La Première Restauration est une période de l'histoire de France qui voit brièvement le retour de la dynastie des Bourbons sur le trône, entre l'abdication de au printemps 1814 et les Cent-Jours, en . Le régime voit le jour à la suite de la victoire de la Sixième Coalition (Royaume-Uni, Russie, Prusse, Suède et Autriche) dans le cadre de la campagne de France, alors que le pays est las des conflits vécus durant le Premier Empire. Alors que les puissances alliées sont partagées au sujet de la personne à placer sur le trône de France, un jeu subtil s'établit entre les Bourbon en exil, les institutions françaises et les puissances étrangères, avant que l'abdication de l'Empereur le ouvre la voie à , qui rentre à Paris à la fin du mois et s'installe au palais des Tuileries.
Le nouveau régime est constitutionnel : il s'agit en effet, pour réconcilier le pays, de mêler le retour à la monarchie avec certains des acquis majeurs de la Révolution française. Pour ce faire, le souverain octroie aux Français la Charte de 1814. Le pouvoir royal est rétabli tout en préservant une part des droits individuels acquis durant la Révolution. Durant sa courte existence, le régime tente de réconcilier le pays. Cette méthode déçoit les monarchistes les plus extrêmes, qui espéraient une vengeance pour les torts subis pendant la période révolutionnaire, tandis que le retour en puissance de l’Église et la réduction de la taille des armées créent rapidement des ennemis au régime.
C'est dans ce contexte que Napoléon débarque en France le . Avec une armée d'abord réduite, il fédère les mécontents et marche à travers le paysLa route qu'a emprunté Napoléon est aujourd'hui connue sous le nom de Route Napoléon.. Le roi, qui y voit d'abord l'occasion de se débarrasser de lui, ne parvient cependant pas à l'arrêter, tandis que de plus en plus de troupes le rallient. Louis XVIII quitte Paris le , et le régime s'effondre le lendemain, à l'arrivée de Napoléon aux Tuileries. La monarchie est de nouveau en exil, à Gand. Ce n'est qu'après les Cent-Jours et la bataille de Waterloo que Louis XVIII peut revenir sur le trône, inaugurant la Seconde Restauration.
De l'Empire au retour de la monarchie Une situation politique confuse
thumb|left|Le contexte troublé de la campagne de France se révèle favorable à la restauration de la monarchie.|alt=Peinture représentant Napoléon et ses maréchaux lors de la campagne de France Au début de l'année 1814, la France fait face à la Sixième Coalition, constituée du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, de l'Empire russe, du royaume de Prusse, de la Suède, de l'empire d'Autriche et de plusieurs États allemands. Les troupes de ce groupe de pays envahissent alors le territoire français. Si remporte plusieurs succès au cours de la campagne de France, sa situation militaire est de plus en plus précaire, tandis que la population exprime de plus en plus fermement son désir de paix. Plus qu'une restauration monarchique, les coalisés envisagent dans un premier temps de conclure une paix avec Napoléon et engagent des négociations dans ce cadre. L'Empereur, surestimant ses chances, les fait échouer en refusant toute paix qui ôterait à la France ses telles qu'elles étaient lors du coup d'État du 18 Brumaire. Dès lors, les coalisés signent le traité de Chaumont, le , par lequel ils jurent de ne pas signer de paix séparément jusqu'à l'abdication de Napoléon.
L'opinion de la population française vis-à-vis de la monarchie est confuse et diverge selon les régions. Sur la frontière Est, nombreux sont ceux qui se lancent dans des mouvements de résistance face aux envahisseurs étrangers. À l'inverse, l'arrivée des Russes à Paris est saluée comme une libération. La lassitude de la guerre, la colère suscitée par les levées d'armées et d'impôts et le désir des nobles, qu'ils soient d'Ancien Régime ou d'Empire, de garder leurs biens et statuts unissent une grande partie de la population derrière l'idée d'une restauration monarchique. Cette unité semble assurée jusqu'à l'issue de la crise.
