vignette|redresse=1.5|Le président des États-Unis Barack Obama participant au Tonight Show with Jay Leno le 25 octobre 2011. La politique-divertissement, appelée aussi politainment (mot-valise composé à l'aide de l'anglais , « politique », et , « divertissement »), décrit la tendance des acteurs du champ politique à intervenir dans les émissions de divertissement des médias de masse (émissions relevant du talk-show ou revendiquant une composante récréative), essentiellement depuis les années 1980, dans le but de renouveler la communication politique.

Historique Alors que le discours politique tourné vers les grandes envolées lyriques et l'émotion, a longtemps bénéficié d'une aura grâce à l'ascendant, le prestige et l'autorité de grands orateurs politiques nourris de références historiques et employant de nombreuses figures de rhétorique et des effets langagiers, ce discours a en grande partie perdu de son crédit depuis le qui voit le modèle dialogiste être remplacé par le modèle propagandiste (symbolisé par le communisme et le nazisme) puis par le marketing politique et sa rhétorique particulière régulièrement associée aux techniques de manipulation et de mensongeModèles développés par le professeur en communication Arnaud Mercier dans son ouvrage La Communication politique. . .

Dans ce contexte, les politiques et leurs conseillers adoptent à partir des années 1980 une stratégie multimédia (interview, talk-show, débat politique politainment, publication de communiqués de presse, de tribunes et de livres, puis, à partir des années 1990, participation au web 2.0, enfin à partir des années 2010, utilisation des réseaux sociaux) dans laquelle le style de communication politique abandonne la rhétorique de la mobilisation au profit de l'esthétique de la séduction .

Pour le politainment, les acteurs du champ politique sont confrontés à un dilemme, une injonction paradoxale : les émissions culturelles, d'information politique, économique et sociale sont délaissées par le public au profit des émissions de divertissement (programmes qui proposent à leur public une forme de distraction et de détente). . Ce dilemme explique que depuis les années 1950, les magazines de divertissement peinent à recevoir des invités politiques. Le développement de la et la multiplication des chaînes de télévision généralistes dans les années 1980, à la suite de la déréglementation de l'audiovisuel, incite les personnalités politiques à participer aux émissions de divertissement, afin d'émerger médiatiquement, rallier un électorat, ou pour leur . Mais ces personnalités, si elles commencent à maîtriser les codes médiatiques, manifestent encore leur réticence lorsque les émissions prônent leur soumission aux pures logiques du divertissement. Elles courent en effet le risque d'amplifier le discrédit de la communication politique dans les démocraties occidentales par la peopolisation de la sphère politique sous l'influence de l'égalitarisme, et, par la multiplication de leurs interventions médiatiques, de diffuser un contenu informationnel uniforme privilégiant la forme sur le fond. La légitimation de ces émissions privilégiant désormais ouvertement la fluidité des échanges, la maximisation de l'audience et le refus de toute forme de didactisme, ne s'acquiert qu'à la fin des années 1990 : pour avoir accès aux fractions dominantes de l'univers politique , les producteurs incorporent des journalistes politiques et transposent .

Désacralisation ou réhabilitation de la politique ? Selon les chercheurs en communication et sciences sociales Pierre Leroux et Philippe Riutort, l'intégration des personnalités politiques aux émissions de divertissement a contribué à la . Mais paradoxalement, la participation à ces émissions pourrait participer à la réhabilitation des politiques présentés comme plus proches du citoyen moyen .

Le sociologue Érik Neveu partage la même analyse : le processus de désacralisation contribuerait à la relégitimation .

Toujours est-il que si la communication politique a une dimension spectaculaire (à cause de ses enjeux, parce qu'elle est vue par le grand nombre, parce qu'elle doit prendre des voies attractives pour attirer l'attention), elle court le risque de se conformer aux nouvelles logiques médiatiques de spectacularisation de l'actualité, d'accentuer le mouvement de dépolitisation du discours. La politique-divertissement pourrait concourir à achever la mise en place de la politique spectacle et de la médiacratie, quatrième pouvoir qui invite les politiques à se transformer en acteurs.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Erik Neveu, La politique saisie par le divertissement, Hermès Science publications, 2003 Apolline de Malherbe, La politique-divertissement. Le statut des invités politiques sur le plateau des émissions de talk-show, 2005, thèse dirigée par Alain Chenu

Articles connexes

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