vignette|Drag queens à la marche des fiertés 2018 de Paris. La marche des fiertés en France, aussi appelée la Pride ou anciennement la marche nationale pour les droits et libertés des homosexuels et des lesbiennes, marche des homos et des lesbiennes ou Gay Pride, est l'ensemble des marches des fiertés LGBT en France qui ont lieu chaque année, généralement au mois de juin, dans plusieurs grandes villes de France. L'expression peut parfois aussi désigner uniquement la marche des fiertés de Paris.

Après des participations aux manifestations du premier mai, la première marche gay et lesbienne est organisée en 1977 à Paris. Présente dans d'autres villes à partir de 1994, elle est le plus grand évènement LGBT en France et l'occasion pour toutes les communautés LGBT de se croiser.

À l'origine uniquement expression de revendications politiques radicales et de visibilité des personnes LGBT, sa massification s'est accompagnée d'une structuration associative, de revendications ciblées (PACS, mariage pour tous, adoption, ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples lesbiens), d'occasions pour les personnalités politiques d'afficher leur soutien à la communauté LGBT, et d'évènements festifs.

Dans les années 2020, l'événement, jusque-là limité à l'Hexagone, s'étend à la Corse et à l'outre-mer.

Histoire

1971-1981 : décennie politique vignette|La première « Marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes », organisée le à Paris par le Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (CUARH). Dans les années 1970 apparaissent les premières revendications gaies et lesbiennes dans les manifestations : si le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FAHR) organise une célébration de la marche des fiertés de New York aux Tuileries en 1971, évènement qui aboutira à l'arrestation par la police de , les actions, organisées par les Gouines Rouges, le FHAR, ou le MLG ont en majorité lieu au sein d'autres manifestations, en particulier le défilé du , les évènements de la Journée internationale des femmes ou les manifestations écologiques.. Ces disruptions, soutenues par les mouvements anarchistes, sont au contraire vivement critiquées par la CGT et le PCF, pour lequel il s'agit alors d'une ..

Deux axes de dissensions apparaissent : d'une part, les Gouines Rouges critiquent la surreprésentation masculine dans le FHAR ; d'autre part, Gouines Rouges comme d'autres homosexuels critiquent les actions des Gazolines, dont l'excentricité, le camp et la dérision sont accusés de tourner en ridicule femmes et personnes LGBT et ainsi de renforcer l'homophobie.

La première marche homosexuelle indépendante est organisée en 1977 par le Mouvement de libération des femmes (MLF) et le Groupe de libération homosexuelle (GLH) à Paris, de la place de la République à la place des Fêtes, et réunit , en majorité lesbiennes... Deux autres marches sont organisées en 1979. La première, en mars, se focalise contre les religions, en particulier le christianisme et l'islam : le défilé part de Notre-Dame de Paris pour terminer à la grande mosquée de Paris, l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet est attaquée en marge du cortège et les slogans dénoncent l'imposition du port du tchador aux femmes iraniennes ainsi que la peine de mort pour les homosexuels iraniens.. La seconde, en juin, est la première marche française à faire référence aux émeutes de Stonewall et réunit et marque la pérennisation de la marche des fiertés comme évènement LGBT annuel.

La marche de 1980, organisée à l’appel du Comité d'urgence anti-répression homosexuelle (CUARH), contre « les discriminations anti-homosexuelles », qui mobilise , inclut deux nouveautés : tout d'abord, ce ne sont pas uniquement les associations gaies et lesbiennes, fédérées au sein du Comité d'urgence anti-répression homosexuelle, qui défile, mais aussi l'extrême gauche et la Ligue des droits de l'Homme.. Aussi, la marche porte pour la premières des revendications de réformes politiques concrètes.

La marche de 1981 est avancée au pour permettre sa tenue avant l'élection présidentielle ; elle est la première manifestation massive, réunissant entre et qui défilent entre la place Maubert et le parvis Beaubourg, et est la première à être mentionnée dans la presse généraliste, à savoir Libération ; sa notoriété est telle qu'elle est souvent retenue comme la première vraie marche des fiertés française et qu'elle permet la reconnaissance des personnes LGBT comme d'une force politique à part entière.. Le candidat à l’élection présidentielle François Mitterrand, quelques jours après cette manifestation, s’engage et déclare : Pour : ., engagement qu'il honorera l'année suivanteEn effet, la majorité sexuelle était fixée à pour les rapports homosexuels contre pour les rapports hétérosexuels. Mais de du Code pénal, qui faisait de l’homosexualité une circonstance aggravante dans le cas de l’outrage public à la pudeur, avait été abrogé en décembre 1980..

