Dina Boluarte, née le à Chalhuanca, est une femme d'État péruvienne, présidente de la République du au .
Avocate de formation, elle travaille pour l'état civil péruvien de 2007 à 2021, année où elle se présente comme candidate vice-présidentielle aux côtés de Pedro Castillo pour Pérou libre, un parti d'orientation marxiste. Après son élection en et son accession à la vice-présidence le , elle est nommée, en plus de la vice-présidence, ministre du Développement et de l'Inclusion sociale, poste qu'elle occupe durant les quatre premiers gouvernements sous Castillo.
Après la tentative ratée de Castillo de mener un auto-coup d'État et sa destitution par le Congrès, Dina Boluarte devient la première femme à accèder à la présidence de la République et s'allie avec des partis conservateurs. Sa présidence est qualifiée de conservatrice.
Après un mandat de presque trois ans entaché par de nombreux scandales de corruption, une hausse de la criminalité, des manifestations réclamant son départ du pouvoir, ainsi que par des tensions frontalières avec la Colombie, elle est finalement par le Congrès de la République le pour .
Origines, vie privée, formation et carrière juridique Née le , Dina Ercilia Boluarte Zegarra est originaire de la ville de Chalhuanca, située dans la région d’Apurímac, dans le sud du Pérou, dont la population est majoritairement issue du peuple autochtone quechua, dont elle parle la langue. Elle est la benjamine d’une famille de .
Après des études de droit à l'université San Martín de Porres, elle devient avocate. Elle travaille à partir de 2017 pour le service d'état civil du Pérou..
Anciennement mariée à David Gómez Villasante, elle a deux enfants, David Eduardo Gómez Boluarte et Daniel Felwig Gómez Boluarte.
Élections générales de 2021 gauche|vignette|Dina Boluarte et Pedro Castillo, lors de la constitution du gouvernement dirigé par Mirtha Vásquez, en . Membre du parti politique Pérou libre, Dina Boluarte est candidate à la vice-présidence de la République aux côtés de Pedro Castillo lors des élections générales de 2021.. Le ticket l'emporte d’extrême justesse le face à Keiko Fujimori, ce qui fait de Dina Boluarte la nouvelle vice-présidente élue de la République.
Vice-présidente de la République et ministre Dina Boluarte prête serment et entre en fonction le , succédant indirectement à Martín Vizcarra. Le lendemain, le , elle est également nommée ministre du Développement et de l'Inclusion sociale, fonction qu'elle occupera durant quatre gouvernements successifs. Néanmoins, le , lors de la constitution du cinquième gouvernement de Pedro Castillo, elle décide de renoncer à cette fonction, justifiant que « la polarisation actuelle nuit à tout le monde », et préférant consolider « l'unité la plus large de tous les Péruviens » en tant que vice-présidente..
En , alors que le président Castillo est menacé par une procédure de destitution, elle menace de démissionner pour ne pas lui succéder.
Après avoir affirmé en , lors d'une entrevue avec La República qu'elle n'a jamais embrassé l'idéologie du parti Pérou libre, Dina Boluarte en est expulsée par le président du parti Vladimir Cerrón. thumb|left|Dina Boluarte et le vice-président brésilien, Hamilton Mourão, en septembre 2022.
Présidente de la République Tentative d'auto-coup d'État de Castillo et investiture Le , après la destitution de Pedro Castillo pour « incapacité morale » et la tentative d'auto-coup d'État de ce dernier, Dina Boluarte est investie présidente de la République par le Congrès et devient la première femme à occuper cette fonction..
Lors de sa prestation de serment en tant que présidente de la République devant le Congrès, après avoir reçu l'écharpe présidentielle par José Williams, président du Congrès de la République, elle déclare qu'elle ..
