L'Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OLFI), également connue sous son sigle anglophone OWFI (pour Organization of Women's Freedom in Iraq), est une organisation non gouvernementale consacrée à la défense des droits des femmes en Irak. Elle est fondée en juin 2003 par Yanar Mohammed, Nasik Ahmad et Nadia Mahmood. Elle défend la pleine égalité hommes-femmes et la laïcité, et lutte contre l'islamisme et l'occupation américaine. Sa présidente est Yanar Mohammed et sa porte-parole internationale, Houzan Mahmoud.
À l'origine de l'OLFI se trouve lOrganisation indépendante des femmes, active au Kurdistan de 1992 à 2003 malgré la répression gouvernementale et islamiste, et la Coalition de défense des droits des femmes irakiennes, fondée en 1998 par des irakiennes en exil. L'OLFI concentre son action sur la lutte contre la charia, contre les enlèvements et assassinats de femmes et contre les crimes d'honneur. Forte de plusieurs milliers de membres, elle dispose d'un réseau de soutien à l'extérieur, notamment aux États-Unis. Ses militantes et ses dirigeantes ont plusieurs fois fait l'objet de menaces de mort de la part d'organisations islamistes.
Histoire (1992-2003) L'Organisation pour la liberté des femmes en Irak résulte de la transformation, en juin 2003, de l'Organisation indépendante des femmes, créée en 1992 au Kurdistan d'Irak, alors autonome, et de son réseau international, la Coalition de défense des droits des femmes irakiennes, dont le premier comité avait été créé à Toronto en 1998.
L'Organisation indépendante des femmes La situation issue de la guerre du Golfe et de l'insurrection kurde de 1991, qui donne au Kurdistan irakien une situation d'autonomie de fait, malgré les rivalités entre les zones contrôlées par les deux grands partis nationalistes (Parti démocratique du Kurdistan, à Erbil et Union patriotique du Kurdistan à Souleimaniye), permet un développement de la société civile et des revendications liées aux droits des femmes.
Fondation et fonctionnement right|thumb|Surma Hamid, Londres, 2006. Le , journée internationale des femmes, huit militantes fondent au Kurdistan un comité d'organisation pour une Organisation indépendante des femmes. Le 14 mai, cette organisation est officiellement créée, dans une assemblée qui rassemble 50 personnes Rega Rauf, A Voice from Kurdistan, Iraq, mars 1998.. Elle concentre son activité sur la lutte contre les crimes d'honneur, qui ont été quasi-légalisés par Saddam Hussein. Au pic de son activité, de 1994 à 1999, l'OIF compte adhérentes, possède un foyer d'accueil et déclare avoir sauvé la vie de 250 femmes Barbara Sibbald, For Iraqi women, more war means more uncertainty, Canadian Association Medical Journal, 13 mai 2003.. Elle considère que de 1991 à 2001, femmes ont été victimes de crimes d'honneur au Kurdistan, tandis que selon d'autres sources leur nombre est de 800 Amnesty International, Women's Rights Action 2001, 6 mars 2001.. Deux militantes de l'OIF, Rega Rauf et Muzzafar Mohamadi, ont publié une liste de 500 noms de victimes, avec les renseignements qu'elles ont pu recueillir Rega Rauf et Muzzafar Mohamadi, Voice from Kurdistan..
L'action de l'OIF s'étend à Souleimaniye, Erbil, Koya, et les militantes visitent régulièrement camps de réfugiés, usines, hôpitaux et écoles pour y mener campagne en faveur des droits des femmes. Les revendications mettent l'accent sur les questions quotidiennes les plus fondamentales : , explique sa présidente Nasik Ahmad In the Name of Honour, Lifeonline,12 avril 2000.. L'activité de celle-ci lui vaut, dès 1995, d'être sous la menace d'une fatwa lancée par les Brigades Badr, une organisation islamiste armée soutenue par l'Iran, la condamnant à mort Jennifer Thompson, Iraq still suffering from the blockade, Green left online, 12 décembre 1995..
