thumb|« Silence=Mort » La représentation du VIH et du SIDA dans les médias retrace la façon dont les médias de masse ont analysé et représenté la question du VIH et du SIDA. Le monde médical se rend compte de l'existence du sida en 1981, bien que son arrivée dans le monde occidental remonte aux années 1970. Le sida est une pandémie qui entraîne des maladies et de nombreux décès. La particularité du sida est constituée par la stigmatisation et la discrimination entourant les personnes atteintes qu'elle génère. La transmission du VIH est pourtant évitable et les médias sont un moyen particulièrement efficace pour transmettre cette information. Un rapport de l'UNESCO de 2009 sur le traitement du HIV à la télévision déclare : « Un contenu télévisé bien documenté peut sensibiliser le public à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien du VIH et peut potentiellement influencer l'élaboration et la mise en œuvre de politiques pertinentes »..

La maladie est remarquée pour la première fois en , lorsque les Centers for Disease Control signalent que cinq hommes homosexuels de Los Angeles sont morts d'un ensemble de symptômes à la fois similaires et rares. En l'espace de deux mois, 100 autres homosexuels meurent, et les publications médicales contribuent à faire prendre conscience au grand public de l'existence d'une nouvelle maladie, appelé alors «cancer gay». Au début de la pandémie, la plupart des médias ont mis l'accent sur les groupes à risques (notamment les toxicomanes et les hommes homosexuels), plutôt que sur les comportements à risque., reculant la prise de conscience du grand public et sa prévention. La temporalité et la façon dont les divers médias à travers le monde ont publié cette information varient, tout comme les reportages et les représentations ultérieures et contemporaines du VIH et du SIDA dans les médias.

Contexte Les médias participent à l'élaboration de la «maladie du sida» comme phénomène médiatique de société. On peut observer plusieurs étapes dans la médiatisation.

Chronologie

et : un article scientifique de Michael Gotlieb intitulé « Pneumocystis pneumonia–Los Angeles » parait dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) du Center for disease control et fait état de 5 malades homosexuels à Los Angeles et 26 malades à New-York. ().. : un article scientifique du Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) fait état de 26 malades homosexuels à New York () et Californie, indiquant l'apparition d’un sarcome de Kaposi et d’une pneumocytose chez ces patients.. : l’hebdomadaire médical britannique The Lancet publie le premier article scientifique sur le sida relu par les pairs (évalué par un comité de relecture) intitulé «Kaposis's sarcoma in homosexual men - a report of eight cases».. septembre 1981 : l'hebdomadaire Gai Pied mentionne la maladie dans un article intitulé « Amours à risques ».. (). : Le New England Journal of medecine publie une série d'articles scientifiques qui cette fois ci sont relayés par la presse grand public, dont «Pneumocystis carinii Pneumonia and Mucosal Candidiasis in Previously Healthy Homosexual Men — Evidence of a New Acquired Cellular Immunodeficiency» de Michael S. Gottlieb et Robert Schroff. et «An Outbreak of Community-Acquired Pneumocystis carinii Pneumonia — Initial Manifestation of Cellular Immune Dysfunction».( note 32) de Henry Masur. : Libération titre « Mystérieux cancer chez les homosexuels américains ». : Le journal Le Monde titre « Une mystérieuse épidémie aux États-Unis ?».. : Le mensuel La recherche publie un article intitulé « La pneumonie des homosexuels ». : l'Association des médecins gais (AMG) s'oppose à toute médiatisation de la maladie par peur de la stigmatisation de la communauté gaie.. : la majorité sexuelle est ramenée à 15 ans pour les relations homosexuelles (abrogation de l'article 332-1 du code pénal). : Science publie l'article de l'Institut Pasteur sur la découverte du LAV (lymphadenopathy associated virus) (). : Libération titre «L'épidémie du cancer gay»... Vendredi le journal de 20 h d'Antenne 2 diffuse un reportage sur le sida intitulé « SIDA : vent de panique aux USA ». : Paris Match publie un article choc intitulé « La nouvelle peste. Le sida, cette maladie qui terrifie l’Amérique » avec des photos de malades squelettiques atteints du sarcome de Kaposi. Le lien est fait de manière symbolique avec les camps de concentration.. : annonce de la découverte du virus HTLV3 par Margaret Heckler, Secrétaire d'État américaine à la Santé, Cette intervention marque le début de la controverse autour de la découverte du sida entre Robert Gallo et Luc Montagnier.

1981 - 1982 : silence de la presse grand public

Divulgation dans la presse scientifique En 1981, James Curran, spécialiste des maladies transmissibles au Center for disease control (CDC) reçoit une demande de publication d'un rapport apportant la première mention de la maladie. Il écrit «Hot Stuff.» sur le dossier (C'est du lourd), ayant l'intuition que ce rapport en apparence anodin annonçant des cas de pneumocystose (une maladie habituellement bénigne) sur des patients homosexuels dont le système immunitaire est déficient est une information importante. Au moment de la publication des questions se posent pour le CDC sur l'opportunité de mentionner l'homosexualité des 5 patients face au risque de les stigmatiser. Pour finir l'homosexualité n'est pas mentionnée dans le titre retenu «« Pneumocystis pneumonia–Los Angeles » et le rapport ne parait pas en première page de la revue.