Les alliés ont quant à eux des intérêts divergents. L'Autriche est favorable à une abdication en faveur du fils de Napoléon, avec une tutelle confiée à sa mère Marie-Louise, ce qui pourrait être préjudiciable aux autres puissances. La Russie, peu favorable aux Bourbon, propose pour sa part de placer Bernadotte, alors prince héritier de Suède et de Norvège, sur le trône, mais sa présence à la tête d'une des armées de la coalition joue en sa défaveur. La solution de la Branche cadette d'Orléans a ses partisans parmi ceux qui redoutent un retour à l'absolutisme, mais le futur s'y refuse alors. Reste la solution des Bourbon, qui a le soutien des Britanniques. Concrètement, les alliés, pour éviter des disputes au sein de la coalition, laissent les évènements intérieurs décider de l'orientation finale.
En marche vers la monarchie thumb|Les manœuvres politiques de Talleyrand permettent le retour de la monarchie.|alt=Portrait de Talleyrand, en 1809. Si le comte de Provence, frère de Louis XVI et prétendant au trône sous le nom de « Louis XVIII », attend dans sa résidence de la suite des événements, son frère, le comte d'Artois, suit les armées alliées qui envahissent l'Est de la France. Les Bourbon, qui craignent que les alliés n'installent une autre dynastie, doivent occuper le terrain et susciter des appuis intérieurs. Les deux fils du comte d'Artois sont également prêts à intervenir. Le duc de Berry se tient à Jersey, attendant le soulèvement de la Normandie. L'ainé, le duc d'Angoulême, peut profiter dès le de l'insurrection menée à Bordeaux par les Chevaliers de la Foi de Ferdinand de Bertier de Sauvigny : le maire Jean-Baptiste Lynch se rallie aux Bourbon et accueille le prince le jour même, lui permettant de former un gouvernement provisoire. Les Britanniques investissent la ville, mais les négociations étant encore en cours avec Napoléon, Wellington temporise jusqu'à ce que soit conclu le traité de Chaumont. Des troubles éclatent aussi dans le Midi, et Lyon bascule à son tour en faveur des Bourbon.
Le Conseil de régence s'est replié au sud de la Loire avec le reste de l'armée impériale. Napoléon doit faire face à Fontainebleau à la pression de ses maréchaux, qui le poussent à abdiquer. Seul membre du Conseil de régence resté à Paris, Talleyrand est maître du jeu pour entamer le les discussions avec le tsar Alexandre, qui est entré dans la capitale à la tête des troupes alliées. Mais son action est gênée par les Chevaliers de la Foi de Paris, qui ont organisé une manifestation royaliste dans la capitale lors de l'entrée des troupes alliées. De plus, ces derniers obtiennent la parole de l'empereur de Russie que le Comte de Provence serait rétabli sur le trône. En effet, alors que l'empereur passait sous les fenêtres de Madame de Semallé, épouse de Jean René Pierre de Semallé, Chevalier de la Foi et l'un des principaux organisateurs de la manifestation, elle lui dit : , ce à quoi il lui répondit .. Talleyrand parvient cependant à les évincer et manœuvre le Sénat et le Corps législatif, qui déclarent la déchéance de l'Empereur le et offrent au comte de Provence le trône de France.
Le , la Proclamation du Conseil général, inspirée par Nicolas François Bellart, fait impression par son légitimisme sur la bourgeoisie parisienne.
Talleyrand a entre-temps convaincu le tsar, peu favorable aux Bourbon, que la Restauration est la seule voie permettant d'écarter définitivement Napoléon. Mais le Français veut que celle-ci se fasse à ses conditions. Il obtient la désignation d'un gouvernement provisoire de cinq membres qu'il préside, supplantant de fait les commissaires royaux qui avaient obtenu du comte d'Artois d'importants pouvoirs., et fait adopter le une Constitution d'esprit monarchien, proche de la Constitution de 1791. Son article 2 précise : Le texte doit être soumis au peuple français, et Louis XVIII doit jurer de l'observer et la faire observer, ce qui ne plaît pas aux royalistes, qui considèrent que le roi doit gouverner sans le consentement du peuple. Certains vont jusqu'à dire qu'une constitution serait, par définition, régicide.
