vignette|L'artiste mundunruku Uýra utilise le drag pour porter des messages écologistes Le terme écologie queer fait référence à une série de pratiques qui cherchent à réinventer la nature, la biologie et la sexualité à la lumière de la théorie queer.
L'écologie queer interroge les notions hétérosexistes de la nature, en s'inspirant d'un large éventail de disciplines, notamment les Science studies, l'écoféminisme, la justice environnementale et la géographie queer. Cette perspective brise divers « dualismes » qui existent dans la compréhension humaine de la nature et de la culture.
Aperçu L'écologie queer reconnaît que les gens considèrent souvent la nature en termes de notions dualistes telles que , ou , alors qu'en réalité, la nature existe dans un état continu. L'idée de «naturel» découle des perspectives humaines sur la nature, et non de la « nature » elle-même.
L'écologie queer rejette les idées d'exceptionnalisme humain et d' anthropocentrisme qui proposent que les humains sont uniques et plus importants que toute autre nature non humaine. Plus précisément, l'écologie queer remet en question les idées traditionnelles concernant les organismes, les espèces et les individus qui ont de la valeur.
L'écologie queer identifie également que les idées hétéronormatives saturent la compréhension humaine de la « nature » et de la société humaine, et appelle à l'inclusion des queers dans les mouvements environnementaux. Elle rejette les associations qui existent entre « naturel » et « hétérosexuel », et attire l'attention sur la façon dont la nature et les groupes sociaux marginalisés ont été historiquement exploités.
L'application de l'écologie queer se fait en abandonnant les idées de ce qui est « naturel », en se débarrassant des généralisations du comportement humain et animal, en reconnaissant la diversité du monde naturel et en facilitant un discours centré sur l'homosexualité. À travers le prisme de l'écologie queer, tous les êtres vivants sont considérés comme connectés et interreliés.
Définition « Le terme « écologie queer » fait référence à une constellation vaste et interdisciplinaire de pratiques qui visent, de différentes manières, à perturber les articulations discursives et institutionnelles hétérosexistes dominantes de la sexualité et de la nature, et également à reimaginer les processus évolutifs, les interactions écologiques et politique environnementale à la lumière de la théorie queer. S'inspirant de traditions aussi diverses que la biologie évolutive, les mouvements LGBTTIQQ2SA (lesbiens, gays, bisexuels, transgenres, transsexuels, intersexes, queer, en questionnement, bispirituels et asexués), et la géographie et l'histoire queer, les études scientifiques féministes, l'écoféminisme et l'environnement justice, l'écologie queer met actuellement en évidence la complexité de la biopolitique contemporaine, établit des liens importants entre les dimensions matérielles et culturelles des questions environnementales, et insiste sur une pratique articulatoire dans laquelle le sexe et la nature sont appréhendés à la lumière de multiples trajectoires de pouvoir et de matière.
Histoire Aux États-Unis Les débuts théoriques de l'écologie queer remontent généralement à ce qui est considéré comme les textes fondateurs de la théorie queer. Par exemple, l'universitaire Catriona Sandilands cite les origines de l'écologie queer dans The History of Sexuality (1976) de Michel Foucault. Sandilands suggère que Foucault « jette les bases de nombreuses études écologiques queer contemporaines » en examinant la conception du sexe comme « un objet spécifique de connaissance scientifique, organisé à travers, d'une part, une « biologie de la reproduction » qui considère le comportement sexuel humain en relation aux physiologies de la reproduction végétale et animale, et d'autre part, une « médecine du sexe » qui concevait la sexualité humaine en termes de désir et d'identité. Foucault explique la « médecine du sexe » comme une manière de parler de la santé humaine distincte de la « médecine du corps ». Les premières notions d'écologie queer viennent également de la poésie d'Edward Carpenter, qui a abordé les thèmes de la sexualité et de la nature dans son travail.
Le travail de Judith Butler concernant le genre a également jeté une base importante pour l'écologie queer. Plus précisément, Butler explore le genre en tant que performance dans son livre de 1990, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity. L'écologie queer propose que lorsque la notion de performance de Butler est appliquée au domaine de l'écologie, elle démantèle le « binaire nature-culture ». Du point de vue de l'écologie queer, il n'existe pas de différences essentielles entre « nature » et « culture ». Au contraire, les humains qui ont catégorisé la « nature » et la « culture » comme étant distinctes l'un de l'autre réalisent ces différences. D'un point de vue scientifique, la « nature » ne peut pas être pleinement comprise si les animaux ou les particules sont considérés comme des entités distinctes et stagnantes ; la nature existe plutôt comme un « réseau » d'interactions.
En partie, l'écologie queer a également émergé du travail écoféministe. Bien que l'écologie queer rejette les traits d' essentialisme trouvés dans les premiers écoféminismes, des textes écoféministes tels que Gyn/Ecology de Mary Daly (1978) ont jeté les bases d'une compréhension des intersections entre les femmes et l'environnement. L'écologie queer développe ces compréhensions intersectionnelles qui ont commencé dans le domaine de l'écoféminisme sur la façon dont le sexe et la nature ont été historiquement représentés. En tant que théorie politique qui insiste sur l'imbrication des problèmes écologiques et sociaux, l'écologie queer a été comparée au concept d'écologie sociale puisque les deux sont des théories politiques qui insistent sur le fait que les problèmes écologiques et sociaux sont liés.
