Achille Louette, dit Alain Brieux né le à Marines (Val-d'Oise) et mort le à , est un antiquaire et libraire. Il a notamment travaillé sur les astrolabes qu’il a cherché à référencer pendant de nombreuses années.

Enfance et jeunesse Alain Brieux, né Achille Louette le à Marines, grandit seul avec sa mère dans le arrondissement de Paris. Sa mère, Georgette Lefèvre, couturière, vit de revenus modestes. Son père, Eugène Brieux, (1858-1932), célèbre dramaturge et académicien français, refuse de reconnaitre son fils à la naissance. Sa mère épouse Monsieur Louette dont elle se sépare rapidement.

Alain Brieux fait ses études secondaires au petit séminaire Jésuite de ConflansEloge, Antony Turner, octobre 1985, puis part étudier au lycée Voltaire à Paris. À la déclaration de guerre, il doit interrompre ses études, ce dont il restera frustré toute sa vie.

Sa mère ayant trouvé un emploi chez les artistes Robert Desnos et sa femme Youki, le jeune homme côtoie tout naturellement le couple, chez eux, au 19 rue Mazarine, dès 1934. Il y rencontre leurs amis écrivains, poètes, peintres comme Picasso, Éluard, Prévert, Aragon ou encore Mouloudji. Robert Desnos le prend en affection et Alain Brieux le considérera comme son père spirituel.

À la débâcle de 1940, il part en exode avec sa mère dans le Sud-Ouest de la France à Argentat. La fille de l’hôtelière où ils résident, Madeleine Gauthier, deviendra sa femme quelques années plus tard, dont il aura une fille : Marie-Christine Maugis.

Pendant cette période, entre effort de guerre, STO et contribution à la résistance, Alain Brieux se livre à toutes sortes de travaux, dans une ferme de la Somme, dans une usine d’aviation et même à la radio au Poste Parisien, où travaille Desnos. Déjà passionné par la photo, il dépense ses premières paies dans l’achat de tout un matériel quasi professionnel.

En 1942, réfractaire au STO en Allemagne, il se cache chez Desnos jusqu’à l’arrestation par la Gestapo et la déportation du poète en . Son matériel photographique sert à la fabrication de faux papiers à la demande de Desnos, alors journaliste, critique de livres et de disques. Celui-ci rédige sous de faux noms des articles à double sens. Plus tard, il dirigera le réseau clandestin AGIR. Contraint par la clandestinité de changer plusieurs fois de nom et prénom, le jeune homme choisit finalement de porter le pseudonyme "familier" de Alain Brieux.

Toutes ces années dans la sphère de Desnos et de son entourage d’artistes surréalistes influencent grandement le jeune Alain Brieux. Il les écoute exposer leurs idées, les observe dans leurs difficultés à faire connaître leurs œuvres et à les éditer, tout en se plongeant dans les livres de littérature ou de sciences de la bibliothèque, que son ami l’a chargé de ranger.

Apprentissage Dans de nombreuses lettres, Desnos prodigua ses conseils à Alain Brieux, aussi bien pour ses études que pour ses recherches d’emploi. Il lui recommande la patience et le freine dans ses emballements. Dans une longue lettre de recommandation au libraire Georges Andrieux, qui faisait autorité en matière de ventes aux enchères à l’Hôtel Drouot, il affirme que son protégé a les compétences pour faire carrière dans le commerce du livre ancien. Alain Brieux travailla avec lui dès 1942, puis avec Madame Vidal-Mégret (après la mort de Georges Andrieux en 1945) pendant plus de 10 ans.

Pendant les années 1950, parallèlement aux ventes publiques, il fit de passionnantes découvertes comme un ensemble de documents et d’objets inconnus provenant de Montaigne. Par ailleurs, il travailla sur les archives de Bougainville, Noailles, Dupleix, Brissot de Warville, et sur l’atelier du photographe Atget ou encore sur une collection inédite de photographies de Bayard. Il se rendit également jusqu’en Autriche pour rapatrier les centaines d’ouvrages que contenait la bibliothèque Starhemberg jusqu’en France dans un contexte de guerre froideLettre d'informations du SLAM, André Jammes, novembre 1985.