1982-1992 : vers une structuration complémentaire entre associations, médias et commerces Si la présence médiatique augmente avec chaque marche, les reportages s'étonnent du maintien de celle-ci, considérant que les avancées apportées en 1981, à savoir la fin du fichage des homosexuels et l'unification de l'âge de la majorité sexuelles pour homo comme hétérosexuels étaient tout ce que la communauté LGBT pouvait réclamer.. En 1983, l'organisation de la marche passe du CUARH à l'éphémère Comité homosexuel et lesbien pour l'organisation des états généraux de l'homosexualité (CHLOEG)Mensuel Homophonies , juillet 1983, page 4.. Cette année marque le début de la présence d'établissements commerciaux dans la marche : journaux, radios et saunas, rejoints ensuite par les discothèques. Ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux aux différentes marches des années 1980, au point que les militants trouvent que l'esprit initial de la marche n'est plus respecté ; la participation baisse, d'autant plus que l'épidémie de SIDA détourne les forces vives vers d'autres sujets que les manifestations.. S'enchaînent alors à partir de 1986 à 1992 des manifestations festives et commerciales avec la participation de l'entrepreneur David Girard, dont l'activité commerçante se couple à une action militante sous-jacente : voir ces personnes dans les rues c'est aussi les reconnaître. Cette exubérance est aussi le contrepoint d’une désespérance forte de la communauté envers son avenir : entre 1982 et 1990, la recherche sur les thérapies contre le SIDA avance lentement. Les fêtes qui se déroulent dans certaines discothèques prolongent l’identité festive des marches où se manifeste, d’une manière démonstrative pour l'opinion publique, l'affirmation des différences entre homosexuels, travestis, bisexuels, hétérosexuels, etc.

Un sursaut militant, en réaction aux déclarations notamment sérophobes de l'homme politique d'extrême droite Jean-Marie Le Pen ainsi que la menace de l'interdiction du magazine Gai Pied par le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, permet à la marche de 1987, la première où participent des associations non parisiennes, de réunir à nouveau plusieurs milliers de manifestants. L'association Vaincre le sida est présente, et l'on peut y entendre des slogans comme Anne Chemin, « La marche des homosexuels dans Paris M. Le Pen sur les roses », dans Le Monde du 23 juin 1987.. Mais l'année suivante, la marche est à nouveau peu suivie en raison de conflits entre associations et commerces ; ces dissensions sont ensuite résolues par une répartition des rôles des différents acteurs : les associations militantes sont là pour donner du sens à la marche et à en choisir le message ; les médias, à en faire la publicité ; enfin, le rôle des commerces est de fournir le financement.. Cette participation monétaire s'enrichit à partir de 1991 de subventions du ministère de la Santé.. Cette année, après une année 1990 qui n'avait vu que défiler dans les rues de Paris, le collectif « Gay Pride » est formé. Réuni autour d'associations, de commerces et de journaux, son objectif est de redynamiser la manifestation. sont alors comptabilisées place de la Bastille, puis en 1992 alors que la pluie est de la partie.

1993 à 2014 : massification et présences politiques vignette|Marche des fiertés 2013 de Rennes.|gauche alt=Marche des fiertés 2017 de Lille|vignette|Marche des fiertés 2017 de Lille.|250x250px À partir de 1993, la marche des fiertés renoue avec les milliers de participants et participantes et donc avec une présence dans les médias nationaux : défilent pour le projet de contrat de Solidarité (le partenariat enregistré). La lutte contre le VIH est très présente. Sa participation augmente d'année en année, au point de devenir en 1995 la manifestation la plus fréquentée, avec présentes.. La « Gay Pride » devient alors « Lesbien & Gay Pride ». C'est aussi à partir de 1991 que des dissensions au niveau de l'organisation amènent Act-up à perturber le déroulement de la marche parisienne. Avec une lutte contre le sida plus forte que jamais, une partie des personnes LGBT commence à construire une véritable communauté, à l'image de ce qui peut se faire au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas depuis des annéesJean-Michel Normand, « Les homosexuels veulent constituer une communauté reconnue », dans Le Monde du 24 juin 1995 .. C'est en 1995 toujours qu'est fondé le collectif Interpride France, permettant de coordonner les défilés des différentes villes de France. Des marches hors de Paris commencent à s'organiser : Rennes et Marseille à partir de 1994., Nantes, Montpellier et Toulouse à partir de 1995, Lyon, Lille, Bordeaux et Cannes, de 1996., Nancy et Strasbourg, de 1997., Poitiers, Biarritz., Grenoble, Rouen et Angers en 2000., Caen en 2001., Metz en 2003., Nice et Saint-Denis la Réunion en 2004, Tours en 2006., Gourin et Laval en 2008., Avignon en 2009., Le Mans et Chartres en 2011., en 2012 à Auxerre., en 2013, à Chalon-sur-Saône., Dijon. et Crest. en 2014 à Arras..

À Paris, en 1996 défilent puis sont invitées à une soirée officielle ayant lieu à Bercy. Celle-ci est un désastre financier : l'association Lesbian and Gay Pride de Paris est déficitaire de plus d'un million de francs (environ ). Il est alors décidé une séparation entre la marche, gérée par l'association Lesbian & Gay Prides car il s'agit d'un enjeu politique, et la société SOFIGED qui va s'occuper des différentes soirées. L'association Lesbian and Gay Pride de Paris vend à la Sofiged les noms de « Gay Pride » et « Lesbian & Gay Pride ».

En 1997, Paris accueille l'Europride : de l'Europe entière défilent jusqu'à la place de la Bastille, réunies par la Lesbian & Gay Pride. Pour la première fois dans l'histoire des marches des fiertés, des entreprises et des marques (Avis, la SNCF, la RATP, Virgin Cola, Kronenbourg, Yves Saint Laurent, etc.) sponsorisent l'évènementPierre Agudo, « Paris accueille aujourd'hui l'Europride», dans L'Humanité, 28 juin 1997 .. C'est une « révolution », illustrant l'émergence d'un marché économique spécifique. assistent au concert sur la pelouse de Reuilly qui clôt la manifestation. Plusieurs médias retransmettent l'évènement : Fun Radio, Voltage FM et MCM, Radio FG, etc.