Abd Al-Malik ou Abou Al-Walid Abd Al-Malik ibn Marwān (en ), né en 646 à Médine et mort en 705 à Damas, est le cinquième calife omeyyade. Il succède à son père en 685. Connu pour sa bonne éducation et sa compétence, il pacifie le Califat omeyyade contre Abd Allah ibn az-Zubayr (qui ne s'était pas rebellé vu qu'il détenait lui aussi le Califat dans une grande partie du monde musulman), puis il étend ses frontières, en Afrique du Nord et en Inde notamment. Le règne de Abd Al-Malik est également marqué par l'apparition des premières pièces de monnaie omeyyades, ainsi que par différentes réformes, notamment dans les domaines de l'agriculture et du commerce.

Jeunesse Abd al-Malik voit le jour en juillet ou ou bien en juin ou . Il naît à Médine, dans la maison de son père, le futur Marwān Ier. Sa mère, A'icha, est la fille de Mu'awiya ibn al-Mughira. Ses deux parents appartiennent au clan des Banu Umayya, l'un des plus puissants de la tribu des Quraych. Mahomet est lui-même un membre de cette tribu, laquelle refuse un temps d'adhérer à l'islam, avant de s'y convertir en 630. À partir de cette date, les Quraych dominent le monde politique musulman. Abd al-Malik appartient à la première génération des individus nés musulmans. Son éducation, au coeur du monde islamique naissant, est généralement décrite comme pieuse et rigoureuse. Il aurait développé très tôt un intérêt pour la théologie et pourrait avoir appris par cœur le Coran.

Le père d'Abd al-Malik est un lieutenant du calife Othman, issu de la même grande famille. En 656, Abd al-Malik est le témoin de l'assassinat d'Othman à Médine, un événement qui l'aurait marqué et expliquerait sa méfiance, voire sa défiance à l'égard des habitants de la ville. Six ans plus tard, il se distingue dans une campagne navale contre l'Empire byzantin. Il est nommé à la tête d'une unité navale par son lointain cousin, le désormais calife Mu'awiya, fondateur de la dynastie des Omeyyades. Il retourne ensuite vers Médine où il assiste son père, alors gouverneur. Il est plus précisément le katib (secrétaire) du diwan (administration) municipal. De même que les autres Omeyyades du Hedjaz, Abd al-Malik entretient peu de liens avec Mu'awiya, qui gouverne depuis Damas. Mu'awiya appartient au clan des Sufyanides, alors qu'Abd al-Malik se rattache à la lignée d'Abu al-As. Quand une révolte éclate contre Yazid Ier (successeur de Mu'awiya) à Médine en 683, les Omeyyades encore présents dans la ville sont expulsés, comprenant Abd al-Malik. Celui-ci rejoint alors Damas où il rencontre l'armée de Muslim ibn Uqba, envoyée combattre les Médinois. Il lui donne alors des informations sur les défenses de la ville et les rebelles sont finalement vaincus lors de la bataille d'Al-Harra en , même si l'armée loyaliste se replie quand elle apprend peu après la mort de Yazid.

La mort de Yazid, puis de son successeur, Muʿawiya II, dès 684, entraîne un vide du pouvoir à Damas. L'autorité omeyyade s'effondre dans le califat, tandis que les provinces se tournent généralement vers Abd Allah ibn az-Zubayr, basé à La Mecque. En Syrie, les tribus arabes alliées des Omeyyades, notamment les Banu Kalb, peinent à maintenir leurs positions. En Syrie, les partisans des Omeyyades tentent de se replier, comme le gouverneur d'Irak Ubayd Allah ben Ziyad, où ils rejoignent Marwan, le père d'Abd al-Malik qui coalise les Omeyyades et finit par se porter candidat au califat. Soutenu par les tribus, Marwan devient de fait le client des Banu Kalb et de leurs alliés, appartenant à la confédération de Yaman. Celle-ci s'oppose alors aux Qaysites, nouveaux venus en Syrie et qui dominent le nord de cette région ainsi que la Jézireh et qui se sont tournés vers Ibn al-Zubayr. Ils sont vaincus dès 684 par Marwan lors de la bataille de Marj Rahit, sans être soumis. Selon des récits historiques, Abd al-Malik se serait abstenu de participer à cette bataille pour des raisons religieuses.