Son apprentissage qui consistait à préparer la description bibliographique d’ouvrages pour des catalogues de ventes aux enchères, lui apporta la formation idéale au travail d’analyse et de démonstration qu’il mena pendant toute sa carrière, tout en se livrant à sa passion des livres et des instruments scientifiques anciens.

Sa carrière rue Jacob En 1958, Alain Brieux rachète les locaux du marchand d’autographes et de vieux papiers Désiré Janvier fils au 48 rue Jacob, Paris 6. Située entre la fac de médecine et l’école des beaux-arts, Alain Brieux choisit d’orienter sa librairie dans l’Histoire de la médecine et l’Histoire des sciences et techniques. Il cherche alors à éveiller l’intérêt des amateurs dans ce domaine, mettant en lumière beaucoup d’instruments et appareils jusque-là ignorés. Il déterre le matériel d’enseignement scientifique, relégué et oublié, que de nombreux clients sont heureux de redécouvrir. Présentant des modèles d’anatomie, des planches de botanique, des cadrans solaires, des maquettes ou lunettes astronomiques, la boutique prend rapidement l’aspect d’un cabinet de curiosités.

Dès les années 1960, un catalogue est envoyé tous les ans à une clientèle internationale qui passe commande sur simple description soigneusement détaillée et sur photo. Ces catalogues eux-mêmes deviennent une ressource scientifique importante, référençant de nombreuses pièces, livres ou instruments scientifiques. vignette|Alain Brieux et son appareil photo Toujours dans cette optique de rendre l’Histoire des sciences plus largement accessible, Alain Brieux travaille sur une série de rééditions d’ouvrages rares en fac-similé. Par exemple, la série de 50 planches gravées datant de 1624 de Braccelli « Bizarre di Varie Figure » en 1963 en collaboration avec Tristan Tzara et André Jammes. Le tirage se fait à 520 exemplaires dont 20 sur papier ancien. Alain Brieux réédite également « Perspectiva Corporum Regularium » de Wenzel Jamnitzer datant de 1568 dont il n'existait qu’un seul exemplaire complet à la bibliothèque de Nuremberg. Il a fallu pour cette réédition travailler des planches de cuivre gravées pour reproduire les illustrations originales de polyèdres (figures géométriques) en collaboration avec Albert Flocon. Le troisième volume de la série de réédition d’Alain Brieux fut le célèbre ouvrage de Michel Maier « Atalanta Fugiens » illustré par Théodore de Bry, l’une des productions les plus extraordinaires de la littérature alchimique.

De nombreux objets exceptionnels passèrent entre les mains d’Alain Brieux.

La collection Nachet composée d'un très grand nombre d’instruments de mesure était particulièrement remarquable pour illustrer l’évolution du microscope. Les pièces du XVIIème au furent proposées et acquises par l’américain Orville Golub pendant que Maurice Daumas, alors conservateur du Musée des arts et métiers à Paris, préemptait les pièces les plus rares afin qu’elles restent en France.

Parmi les instruments de physique de l’Abbé Nollet, plusieurs furent vendus au grand collectionneur David Wheatland, ancien élève de Harvard, qui fit don de sa collection à son université. Un certain nombre encore furent acquis par David McDonald Stewart à Montréal.

En 1966, Alain Brieux fait l’achat d’une pièce unique parmi les rares astrolabes de l’Europe chrétienne : l’astrolabe de Jean Naze datant de 1553. Il est racheté par le Musée des Beaux-Arts de Lyon (dont Jean Naze était originaire). Alain Brieux et M. Destombes (collectionneur dans ce domaine) s’associent pour rédiger un article sur cet objet hors du commun, publié au Bulletin des Musées et Monuments Lyonnais ( - Volume III) en 1966.

