Les Bossats est un site préhistorique de plein air situé sur la commune d'Ormesson, en Seine-et-Marne. Sa longue occupation d'environ va du Paléolithique moyen au Badegoulien, incluant Moustérien, Châtelperronien, Gravettien et Solutréen moyen, soit approximativement de .

Le site est de première importance sur plusieurs aspects archéologiques. Sa durée d'occupation exceptionnelle et sa bonne conservation permettent d'établir un cadre chrono-stratigraphique beaucoup plus précis que celui connu jusqu'alors au nord de la Loire. L'intérêt en est particulièrement élevé pour le Gravettien ancien, un faciès du début du Paléolithique supérieur mal connu dans la région ; d'autant que les vestiges de cet âge y sont parmi les mieux conservés. Il a de plus livré le premier fossile humain gravettien trouvé au nord de la Loire. C'est aussi le gisement châtelperronien situé le plus au nord en France et plus généralement en Europe - quoique cette limite nord puisse n'être dû qu'à une carence dans les recherches plutôt qu'à l'absence de sites en soi.

Historique

Dans les années 1930, des labours exposent quelques pièces lithiques. En 2004 Claude Pommier, archéologue amateur, fait part de ses découvertes à Jean-Luc Rieu, responsable du Service des publics au musée de Nemours ; ce dernier alerte Pierre Bodu. En 2005, l'équipe d'ethnologie préhistorique du CNRS termine un vaste programme de recherche développé entre 1999 et 2005 sur le Paléolithique supérieur ancien dans le Bassin parisien, sans avoir recensé de sites gravettiens bien préservés. Dans ce contexte, la découverte des Bossats est donc de première importance : le site, exceptionnel tant sur la durée d'occupation que sur sa conservation, permet d'établir un cadre chrono-stratigraphique beaucoup plus précis que celui jusqu'alors connu au nord de la Loire. En 2019 une trentaine de datations sont déjà réalisées, d'autres sont en cours ; l'extension spatiale de certains niveaux n'est pas encore connue.

Le terrain appartient alors à Didier Lebègue, qui autorise gracieusement l'usage de son bien pour les recherches. Les premières études approfondies ont lieu en 2004 et 2007 et les premières excavations en 2009 sous la direction de Pierre Bodu. Après huit ans d'exploitation du gisement (2009-2016) les fouilles se poursuivent en 2017 et 2018

Situation Localisation

Le site se trouve à au nord-est d'Ormesson dans la pointe nord-est de la commune, et à au sud-ouest de Nemours. Il est à environ au nord de la route D403 reliant Beaumont à Nemours. À à l'est, le Loing coule en direction du nord.

Le site est à quelque d'altitude, faisant face au sud sur un terrain en légère pente en contrebas de grands plateaux ; il est sur le côté nord d'une petite vallée de nos jours sèche, dont le fond est à d'altitude au niveau du site, dominé par des coteaux assez abrupts s'élevant à un peu plus de d'altitude et donc avec une dénivellation avoisinant les .

D'une surface totale d'environ , le site est au pied du coteau nord, qui est légèrement creusé à cet endroit et forme une sorte de cirque. L'emplacement est donc protégé non seulement des vents nord et sud, mais aussi des vents ouest et, dans une certaine mesure, des vents venant de l'est.

Un endroit stratégique pour la chasse

À partir du site, cette vallée s'élargit amplement vers l'est puis débouche sur la vallée du Loing ; à l'ouest, elle se resserre brusquement à environ du site et se prolonge au-delà sur environ jusqu'à Chevrainvilliers. C'est une excellente figuration pour le rabattage du gibier.

De plus l'endroit est également proche des ressources essentielles que sont l'eau, le silex et les ressources végétales.

Sites proches

Deux sites sur Ormesson sont à environ au sud des Bossats : le Cirque de la Patrie, fouillé en 1928 par Raoul Daniel, ensuite par quelques autres de ses collègues, puis de nouveau en 1937 par R. Daniel et sa femme ; et les Gros Monts, que Lacarrière et al. (2014) placent dans ou aux alentours immédiats de l'ancienne carrière des Brûlis.