Après son investiture, elle n’exclut pas l'organisation d'élections anticipées et appelle les manifestations pro-Castillo à se disperser.. Elle demande également une trêve à l'opposition et à la presse, qui n'ont eu de cesse de tenter de déstabiliser l'ancien président pour « installer un gouvernement d'unité nationale »..
Exercice de la fonction Formation du nouveau gouvernement Le , la nouvelle présidente Dina Boluarte annonce que la composition de son gouvernement sera finalisée dans la soirée, et annoncée le samedi matin , avant midi.. gauche|vignette|Le gouvernement Boluarte le . La cérémonie d'investiture du gouvernement a lieu à , et la présidente Boluarte décide de nommer l'avocat Pedro Angulo président du Conseil des ministres. Celui-ci avait été candidat du parti de centre droit Contigo à l'élection présidentielle de 2021.. Au sein du gouvernement, huit femmes sont nommées, c'est plus que dans chacun des cinq gouvernements de Pedro Castillo, et les ministres appartiennent ou ont appartenu à un parti politique, mais qui n'ont aucune représentation parlementaire. Le cabinet est donc un gouvernement technique.. Peu après sa nomination comme président du Conseil des ministres, des journalistes d’investigation révèlent que Pedro Angulo fait l'objet de treize enquêtes judiciaires et de plusieurs plaintes pour agression sexuelle.
Certaines organisations de gauche sont méfiantes vis-à-vis de son rapprochement avec les élites politiques et économiques : « Qu’elle écoute les organisations de la société civile, les syndicats de travailleurs et les mouvements sociaux (…) et pas seulement le Congrès, où se trouvent les partis coresponsables de la crise », déclare ainsi une coalition d’organisations de la société civile.
Le gouvernement dirigé par Pedro Angulo ne dure que onze jours. Le , Dina Boluarte, nomme Alberto Otárola, jusqu'alors ministre de la Défense et ayant occupé cette même fonction sous Ollanta Humala, président du Conseil des ministres.
Manifestations contre le gouvernement
La destitution et l'arrestation de Pedro Castillo conduisent des syndicats, des organisations civiles et sociales, des organisations de peuples autochtones, et des partis de gauche et d'extrême gauche à mobiliser un large mouvement de protestation. Les revendications portent en particulier sur la dissolution du Congrès, la démission de la nouvelle présidente Dina Boluarte, l'organisation de nouvelles élections, la libération de Pedro Castillo et la mise en place d'une assemblée constituante.
Les mobilisations touchent particulièrement les zones pauvres du pays, celles qui avaient massivement voté pour Pedro Castillo en 2021 ; les principaux axes routiers de 18 des 24 départements du Pérou et cinq aéroports sont bloqués. Le , l'état d'urgence, permettant notamment le déploiement de l'armée face aux manifestants, est décrété dans tout le pays pour . Au lendemain de cette proclamation, la ville d’Ayacucho, dans le Sud, est le théâtre d’une violente répression qui entraîne la mort par balles de huit personnes, s’ajoutant aux sept tuées quelques jours plus tôt dans la région d’Apurimac, également dans le Sud. À partir du , un couvre-feu est décrété dans quinze provinces du pays. Au , au moins vingt personnes ont été tuées, dont une majorité tuées par balle, victimes de la répression policière et militaire, depuis le début des manifestations. Amnesty International demande « l’arrêt immédiat de la violence d’État » tandis que les principaux médias péruviens, pour la plupart aux mains du groupe privé El Comercio qui concentre 80 % des titres, tendent pour leur part à occulter les violences dans les zones rurales, qualifiant les protestataires de « terroristes et de délinquants ».
