vignette|Sonnerie de la messe pour la France (Fête Nationale). La sonnerie de la cathédrale de Strasbourg est constituée d’un ensemble de cloches pour la plupart contemporaines. La plupart des cloches anciennes ont en effet disparu à la Révolution et il n’en subsiste qu’un bourdon de 1427, une cloche de 1786 et les quatre cloches des heures coulées entre 1595 et 1787. Après être restée dans un état de grande pauvreté pendant près de deux siècles, la sonnerie est progressivement reconstruite à partir des années 1970. Sept nouvelles cloches sont ainsi fondues entre 1975 et 1976, trois entre 1987 et 2004 et encore quatre en 2015.
En 2024, la sonnerie de la cathédrale compte vingt cloches, dont quatre réservées aux heures. Ce nombre conséquent de cloches permet des sonneries riches en accords. Les sonneries cultuelles varient pour la plupart en fonction des fêtes et des temps liturgiques. Les fêtes importantes situées dans les temps forts du calendrier liturgique sont ainsi signalées par le recours à un plus grand nombre de cloches que les jours ordinaires.
Histoire Sonnerie médiévale Les informations conservées sur les cloches du Moyen Âge sont parcellaires et permettent surtout d’identifier les rôles et, plus rarement, l’emplacement de certaines cloches. En ce qui concerne les rôles, les sources évoquent la cloche de l’Angélus, celle de la messe, celle du sermon, celle des vêpres, celle des morts, celle des foires, celle du tocsin, celle des heures et celle des quarts.
La disposition des cloches dans la cathédrale a évolué au fil de la construction et des aménagements ultérieurs. Au Moyen Âge, le beffroi n’est pas installé dans la structure entre les deux tours qui porte ce nom aujourd’hui, mais au deuxième étage de la tour sud. Il y a peut-être été établi dès l’achèvement du premier étage vers 1316, comme pourrait l’indiquer la fonte d’une grosse cloche à cette date. La composition de la sonnerie et la localisation des cloches avant cette date n’est pratiquement pas connue, tout au plus une « grande cloche » est mentionnée en 1275. Cet ensemble a été détruit dans l’incendie de 1298. D’autres cloches semblent avoir été fondues à la même époque que le bourdon de 1316, notamment la Mord : citée pour la première fois en 1333 et refondue en 1379, cette cloche joue le rôle de tocsin et annonce les ouvertures et les fermetures de la foire Saint-Jean. Deux cloches à usage liturgiques, la Messeglocke et la Vesperglocke sont encore ajoutées en 1400 et 1402.
Déjà refondue en par Eberlin Stegmenan, le bourdon de 1316 se fêle le en raison, d’après le chroniqueur rapportant l’événement, d’un usage trop intensif dû à la peste. Un nouveau bourdon est commandé en 1427 à Hans Gremp, fondeur de cloches de l’Œuvre Notre-Dame, et fondu le de la même année sur l’actuelle place du Château. Plusieurs cloches sont ajoutées à la sonnerie dans la seconde moitié du : la Mittagsglocke, ou « cloche de midi », qui sonne l’Angélus de midi et la Ratsglocke, ou « cloche du conseil », coulée en 1473 par Thomas Jost, qui est à usage de la municipalité et sonne pour convoquer les conseils municipaux et tous les soirs avant le Judenbloss, sonnerie de trompe signifiant que tous les juifs doivent avoir quittés la ville.
Le beffroi actuel ne prend ce rôle qu’en 1521, lorsque la charpente de beffroi est reconstruite à cet emplacement par les charpentiers Médard von Landau et Hans Eckstein. L’opération est nécessaire afin de pouvoir y accrocher Marie, une cloche géante de vint-et-une tonnes. Marie a été fondue deux ans plus tôt, le , par Jörg von Speyer et installée le . Elle sonne pour la première fois le de la même année, mais, moins de trois mois plus tard, elle se fêle en sonnant pour la messe de Noël. Dernière cloche fondue au Moyen Âge, la Betglocke, ou « cloche de la prière » est fondue vers 1525 pour sonner à 5h ou 6h une prière instaurée à cette date par le conseil municipal.
