Le royaume de Hongrie (en latin : Regnum Hungaria ; en allemand : Königreich Ungarn ; en hongrois : Magyar Királyság) est le terme historiographique donné à différentes entités politiques de la Hongrie au Moyen Âge (à partir de 1001), à l'époque moderne et jusqu'à l'époque contemporaine (1946). La date de création du royaume remonte à l'an 1001, lorsque Étienne (István) transforme l'ancienne grande-principauté en royaume chrétien. L'unité du royaume est mise à mal lors de l'occupation ottomane d'une partie du pays en 1526, durant laquelle deux territoires se disputent la continuité royale (la Hongrie royale dominée par les Habsbourg et la Hongrie orientale, prémisse de la principauté de Transylvanie). Le royaume de Hongrie recouvre l'essentiel de son territoire médiéval d'abord en 1848-1849, puis dans le cadre du compromis austro-hongrois signé en 1867, et conserve son régime après le démantèlement du pays en 1920 jusqu'à 1946, sous la forme d'une régence. Entre l'an 1001 et 1946, le royaume de Hongrie a cessé d'exister à trois reprises : en 1849, lors de la révolution hongroise de 1848, de la République démocratique hongroise de 1918 et de la république des conseils de Hongrie de 1919. Depuis 1946, la Hongrie est une république.

De la principauté au royaume (1001)

gauche|vignette|199x199px|Le Royaume de Hongrie à la fin du . Après avoir maté une révolte de l’aristocratie magyare encore païenne conduite par son cousin Koppány qui s'opposait à son accession au pouvoir (998), , alors duc de Hongrie, fils de Géza, est sacré roi de Hongrie le jour de Noël de l'an 1000 avec une couronne envoyée par le pape Sylvestre II (ce qui le fait qualifier de roi apostolique) et avec le consentement de l’empereur germanique Otton III.

Le royaume de Hongrie au Moyen Âge (1001-1526) Évolution politique Initialement, l'histoire de la Hongrie se développa parallèlement à celles de la Pologne et de la Bohême, avec de nombreuses liaisons avec les papes et les empereurs du Saint-Empire romain germanique. La Hongrie fut détruite en partie en 1241-1242 par les armées mongoles. Au Moyen Âge, elle est une des régions les plus riches en or et en argent-métal.

Le pays de la Hongrie devint progressivement un pouvoir important qui a formé une culture centre-européenne distincte liée aux plus grandes civilisations d'Europe occidentale. Sous le règne de Charles d’Anjou (1308-1342), avec la Pologne et les terres tchèques, la Hongrie forma le Groupe de Visegrád. Depuis la fin des années 1990, une alliance politique du même nom existe avec la Pologne, la Tchéquie, et la Slovaquie.

Le royaume s'opposa activement à l'avancée ottomane notamment lors des batailles de Nicopolis et de Varna.

Matthias Corvin régna sur la Hongrie de 1458 à 1490 ; il renforça le royaume de Hongrie et son gouvernement, brisa les résistances intérieures en réprimant notamment un complot des nobles en 1467, renforça la fiscalité et créa une armée permanente. Il mena une politique extérieure active, imposant au roi de Bohême la cession de la Moravie et de la Silésie, prenant Vienne (1485) et la Styrie (1486) à l'empereur et son fils, Maximilien, songeant même un temps à se faire élire empereur. Il réussit dans la péninsule balkanique à reprendre le nord de la Bosnie aux Turcs et à soutenir la Moldavie contre eux. Enfin, la Hongrie – en particulier les zones au nord, dont certaines font aujourd'hui partie de la Slovaquie – devint sous son règne un centre artistique et culturel de l'Europe de la Renaissance. La culture hongroise a influencé d'autres cultures, comme celles de la Pologne et de la Lituanie.

