Les Jalna ou La saga des Whiteoak (Whiteoak Chronicles) est une série de 16 romans écrits par Mazo De la Roche entre 1927 et 1960 et retraçant le destin d'une famille de colons propriétaires terriens canadiens, les Whiteoak, et de leur résidence, Jalna, de 1852 à 1954.

Les 16 romans ne sont pas publiés dans l'ordre chronologique du récit. Ils ont rencontré un grand succès populaire et ont donné lieu à des adaptations théâtrales, cinématographiques et télévisuelles.

Création et réception Chronologie Les livres de la série suivent un ordre chronologique en commençant par Jalna à l'exception de six retours en arrière. Ces différentes rétrospectives ne cassent pas la cohérence de l'ensemble. Mazo de la Roche précise, à ce sujet, qu'elle avait l'histoire entière dans la tête de son tout début à sa toute fin et qu'elle l'avait retranscrite comme elle le sentait.

Mazo de la Roche avait déjà écrit 2 romans Possession, publié en 1923, et Delight, publié en 1926, lorsqu'elle entreprend, en 1925-1926, la rédaction de Jalna. Elle entend parler d'un concours international organisé par le magazine Atlantic Monthly et l'éditeur Little, Brown and Compagny et ouvert à des auteurs non nécessairement américains. Elle postule en 1927 parmi près de et obtient le premier prix, associé d'une prime d'un montant de . Première autrice canadienne à recevoir un tel prix, elle voit sa notoriété renforcée et Jalna devient un vrai succès littéraire au Canada et aux États-Unis avec plus de vendus en quelques semaines. Ce prix lui permet d'entreprendre un séjour en Europe, commencé en 1928 et qui se conclut par une installation en Angleterre pour 10 ans. C'est donc en Angleterre qu'elle écrit le second roman de la série Whiteoaks of Jalna (Les Whiteoak de Jalna) , dont le titre prévu initialement était Jalna Revisited. Ce roman est publié aux États-Unis en 1929 et s'y place rapidement au second rang des ventes. Il est suivi de Finch's Fortune (Finch Whiteoak), écrit dans le Devon et publié en 1931. Ce livre essuie quelques critiques négatives mais signe son premier réel succès en Grande-Bretagne. Le roman suivant The Master of Jalna (Le Maître de Jalna) est publié en 1933.

À cette époque, Mazo de la Roche a deux projets en cours. Le premier est une adaptation théâtrale des deux premiers romans qu'elle veut pouvoir contrôler. En 1933, elle est donc à Londres pour chercher un producteur et trouve auprès de Nancy Price une aide précieuse pour cette adaptation. D'autre part, elle a le désir de compléter sa série par un roman dont l'action se situerait dans le passé : l'action du dernier roman se déroulait en 1933 et son projet plongerait le lecteur 27 ans auparavant en 1906. Les éditeurs de New York sont opposés à ce projet et c'est vers les éditions Daniel Macmillan qu'elle se tourne pour publier en 1935 Young Renny (La Jeunesse de Renny). 1935 est aussi la date de sortie d'une version filmée de Jalna produite par la RKO réalisée par John Cromwell, avec Ian Hunter dans le rôle de Renny et Kay Johnson dans celui d'Alayne.

Le a lieu la première de la pièce Whiteoaks dont le succès est lent à démarrer mais qui reste à l'affiche pendant 3 ans (jusqu'à la guerre) et qui fait l'objet d'une tournée en Angleterre en 1937-1938, puis, en 1938, à New York et au Canada où elle reçoit un accueil triomphal. C'est la première pièce d'un auteur canadien montée dans un théâtre professionnel à Londres. Whiteoak Harvest (Moisson à Jalna), commencé dès 1935, et faisant suite chronologiquement au Maître de Jalna, est le dernier roman écrit durant sa période anglaise. Il est publié en 1936. L'arrivée de la guerre force le retour de Mazo de la Roche au Canada.

En 1940 paraît Whiteoak Heritage (L'héritage des Whiteoak), second retour en arrière, puisque ce roman est la suite chronologique de La Jeunesse de Renny.

En 1941, elle reprend le cours normal de la série avec Wakefield’s Course (Le destin de Wakefield).

En 1943, c'est près de 90 ans en arrière que Mazo de la Roche plonge ses lecteurs avec Building of Jalna (La Naissance de Jalna) qui se déroule en 1852-1854 et retrace la création de la maison. Ce roman, publié en 1944, est mal reçu par la critique, plus encore que la Jeunesse de Renny. Les éditeurs semblent fatigués de la «veine Jalna».

Return to Jalna (Retour à Jalna), publié en 1946, reprend le fil normal du récit et relate le retour des hommes après la guerre de 39-45.

Mazo de la Roche interrompt toute écriture en 1946-1947 à cause d'une maladie de sa cousine et compagne de vie Caroline Clement. En 1949 sort Mary Wakefield, quatrième retour en arrière. Ce roman est adapté au théâtre sous le titre Mistress of Jalna. La pièce, créée en 1953 par la Toronto New Play Society, est bien reçue sans pour autant donner lieu à une tournée.

Mazo de la Roche reprend le fil de l'histoire avec Renny’s Daughter (La Fille de Renny) en 1951, puis revient dans le passé (1923) avec Whiteoak Brothers (Les frères Whiteoak) en 1953. Paraissent ensuite, en 1954, Variable Winds at Jalna (Les Sortilèges de Jalna) puis, en 1958, Centenary at Jalna (Le Centenaire de Jalna), dernier roman selon l'ordre du récit.

