L'État français, plus connu sous le nom informel de régime de Vichy, instauré par le maréchal Philippe Pétain après la bataille de France de 1940, obtint à sa naissance la reconnaissance diplomatique de la part des Alliés, ainsi que de l'Union soviétique, jusqu'au et au commencement de l'opération Barbarossa. Cependant, le régime de Vichy rompit ses relations diplomatiques avec le Royaume-Uni après la destruction de la flotte française à Mers-el-Kébir. Le Canada toutefois maintint des relations diplomatiques avec Vichy jusqu'à l'occupation du sud de la France par l'Allemagne et l'Italie en .

Relations avec l'Axe La France de Vichy n'a jamais rejoint l'Axe. Elle s'est cependant engagée dans une politique de collaboration active vis-à-vis de l'alliance, et plus précisément de l'Allemagne nazie.

Allemagne Le texte de l'armistice de juin 1940 comprenait de nombreuses dispositions, dont l'exécution était garantie par la présence de 2 millions de prisonniers de guerre français en Allemagne, utilisés en pratique comme des otages. Même si le régime de Vichy contrôlait théoriquement tout le territoire français, à l'exception de l'Alsace-Lorraine dont le statut restait vague, les Allemands contrôlaient en pratique plus de la moitié du pays, dont les côtes nord et ouest, le nord-est industriel et la région parisienne. Le gouvernement provisoire installé à Vichy contrôla le reste jusqu'en , date à laquelle l'Allemagne l'envahit. C'est à partir de cette date que le régime de Vichy est devenu, à proprement parler, un Etat fantoche de l'Allemagne.

L'Allemagne espérait obtenir de la France des denrées alimentaires, du minerais et des produits industriels, ainsi que des volontaires pour travailler dans les usines allemandes. La collaboration économique prend des formes diverses : cessions de participations françaises à l'étranger, entrée d'investisseurs allemands au capital de sociétés françaises, transferts de propriété intellectuelle. Plus généralement, la collaboration économique aboutit à la mise à disposition de l'outil de production français au profit de l'Allemagne. De grandes entreprises françaises, telles que L'Oréal, Renault ou Gnome et Rhône, deviennent des sous-traitants de l'industrie de guerre allemande.

Le régime de Vichy gardait la pleine possession des colonies françaises - dans la mesure où il pouvait les défendre contre la France libre - ainsi que de sa flotte, dans la mesure où il pouvait la défendre contre les attaques navales britanniques. À Montoire-sur-le-Loir, le , Pierre Laval rencontre Adolf Hitler pour organiser une rencontre le surlendemain entre lui et Philippe Pétain. La rencontre aboutit à une poignée de main médiatisée entre les deux hommes, mais leurs discussions restent entièrement générales et aucune décision n'est prise. Hitler aurait été impressionné par l'engagement pris par Pétain de défendre l'Empire français. De fausses rumeurs abondaient selon lesquelles la France avait fait d'importantes concessions concernant les colonies et le contrôle allemand des ports français et de la flotte françaiseWilliam L. Langer, Our Vichy Gamble (1947) pp 89-98..

Italie Les relations du régime de Vichy avec l'Italie étaient régies par l'armistice de Villa Incisa () et supervisées par la commission italienne d'armistice avec la France. Des délégations italiennes ont été envoyées dans les territoires contrôlés par Vichy en Algérie, à Djibouti, au Maroc, en Syrie et en Tunisie.

Si la collaboration entre le régime de Vichy et l'Allemagne a atteint un niveau avancé, il n'est pas possible d'en dire autant en ce qui concerne l'Italie. Du , date à laquelle l'Italie a déclaré la guerre à la France alors en déroute, à l'opération Anton, les relations entre les deux États ont été caractérisées par la défiance.