Le le journal médical américain Morbidity and Mortality Weekly Report publie le rapport dans un article très court (42 lignes et 903 mots) de et la mort de cinq patients de la communauté gay de San Francisco atteints de pneumonie. C'est la première publication et trace écrite de la maladie apparaissant dans les médias scientifiques au sujet du sida (qui ne porte pas encore ce nom). En portant sur 26 patients de New Yord et Californie atteints du sacrome de Kaposi, de pneumocystose et cytomegalovirus. Ces premières publications, qui sont des rapports de cas, sont suivies d'un premier article scientifique dit « peer reviewed » le dans la revue scientifique britannique The Lancet. L'article rapporte l'apparition du sarcome de Kaposi, chez huit hommes gays. Ces premiers articles scientifiques de 1981 ne sont pas relayés par la presse grand public.

C'est l'article paru dans le New England Journal of Medecine le qui provoque les premières prises de conscience dans la presse grand public.

1982 -1983 premières médiatisations grand public et silence relatif En France les premières mentions dans les médias de masse en 1982-1983, véhiculent diverses appellations avant que le terme «AIDS» repris de la presse américaine ne se fixe courant 1983 et soit traduit par le terme «sida» . Les journaux français mentionnent cette nouvelle maladie à la suite de la publication d'articles dans le New England Journal of Médicine au printemps 1981. Libération titre le « Mystérieux cancer chez les homosexuels américains », Le Quotidien de Paris « Du mal étrange qui frappe les homosexuels. ». Le Le Monde du annonce « Pourquoi des cancers?». La première mention du sida dans la presse homosexuelle française est publiée par l'hebdomadaire Gai pied en .

Entre janvier et 8 articles sont publiés dans les quotidiens du Figaro, Libération, Le Monde et Le Quotidien. L'Humanité et Le Matin ne couvrent pas l'affaire sur cette période, et ensuite rien n'est publié en France jusqu'en 1983. Durant cette période les thèmes dominants sont ceux du mystère, de l'interrogation médicale et de l'ignorance du corps médical sur l'origine de la maladie. Les personnalités de la recherche sont les locuteurs principaux, relayés par les médias, de manière marginale.

Mai 1983 : médiatisation du phénomène « sida » En la revue Science publie la découverte de l'isolation du retrovirus responsable de la maladie. À partir de ce moment, on assiste à un foisonnement médiatique sortant de l'univers de la presse spécialisée avec la publication d'enquêtes, reportages et interviews qui se succèdent souvent sans recul déontologique, en mettant en avant des positionnements philosophiques et moraux discutables. La preuve de l'existence de la maladie étant faite, la thématique du «mystère médical» disparait et l'attention se porte sur le mode de transmission, et sur «les groupes à risque», ainsi que la façon de les nommer et de nommer la nouvelle maladie. Une distinction discutable est ainsi rapidement faite entre porteurs sains et porteurs malades, entre «victimes innocentes» (hémophiles, enfants) et les autres (homosexuels et héroïnomanes). Cela contribue à un phénomène social d'ostracisation des personnes atteintes, à travers un discours moralisateur stigmatisant toute sexualité décrite comme déviante à la norme. Le journal Libération titre «Le cancer gai» et Paris Match publie un article choc mettant en scène des malades du sida sur leurs lit d'hôpital. Les appellations de «cancer gay» sont pourtant remises en cause avec la dénomination de la maladie avec l'acronyme «AIDS» ou SIDA en français, Le Figaro en fait état dans un article du , mentionnant que cette appellation est plus précise, mais cette tentative de neutralisation n'efface pas la stigmatisation lancée par les appellations de "cancer gai" dans les médias de masse.

Rapidement également la presse souhaite chiffrer le nombre de malades à travers le monde. L'importance accordée à ces informations peut être évaluée directement pas le fait que ces chiffres, mentionnant de façon imprécise le nombre de cas ou de morts, sont donnés dans les titres des articles de presse. La dimension géospatiale est évoquée : si en Libération évoque 159 cas aux États-Unis et en un cas de patient français est mentionné, en 18 pays sont concernés par l'épidémie, le millième mort aux États-Unis est annoncé par Le Quotidien de Paris le .

Médiatisation du différend Gallo - Montagnier sur la découverte du sida

Fait divers et médiatisation de personnalités atteintes du VIH/SIDA Le traitement de la question du SIDA dans les médias de masse s'est beaucoup concentré dans les premières années sur les personnalités publiques qui ont déclaré être atteintes de la maladie, des «coming out séropo» avec un certain sensationnalisme.... La médiatisation du sida notamment par la télévision le constitue en fait divers ou problème de société tout en en niant la dimension politique. La plupart des médias ont mis l'accent sur les groupes à risques, stigmatisant certains types de population en fonction de leur âge, sexe ou orientation sexuelle, plutôt que sur les comportements à risque, reculant de ce fait une prise de conscience plus générale dans l'opinion publique.

Après la prise de conscience des médecins que la maladie est présente en dehors de la communauté homosexuelle, les médias reprennent la qualification des « 4H». pour qualifier les groupes à risques : homosexuels, hémophiles, héroïnomanes et Haïtiens. La médiatisation de ces dénominations vont retarder une prise de conscience plus globale et de ce fait la prise en charge de la maladie pour toute la population, notamment hétérosexuelle.

L'affaire médiatique du « patient zéro » La recherche du patient zéro et la médiatisation des découvertes a occupé la scène médiatique avec pour corollaire la stigmatisation des personnes qui collaborèrent pourtant avec les équipes de recherche de façon volontaire.