L'histoire des Juifs à Zambrów débute relativement tard. La communauté juive n'est fondée qu'en 1830, mais très rapidement de nombreux Juifs vont venir s'y installer, si bien que dès les années 1860, ils représentent plus de 60 % de la population totale de la ville. Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont plus de à Zambrów. Seuls quelques dizaines survivront à la Shoah, mais aucun ne reviendra s'installer à Zambrów après la guerre.
Zambrów est une ville de Pologne dans la voïvodie de Podlachie. Située à à l'ouest -sud-ouest de Białystok, la ville compte actuellement un peu plus de .
Histoire des Juifs à Zambrów Les débuts de la communauté juive Bien que les Juifs aient commencé à s'installer en Mazovie au début du , ils ne sont arrivés à Zambrów que bien plus tard, probablement dans le courant du . D'après le Sefer Zambrów (Livre commémoratif de Zambrów), des Juifs ont pu s'installer à Zambrów dans le courant du , mais comme à Łomża, ils ont été chassés de la ville à la demande de la population chrétienne, qui craignait une concurrence commerciale: The Zambrow Yizkor Book; éditeur: Yom-Tov Lewinsky;traduction en anglais préparée par Jacob Solomon Berger; Tel Aviv; 1963; page: 26; The Zambrów Yizkor Book; site: The Museum of Family History, mais aucun document conservé ne confirme cette hypothèse.
La première mention de la présence juive à Zambrów se trouve dans un document rédigé par les bourgeois de Zambrów et adressé au roi Sigismond le Vieux, dans lequel ils demandent que le marché hebdomadaire soit déplacé du mercredi au jeudi, de façon que les Juifs locaux puissent acheter de l'alimentation et d'autres produits nécessaires pour le Shabbat.
Jusqu'à la fin du , les Juifs sont très peu nombreux et probablement originaires du village voisin de Jabłonka, distant d'une dizaine de kilomètres. Ils dépendent de la communauté juive de Tykocin. Le Pinkas haKehillot (Encyclopédie des communautés juives) de Tykocin mentionne que des Juifs résident à Zambrów vers 1716. Même si une Hevra Kaddisha (société funéraire) est fondée en 1741 à Zambrów, d'autres sources indiquent qu'en décembre 1740, il n'y a toujours pas de cimetière juif dans la ville et que les défunts sont enterrés à Jablonka: Arthur Cygielman: Zambrów; in: Encyclopaedia Judaica; rédacteurs: Fred Skolnik et Michael Berenbaum; volumr 16; Detroit – New York – San Francisco – New Haven – Waterville – Londres; 2007; page: 449; . Le mikvé (bain rituel), la synagogue et les heders (écoles élémentaires religieuses) les plus proches sont situés dans les localités de Śniadowo (à ) et de Pruszki (à ).
En 1765, il n'y a que vivant à Zambrów mais dans les villages alentour. Le nombre de juifs habitant la ville croit à à la fin du siècle, représentant 6 % de la population de la ville et à en 1808 soit 13 % de la population totale. Les années 1827-1858, marquent un afflux de Juifs en ville, si bien qu'en 1837 ils sont déjà et 31 % de la population, et dans les années 1860, avec , la communauté représente 65 % de la population de la ville: Krzysztof Sychowicz: Zambrów na przestrzeni wieków (Zambrów au fil des siècles); Zambrów; 2006; page: 46.
Une communauté juive indépendante est fondée à Zambrów en 1829 ou 1830, selon les sources. Le cimetière local est ouvert avant 1828 et agrandi en 1890. À cette époque, les Juifs vivent principalement à proximité de la place du marché de Zambrów, dans plusieurs douzaines de bâtiments résidentiels, situés près de leurs magasins. En 1839, le premier Beth Midrash de la ville est installé dans un appartement privé place du Marché. La communauté a un rabbin et possède un mikvé (bain rituel), plusieurs heders (écoles primaires religieuses), une cour rabbinique, une Hevra Kaddisha (Société du dernier devoir) responsable des services funéraires, et plusieurs associations caritatives comme la Hachsanat Kala qui offre une dot aux pauvres jeunes filles, ou la Gemilut Chasidim qui propose des prêts sans intérêt à ceux en difficulté financière. Deux synagogues sont érigées à Zambrów au début des années 1890, une en briques et une en bois. La synagogue en bois disparait rapidement dans un incendie et est remplacée par une nouvelle en briques. En plus, la ville possède plusieurs maisons de prière hassidiques.