Surma Hamid (née en 1975), militante de l'OIF à partir de 1993, a raconté son parcours et le fonctionnement de l'organisation. Née dans un quartier pauvre d'Erbil, excisée à l'âge de cinq ans, mariée par sa famille à quinze, battue par son mari, elle rencontre une collègue de sa sœur, militante de l'OIF, qui lui parle des droits des femmes. Elle rejoint l'organisation, ainsi que le Parti communiste-ouvrier d'Irak et parvient pendant plusieurs années à cacher ses activités politiques à son mari : « Mon cœur brûle pour les femmes du Kurdistan et d'Irak », interview de Surma Hamid, dans Nicolas Dessaux, Résistances irakiennes, contre l'occupation, l'islamisme et le capitalisme, Paris, L'échappée, 2006, pp. 37-76.
Ce travail discret, où les discussions portent sur les violences faites aux femmes, les crimes d'honneur, les mariages arrangés, les mutilations génitales féminines, le plaisir sexuel — mais dont la contraception semble absente — est complété par des démarches auprès des médecins, des conférences dans les universités et des campagnes politiques pour l'égalité économique et sociale des femmes et des hommes. Des contacts sont pris avec d'autres mouvements, notamment l'organisation des femmes du Parti communiste irakien.
Répression thumb|La ville de Souleimaniye, où l'Organisation indépendante des femmes avait ses locaux, a été lieu d'attaques violentes contre celle-ci en 1998 et en 2000. En 1995, les Brigades Badr, une milice chiite, lancent une fatwa contre plusieurs dirigeants du Parti communiste-ouvrier d'Irak, dont Nasik Ahmad, dirigeante de l'OIF, en raison de leur opposition à l'. Une prime est offerte pour leur assassinat.
En 1998, la notoriété croissante de l'OIF inquiète à la fois le gouvernement nationaliste du Parti démocratique du Kurdistan et les islamistes. Un prédicateur radical influent à Erbil, Malla Bachir, qui considère l'OIF comme une menace pour la société, lance une fatwa condamnant à mort cinq militantes de l'OIF, dont Surma Hamid. Cette menace a sans doute été bien préparée, car il révèle son véritable nom, alors qu'elle n'est connue que sous le pseudonyme de Frichda (Ange). Goran, la chaîne de télévision du PDK propose un débat contradictoire, que Malla Bachir finit par refuser.
Le juge refuse de la recevoir, donnant raison à Malla Bachir. Le même jour, un commando armé islamiste attaque le local du Parti communiste-ouvrier d'Irak, tuant quatre personnes, dont Shapur Abdelkader, membre du bureau politique, et Kabir Adil, du comité central, qui avait aidé les militantes de l'OIF à préparer la plainte. Les cinq femmes sont contraintes de se réfugier dans la clandestinité. Enceinte, Surma Hamid passe plusieurs mois cachée, avant de passer illégalement la frontière turque, où elle obtient le statut de réfugiée. Ces menaces d'assassinat contraignent d'autres militantes à quitter le pays : Kajal Aziz, Hana Kahdem et Nazanin Ali Shari, également militantes du Parti communiste-ouvrier d'Irak, demandent l'asile politique au Canada et s'installent à Toronto Michele Landsberg, Iraqi Women are Conspicuous by their Absence, PeaceWomen, 19 avril 2003.. En 1997, l'une des fondatrices, le docteur en médecine Shier Gharib (née en 1970), demande l'asile politique au Canada.
Le 13 juillet 2000, Nasik Ahmad, médecin, présidente de l'OIF, est arrêtée au cours d'une manifestation à Souleimaniye contre les coupures d'eau et d'électricité, et contre les pressions exercées par le gouvernement contre leurs activités. Plusieurs dirigeants du Parti communiste-ouvrier d'Irak sont également détenus, tandis que des membres du Parti communiste-ouvrier d'Iran, réfugiés au Kurdistan, sont tués le même jour par les forces de sécurité de l'Union patriotique du Kurdistan. Alertée, Amnesty International lance une action urgente pour éviter la torture ou l'exil Amnesty International, Urgent action, Iraq/Iraqi Kurdistan:Incommunicado detention/fear of torture/forcible expulsion/fear of forcible return, 19 juillet 2000.. Les prisonniers sont relâchés peu après, mais l'UPK interdit que les locaux de ces organisations soient situés dans des quartiers résidentiels, officiellement en raison des risques d'attentats Amnesty International, Rapport 2001 : Iraq.. Le lendemain six autres membres du Parti communiste-ouvrier d'Irak sont tués, forçant cette organisation à entrer dans la clandestinité, alors qu'elle menait une importante campagne pour un référendum sur l'indépendance du Kurdistan Kurdistan: PUK closes women's shelter, Green Left Weekly n° 413, 26 juillet 2000..
