La villa Mauresque est une résidence balnéaire orientaliste situé à Yport, dans le département de Seine-Maritime en région Normandie.
Histoire La villa est édifiée en 1879 par l'architecte et peintre Émile Auguste Marquette, professeur de l’École Nationale des Beaux-Arts d’Alger, à usage de villégiature pour le compte du peintre et lithographe André Amédée Charpentier, sur des terrains déjà lotis acquis auprès de Louis Léonce Jurine.
Il est communément admis que l'édifice provient du pavillon tunisien conçu par l'architecte Jacques Drevet pour l’Exposition Universelle de 1867 où il servi à cette occasion de salon de repos à l'impératrice Eugénie, lequel fut démonté puis remonté par la suite dans la cité maritimeUne théorie intéressante, mais non avérée, suggère que le pavillon de Drevet, inspiré de la Koubba du Belvédère de Tunis, se limitait initialement au corps central du bâtiment, installé à cet emplacement en guise de fabrique de jardin, et autour duquel Marquette fit construire par la suite la villa actuelle. — Max Lemaitre, " Yport et les communes du canton de Fécamp autour des années 1900 ", Ed. Durand et Fils, 1992.. Une tradition locale veut que la villa ai été acheminée en péniche sur la Seine depuis Paris, pratique alors courante pour le transport de constructions de ce type"La préfabrication en bois dans l’architecture balnéaire et thermale normande au XIXe siècle". Viviane Manase, Inventaire du patrimoine/DCP..
"Maison de Guy de Maupassant" C'est à l'initiative de l’une de ses propriétaires de l’entre-deux guerres que la villa se voit attribuer l’appellation de « Bordj el Maboul » (« La Forteresse du Fou ») ainsi que l’indique la plaque de marbre qu'elle fait apposer sur la façade. Laquelle elle est suivie de la mention : « Guy de Maupassant de ce manoir fit sa demeure et y écrivit ses romans », contribuant à entretenir jusqu’à aujourd’hui la légende d'une présence prolongée du grand écrivain en ces lieux.
Architecture Rare témoignage de la vogue orientaliste et hispano-mauresque en Normandie dont elle est un exemple précurseur et tout particulièrement sur la côte d’albâtre, la villa est une bâtisse d’un seul étage édifiée au sommet d’une haute terrasse à mi-flanc d’une colline boisée située à l’entrée du village d’Yport.
Sa conception constitue une illustration de l'architecture éclectique de plaisir dans l'espace balnéaire à la fin du XIXe siècle, qui en se démarquant radicalement des traditions locales comme de la norme architecturale en vigueur dans l'espace urbain, s'offre comme un décor d'évasion prétexte à la rêverie et à la manifestation du désir d'exotisme.
Ses murs de briques blanchis à la chaux« D'ailleurs, absolument aveuglant ce jour-là, ce grand bâtiment blanc, carré comme un dé et planté en plein midi dans la pourpre grillée de ces bois en tout temps rôtis par le vent d'ouest, au beau milieu de cette colline criblée de soleil ».
Jean Lorrain, «Très Russe », nouvelle édition, P.V. Stock et Cie, Paris, 1914. sont percés par cinq travées de baies en arc outrepassé brisé, dont certaines géminées. Sur les toits plats, la verrière centrale est cernée de rangées de merlons inspirés de l’architecture défensive mudéjare. L’ensemble de la demeure est agrémenté de décors en staffs, de boiseries en moucharabiehs ainsi que de zelliges polychromes que l’on retrouve également en parement de façade.
Au rez-de-chaussée sont aménagés les communs donnant sur la terrasse sud qui domine la valleuse, tandis qu’à l’étage, un vaste espace de réception décoré d’une fontaine intérieure surmontée d’une haute coupole octogonale richement ornée de stucs et de vitraux de couleurs, s'ouvre sur deux grands salons latéraux. Un couloir aveugle, traversant l’arrière du bâtiment, dessert une variété de pièces de dimensions moindres, à vocation de chambres ou de cabinets privés.
Destin littéraire Tandis qu'aucun document n'atteste formellement que Guy de Maupassant ait séjourné, vécu durablement ou même possédé la villa, elle reste étroitement liée à la figure du grand nouvelliste et constitue à ce titre un des lieux les plus emblématiques du paysage littéraire normand.
Louée durant l’été 1885 par la comtesse Emmanuela Potocka, figure aristocratique majeure du Paris mondain de la belle époque et égérie de Marcel Proust, la propriété fut en effet à l'occasion de son séjourCette villégiature de 1885 est très probablement à l'origine de la légende populaire locale, qui veut que la villa ait longtemps été la propriété d'une "excentrique princesse russe". Rumeur se trouvant confirmée par la confusion qui en est faite avec la fiction et le personnage central de Madame Livitinof dans le second roman de Jean Lorrain., le théâtre d’une rivalité amoureuse entre Maupassant et le romancier Jean Lorrain, tous deux par ailleurs originaires du pays de Caux.
Ce dernier publiera l'année suivante "Très Russe", roman plus tardivement titré "Villa Mauresque", dans lequel il relate cet épisode estival en prenant la demeure pour décor. Maupassant, s'étant reconnu dans l'un des personnages dépeint sous des traits peu flatteurs, initie la brouille qui s’ensuivit entre les deux hommes de lettres.
Si cette vive querelle valu effectivement à Lorrain une provocation en duel de la part de Maupassant , c’est une autre légende, persistante elle aussi, qui situe le lieu de cet affrontement aux pistolets, qui n’eut en réalité jamais lieu du fait de la défection de Lorrain, aux abords immédiat de la villa.
Notes et références
Catégorie:Bâtiment dans la Seine-Maritime