Roumanie vignette|Territoires perdus par la Roumanie en 1940. Les relations entre la Roumanie et le régime de Vichy sont au départ houleuses. La France était, jusqu'à , la garante des frontières de la Roumanie, et son impuissance face à l'arbitrage de Vienne du ainsi qu'aux accords de Craiova du suscita le ressentiment à Bucarest. Le , le gouvernement roumain, qui prend une orientation germanophile, rétrograde son ambassade en France au rang de légation. Des mesures répressives sont adoptées des deux côtés à l'automne 1940, visant respectivement la colonie roumaine en France et la colonie française en Roumanie. gauche|vignette|Champ pétrolifère à Moreni, 1920. En , alors que l'opération Barbarossa a débuté et que Vichy s'est engagé plus fermement dans la croisade contre le bolchévisme, les relations entre les deux États se détendent. Un accord économique, comprenant l'échange d'armes françaises contre le pétrole roumain, est négocié. Alors que la victoire de l'Allemagne à l'Est semble possible, le vice-président du Conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères roumain, Mihai Antonescu, soutient, à l’été 1941, la constitution d'un bloc latin au sein de la nouvelle Europe, bloc qui doit comprendre la France, l'Italie, l'Espagne ainsi que le Portugal.

La coopération culturelle entre la Roumanie et la France est alors dense. Eugène Ionesco, alors diplomate accrédité auprès du gouvernement français, fait parvenir à Bucarest ses analyses sur la Révolution nationale et traduit en français des œuvres de la littérature roumaine.

En , un nouvel accord commercial est signé entre les deux gouvernements, tandis que la Roumanie apporte une aide alimentaire à la France.

Relations avec les Alliés

Australie L'Australie a maintenu, jusqu'à la fin de la guerre, des relations diplomatiques complètes avec le régime de Vichy. Elle a également établi des relations diplomatiques complètes avec la France libre/ Australia's diplomatic relationships with Vichy: French embassy in Australia.

Canada Le Canada a maintenu des relations diplomatiques complètes avec le régime de Vichy jusqu'à l'invasion allemande au début de .

Chine Le régime de Vichy a continué d'entretenir des relations avec le gouvernement de la République de Chine, alors dirigé par Tchang Kaï-chek, exilé à Chongqing dans l'intérieur de la Chine après la chute de Nankin en 1937. Les diplomates français, dans tout le pays, étaient accrédités auprès de son gouvernement à Chongqing. Le régime de Vichy a résisté aux pressions japonaises pour reconnaître le Gouvernement national réorganisé de la République de Chine, État fantoche établi par Wang Jingwei en 1940 à Nankin.

Royaume-Uni L'une des conditions de l'armistice du était que la France conserve sa flotte, la Marine nationale. Le gouvernement Pétain s'était alors engagé à ce que la flotte ne tombe jamais aux mains des Allemands, mais il a refusé de l'envoyer hors de portée de l'Allemagne, que ce soit au Royaume-Uni ou dans les territoires lointains de l'Empire français, à l'image des Antilles. Cette situation n'offrait pas de garanties suffisantes pour Winston Churchill, qui craignait que la flotte française ne se retrouve entre les mains des Allemands et soit utilisée contre des navires britanniques, essentiels au maintien de la navigation et des communications dans le monde.

Par conséquent, les navires français mouillant dans les ports britanniques furent saisis par la Royal Navy. Le vice-amiral Somerville, avec la Force H sous ses ordres, fut chargé de s'occuper de la grande escadre du port de Mers El Kébir, près d'Oran, en . Après des négociations infructueuses, la Force H a ouvert le feu sur les navires français, tuant français, dont près de 1 000 marins lors de l'explosion du Bretagne. L'escadre française d'Alexandrie, commandée par l'amiral René-Emile Godfroy, fut internée jusqu'en 1943, date de la conclusion d'un accord avec l'amiral Andrew Browne Cunningham, commandant de la flotte méditerranéenne.

Moins de deux semaines après l'armistice, la Grande-Bretagne avait tiré sur les forces de son ancien allié. L'opinion publique française en fut profondément choquée, et en nourrit un profond ressentiment envers la Grande-Bretagne. Vichy rompit ses relations diplomatiques avec le Royaume-Uni le .