D’autres cloches sont mentionnées, sans beaucoup d’informations supplémentaires : la Wetterglocke (« cloche du mauvais temps »), la Predigtglocke (« cloche du sermon »), la Sturmglocke (« cloche de l’attaque »), probablement un tocsin), la Feierabendglocke (« cloche de la fin de journée »), qui sonne le couvre-feu, la Torglocke (« cloche des porte »), la Schlaggglocke et la Nachschlagglocke, la première sonnant les heures et la seconde répétant la sonnerie de la première.
Sonnerie moderne Plusieurs anciennes cloches sont refondues ou remplacées au , notamment la Mord en 1643 et la Betglocke en 1687. Ce n’est qu’entre 1786 et 1787 qu’un ajout majeur a lieu, avec la fonte de trois nouvelles cloches par Mathieu III Edel. La première est une grande cloche de volée de plus de deux tonnes, appelée Torglocke tandis que les deux autres sont de petites cloches devant sonner les quarts d’heure. La cathédrale compte ainsi seize cloches à la veille de la Révolution française.
À la suite du décret du permettant la confiscation des cloches à usage religieux, les révolutionnaires s’emparent de toutes les cloches du beffroi, à l’exception du bourdon de 1427, qui est conservée pour les usages civils ; les cloches de l’horloge et la Torglocke ne sont, elles, pas concernées par ces déprédations.
Dès , Matthieu Edel coule pour la cathédrale trois nouvelles cloches : la Bienheureuse Vierge Marie ou Angelusglocke, qui pèse un peu plus de deux tonnes et sonne en si 2 pour l’Angélus ; la Saint-Laurent pesant et sonnant en ré dièse 3 ; la Sainte-Catherine dont la masse est de et qui sonne en fa dièse 3. Ces cloches rejoignent le bourdon de 1427 dans le beffroi et sont bénies le . La Sainte-Catherine se fêle toutefois en 1814 et est remplacée par une cloche similaire fondue par Jean Louis I Edel.
Sonnerie contemporaine alt=photographie en noir et blanc montrant deux hommes s’affairant autour d’une cloche dans une structure en bois.|vignette|L’installation des sept cloches formant la nouvelle sonnerie en 1978. Lorsque l’Angelusglocke se fêle en 1912, elle n’est pas remplacée. Sa place dans le beffroi est reprise par la Torglocke de 1786, qui se trouvait jusque-là dans la haute-tour. Cette remplaçante n’est toutefois plus utilisée pour sonner l’Angélus, mais le couvre-feu à 22h et prend alors le nom de Zehnerglocke.
Pendant la Première Guerre mondiale, le décret du permet la réquisition des cloches des églises pour alimenter en métaux l’industrie militaire. Toutefois, bien que les trois cloches de 1806 et 1814 — l’Angelusglocke était restée stockée dans la cathédrale — aient été envoyées à Francfort pour être fondues, l’opération n’est pas réalisée et elles sont restituées en 1919. De même, malgré les dommages subis par la cathédrale pendant la Seconde Guerre mondiale, les cloches en réchappent sans dommage. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale ne compte donc que les quatre cloches des heures et les quatre cloches du beffroi. Celles-ci sonnent ensemble pour les vêpres des grandes fêtes et les messes solennelles, mais le bourdon de 1427 n’est pas utilisé le reste du temps et seules les trois cloches Edel sonnent pour la messe du dimanche, tandis que les offices de semaine ne sont annoncés que par les deux plus petites.
Au début des années 1970 est lancé le projet de construire une nouvelle sonnerie pour la cathédrale, mais le projet est cependant retardé par la fêlure de la Zehnerglocke en 1973. Il reprend en 1975, le groupe de travail dirigé par le chanoine Jean Ringue décidant d’ajouter sept nouvelles cloches, qui sont fondues entre 1975 et 1976 et sonnent pour la première fois le . L’une de ces cloches est offerte par l’archevêché de Fribourg-en-Brisgau tandis que les six autres sont financées par des donateurs anonymes. Les trois cloches Edel n’étant pas accordées sur le ton de la nouvelle sonnerie, les deux petites sont alors données à l’église du Dompeter, tandis que la Zehnerglocke ne sonne que seule ou avec les deux autres bourdons.
