus tard, il tue un SDF lors d'un second vol. Condamné à 5 ans de réclusion criminelle, il est libéré en . En 2003, Lefèvre est ré-incarcéré pour vol de voiture et violation des conditions de sa libération. Libéré en 2004, Lefèvre est de nouveau ré-incarcéré, en 2005, pour trafic de stupéfiants et vol de véhicule. Condamné à 5 ans de prison ferme, il est libéré en 2008.
En janvier et , Lefèvre tue deux de ses amis, près des hallages des Marais de l'Avre. Après une première enquête penchée sur un accident, celle-ci bascule en affaire criminelle, après la découverte du corps de la seconde victime. Arrêté le , Lefèvre est mis en examen pour meurtre et assassinat et placé en détention provisoire. Il est condamné, le , à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans.
Biographie Jeunesse David Lefèvre naît le à Reims (Marne). Il est issu d'une fratrie de six enfants et grandit dans un milieu social bancal, avec des parents mal-aimants et incestueux, qui lui font subir des violences physiques et sexuelles ; il les décrira par la suite comme étant des .
En 1988, âgé de 8 ans, Lefèvre est placé en famille d'accueil, près de Laon, avec ses frères et sœurs, après l'arrestation de leur père pour viol en réunion. Lefèvre est un enfant réservé et fuyant sur certains points, notamment lorsque l'on mentionne ses parents et ses premières années passées avec eux.
L'enfance de Lefèvre est marquée par l'absentéisme. Bien qu'il n'ait plus revu ses parents, Lefèvre se construit toute une personnalité persécutée et malsaine, sans remarquer de différence avec la réalité. À l'opposé, Lefèvre construira une balançoire pour ses frères et sœurs afin d'apporter du réconfort à une fratrie également marquée par le désamour . À l'adolescence, Lefèvre bascule dans la délinquance. Lui et son complice achètent un pistolet à plomb en vue de commettre des vols à main armée.
Vols à main armée et premier mort Le , Lefèvre, 19 ans, et son complice, mineur, commettent leur premier vol à main armée, à Laon. Le braquage se solde par une réussite et une petite somme d'argent est récoltée. Lorsque la police est dépêchée sur les lieux, les deux braqueurs sont déjà partis. Aucun indice n'est retrouvé sur place. À la suite de leur méfait, Lefèvre et son complice envisagent de commettre une longue série d'attaques à main armée, qui pourraient leur rapporter davantage.
Le , Lefèvre et son complice s'attaquent à un sans-abri et le braquent. Cherchant à impressionner la victime, Lefèvre tue le sans-abri d'une balle dans la tête, à l'aide de son pistolet. Pris d'une certaine émotion, il abat également le rat de sa victime puis l'écrase à l'aide de son pied. Les deux meurtriers décident ensuite de lui voler le revenu minimum d'insertion de la victime, en guise de butin, avant de prendre la fuite. Plusieurs passants, présents près la scène de crime, sont alertés par le bruit de la détonation et décident de se rendre sur place. Ceux-ci alertent les secours, mais la réanimation du sans-abri est un échec. Une enquête pour vol à main armée suivi de mort est ouverte. Les enquêteurs établissent un rapprochement avec le premier braquage.
Rapidement, les témoignages affluent, concernant la mort du sans-abri. Les témoins, présents sur les lieux, affirment avoir aperçu deux jeunes hommes prendre la fuite, à l'issue des coups de feu. Ceux-ci estiment leur âge aux environs de 20 ans. Une autre personne affirme avoir reconnu l'un des auteurs, lors du vol ayant mal tourné. Avec ce témoignage, les policiers parviennent à remonter jusqu'à Lefèvre et son complice.
Incarcération pour braquage et coups mortels Le , Lefèvre et son complice sont arrêtés et placés en garde à vue. Une perquisition est menée aux domiciles respectifs des suspects et permet la découverte d'un pistolet à plombs. L'expertise balistique réalisée démontre qu'il s'agit de l'arme ayant tué le sans-abri. Lefèvre et son complice reconnaissent les faits et affirment avoir perpétré leurs vols pour acquérir le maximum d'argent possible. Ils réfutent cependant toute intention de tuer le sans-abri, mais reconnaissent avoir eu l'intention de commettre de nouveaux braquages, s'il n'avaient pas été arrêtés. Rapidement, les gendarmes se rendent compte que leurs suspects sont deux jeunes hommes à la dérive.
Lefèvre et son complice sont mis en examen, le , pour vol à main armée et vol à main armée suivi de mort, puis placés en détention provisoire, au Centre pénitentiaire de Laon.
À ce stade de l'enquête, les policiers tentent de vérifier si le meurtre du sans-abri était volontaire, voire prémédité. Une première enquête conclut à un homicide volontaire, mais non-prémédité, Lefèvre et son complice ignorant la présence du sans-abri avant la commission des faits. Les avocats de Lefèvre et de son complice réfutent cependant la volonté de tuer de leurs clients et demandent une requalification des faits en vols avec violence [pour les deux braquages] et homicide involontaire [pour le second braquage], de manière à les correctionnaliser. Ceux-ci rappellent également qu'un pistolet à plombs n'a pas un caractère létal et ne constitue aucune intention de tuer. L'enquête suit partiellement cette requête en requalifie les faits en vol à main armée [pour le premier braquage] et [pour le second]. Pour ces faits, Lefèvre et son complice sont renvoyés devant la cour d'assises des mineurs de Douai, le complice étant mineur au moment des faits.