Accession au pouvoir Abd al-Malik est un proche conseiller de son père. Il assure une forme de régence quand Marwan part reconquérir l'Egypte en 684. Quand Marwan revient en 685, il tient un conseil dans lequel il nomme Abd al-Malik comme gouverneur de Palestine et comme son successeur désigné, suivi par son frère, Abd al-Aziz. Cette décision rompt l'accord passé auparavant, qui prévoyait la succession du fils de Yazid, Khalid ou, à défaut, par le gouverneur de Médine, Al-Ashdaq. Néanmoins, Marwan obtient des serments d'allégeance de la part de confédération Yaman. Si l'historien Gerald Hawting souligne le manque d'expérience politique d'Abd al-Malik, Dixon soutient au contraire que ce sont ses qualités politiques et sa connaissance de l'administration, tant centrale que provinciale, qui légitiment sa nomination. En effet, il rappelle qu'il est nommé très jeune à différentes fonctions. Marwan meurt dès et l'intronisation d'Abd al-Malik est facilitée par le soutien dont il jouit dans l'élite tribale syrienne. Il est proclamé calife à Jérusalem si l'on en croit le récit de Khalifah ibn Khayyat.

Premières années Difficultés en Irak La mission principale d'Abd al-Malik est de rétablir l'autorité califale dans différentes provinces, dont l'Irak. Celle-ci est la plus riche mais également le lieu d'implantation d'un grand nombre d'Arabes, qui forment alors le coeur de l'armée du calife. En cela, l'Irak se distingue de l'Egypte, qui contribue largement aux rentrées fiscales mais dont la communauté arabe est peu nombreuse et n'a donc que peu d'intérêt pour le recrutement militaire. Or, l'armée reste l'élément fondamental du pouvoir des Omeyyades. En outre, la composante syrienne de l'armée est partagée entre les soldats issus de confédération Yamani et ceux issus de la confédération Qaysi. De plus en plus, le pouvoir des Marwanides s'efforce d'élargir le recrutement à cette deuxième confédération, pour renforcer les effectifs.

La reprise en main de l'Irak est alors confiée à Ibn Ziyad. Celui-ci doit faire face aux forces partisanes d'Al-Hussein ibn Ali, dirigées par Moukhtar ath-Thaqafi et qui sont surtout basées à Koufa. Elles s'opposent aux hommes de Mus'ab ibn al-Zubayr à Bassora. En 686, Ibn Ziyad est vaincu à la bataille de Khazir, lors de laquelle il perd la vie, face aux soldats de Moukhtar. Pour Abd al-Malik, c'est une défaite majeure car il perd nombre de ses officiers. Pendant près de cinq ans, il se refuse à lancer une grande offensive en Irak, laissant Mus'ab prendre le dessus et tuer Moukhtar.

Finalement, le calife se concentre sur la Syrie. En effet, la constitue une autre difficulté. Un général qaysite, Umayr ibn al-Hubab al-Sulami, décide de rejoindre la rébellion de Zufar. Toutefois, il échoue dans ses raids contre la tribu encore largement chrétienne des Banu Taghlib, lesquels s'allient de fait avec les Yaman et les Omeyyades, auxquels ils envoient la tête d'Umayr quand il est tué en 689.

Trahison de Amr ibn Said En 689, Abd Al-Malik part vers l'Irak, laissant à Amr ibn Said la gestion de Damas. Amr avait reçu auparavant de la promesse de lui succéder, promesse qui n'est pas tenue étant donné que c'est Abd Al-Malik qui succède à son père. Amr ibn Said profite alors du départ de Abd Al-Malik vers l'Irak pour usurper le pouvoir. Abd Al-Malik revient sur ses pas et assiège Damas. Amr ibn Said, voyant que ses troupes lui font défection pour se ranger du côté de Abd Al-Malik, est obligé de céder. Il est décapité peu après..