États-Unis Les États-Unis accordèrent à Vichy une pleine reconnaissance diplomatique, envoyant l'amiral William D. Leahy en France comme ambassadeur. Le président Franklin Roosevelt et le secrétaire d'État Cordell Hull espéraient utiliser l'influence américaine pour soutenir les membres du gouvernement de Vichy opposés à la collaboration militaire avec l'Allemagne. Les Américains espéraient également encourager le régime de Vichy à résister aux demandes de guerre allemandes, qu'elles concernent la flotte, les bases aériennes françaises au Levant, ou l'acheminement de fournitures à travers les territoires français en Afrique du Nord. Les États-Unis considéraient que la France ne devrait prendre aucune mesure qui n'était pas explicitement requise par les termes de l'armistice et aurait pu nuire à l'effort de guerre allié. Les Américains mirent fin à leurs relations diplomatiques avec le régime de Vichy lorsque l'Allemagne envahit la zone libre à la fin de 1942William L. Langer, Our Vichy Gamble (1947).

La position américaine vis-à-vis de Vichy et du général de Gaulle était particulièrement hésitante et incohérente. Roosevelt n'aimait pas Charles de Gaulle et partageait l'opinion de l'ambassadeur Leahy, selon lequel il était un « apprenti dictateur ».

Se préparant à un débarquement en Afrique du Nord à la fin de 1942, les États-Unis cherchèrent au sein de l'armée française des hauts gradés susceptibles de leur apporter leur soutien. Ils se tournèrent vers Henri Giraud, peu avant le débarquement du . Finalement, lorsque François Darlan se rallia à la France libre, ils l'utilisèrent contre de Gaulle. Le général américain Mark W. Clark, du commandement allié combiné, signa un accord avec l'amiral Darlan le , dans lequel les Alliés reconnurent ce dernier comme haut-commissaire pour l'Afrique du Nord et de l'OuestArthur L. Funk, "Negotiating the 'Deal with Darlan'", Journal of Contemporary History (1973) 8#1 pp81-117 in JSTOR.. Darlan fut assassiné le , et Washington se tourna à nouveau vers Giraud, qui fut nommé haut-commissaire de l'Afrique du Nord et de l'Ouest française. Le Britannique Harold Macmillan réunit alors de Gaulle et Giraud pour servir de coprésidents du Comité français de libération nationale. Là où de Gaulle s'était construit une base politique solide, Giraud n'y parvint pas et perdit tout pouvoirMartin Thomas, "The Discarded Leader: General Henri Giraud and the Foundation of the French Committee of National Liberation", French History (1996) 10#12 pp 86-111.

Union soviétique De la mi-1940 jusqu'à la mi-1941, l'Union soviétique a maintenu des relations diplomatiques avec le régime de Vichy. En , l'ambassadeur soviétique en France, Yakov Surits, fut déclaré persona non grata dans son pays d'accueil. Par la suite, le chargé d'affaires soviétique à Vichy, Alexandre Bogomolov, maintint tout de même des contacts avec le régime de Vichy. En , Bogomolov fut promu ambassadeur soviétique en FranceForeign Relations of the United States Diplomatic Papers, 1941, General, The Soviet Union, Volume I: 701.6151/51: Telegram – The Ambassador in the Soviet Union (Steinhardt) to the Secretary of State, Moscow, 21 March 1941. Available here.. L'ambassadeur de Vichy en Union soviétique, Gaston Bergery, n'est arrivé à Moscou que fin . En , l'Union soviétique rompit ses relations diplomatiques avec la France de Vichy. Elle établit des relations officieuses avec la France libre en Alexander Werth: Russia at War, 1941–1945: A History, New York City (NY): Simon & Schuster 2017, p. 665. Available here..

Relations avec les États neutres

Espagne vignette|Carte économique du Maroc français en 1928.