Morning at Jalna (Matin à Jalna), publié en 1960, est le dernier retour dans le passé de la série puisqu'il plonge le lecteur en 1863 en pleine guerre civile. À la mort de Mazo de la Roche en 1961, un roman était en préparation.

Sources thumb|Mazo De La Roche et Caroline Clement dans les années 1930. Mazo de la Roche trouve les matériaux pour ses romans dans un monde imaginaire qu'elle s'est créé et qu'elle fait vivre depuis son enfance, le Jeu (The Play ou The Game). Elle y invite sa cousine Caroline Clement dès le début de leur vie commune. Caroline n'a pas l'imagination de Mazo de la Roche pour pouvoir inventer les personnages ou les situations mais suffisamment pourtant pour les jouer et les faire vivre. Elle est également capable de donner des conseils critiques à Mazo de la Roche et l'aide par sa prise de notes. Ce monde imaginaire a tellement de consistance qu'il est très pénible à Mazo de la Roche d'accepter les suggestions de modifications venant de l'extérieur.

Le monde de son Jeu se nourrit des expériences présentes et passées de Mazo de la Roche, de sa connaissance sur les vies de sa famille et de celle de Caroline. Les lieux et les personnages rencontrés se retrouvent parfois presque inchangés dans ses romans. Elle a, dans ce Jeu, créé un univers géographique très cohérent qu'elle utilise dans l'ensemble de son œuvre, même dans des récits non liés à l'univers Jalna. Les lieux situés en Angleterre portent souvent leur vrai nom tandis que ceux situés au Canada sont les travestissements de lieux dans lesquels Mazo de la Roche a passé son enfance. Ils sont situés au nord-ouest de Toronto autour de Newmarket et Oakville. Mazo de la Roche y a fréquenté une classe de colons aisés, dynamiques, influents, originaires d'Angleterre et d'Irlande, fidèles à la couronne britannique et dont l'archétype est l'officier anglais venant des Indes. Cette classe-là est en train de disparaitre au moment où Mazo de la Roche écrit ses romans. Mazo de la Roche se défend de les avoir fait intervenir dans ses livres mais, pour Hambleton , il n'y a aucun doute qu'on en trouve des références.

Mazo de la Roche ne revendique que trois inspirations : celle de son arrière grand-mère Sarah, pour camper le personnage d'Adeline (la grand-mère), celle de son père pour certains traits du caractère de Renny et sa propre personnalité qui se retrouve en grande partie dans celle de Finch.

Pour nommer ses personnages, Mazo de la Roche utilise des noms de personnes ayant vécu autour de Newmarket et des noms figurant dans le cimetière (Adeline, Philippe, Wakefield, Binns, Fennel, Stroud...). Mais Elizabeth Doty pense qu'il est probable qu'elle se soit aussi nourri de ses lectures.

Concernant le domaine de Jalna, la propriété Benares. à , nommée en référence à une garnison en Inde, est souvent citée. En 1927, Mazo de la Roche envisage même de la faire figurer en couverture de son nouveau roman. Par la suite, Mazo de la Roche précisera: . Mais, selon Hambleton, cette propriété fait indéniablement partie de son environnement personnel et, quoique différentes, les maisons de Jalna et de Benares ont des similitudes troublantes comme le grand portrait en pied du propriétaire des lieux ainsi que les caractéristiques du fourneau. Les allusions à la famille Magrath-Harris, propriétaires de Benares, ne s'arrêtent pas là, car il existe des ressemblances entre l'église construite par les Whiteoak et celle de Magrath à . Il est probable aussi que l'atmosphère de la maison du Major Osler, voisin de la famille Roche quand le père de Mazo de la Roche tente une expérience de fermier à , qualifiée de , ait servi de source à celle dans laquelle baigne la famille Whiteoak. Ce séjour à la ferme Rochedale est d'ailleurs important dans la formation de l'autrice et on retrouve dans son œuvre des références presque inchangées à ces lieux et aux personnes rencontrées.

Réception Concernant la réception de son œuvre, il faut distinguer la réaction des critiques littéraires de celle de ses lecteurs.

Le prix de l'Atlanctic Monthly qui lui est décerné fait d' elle une autrice respectable. On salue sa capacité à peindre avec brio les multiples tableaux dont se compose Jalna, l'ampleur de la composition, la vitalité du roman, sa maitrise à manipuler avec habileté et précision la multitude de personnages. La sortie du second livre confirme aux yeux des critiques son génie créatif, sa rare puissance, son aptitude remarquable à peindre avec couleur cet environnement familial. On la compare à Hugh Walpole, John Galsworthy et sa série des Forsyte, Thomas Hardy et Knut Hamsun. En revanche , à partir du troisième roman, les critiques commencent à se lasser de cette famille animée et querelleuse. Au fil des ans, le succès populaire croissant de Mazo de la Roche s' accompagne de commentaires de plus en plus négatifs. On juge que sa veine s'épuise, on lui reproche aussi son conservatisme, on se plaint de cette série au long cours, prônant des traditions usées. Mazo de la Roche est blessée par ces critiques. On trouve cependant encore, en 1938, des critiques dithyrambiques sur son œuvre. Sterling North, par exemple , affirme que l'autrice égale George Meredith pour la force de ses descriptions, Thomas Hardy pour l'humeur du climat et des personnages, Charles Dickens pour ses qualités mélodramatiques et surpasse Galsworthy dans la création d'une saga.