L'histoire des Juifs à Genève remonte au Moyen Âge, la présence d'une petite communauté juive y étant attestée au . Dans les années 1420, les Juifs sont obligés d'y vivre dans un zone urbaine circonscrite, le cancel : Genève est ainsi la seule partie du territoire devenu suisse à l'époque contemporaine à avoir connu un ghetto. Puis, à la fin du , les Juifs sont expulsés de Genève.

Dès 1787, de nombreux Juifs sont autorisés à s'installer à Carouge, alors possession du royaume de Sardaigne. Mais ce n'est qu'au cours de la première moitié du , après l'entrée de Genève dans la confédération suisse, qu'ils obtiennent la liberté d'établissement dans l'ensemble du canton de Genève.

Au début du , Genève est avec Bâle et Zurich, l'une des villes suisses où le judaïsme est le plus représenté.

Moyen Âge Vers la fin du siècle, des Juifs immigrant de la Savoie et de la vallée du Rhin s’installent à Genève. Une preuve de leur présence est la synagogue, qui existe déjà en 1300, comme celle de Lausanne.

Ainsi que l'écrit Jean-Daniel Morerod, comme les autres établissements juifs de l'époque en Suisse romande, la communauté juive de Genève est « fille du Gotthard et du Simplon » à cause du considérable développement du commerce par les cols alpins à cette époque ; mais l'expulsion des Juifs du royaume de France ordonnée en 1394 par le roi Charles VI est une autre cause, cette expulsion amenant en effet certaines familles juives de France à s'installer à Genève en 1396Jean-Daniel Morerod, "Les Juifs en Suisse romande au Moyen Âge" in ..

Les sources de cette époque montrent qu'il y avait 13 familles juives installées dans la ville de Genève vers 1400. Leur cimetière se trouvait à Châtelaine. Dans les années suivantes, autour de 1420, les Juifs sont regroupés dans un quartier clos, appelé le cancel - une sorte de ghetto avant l'heure - installé dans l'actuelle rue des GrangesJean-Daniel Morerod, "Les Juifs en Suisse romande au Moyen Âge" in .. Ce lieu de confinement est une exception : c'est le seul à exister sur le territoire actuel de la Suisse.

Les Juifs sont expulsés de Genève vers la fin du siècle, après une décision du conseil municipal en 1490, comme cela se passe aussi en Savoie à la même époque et dans la Confédération suisse en 1489. Cette expulsion marque la fin de la première communauté juive de Genève documentée, qui n'aura donc duré qu'un peu plus de deux siècles entre le siècle et la fin du siècleJean-Daniel Morerod, "Les Juifs en Suisse romande au Moyen Âge", in ..

Par la suite, seuls de rares événements documentent le passage des Juifs dans la région jusqu'au siècle.

Du Les Juifs qui veulent se rendre à Venise en passant par Genève sont obligés de payer des droits de transit. Ces droits sont si rarement exigés qu'il faut d'abord les déterminer. Ces preuves du rare passage des Juifs sont présents dans les documents douaniers du siècle.

Vers la fin du siècle, après avoir été expulsés de villes comme Berne, Fribourg et Neuchâtel, de nombreux Juifs s’installent définitivement à Carouge, aujourd'hui commune politique de Genève. Leur admission répond aux projets du gouvernement sarde d'élever la petite ville de quelques centaines d'habitants au rang de cité et donc rivale de la Genève protestante. Dès 1780, Carouge accepte des Juifs alsaciens et certains originaires d'Angleterre, d'Allemagne, de Hongrie et d'Italie. Seuls certains Juifs sont admis: ils doivent avoir une profession et prouver leur condition économique et leur honnêteté commerciale. Parmi eux, on trouve des marchands de textileLaurence Leitenberg, "Le cimetière de Carouge, témoin d'une communauté pionnière", in . et des fabricants comme Joseph Abraham de Londres, qui produit des verres de montre, ou Joseph Vigevano de Livourne, producteur de cire à cacheter.

Pierre-Claude de la Fléchère, comte de Veyrier, obtient en 1775 du roi Victor-Amédée III des privilèges pour favoriser l’essor économique du territoire de Carouge, que la république de Genève avait cédé en 1754 au royaume de Sardaigne et qu'il entend promouvoir : en 1783, les francs-maçons et les protestants obtiennent la liberté de culte ; puis le , Victor-Amédée III proclame un édit de tolérance, permettant aux Juifs de Carouge de bénéficier de l'application du droit commun et d'une totale liberté de culte, un cas rare dans l'histoire de l'Europe avant la Révolution française. La première synagogue est installée cette même année dans le quartier de la Maladière, au bord de l'Arve« Ce temple fut ouvert en 1787, conformément aux instructions royales datées du 27 août de cette année. Il fut d'abord établi dans le quartier de la Maladière, au bord de l'Arve, puis dans la maison du comte de Veyrier […]. » ().. Puis, comme Jean-Daniel Blavignac l'a écrit dans son ouvrage sur l'histoire de Carouge, et comme le rappelle la plaque commémorative inaugurée en 2021, Pierre-Claude de la Fléchère prête sa demeure seigneuriale de Carouge à la communauté juive pour que celle-ci y installe une synagogue et une école ; celles-ci seront en fonction jusqu'en 1859, lorsque la première synagogue de Genève sera inaugurée dans le quartier de PlainpalaisCf. l'article "DE LA FLÉCHÈRE Pierre-Claude" sur le site internet de l'association Patrimoine juif genevois: https://patrimoinejuifgeneve.ch/de-la-flechere-pierre-claude1722-1790/ (consulté le 26.01.2024).. Ainsi, les francs-maçons ont leur loge, les protestants leur temple et les Juifs leur synagogue. Ces derniers disposent aussi d'un cimetière confessionnel, le cimetière juif de Carouge, situé le long de l'actuelle rue des Tireurs-de-Sable, parallèlement à l'Arve ; la tombe la plus ancienne est celle dans laquelle fut inhumé le fils de Joseph Abraham en 1788, mais la première concession date de ; le cimetière a été agrandi une première fois en 1852, puis une seconde en 1874Laurence Leitenberg, "Le cimetière de Carouge, témoin d'une communauté pionnière" in ..