Jugement pour braquage et coups mortels Le , le procès de Lefèvre et son complice débute devant la cour d'assises des mineurs de Douai pour vol à main armée [pour le premier braquage] et .
Désormais âgé de 22 ans, Lefèvre fait profil bas et garde la tête baissée. Il reconnaît cependant les faits, sans pour autant avouer de mobile valable pour la mort du sans-abri : selon lui, la victime se trouvait . Face à cet argument, la Cour lui rappelle qu'il risque jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle, à l'issue de son procès. À la barre, les sœurs de Lefèvre, Sylvie et Nathalie, témoignent de leur enfance marquée par des parents violents, alcooliques et incestueux, ainsi qu'un père condamné pour complicité de viol en réunion. Les psychiatres confirment également une personnalité victime d'une enfance marquée par le désamour. Ils pointent du doigt une dérive compatible à l'environnement malsain dans lequel il a grandi, mais curable. Ces témoignages marquent la cour, qui décide d'accorder des circonstances atténuantes à Lefèvre.
Le , Lefèvre est condamné à 5 ans d'emprisonnement, dont six mois avec sursis, assortis d'une mise à l'épreuve de trois ans.
Libération et autres incarcérations Lefèvre est libéré le , après trois ans et trois mois de prison. À la suite de sa libération, il retourne habiter dans sa famille d'accueil et retrouve ses frères et sœurs.
En 2003, alors qu'il est toujours sous le régime de sa mise à l'épreuve, Lefèvre est arrêté après avoir volé une voiture. Il est mis en examen pour vol de véhicule et infraction aux conditions de libération puis placé en détention provisoire. Lefèvre comparaît devant le tribunal correctionnel de Douai, le , pour ces faits et est condamné à un an de prison ferme. Ses six mois de sursis s'ajoutant à sa peine, sa condamnation est donc portée à 18 mois de prison.
Lorsqu'il sort de prison, en 2004, Lefèvre décide d'emménager seul. N'ayant aucun diplôme, il effectue quelques missions intérimaires, mais se retrouve rapidement en manque de revenus. Il décide alors de revendre de la résine de cannabis. Lefèvre ne consomme pas de stupéfiants et développe une haine de ce milieu, qu'il juge avoir rejoint par contrainte. Il hait fortement les personnes toxicomanes et les considère comme des et des .
En 2005, Lefèvre est de nouveau arrêté par la police pour possession illégale de cocaïne, lors d'un contrôle routier. Outre sa possession illégale, les policiers s'aperçoivent que le véhicule a été volé. Lefèvre est mis en examen pour trafic de stupéfiants et vol de véhicule en récidive, puis placé en détention provisoire. Il comparaît, en 2006, devant le Tribunal correctionnel de Péronne, pour ses délits et est condamné à 5 ans de prison ferme.
Libération et meurtres du Marais de L'Avre Lefèvre est libéré en 2008, après trois ans de détention. Il s'installe alors à Amiens, où personne ne connaît ses antécédents judiciaires. Il travaille alors comme intérimaire manutentionnaire et rend service à ses voisins lorsque ceux-ci ont besoin. Seule une éducatrice de réinsertion décèle sa personnalité dominatrice et narcissique.
Dans la nuit du 13 au , Lefèvre se rend en Belgique. Il doit ramener Julien Guérin, un ami de 22 ans, à son domicile d'Amiens. Guérin a consommé une grande quantité de Vodka et est en état d'ébriété sévère. Lefèvre le conduit au marais de Camon et le frappe à la tête, à coup de pied-de-biche. Guérin tombe dans le marais de l'Avre, avant de mourir noyé. Lefèvre quitte les lieux pour retourner chez lui et se débarrasse du pied-de-biche. Le lendemain, la famille de Guérin s'inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles. La gendarmerie est contactée, mais ne prend pas la disparition au sérieux. Lefèvre aide à le rechercher, mais les battues n'aboutissent pas. Dans la soirée, Lefèvre se rend chez Alice, la compagne de Guérin, lui touche le sein gauche et lui propose de lui dire ce qu'il s'est passé, en échange d'un rapport sexuel. Alice refuse et dépose plainte contre lui pour agression sexuelle, le lendemain. Placé en garde à vue, Lefèvre dit s'être disputé avec Guérin et l'avoir déposé dans Amiens. Il affirme être venu voir Alice dans un but de séduction, mais également dans le but de provoquer Guérin. Il dit avoir été convaincu que Guérin reviendrait. Aucune charge ne pesant contre Lefèvre, celui-ci est relâché. Le , Alice décide de contacter la presse, qui prend cette disparition au sérieux. Le corps de Guérin est retrouvé dans l'Avre, le , par un éclusier faisant un contrôle. Une enquête est alors ouverte, en vue d'une autopsie, pour déterminer les causes du décès. Il est conclu à une mort accidentelle, après que le jeune homme ait bu une forte dose de Vodka. En ce qui concerne la fracture de la boîte crânienne, le médecin légiste avance un heurt d'une hélice de bateau, durant la noyade.