Guerre avec l'Empire byzantin vignette |Dinars omeyyades à l'époque de Abd Al-Malik : à gauche, avers d'un dinar avant la réforme monétaire.|alt= vignette|gauche|Carte de la frontière arabo-byzantine. En Syrie, les Omeyyades font face au regain offensif de l'Empire byzantin depuis l'échec du premier siège de Constantinople (674-678). En 679, une trêve de trente ans a été conclue, imposant un tribut de d'or, cinquante chevaux et cinquante esclaves aux Omeyyades. Ces derniers doivent également retirer leurs troupes des bases avancées qu'elles occupent sur la côte byzantine. L'éclatement de la guerre civile musulmane permet à l'empereur Constantin IV d'exiger des concessions territoriales et un tribut plus important. En 685, il mène une armée vers Mopsueste et s'apprête à traverser la frontière pour soutenir les Mardaïtes, une population chrétienne de Syrie alors en sédition. Préférant éviter l'ouverture de ce front, Abd al-Malik consent à un tribut journalier de pièces d'or, un cheval et un esclave pendant un an.

Justinien II, qui succède à Constantin IV en 685, est plus agressif. Toutefois, la thèse d'une implication directe des Byzantins dans les troubles syriens reste discutée. Elle est soutenue par le chroniqueur musulman Al-Baladhuri mais les Byzantins pourraient s'être contentés de soutenir les Mardaïtes. Ces derniers lancent des raids jusqu'au mont Liban et sur la Haute Galilée. En 688, les Byzantins reprennent même brièvement Antioche. En 689, une nouvelle paix est conclue, favorable aux Byzantins. Selon Théophane le Confesseur, elle répercute le même tribut que celui de 685, tandis qu'une forme de condominium est établi sur Chypre, l'Arménie et l'Ibérie. Les Byzantins acceptent également d'accueillir les Mardaïtes sur leur sol. Selon le chroniqueur plus tardif Michel le Syrien, les Byzantins reprennent le contrôle de l'Arménie et même de l'Azerbaïdjan. Toutefois, cette dernière région n'est alors contrôlée par aucun des deux empires et il apparaît plus probable que Abd al-Malik laisse aux Byzantins le loisir de s'ingérer dans les affaires de cette zone, alors en sédition contre lui. En dépit des concessions, ce traité assure la paix à Abd al-Malik et oriente les Byzantins contre ses adversaires internes. Au total, ce sont Mardaïtes qui sont expulsés du califat, de nombreux autres demeurant en Syrie où ils ne sont soumis que sous le règne d'Al-Walid Ier. Dans l'intervalle, ils continuent d'être une source d'insécurité pour les Omeyyades.

La contre-offensive byzantine représente la première réaction significative d'un peuple vaincu lors des premiers temps de l'expansion de l'islam. Par ailleurs, les contestations des Mardaïtes démontrent les limites de la loyauté des Chrétiens de Syrie à l'encontre du pouvoir califal. L'historien Khalid Yahya Blankinship décrit le traité de 689 comme un accord onéreux et humiliant et considère que la capacité du calife à payer le très lourd tribut, tout en finançant son effort de guerre, s'explique par l'accumulation de butins lors des conquêtes précédentes, qui ont rempli le trésor impérial.

Révolte d'Al-Ashdaq et répression des Qaysites En 689/690, Abd al-Malik profite du répit octroyé par la trêve avec les Byzantins pour combattre as-Zubayr en Irak. Néanmoins, rapidement, il doit revenir à Damas pour combattre al-Ashdaq qui a fait défection et s'est emparé de la ville. Pour al-Ashdaq, le calife n'est pas légitime. Il est assiégé pendant seize jours et se voit promettre la vie sauve en échange de sa reddition. S'il accepte de se rendre, Abd al-Malik revient sur sa décision et le fait exécuter.

En Irak, le principal obstacle d'Abd al-Malik reste le contrôle d'al-Qarqisiya par Zoufar, malgré plusieurs tentatives pour l'en déloger. Il profite de cette base pour lancer des raids et causer des pertes importantes parmi les tribus alliées au calife dans la Jézireh. Abd al-Malik finit par diriger en personne le siège d'al-Qarqisiya durant l'été 691. Il finit par obtenir la défection de Zufar et des Qaysites alliés à Zubayr. En échange, ils obtiennent une position privilégiée au sein de sa cour et de son armée. Dès lors, les forces syriennes du calife ont l'avantage et peuvent reprendre le contrôle de la Jézireh. C'est aussi à cette date que la cour califale est partagée entre les Qaysites et les Yaman, en position de force jusque-là ; le calife s'efforçant de trouver un équilibre entre les deux factions

La fin de Abd Allah ibn az-Zubayr et la pacification du califat