En 1772, Carouge comptait 36 chefs de famille juifsLaurence Leitenberg, "Le cimetière de Carouge, témoin d'une communauté pionnière" in .. En 1798, il y avait 75 juifs vivant à Carouge. Cette même année, Genève est annexée par la France. Les lois françaises de liberté, d'égalité et de fraternité s'appliquent également aux Juifs. Cela change lorsque l'annexion française prend fin en 1814 avec la chute de Napoléon Ier. Carouge rentre alors dans le giron du royaume de Sardaigne jusqu'au Traité de Turin de 1816 qui cède Carouge et quelques autres communes savoyardes à Genève, qui vient d'intégrer la Confédération suisse en tant que nouveau canton.

siècle Dès le début du siècle, de plus en plus de communautés juives se forment dans la région romande, notamment à Avenches, La Chaux-de-Fonds, Yverdon, Lausanne et Porrentruy. vignette|Disque en carton pour stéréoscope avec des photos de la synagogue de Genève, circa. 1860. Dans la collection du musée juif de Suisse. Vers 1810, la communauté juive de Carouge atteint quelque 89 personnes, ce qui constitue son apogée démographiqueLaurence Leitenberg, "Le cimetière de Carouge, témoin d'une communauté pionnière" in .. En 1841, les Juifs obtiennent la liberté d'établissement dans le canton de Genève. Peu après, en 1852, ils fondent la Communauté Israélite de Genève (CIG). À partir de 1856, il y a de nouveau un cimetière juif et une synagogue à Genève.

Avec la création de l’État fédéral en 1848, le droit fédéral s'impose à Genève. Cependant, la nouvelle Constitution fédérale n'accorde pas aux Juifs la liberté d’établissement sur le territoire de toute la Suisse puisqu'elle prévoit que seuls « les Suisses de l’une des confessions chrétiennes »Art. 41 de la Constitution fédérale du 12 septembre 1848 (cf. https://www.parlament.ch/centers/documents/de/constitution1848.pdf). ont le droit de s’établir librement dans chacun des cantons suisses, ce qui laisse à chaque canton le droit de refuser l’autorisation d’établissement aux Juifs (y compris ceux de nationalité suisse), droit dont la majorité des cantons fait usage. À noter que lors de la conférence de sur le projet de Constitution fédérale, les représentants de Genève (comme ceux de Neuchâtel, Vaud et Argovie) avaient été les seuls à voter contre l’introduction de cet article discriminatoire. Lorsque, en 1855, la Suisse et les États-Unis concluent un traité de commerce, dont une disposition exigée par la Suisse prive les Américains juifs du droit de s’établir en Suisse, cela provoque une vague d’indignation aux États-Unis ; les cantons des Grisons, de Zurich et de Saint-Gall abandonnent alors leurs restrictions d’établissement vis-à-vis des Juifs. En 1856, un arrêté fédéral accorde aux Juifs les droits de vote et d'éligibilité aux niveaux cantonal et fédéral (mais pas communal), ainsi que l'égalité sur les plans commercial et juridique. En 1863, à cause d’une telle clause discriminatoire exigée par la Suisse, les Pays-Bas refusent de signer un traité de commerce, puis la France exclut de négocier si la Suisse n’accorde pas le droit d’établissement aux citoyens français juifs ; en 1864, après des débats houleuxLe Président de la Confédération, Jakob Dubs, doit alors rappeler que la Constitution fédérale contient le principe que tous les Suisses sont égaux devant la loi, mais que ceci est bafoué par l’article 41 qui exclut les Juifs. Il déclare : « Si nous regardons le monde autour de nous, nous constatons avec honte que nous sommes seuls en ce qui concerne la question juive, ou en une compagnie qui est presque pire qu’être seul. Toute l’Europe nous montre du doigt. Plus aucun État ne veut conclure de traité avec nous alors que nous refoulons une partie de ses citoyens. L’on ne saurait tenir cette position sans que cela ne nuise profondément à notre honneur et à nos intérêts. » (cf. Patrik Süess, « Pas de liberté d’établissement pour les juifs » sur le blog du Musée national suisse, publié le 05.04.2019 : https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2019/04/les-juifs-en-suisse/, consulté le 5.02.2024)., l’Assemblée fédérale accepte de renoncer à cette clause dans le traité avec la France. La ratification de ce traité aboutit à l’absurdité juridique et politique que les Juifs français ont le droit d’établissement dans toute la Suisse, mais pas les Juifs suisses. Cela conduit le Conseil fédéral à lancer une révision partielle de la Constitution fédérale supprimant son art. 41 : le , les citoyens suisses acceptent cette modification à 53% des voix. Enfin, en 1874, la révision totale de la Constitution fédérale accorde aux Juifs la liberté de culte.