À au nord-est, la Pente-des-Brosses (Solutréen, Magdalénien) se trouve sur Montigny-sur-Loing, dans la vallée du Loing en aval - au nord - de Nemours.

L'important site de plein air de Pincevent (Magdalénien supérieur) se trouve à environ à vol d'oiseau au nord-est.

Géologie et conservation des vestiges

Le site se trouve dans une zone de sables marins produits par la désagrégation des grès stampiens : Stampien moyen (« g2b », en rose sur la carte géologique), et sables quartzeux du Stampien inférieur (« g2a », en rose à points rouges) formant la « dépression de Larchant » et contenant des silex crétacés ou tertiaires dits meuliers, avec des dragées de quartz blanc et des galets de silex. Il est entouré par une barrière de grès de Fontainebleau.

Conservation des vestiges organiques

Le sable conserve mal les vestiges organiques, témoins ceux du Cirque de la Patrie ou les Gros Monts qui se trouvent tous deux dans des formations géologiques sableuses et dont la datation exacte est impossible dans l'état actuel des connaissances.

Mais le site est aussi à la limite sud de l'extension maximum des dépôts de lœss (substrat limoneux). La carte géologique montre, immédiatement au sud du site, des limons (« LP », en jaune pâle) mélangés avec des éléments résiduels variés. En l'occurrence, ces « éléments résiduels variés » sont à base de calcaires, ce qui a engendré une calcification des vestiges archéologiques qui ont ainsi reçu une première protection.

Là-dessus, le site a été recouvert relativement rapidement par des sédiments sableux, ce qui permet une analyse palethnographique relativement inédite pour cette période.

Ainsi, ces derniers ont bénéficié d'une excellente protection malgré l'environnement sableux ; ce qui autorise les datations précises à partir de matières organiques, et fait des Bossats un site de plein air unique dans le bassin parisien.

Stratigraphie

La stratigraphie du site couvre une période d'occupation qui approche les ans, avec sept niveaux d'occupation : deux niveaux moustériens, un châtelperronien, un gravettien, un solutréen, un badegoulien ; et, entre Châtelperronien et Gravettien, un niveau intermédiaire contenant un foyer isolé avec de nombreux petits fragments d'os brûlés mais sans autres vestiges archéologiques proches.

Une si longue stratigraphie est rare en France. Comme site comparable, Bodu et al. (2019) citent « la Croix de Bagneux » à Mareuil-sur-Cher à à l'est de Tours ( au sud-ouest des Bossats).

Les niveaux d'occupation les plus anciens (Moustérien, Châtelperronien) se trouvent dans des sables ; les plus récents (Gravettien, Solutréen, Badegoulien) sont dans des lœss.

Moustérien

L'industrie moustérienne est de type Discoïde. Pour les deux niveaux moustériens, le niveau 5 se retrouve sur presque toute la surface du site (environ ) ; le niveau 4 couvre plus de .

Les sables qui emballent le Moustérien présentent une coloration nettement rouge, qui pourrait être due à des activités de traitement et d'utilisation de matières colorantes.

Datations

Deux datations par thermoluminescence sur des silex brûlés donnent un âge de ± ans AP et ± ans AP, c'est-à-dire la fin du Paléolithique moyen au sein du SIO 3.

Ocre

77 pièces d'ocre (c'est-à-dire des pierres riches en oxyde de fer(III)) rouge et jaune modifiée, portent des marques d'abrasion, striation et grattage indiquant la production de poudre. Les matières colorantes ont été soigneusement sélectionnées dans des dépôts du Sparnassien à du site, en rive droite du Loing. Cette source fournit un minéral presque exclusivement composé d'oxyde de fer (hématite) et oxyhydroxyde de fer (goethite). Elle a été choisie plutôt que les concrétions du Stampien présentes sur le site même : ces dernières sont moins riches en hydroxyde de fer, elles contiennent plus de quartz et l'hématite est plus tendre.

Flore

Les aires et structures de combustion ont fourni des charbons de bois de pin (Pinus nigra / Pinus silvestris) et de genévrier (Juniperus).