Économie vignette|left|upright|Drapeau de la Hongrie au . Au , la Hongrie s’étend sur pour une population de deux millions d’habitants. Jusqu’au , le pays se présente comme un immense pâturage, entrecoupé de terres labourées. La sédentarisation est lente. La culture des champs, fondée sur les céréales (blé, millet), se déplace, utilisant la charrue importée de la steppe. Au centre du terroir se trouve le manoir (udvar), entouré de terres appartenant au seigneur et cultivée par des esclaves. Ceux-ci diminuent à partir du au profit d’hommes libres qui exploitent en commun des terres dont la jouissance leur est reconnue en contrepartie de cens et de corvées dues aux seigneurs. Nombreux sont ceux qui tombent sous l’autorité des seigneurs pour dettes. Les domaines seigneuriaux s’étendent. L’agriculture connaît un grand essor au : les forêts sont défrichées, les marécages asséchés. L’usage de la charrue lourde, tirée par huit ou dix bœufs se développe, et l’ensemble des terres est soumis à la rotation des cultures. La viticulture, connue depuis l’époque romaine à l’ouest du Danube, s’étend à l’est et dans le nord : les vignobles de Tokaj, d’Eger, de Nagyvárad sont créés par des colons venus de France et d'Italie. Un commerce important s’amorce. Les Hongrois connaissent alors une poussée démographique, mais n’émigrent guère vers les régions montagneuses du Nord et de l’Est, peuplées de Slovaques, de pâtres ruthènes et valaques et de colons allemands. Les villes se développent tardivement. Le roi lui-même se déplace d’un château à l’autre, faisant dresser pour se loger des tentes dans la cour du bâtiment. Le commerce aide à la croissance des villes aux carrefours de communication ou près des forteresses ; des Sarrasins du royaume bulgare de la Volga s’établissent à Pest au ; plus tard, des colons venus de France ou d’Italie du Nord, se fixent aux environs des résidences royales d’Esztergom et de Székesfehérvár pour approvisionner la cour en objets de luxe. À la fin du , le processus d’urbanisation s’accélère. Le roi et les grands font appel à des hospites (hôtes) comme artisans spécialisés et leur accordent des immunités fiscales. Les villes minières du nord du pays, peuplées par des ouvriers spécialisés allemands, connaissent alors une expansion particulière.

La Hongrie entre les Habsbourg et les Ottomans (1526-1718)

La séparation entre Hongrie des Habsbourgs et Hongrie ottomane L'indépendance de la Hongrie se termine lorsqu'une partie du territoire est conquise par l'Empire Ottoman, au début du .

L'événement crucial est la bataille de Mohacs (1526), une victoire des Ottomans qui coûte la vie au roi Louis II Jagellon. Or des liens matrimoniaux ont été établis en 1522 entre les Jagellons et les Habsbourg : Louis II a épousé Marie, petite-fille de l'empereur Maximilien d'Autriche, sœur de Charles Quint (empereur à partir de 1520) et de Ferdinand, qui lui-même a épousé la sœur de Louis II, Anne Jagellon.

La maison de Habsbourg est extrêmement puissante, puisque Charles Quint est aussi roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas et détient de nombreuses principautés autrichiennes (archiduché d'Autriche, Tyrol, Styrie).

La mort de Louis II ouvre une crise de succession, au cours de laquelle s'opposent les nobles hongrois favorables à la maison de Habsbourg et ceux qui y sont opposés. Ceux-ci élisent Jean de Szapolya, tandis que ceux-là élisent Ferdinand de Habsbourg.

Ferdinand prend la succession régulière de Louis II, devenant « roi de Hongrie » et régnant sur les territoires de l'ouest, non conquis par les Ottomans, tandis que les opposants instaurent un État vassal de l'Empire ottoman, la principauté de Transylvanie, que l'historiographie hongroise a rebaptisée « royaume de Hongrie orientale ».

La Hongrie des Habsbourg : la Hongrie royale

Après Mohacs, les Ottomans continuent leurs attaques et viennent mettre le siège devant Vienne en 1529, mais sont repoussés. Ils parviennent à prendre la citadelle de Buda, sur la rive ouest du Danube, en 1541.