Cet ensemble est complété en 1987 par une cloche en sol bémol 3, en 1993 par une la bémol 4, puis en 2004 par une mi bémol 4, don de la Ville de Karlsruhe. Toutefois, deux ans plus tard, lors de la Pâques 2006 la mi bémol 3 de 1977 se fêle et est remplacée par une cloche neuve qui sonne pour la première fois en . En 2010, la cathédrale compte donc seize cloches : dix pour la grande sonnerie du massif occidental, quatre pour l’horloge et deux dans la tour de croisée. À l’occasion du millénaire de la fondation de la cathédrale en 2015, quatre cloches sont ajoutées dans la tour de croisée, portant le nombre total à vingt..
Ordonnance de la sonnerie L'idée de disposer d'une sonnerie dans laquelle les cloches sont en harmonie les unes avec les autres est contemporaine : au Moyen Âge, les cloches sont conçues individuellement et lorsqu'elles sont sonnées ensemble le résultat est probablement discordant et peu harmonieux. Par ailleurs, alors que les cloches ont longtemps mêlé usages civils et religieux, l’usage cultuel est progressivement devenu dominant depuis le . Des sonneries civiles ne subsistent en 2020 que la sonnerie des heures, assurée par des cloches dédiées, et celle de 22h05 de la Zehnerglocke. Parmi les sonneries cultuelles, celle de l’Angélus est l’une des rares à être identique toute l’année. La prière du matin, introduite au , est annoncée à 7h05 par la cloche do 4 ; celle du midi, instaurée le , à 12h05 par la cloche Notre-Dame de la Paix (ré bémol 4) ; celle du soir, instaurée au , à 19h05 par la cloche mi bémol 3. L’autre sonnerie immuable est celle commémorant la mort du Christ, instituée en 1412. Originellement sonnée le vendredi à midi, elle a été déplacée à 15h en 1740. En 2020 elle a lieu à 15h05 pour éviter de sonner en même temps que les cloches des heures et est l’œuvre du second bourdon.
Les autres sonneries cultuelles varient selon les fêtes et les temps liturgiques. La sonnerie qui appelle à 8h45 à la messe du chapitre cathédral joue ainsi des accords différents selon la période liturgique – ordinaire, avent, Noël, Carême, Pâques, mais aussi selon la nature du jour : férie (jour ordinaire), mémoire, fête, solennité. Plus le jour est important au croisement de ces deux grilles de lecture et plus la sonnerie est riche en accords. Ainsi, seules les cloches fa 3 et sol bémol 3 sont utilisées pour un jour ordinaire en temps ordinaire, alors que les solennités en dehors du temps ordinaire font intervenir les cloches ré bémol 3, mi bémol 3, fa 3, la bémol 3, si bémol 3 et do 4.
Les sonneries annonçant les messes saturnales, dominicales et des grandes fêtes varient également à la fois selon la période de l’année et le type de messe. Il y a trois groupes d’annonces : le premier est celui du midi des samedis et veilles de fêtes, des messes de 9h30, 11h et des vêpres le dimanche et les jours de fête ; le deuxième est celui de la messe de 8h du dimanche et des jours de fêtes et le troisième celui des messes du soir des samedis, dimanches, veilles et jours de fêtes. Ces groupes sont croisés avec les temps liturgiques pour créer des sonneries uniques à chaque moment. Par exemple pour le premier groupe en temps ordinaire d’hiver seules le second bourdon et les cloches ré bémol 3, mi bémol 3 et sol bémol 3 sont utilisées, tandis que pour le même groupe au moment de Noël presque toutes les cloches sonnent à l’exception de la Zehnerglocke et de la sol bémol 3. Pour la même fête, les sonneries du groupe 2 utilisent en revanche les cloches mi bémol 3, la bémol 3, si bémol 3 et do 4. En plus de ces sonneries, le grand bourdon sonne également seul à 9h pour pré-annoncer la messe de 9h30. Par ailleurs, en-dehors des sonneries d’annonce, le second bourdon est sonné pendant la messe au moment de l’élévation.