Initialement, les Juifs de Zambrów vivent du négoce du bois ou de grains. Ils possèdent l'auberge locale et plusieurs tavernes. Au milieu du , on les trouve dans l'élevage de chevaux, la culture d'arbres fruitiers, l'artisanat et le petit commerce. Dans les années 1890, les Juifs de la ville détiennent deux moulins à vapeur, un moulin à eau, un moulin à vent, une vinaigrerie, une briqueterie, une teinturerie, et . Il y a aussi de nombreux ateliers d'artisanat tenus par des Juifs, des cordonniers, des tailleurs, des menuisiers et des forgerons: Józef Stanisław Mroczek: Zambrów. Zarys dziejów (Zambrów. Aperçu historique); éditeur: Ośrodek Badań Naukowych w Białymstoku; Białystok; 1982; page: 81; . Certains juifs locaux travaillent dans le brassage de la bière, dans la production de vin ou dans la fabrication d'eau gazeuse: Józef Stanisław Mroczek: Zambrów. Zarys dziejów… pages 77 et suivantes.
Vers la fin du , les Juifs de Zambrów fournissent du matériel de construction et travaillent à l'installation de baraques militaires pour l'armée impériale russe. Ils ouvrent plus tard une cuisine cachère pour plusieurs centaines de soldats juifs servant dans l'armée tsariste. La rivalité économique entre marchands et artisans juifs et chrétiens entraine des conflits importants qui culminent dans la seconde moitié du en un évènement souvent considéré comme pouvant dégénérer en pogrom. Les Juifs de Zambrów sont faussement accusés d'avoir vandalisé le cimetière catholique. Craignant des représailles, ils envoient une délégation au gouverneur à Łomża, demandant sa protection. Les autorités envoient une unité de Cosaques qui disperse la foule et prévient toute violence: Krzysztof Sychowicz: Zambrów na przestrzeni wieków… page: 51.
L'expansion de la garnison et l'arrivée de familles polonaises à Zambrów conduit graduellement à un changement dans la composition ethnique de la ville, avec une diminution sensible du pourcentage de Juifs dans la population. En plus, le nombre de membres de la communauté juive diminue simultanément au début du à la suite d'une forte émigration, principalement vers la Palestine, résultant de la situation économique et d'une montée de l'antisémitisme. Un évènement particulier va déclencher un départ massif de Juifs de Zambrów, c'est le grand feu de 1895, qui détruit y compris la synagogue, ainsi que la majorité des commerces et ateliers juifs. Ses conséquences économiques, amplifiées après la révolution russe de 1905 et par un autre incendie de la ville en 1910, précipitent les départs: Zambrow; in: The Encyclopedia of Jewish Life Before and During the Holocaust; rédacteurs: Shmuel Spector et Geoffrey Wigoder; volume: III; New York; 2001; page: 1487; . En 1905-1906, les jeunes et les travailleurs juifs, organisés au sein du Bund (Union générale des travailleurs juifs), des travailleurs sionistes socialistes (SS) et du Poale Zion, déclenchent des grèves dans les usines textiles et les scieries. thumb|200px|right|Le rabbin Dov Menahem Regensberg R. Lipa Ḥayyim est le rabbin de Zambrów dans les années 1850 et jusqu'à sa mort en 1882. Son gendre R. Dov Menahem Regensberg lui succède et exercera la fonction de rabbin pendant jusqu'à son assassinat le par les nazis à l'âge de : Israel Lewinski: [mfh/rabbis/ph/zambrow The Rabbis and their Prayer Houses - The Rabbis of Zambrów, Poland]; site: The Museum of Family History. Le rabbin Regensberg qui est orthodoxe, se trouve confronté à partir de 1896, à un rabbin officiel, R. Moshe Gold, parlant le russe, nommé par les autorités tsaristes. Si Regensberg a l'appui du petit peuple juif parlant yiddish, des commerçants et des artisans, le rabbin officiel attire plutôt les riches et l'intelligentsia juive. En 1895, une magnifique synagogue est construite à Zambrów.