Dans les années 1970, Alain Brieux travaille avec IBM dans le cadre de l’organisation d’une exposition, dans les locaux de la avenue de New York, intitulée « Historical Wall of Computing ». D’un bout à l’autre de ce mur se succèdent des abaques, bouliers, plans, documents, prototypes depuis Leibnitz et Pascal jusqu’à l’arithmomètre de Thomas de Colmar datant de 1820 (France), puis les nombreux procédés qui virent le jour à l’ère de l’industrialisation jusqu’aux premiers ordinateurs au début du . Alain Brieux contribue à la mise en place de cette exposition en vendant à IBM des documents et machines provenant de sources diverses, en particulier la collection Malassis datant de la fin du qu’il venait d’acheter à Jacques Chauvin où figurait bien sûr la Pascaline, machine à calculer inventée et construite par Blaise Pascal en 1642. Toutes ces pièces sont toujours conservées dans les musées IBM aux États-Unis et en Europe.

Une étape importante fut celle de Pasteur. Alain Brieux eut la chance de se lier d’amitié avec les héritiers de Louis Pasteur et de faire l’acquisition de documents et de microscopes. Le collectionneur érudit Bern Dibner, auteur de l’ouvrage « Heralds of Science », fut l’heureux acheteur de carnets provenant du laboratoire de Pasteur.

Dans le domaine de la médecine, la librairie abritait régulièrement des mannequins anatomiques. Ces modèles démontables étaient réalisés en papier mâché comme les modèles de Louis Auzoux datant du . Avant lui, on fabriquait des chefs-d'œuvre de cire, non démontables et très fragiles (Pinson)

À Minneapolis, Earl Bakken, inventeur du pacemaker, fit appel à Alain Brieux dans son désir de fonder un musée et une bibliothèque consacrée à l’Histoire de l’électricité et plus particulièrement l’électricité agissant sur la vie. De nombreuses pièces remarquables ont été procurées par Alain Brieux à ce musée.

Enfin, le début des années 1980, fut marqué par une rencontre inoubliable. Celle de la famille des savants Becquerel (ils furent quatre, Antoine, Edmond, Henri et Jean), tous physiciens. Alain put acquérir de nombreux manuscrits inédits ainsi que des éditions originales rarissimes d’Henri Becquerel (qui reçut le Prix Nobel conjointement avec Pierre et Marie Curie). Agréé par la commission des commissaires-priseurs de Paris depuis les années 1960, Alain Brieux apporte son expertise sur les ouvrages et instruments scientifiques lors de ventes aux enchères. Notamment à l’hôtel Drouot en 1980 pour la vente Linton. Léonard Linton, collectionneur et client d’Alain Brieux, demande à l’antiquaire de faire la vente publique de sa collection en France. Celle-ci se déroulera sur deux jours, les 9 et par l’étude Libert et Castor, sous l’expertise l’Alain Brieux. Pendant ce temps, il étudie de façon plus approfondie les mathématiques et l'astronomie, puis l’arabe et le persan ancien afin de se plonger dans l’étude des astrolabes dont il décide de dresser un répertoire complet à partir de 1974. Il part régulièrement avec sa femme Dominique pour compléter ses recherches sur les astrolabes islamiques en Inde, en Égypte, en Tunisie, au Maroc…

Une fois installé dans un ancien moulin à eau au Val-Saint-Germain (91) à la fin des années 1970, il développe encore son goût pour les machines et les sites archéologiques industriels.

Il continue également de mettre en pratique ses talents de photographe qui lui permettent de retranscrire en image ses découvertes, constituant par la suite l’une des plus grandes photothèques d’instruments de sciences anciens en Europe.

Au décès d’Alain Brieux en 1985, Dominique, son épouse, prend la suite avec son assistant, Jimmy Drulhon. Elle perpétue le travail de son mari pendant plus de 20 ans en respectant attentivement l’esprit de la librairie Alain Brieux. En 2005, Dominique Brieux prend sa retraite et laisse la place à Jean-Bernard Gillot, qui est aujourd’hui toujours en activité au 48 rue Jacob. Comme ses prédécesseurs, son objectif est de conserver l’univers particulier du lieu et de proposer des objets toujours aussi originaux. Les archives d’Alain Brieux ont été déposées au CNAM sous le nom « Fonds Brieux ».