Le , 17 manifestants sont abattus et à Juliaca, dans la région de Puno. Les forces gouvernementales ont ouvert le feu à la kalachnikov sur la foule, tandis que des hélicoptères survolaient la ville et larguaient des bombes lacrymogènes. Après le massacre, le Premier ministre, Alberto Otárola, traite les manifestants de « hordes de délinquants » et déclare que des mesures seront prises pour contrer la mobilisation sociale présentée comme une tentative de « coup d’État » qui serait « financée par le narcotrafic » ou par des « intérêts extérieurs ». Il annonce un couvre-feu de trois jours dans la région de Puno.
vignette|Manifestation le à Lima. La violente répression des manifestations qui ont suivi sa nomination (au moins et ) conduit le parquet péruvien à ouvrir le une enquête pour « génocide », un terme utilisé en Amérique latine pour décrire un massacre, contre elle.. Néanmoins, selon certaines sources, « dans le contexte actuel, l’accusation de génocide relève plus d’une manœuvre dilatoire de la part de la Procureure générale que d’une réelle volonté de faire la lumière sur les événements ».. Amnesty International critique dans un rapport les « attaques généralisées et massives » des forces de l’ordre, des « exécutions extrajudiciaires » et le « racisme systémique » envers la population autochtone. En outre, les cas d’arrestations arbitraires, de détentions abusives de manifestants, de mauvais traitements et d’intimidations sont nombreux. Les manifestants arrêtés présentent des traces de coups et blessures à leur sortie de prison.
La présidente Boluarte affirme pour sa part avoir donné l’ordre aux militaires et aux policiers de ne pas utiliser d’armes létales mais apparaît dépassée, y compris au sein de son propre gouvernement. Sur les réseaux sociaux, beaucoup comparent la situation à celle du Brésil voisin, où aucun mort n’a été à déplorer après le saccage des sièges du pouvoir par des milliers de manifestants. La Cour suprême du Pérou déclare pour sa part que les protestations, y compris pacifiques, sont illégales et qu'y prendre part est un délit.
En mars, la mobilisation s’est essoufflée, après une soixantaine de morts et des milliers de blessés. La majorité des barrages sur les routes ont été levés et la grève suspendue. Des manifestations reprennent en juin, tandis que Dina Boluarte réaffirme qu'il n'y aura pas d'élections anticipées et appelle les organisations sociales à renoncer à manifester : « Combien de morts veulent-ils encore ? », a lancé la présidente..
Crise politique Le , Dina Boluarte propose d'avancer les prochaines élections à , puis, face à l'amplification des manifestations, à .. Le , le Congrès refuse cependant d'avancer les élections à la date proposée. D'après un sondage, 83 % des Péruviens souhaitent des élections anticipées. Le lendemain, le , elle exhorte les membres du Congrès à adopter un projet de loi pour des élections anticipées, critiquant les parlementaires qui se « retranchent » derrière l'abstention. La présidente a également exclu de démissionner., arguant que sa démission ne changerait rien à la situation, ou même l'aggraverait.. Très isolée politiquement, elle ne dispose pas du soutien du banc parlementaire de Pérou libre. et, selon un sondage, 70 % des Péruviens sont contre son accession à la présidence.. Elle peut toutefois compter sur une alliance tacite avec les partis de droite, pourtant ses anciens rivaux. Son gouvernement est contrôlé par le Congrès, avec une implication croissante des forces armées et de la police. Elle gouverne ainsi avec le soutien de Force populaire, Alliance pour le progrès, Rénovation populaire, En avant pays, ainsi qu'une partie du Bloc enseignant de Concertation nationale..
Le gouvernement nomme à la tête des services de renseignement l'ex-colonel Juan Carlos Liendo, qui affirme que les manifestations dans le pays ne sont pas de nature sociale mais font partie d'une « insurrection terroriste ». Cette nomination surprend puisque Juan Carlos Liendo est proche de l’extrême droite et affirmait que le gouvernement de Pedro Castillo, auquel appartenait Dina Boluarte, était une « extension du groupe terroriste Sentier lumineux ».
Deux ministres démissionnent le : « la mort de compatriotes ne peut avoir de justification. La violence d’État ne peut être disproportionnée », écrit la ministre de l’Éducation, Patricia Correa, dans sa lettre de démission.