Le même jour, Napoléon accepte d'abdiquer et conclut le traité de Fontainebleau qu'il signe le suivant. Il devient le souverain de la principauté de l'île d'Elbe et se voit promettre le versement par la France d'une rente à vie.
Le jeu des Bourbon et le retour à la paix
thumb|left|Louis XVIII relevant la France, allégorie du retour des Bourbon par Louis-Philippe Crépin.|alt=Le roi relève une femme dénudée symbolisant la France. Le , le comte d'Artois est accueilli chaleureusement par la population lorsqu'il entre dans Paris en arborant la cocarde blanche, symbole royaliste, tout en prônant la paix et l'unité : on lui fait dire . mais cet engouement populaire n'est que provisoire. Le Sénat lui reconnaît le titre de lieutenant-général du royaume, mais il faut l'insistance de Talleyrand et de Fouché, de retour à Paris, pour qu'il accepte sans conviction les principes du projet de Constitution, en s'abstenant toutefois de prêter serment sur le texte. Il conserve le gouvernement en place en y ajoutant des maréchaux ralliés (Oudinot et Moncey) et Vitrolles, son conseiller personnel. Hostile au libéralisme, il maintient en plus de ce gouvernement un , gouvernement occulte formé d'émigrés et de contre-révolutionnaires qui suscite la crainte chez les bonapartistes ralliés. Le drapeau blanc est substitué au drapeau tricolore, au grand désarroi des militaires déjà heurtés par la défaite.
Louis XVIII débarque à Calais le . Le , la déclaration de Saint-Ouen devant les sénateurs venus à sa rencontre remet en cause le caractère souverain du peuple et renvoie à une commission le soin d'« améliorer » le texte constitutionnel du Sénat, tout en exprimant l'impossibilité d'un retour pur et simple à l'Ancien Régime. Ainsi, s'il émet un certain nombre de critiques appelant à des corrections du texte, Louis XVIII promet que ses grands principes seront préservés. Il se proclame , dans la continuité du titre qu'il s'était approprié à la mort du fils de Louis XVI en 1795. Cette idée de continuité monarchique entre les règnes de Louis XVI, Louis XVII et Louis XVIII, comme un déni de la période révolutionnaire, est très présente dans les propos du roi. Le , venant du château de Saint-Ouen il fait son entrée solennelle dans Paris par la barrière Saint-Denis et gagne le palais des Tuileries après avoir entendu chanter un Te Deum à la cathédrale Notre-Dame. Le nouveau gouvernement, qui se veut de réconciliation, est mis en place le . Les anciens émigrés y restent minoritaires.
La paix est conclue avec les Alliés le : le premier traité de Paris rétablit la France dans ses frontières de 1792, avec quelques gains territoriaux destinés à ménager les sentiments des FrançaisCes nouvelles frontières contiennent notamment Avignon, Nice, Montbéliard, Mulhouse, ainsi qu'une partie de la Savoie et de la Sarre.. On compte en revanche des pertes en ce qui concerne les colonies : Tabago, Sainte-Lucie et l'Île de France. La France n'a, par ailleurs, pas à payer d'indemnités, ni à souffrir d'occupation, et doit bénéficier d'une représentation au Congrès de Vienne. Ces dispositions favorables ont été obtenues par Talleyrand et le tsar Alexandre. La perte des conquêtes impériales, qui devient un thème de mécontentement, sera longtemps utilisée par les libéraux pour critiquer la monarchie.
Fonctionnement du régime La Charte
thumb|Tout en étant un compromis avec l'héritage révolutionnaire, la Charte de 1814 accorde une place prépondérante au souverain, Louis XVIII.|alt=tableau représentant Louis XVIII en costume de sacre