En , un essai éditorial dans UnderCurrents : Journal of Critical Environmental Studies intitulé « Queer Nature » a introduit la notion d'écologie queer. L'ouvrage a identifié le pouvoir perturbateur possible lorsque l'on examine les catégories normatives associées à la nature. L'article affirmait que les hommes hétérosexuels blancs détenaient le pouvoir sur la politique de la nature, et ce modèle ne peut pas continuer. La pensée et la littérature écologistes queer ont également été présentées dans ce numéro sous forme de poésie et de soumissions d'art – déconstruisant l'hétéronormativité au sein des sexualités humaines et environnementales. Plus tard en 2015, Undercurrents a publié une mise à jour de son numéro original et un podcast pour célébrer 20 ans d'études continues sur l'écologie queer.
Récemment, des films comme Avatar de James Cameron ont commencé à populariser des idées centrales à l'écologie queer.
En France En France, l'écologie queer circule d'abord par la traduction et la réception de travaux anglophones, avant que ne paraissent, dans les années 2020, plusieurs essais qui en proposent des versions situées, sans former pour autant un courant unifié.
Écologies déviantes. Voyage en terres queers (Cambourakis, 2021), du journaliste et écrivain Cy Lecerf Maulpoix, mêle enquête, récit personnel et histoire des mouvements pour exhumer une généalogie oubliée de l'écologie politique, passant notamment par Edward Carpenter, Derek Jarman et les Radical Faeries. L'ouvrage invite le mouvement écologiste à prendre en charge les discriminations plutôt qu'à les reconduire au nom d'une conception binaire et hétérocentrée du vivant.
Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution (Le passager clandestin, 2025), de la philosophe Myriam Bahaffou, déplace la question du côté du désir. Contre une réduction du plaisir à un objet de consommation, l'autrice propose une politisation de l'érotisme comme force de transgression collective, décoloniale, antispéciste et queer, et suggère de traiter des pratiques dissidentes ou ordinaires — écosexualité, BDSM, jeûne, danse — comme des ressources d'action plutôt que comme des affaires d'épanouissement individuel.
Écotransféminismes (Les Liens qui libèrent, 2025), de la philosophe Emma Bigé et de l'historien Clovis Maillet, part du constat que les extrêmes droites contemporaines articulent paniques climatiques, migratoires et anti-trans autour d'une image puritaine de la nature. Les auteurices proposent d'appuyer les luttes environnementales sur les savoirs pratiques élaborés dans les vies trans* — vivre en milieu toxique, fabriquer des parentés, ritualiser les deuils — et sur des alliances interspécifiques.
Ces publications accompagnent une diversification des écologies queers francophones, particulièrement sensible autour des ruralités queers : installations collectives à la campagne, marches des fiertés rurales, enquêtes journalistiques et sociologiques sur les vies LGBTQI+ hors des métropoles.
Cishétérosexisme et environnement
L'écologie queer reconnaît que les gens associent souvent l'hétérosexualité à l'idée de « naturel », contrairement, par exemple, à l'homosexualité, que les gens associent à « contre nature ». Ces attentes vis-à-vis de la sexualité et de la nature influencent souvent les études scientifiques sur la faune non humaine. Le monde naturel défie souvent les notions hétéronormatives détenues par les scientifiques, aidant les humains à redéfinir notre compréhension culturelle de ce qui est « naturel » et aussi comment nous pouvons penser les espaces environnementaux de manière queer. Par exemple, dans « The Feminist Plant : Changing Relations with the Water Lily », Prudence Gibson et Monica Gagliano expliquent comment le nénuphar défie les notions hétérosexistes. Ils soutiennent que parce que le nénuphar est bien plus que sa réputation de plante « pure » ou « féminine », nous devons réévaluer notre compréhension des plantes et reconnaître le lien entre la biologie végétale et les modèles de pratique culturelle à travers une lentille féministe.
Aux attentes hétéronormatives se superposent des attentes cisnormatives. Emma Bigé et Clovis Maillet relèvent que la couverture médiatique des pollutions chimiques emprunte massivement au lexique trans* — « féminisation », male to female, female to male — pour décrire les inversions sexuelles observées chez les poissons, les grenouilles ou les reptiles, et que l'inquiétude pour le maintien des frontières de genre y prend souvent le pas sur celle qui porterait sur la toxicité elle-même. Reprenant les notions d'éconormativité de Giovanna Di Chiro, de cissexisme et d'hétérosexualité obligatoire, ils désignent leur entrelacement par le terme d'« éco[cishétéro]normativité ». Ces récits alimentent des discours d'extrême droite qui imputent aux perturbateurs endocriniens une prétendue « épidémie transgenre » ou une « féminisation » des sociétés.
Une partie de la littérature scientifique invite à l'inverse à ne pas traiter le changement de sexe comme un signal pathologique. Malin Ah-King et Eva Hayward proposent de le concevoir comme un potentiel de réponse aux conditions écologiques et sociales, susceptible de varier au cours d'une même vie, en rappelant que de nombreuses espèces marines et amphibiennes changent de sexe de manière ordinaire. Une étude sur les grenouilles vertes (Rana clamitans) a ainsi montré que les inversions sexuelles observées en populations sauvages ne sont pas nécessairement corrélées à des pollutions aux œstrogènes de synthèse. Distinguer ainsi la cause — la pollution industrielle — de ses effets sur les sexes permet de maintenir la critique du capitalisme fossile sans faire des vies queers et trans* le symptôme à corriger.
Réinventer les perspectives scientifiques