L'entre-deux-guerres Dans la période de l'entre-deux-guerres, existent à Zambrów des branches locales de presque tous les partis et organisations politiques juives de Pologne, dont l'Union des jeunes sionistes, fondée en 1928, L'association des jeunes du Betar, la ligue des travailleurs de Palestine, le Bund, lHashomer Hatzaïr et le Brit Trumpeldor, ainsi que de nombreuses organisations sociales et caritatives. Les rassemblements sionistes se tiennent chaque semaine au cinéma Moderne: Krzysztof Sychowicz: Zambrów na przestrzeni wieków… page: 68. Les mouvements politiques à Zambrów
Une école élémentaire yiddish nommée d'après Ber Borochov ouvre ses portes en 1919. Elle sera suivie en 1923 par une école en hébreu et un jardin d'enfants sioniste. La ville possède plusieurs clubs de sport juifs, le Maccabi, le Ha-Poel, dirigé par les organisations sionistes et le Der Shtern de gauche, aussi connu sous son nom polonais Gwiazda: The Zambrow Yizkor Book;… page: 112. La culture juive est florissante avec une bibliothèque, un club théâtral et un cinéma exploité par la famille Tykociński qui fermera en 1929. Les clubs de sport
Les écoles à Zambrów
Dans les années 1930, en raison de la crise économique et des rivalités commerciales, la tension monte entre la communauté juive et la population polonaise de la ville. Ceci débouche en 1936-1937 sur un boycott économique des entreprises et magasins juifs, et par de nombreuses attaques antisémites, alimentées partiellement par le Parti national-démocrate, particulièrement fort dans la région de Łomża. Afin de faire face à ces difficultés sociales et économiques, de nombreuses associations caritatives s'établissent à Zambrów, comme la Linas Hatsedek, l'''Achavat Achim, l'Association des femmes, l'association des artisans et l'association CENTOS qui s'occupe des enfants orphelins juifs. Toutes ses organisations reçoivent des fonds substantiels du Hilfskomitet, une organisation d'aide fondées par des émigrés de Zambrów vivant à Chicago: The Zambrow Yizkor Book;… pages: 111 à 116.
Dans les années 1920 et 1930, un groupe important de pionniers du mouvement HeHalutz local quitte Zambrów pour la Palestine. Parmi eux se trouve Shlomo Goren, qui deviendra grand-rabbin d'Israël dans les années 1973-1983.
Seconde Guerre mondiale Lors de la Seconde Guerre mondiale, bien que d'après le pacte germano-soviétique, la ville fasse partie de la zone d'occupation soviétique, l'Allemagne nazie attaque la ville dès le déclenchement de la guerre. Le , de nombreux Juifs de Zambrów sont tués dans le raid aérien allemand sur la ville: L. Crago:, Zambrów; in: Encyclopedia of Camps and Ghettos 1939–1945; volume II: Ghettos in German-Occupied Eastern Europe; partie A; rédacteurs: Geoffrey P. Megargee et Martin Dean; éditeur: Indiana University Press; Bloomington; 2012; page: 984; . Après de très violents combats contre l'armée polonaise, du 10 au , la Wehrmacht entre à Zambrów et commence immédiatement à procéder à des exécutions. Près de sont fusillés avant que l'armée allemande remette la ville aux soviétiques.
Sous l'administration soviétique, de grands changements sont introduits affectant la vie juive. Toutes les activités de nature politique ou sioniste sont interdites et les entreprises privées sont confisquées. De nombreux réfugiés arrivent d'Ostrów Mazowiecka, ville située à seulement de Zambrów mais sous contrôle allemand. Les réfugiés reçoivent alors de l'assistance de la communauté juive locale. Un grand nombre de ces réfugiés sont exilés au fin fond de l'Union soviétique.
Au printemps 1941, les jeunes Juifs sont enrôlés dans l'armée soviétique.