Quelques jours plus tard, le 21 juillet 2000, les forces de sécurité de l'UPK ferment le foyer de l'OIF à Souleimaniye, et saisissent l'ensemble des archives. Douze femmes, dont deux enceintes, et cinq enfants y résident alors : on leur donne une demi-heure pour sortir. Face à leur refus, elles sont emprisonnées. Un communiqué de l'OIF dénonce . À propos de cette attaque, les chercheurs canadiens Shahrzad Mojab et Amir Hassanpour remarquent que : Shahrzad Mojab et Amir Hassanpour, Thoughts on the struggle against 'honor killing', International Journal of Kurdish Studies, Janvier 2002.. Le même jour, le poète Shazin Heersh est arrêté pour avoir dénoncé la fermeture du foyer et les arrestations. Saman Mohammad, Haydar Rassam et Mohammad Najam, trois membres de la garde du Parti communiste-ouvrier d'Irak, chargés de la protection des locaux de l'OIF, sont également détenus sans charge. Amnesty International lance une nouvelle action urgente pour leur libération, et alerte l'opinion sur le sort des pensionnaires du foyer, qui risquent d'être rendues à leurs familles — rappelant que l'une d'entre elles, Nasrin Aziz Rashid, sortie du foyer en juin, avait déjà été tuée par sa famille Amnesty International, - Iraq/Iraqi Kurdistan: Further information on Incommunicado detention/fear of torture/forcible expulsion/.fear of forcible return and new concern: "disappearance", 16 août 2000.. Plusieurs militantes, dont Rega Rauf, sont contraintes à l'exil Wong Liza, A voice for the abused, The Star online, 26 mars 2009..
La Coalition de défense des droits des femmes irakiennes
thumb|Nadia Mahmood, photographiée lors d'une conférence donnée à Londres en 2007. Le 20 mai 1998, l'architecte Yanar Mohammed (née en 1962) fonde à Toronto une association nommée Défense des droits des femmes irakiennes (DIWR), qui s'investit particulièrement dans la lutte contre l'embargo Press Release, 8 août 2002.. Réfugiée en Australie, le médecin Layla Muhammad (décédé à la suite d'une maladie le Notre camarade Layla Muhammad est décédée, Communisme ouvrier, 28 juillet 2008) fonde à Sydney le Comité de Défense des droits des femmes irakiennes. C'est le retour de ces militantes, disposant déjà d'un solide réseau international, à Bagdad en 2003 qui permettra la création de l'OLFI, aussitôt après la chute du régime de Saddam Hussein : , explique Layla Muhammad Interview with Layla Mohamad about her journey to Iraq, 25 août 2003.. Il se constitue un réseau international, sous le nom de Coalition irakienne pour les droits des femmes Cynthia Enloe, The curious feminist. Searching for Women in a new Age of Empire, University of California press, 2004, 350 p., pp. 301-302, dont les coordinatrices sont Houzan Mahmoud en Grande-Bretagne, Layla Muhammad en Australie, Khayal Ibrahim au Canada, Arouba Sabir aux États-Unis et Halala Raafi en Suède. Houzan Mahmoud, jusqu'ici simple sympathisante des mouvements d'extrême gauche moyen-orientaux inspirés de la pensée de Mansoor Hekmat, prend la direction du journal Equals rights now (« Égalité des droits maintenant »), assistée par Yanar Mohammed et Nadia Mahmoud .
Création de l'Organisation pour la liberté des femmes en Irak