Châtelperronien

Il se trouve dans le niveau 4 supérieur, avec trois concentrations de vestiges distantes de plusieurs mètres . Sa surface minimum est de . C'est le gisement châtelperronien situé le plus au nord en France et plus généralement en Europe, une place tenue jusqu'en 2014 par la grotte du Renne et, de moindre importance, sa voisine la grotte du Bison à Arcy-sur-Cure ( au sud-est dans l'Yonne)

Les vestiges de cette occupation se situent en surface de sables de couleur orange, qui recouvrent le niveau moustérien discoïde. Ces sables présentent des taches d'oxydes ferro-manganiques noirs qui indiquent une possible pédogenèse.

Datations

Plusieurs datations du niveau châtelperronien ont été publiées en 2017 : une sur os et cinq sur charbon de bois. Elles sont comprises entre ± ans cal. AP et ± ans cal. AP, c'est-à-dire sur près de ans - nonobstant les écarts types qui vont du simple à plus du double. Cependant le plus grand nombre de datations semble centré autour de ans cal. AP, même si ces chiffres sont susceptibles d'être modifiés en fonction de nouvelles découvertes et aussi de l'affinement de la méthode de traitement des datations elle-même.

Flore

Les aires et structures de combustion ont fourni des charbons de bois de genévrier (Juniperus).

Gravettien Généralités, datations

En 2016 le site des Bossats est l'un des quatre sites gravettiens du bassin parisien datables grâce à ses ossements et charbons de foyers (les trois autres sont Arcy-sur-Cure, Yonne ; le site de plein air à Chamvres (Yonne) ; et la Pente-des-Brosses (Montigny-sur-Loing, Seine-et-Marne) avec ses nombreux fragments d'os de renne). Le Gravettien de la Pente-des-Brosses est un Gravettien récent, de même que celui de Haut-le-Roc et du Cirque de la Patrie (tous deux sur Montigny). Celui des Bossats appartient à une phase récente du Gravettien ancien, comme le site des Gros Monts (Ormesson, Seine-et-Marne). La datation radiométrique sur du collagène d'os a donné un âge de ans ± 530 ans AP, une date cohérente avec les autres sites gravettiens de la région. Quatre autres dates sur des os de bison donnent une moyenne d'âge d'environ ans cal. AP.

Aux Bossats les vestiges du Gravettien ancien se trouvent dans le niveau 1 sur une aire à peu près ovale d'environ (surface minimum), sur la berge d'un talweg, à faible profondeur : seulement une quarantaine de centimètres sous la surface du sol actuel. Ce sont essentiellement deux aires de combustion isolées, dont une principale. Cet isolement est vraisemblablement dû à l'érosion de la couche supérieure du lœss, notamment pendant l'Holocène, qui a entraîné la disparition d'autres implantations gravettiennes situées plus à l'ouest. Cette érosion a aussi entraîné l'effondrement partiel de la berge du talweg et le glissement vers l'est de un tiers du locus gravettien, qui passe progressivement de à près de un mètre de profondeur d'ouest en est. Mais ce glissement, qui s'est produit après le dépôt d'une couche de lœss sur les vestiges, est seulement un mouvement latéral et n'a pas affecté l'homogénéité de la couche archéologique ni son organisation spatiale.

Cette époque a livré une rare structure d'habitation : un radier ; de nombreuses traces lithiques et osseuses d'activités bouchères et de transformation de l'os ; et des coquilles percées, vestiges de préoccupations non domestiques.

Une bonne préservation des vestiges

Le Gravettien, extrêmement bien conservé dans le lœss y compris pour des ossements fragiles généralement disparus des dépôts de cet âge, a fourni les vestiges organiques les mieux préservés du site : la majorité du matériel archéologique a été calcifiée grâce aux nombreux espaces vides formés par la superposition de blocs de calcaire (calcaire de Fontainebleau et calcaire d'Étampes), et d'artéfacts archéologiques de grande taille (silex et os). La calcite a formé une croûte marquant le niveau gravettien..

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