En 1555-1558 a lieu une restructuration importante de la maison de Habsbourg. L'empereur Charles Quint, qui abdique successivement toutes ses fonctions attribue l'Espagne et les Pays-Bas à son fils Philippe et les possessions autrichiennes de la maison de Habsbourg à son frère Ferdinand, qui est aussi élu sur le trône impérial. On a dès lors deux branches : les Habsbourg d'Espagne et les Habsbourg d'Autriche, dont le chef est généralement élu empereur, et qui détiennent des territoires situés à la fois dans le Saint-Empire (Bohême, principautés autrichiennes) et des territoires situés hors du Saint-Empire (Hongrie, Croatie), l'ensemble, constitué d'entités politiques de statuts divers, étant appelé, pour simplifier, « monarchie de Habsbourg ».

La Hongrie sous influence ottomane : la Transylvanie

À l'est, la principauté de Transylvanie a pour premier prince le fils de Jean de Szapolya, qui accepte la suzeraineté ottomane, avec une autonomie plus importante que les principautés danubiennes de Valachie et de Moldavie. En Transylvanie, la noblesse hongroise conserve ses privilèges.

À cette époque, où la Réforme protestante touche environ un tiers des Hongrois, le prince de Transylvanie, par l'édit de tolérance de 1568 place le luthéranisme, le calvinisme et l'unitarisme à égalité avec le catholicisme, en tant que « religions acceptées » (receptæ).

Du siège de Vienne à la reconquête de la Hongrie (1683-1718)

Après le nouvel échec des Ottomans devant Vienne en 1683, les Habsbourg et leurs alliés chrétiens reprennent progressivement les territoires hongrois. Le dernier territoire reconquis est le Banat en 1718.

Les Habsbourg s'emparent de la totalité de la Hongrie, avec la Croatie et la Principauté de Transylvanie.

Le conflit entre la noblesse hongroise et les Habsbourg se poursuit dans les territoires reconquis, avec en particulier la guerre menée par la noblesse hongroise de 1703 à 1711, sous les ordres d'un descendant des princes transylvains, , soutenu par .

Le royaume de Hongrie de la maison d'Autriche (1718-1918) Le dernier siècle du Saint-Empire (1718-1806)

La Pragmatique Sanction de 1713 Le début de cette période est marqué par la crise de succession à la tête de la maison de Habsbourg. L'empereur étant mort en 1711 sans fils, son successeur est son frère cadet Charles, qui est aussi élu empereur sous le nom de Charles VI.

Se trouvant au début des années 1710 dépourvu de fils, il décide que, si cela était confirmé, sa succession irait néanmoins à sa fille aînée, et non pas à la fille aînée de son frère. Il promulgue donc en 1713 une Pragmatique Sanction, qu'il va jusqu'à sa mort s'efforcer de faire reconnaître par ses sujets, lorsque les institutions le leur permettent, et par les États étrangers, moyennant des concessions, étant donné qu'il contrevient à une règle fondamentale, celle du droit d'aînesse.

En ce qui concerne la Hongrie, le royaume est doté d'une assemblée de deux chambres représentatives des États (noblesse et clergé, villes et comtés). L'assemblée hongroise ratifie la Pragmatique Sanction en 1723 seulement.

La guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) Après la mort de Charles VI en 1740, c'est donc sa fille Marie-Thérèse qui lui succède à la tête de la maison de Habsbourg. Malgré l'accord donné à la Pragmatique Sanction, le roi de Prusse Frédéric II s'engage très vite dans une guerre qui, avec le soutien de la France, devient la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Lorsque les élections impériales ont lieu, ce n'est pas l'époux de Marie-Thérèse, François de Lorraine, mais l'électeur de Bavière, Charles-Albert, qui est élu (). François va cependant être élu (François Ier) après la mort en 1745 de Charles-Albert.

Pendant cette période difficile, les relations entre Marie-Thérèse et la noblesse hongroise jouent un rôle très important. Notamment en 1741 : le , Marie-Thérèse venue à Budapest obtient le soutien officiel de l'assemblée hongroise à la guerre contre la Prusse ; les Hongrois s'engagent à fournir et équiper .

De Marie-Thérèse à François II : la fin du