thumb|400px|Moyen nombre d'heures effectivement travaillées par employé dans les pays de l'OCDE de 1970 à 2018. La réduction du temps de travail (RTT) désigne la tendance, observée depuis le milieu du , à la diminution du temps de travail annuel en Europe comme en Amérique du Nord.

La notion de temps de travail apparaît véritablement avec le salariat moderne et la grande industrie. Alors que le travail en usine remplace l'artisanat ou le travail à domicile, le temps de travail devient visible et peut être encadré par la loi. Malgré la diversité des situations, on observe une tendance générale à la réduction du temps de travail annuel en Europe comme en Amérique du Nord à partir du milieu du .

Aspect historique

La réduction du temps de travail est une tendance fondamentale des économies industrialisées depuis 1880, entraînée notamment par les luttes ouvrières et le réformisme social-démocrate. Elle est rendue possible par la productivité du travail qui ne cesse de progresser, à la suite du machinisme (automatisation, communications, stockage et traitement d'informations, intelligence artificielle...). Ces gains de productivité permettent de produire plus avec un temps de travail égal, voire moindre. La main-d'œuvre peut travailler moins tout en gagnant davantage, lorsque le partage des gains de productivité (valeur ajoutée, richesse créée) entre capital et travail est équitable.

En France, la réduction du temps de travail obéit d'abord à des préoccupations hygiénistes (rapport de Villermé, limitation de la journée à 8 heures pour les enfants de 8 à 12 ans en 1841) avant de devenir une revendication syndicale.

Depuis la fin du , la réduction du temps de travail est souvent perçue comme un moyen de réduire le chômage. Sous la présidence de François Mitterrand, la durée hebdomadaire de travail est abaissée à 39 heures en 1982. Dans cette logique, des négociations entre certains partenaires sociaux s'ouvrent ; on peut par exemple mentionner l'Accord national métallurgie du sur la durée du travail, qui mentionne dans son annexe 3, pour les usines à feu continuhttp://www.uimm.fr/fr/pdf/accords_metaux/accord_23-02-1982.pdf :

On voit là l'apparition de la notion de « partage du temps de travail. »

Le passage à une durée légale de 35 heures fut l'une des principales réformes du gouvernement Jospin.

Chronologie vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc longueur trois-quarts d'un homme se tenant debout, avec les cheveux grisonnants, des sourcils et une moustache foncés, portant des lorgnons, un foulard, une chemise blanche, un veston et une redingote noirs, un pantalon clair.|Alexandre Millerand, à l'origine de la loi du . Loi relative au travail des enfants employés dans les manufactures, usines et ateliers de 1841 limitant le temps de travail des enfants à 12 heures par jour de douze à seize ans, et à 8 heures par jour de huit à douze ansSénat, Annexe au procès-verbal de la séance du 3 avril 2003, L'adolescence en crise, encadré « La fin progressive du travail des enfants en France » .. Décret du 2 mars 1848. limitant la journée de travail des adultes à dix heures à Paris et à onze en province. Décret du , abrogeant le précédent, et fixant la durée journalière maximum à douze heures Loi du limitant le temps de travail des enfants de moins de douze ans à 6 heures par jour dans les secteurs autorisés à les employer. Loi de 1892 limitant à 11 heures par jour le temps de travail des femmes, ainsi que des enfants de seize à dix-huit ans. Loi du (promulgation le ), dite « loi Millerand »https://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/regulation-relations-travail/chronologie/, limitant la journée de travail à onze heures du jusqu'au , puis à dix heures et demie jusqu'au ; et en fixant l'application progressive sur un délai de quatre ans. Loi de 1906 instituant la semaine de six jours (jour de repos hebdomadaire). Loi du 23 avril 1919 instituant la semaine de quarante-huit heures et la journée de huit heures. Lois de 1936 instituant la semaine de quarante heures et les congés payés par le Front populaire. Ordonnance de 1982 Ordonnance nº 82-41 du 16 janvier 1982 RELATIVE A LA DUREE DU TRAVAIL ET AUX CONGES PAYES instituant la semaine de trente-neuf heures sous Mitterrand. Lois de 1986 et 1987 introduisant la possibilité de déroger par accord de branche puis d'entreprises à certaines dispositions légales. Lois de 1992NOR: TEFX9200149L : LOI nº 92-1446 du 31 décembre 1992 relative à l'emploi, au développement du travail à temps partiel et à l'assurance chômage JORF nº 1 du janvier 1993 page 19 et 1993NOR: TEFX9300125L : LOI quinquennale no 93-1313 du 20 décembre 1993 relative au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle (1) J.O nº 295 du 21 décembre 1993 page 17769 incitant à la réduction du temps de travail et au développement du temps partiel. Accords interprofessionnels de 1995 organisant la répartition du temps de travail sur l'année. Loi Robien de 1996NOR: TASX9601538L : LOI no 96-502 du 11 juin 1996 tendant à favoriser l'emploi par l'aménagement et la réduction conventionnels du temps de travail (1) J.O nº 135 du 12 juin 1996 page 8719 offrant des allègements de cotisations patronales en contrepartie d'embauches liées à une forte réduction du temps de travail Lois Aubry du NOR: MESX9700154L : J.O nº 136 du 14 juin 1998 page 9029 LOI no 98-461 du 13 juin 1998 d'orientation et d'incitation relative à la réduction du temps de travail (1) et du NOR: MESX9900090L: LOI no 2000-37 du 19 janvier 2000 relative à la réduction négociée du temps de travail (1) J.O nº 16 du 20 janvier 2000 page 975 instituant la semaine de trente-cinq heures. La première loi Aubry abroge la loi Robientravail-emploi.gouv..

Critiques

Les mesures de réduction du temps de travail ne font pas l'unanimité parmi les économistes et sont sujettes à des débats fréquents. Ainsi, dans une tribune du Monde datée du , l'économiste Florin Aftalion dénonçait le préjugé de la réduction du temps de travail pour diminuer le chômage, mesure-phare du projet du Parti socialiste.

Plus généralement, l'économiste libéral Pascal Salin juge non légitime l'intervention de l'État dans la définition de la durée du temps de travail qui ne devrait être selon lui que du ressort de la libre négociation entre salariés et employeurs, comme c'était le cas au début du et auparavant. Il qualifie le partage du temps de travail d'« idée fausse »Pascal Salin, Libéralisme, 2000, Odile Jacob, page 480.

En revanche, la réduction du temps de travail est une revendication pérenne du mouvement ouvrier depuis ses débuts et a eu ses théoriciens illustres, à commencer par Karl Marx.

En , un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales évaluant les politiques de réduction du temps de travail fuite dans Mediapart. Ce rapport reconnaît que les lois Aubry ont permis la création de 350 000 emplois et recommande de « réduire la durée du travail dans une perspective prioritaire de création d’emplois ». Il écarte toutefois, de manière discutable, le rôle central joué par la réduction des cotisations employeurs, menée parallèlement à la réduction du temps de travail. Selon plusieurs estimations, la très grande majorité, voire la totalité de ces créations d'emploi, ont été permises par les allègements de cotisations employeurs et non par la réduction du temps de travail.

Le passage aux 40 heures sous le Front populaire a créé un nombre d'emplois difficile à évaluer. Jean-Charles Asselain estime toutefois que le quart des emplois créés par la loi a été occupé par des chômeurs.

Le passage aux 39 heures sous le gouvernement Mauroy, durant la présidence de François Mitterrand, a conduit selon une estimation de 1985 à la création de 14 000 à 28 000 emplois, dont 10 000 à 20 000 dans l'industrie, et le reste dans le commerce.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

L'évolution de l'aménagement du temps de travail et flexibilité de l'emploi. Regards croisés

Articles connexes Partage du travail Temps de travail Sophisme d'une masse fixe de travail 35 heures Chômage en France Héritage universel Garantie d'emploi

Liens externes

Catégorie:Histoire sociale Catégorie:Durée du travail en France