Labbaye de Neath () est une ancienne abbaye cistercienne située au Pays de Galles, dans la vallée de la et plus précisément face à la ville éponyme, le long du .
Fondée en 1129, l'abbaye est alors savignienne. En 1147, elle rejoint l'ordre cistercien avec toute la congrégation. Fondée dans un contexte difficile, elle accroît peu à peu son patrimoine au point de devenir assez prospère.
Elle ferme en ; à cette époque, John Leland la considère comme . Elle échoit en 1542 à , qui la transforme en manoir, petit à petit transformé par les propriétaires suivants.
Durant la Révolution industrielle, l'abbaye devient une fonderie de cuivre, avant que sa valeur patrimoniale et historique ne soit redécouverte au . Il s'agit de l'un des édifices cisterciens les mieux préservés du pays de Galles.
Situation et toponymie L'abbaye de Neath est située dans un cadre actuel très inhabituel, puisqu'elle est située en plein milieu d'une zone industrielle, bordée par le au sud, par la au nord, et entourée d'entrepôts et d’usines ..
Histoire Fondation savignienne puis claravalienne L'abbaye de Neath est fondée en 1129 par Richard de Grenville, qui la fonde en tant que fille directe de l'abbaye normande de Savigny. L'année suivante, en 1130, l'abbé Richard et douze moines arrivent de Normandie pour fonder ce deuxième établissement britannique savignien ..
Le , la Congrégation de Savigny tout entière est rattachée à l'ordre cistercien, dans la filiation de Clairvaux.
Moyen Âge Les moines se rendent rapidement compte que les terres données par Richard de Grenville sont trop dispersées pour une gestion efficace, et envisagent à la fin du de transposer l'abbaye à Exford, de l'autre côté du Canal de Bristol, dans le Somerset. Mais, au moment où cette décision est prise, l'abbaye de Cleeve est fondée en 1186 à moins de dix kilomètres d'Exford. Pour ne pas empiéter sur les terres de leurs frères, les cisterciens de Neath décident de rester et de consolider leurs avoirs fonciers sur place.
En 1224, le seigneur d'Afan Morgan Gam incendie l'abbaye .. À la suite de cette tragédie, l'abbaye est entièrement reconstruite ; la communauté disposant désormais de ressources plus importantes, le monastère est agrandi pour pouvoir loger vingt_quatre moines et une cinquantaine de convers.
À la fin du , l'abbaye de Neath a géré son patrimoine foncier avec tant d'habileté qu'elle est devenue une des maisons religieuses les plus riches du Pays de Galles. Entre 1280 et 1320, elle profite de cette manne financière pour remplacer l'église romane originelle, datant du , par une abbatiale gothique. Le roi Édouard , ayant conquis le Pays de Galles, s'intéresse au projet et offre en 1284 à la nouvelle église un baldaquin destiné au maître-autel].
Toutefois, après la mort de Gilbert de Clare en 1314, la révolte de Llywelyn Bren dévaste et ruine l'abbaye.
Revers et fermeture gauche|vignette|redresse|alt=Gravure du dix-neuvième siècle montrant les ruines d'une abbaye le long d'un canal.|L'abbaye vers 1850, gravure de John Newman & Co.
D’autres difficultés frappent l'abbaye au , mais Neath semble s'en être remise vers 1500. À cette période, tombée en commende, l'abbaye connaît une nouvelle période de travaux, l'aile des moines étant réaménagée en logis abbatial pour l'abbé Leyshon Thomas. Ces travaux grèvent fortement l'abbaye, qui ne présente en 1535 qu'un revenu annuel de 132 livres, bien inférieur aux prévisions. Néanmoins, afin d'éviter la fermeture dès 1536, la communauté réussit à payer l'amende de cent cinquante livres exigée, ce qui lui offre un répit de trois ans. L'abbaye est définitivement dissoute en .
l’acquiert et en commence la transformation en manoir de style Tudor, œuvre prolongée à partir de 1600 par son nouveau propriétaire, . À partir du , les bâtiments sont délaissés et commencent à tomber en ruines. Durant la Révolution industrielle, l'abbaye devient une fonderie de cuivre.
L'abbaye
Le système des granges
L'économie cistercienne reposait sur les granges () : des domaines agricoles et industriels autosuffisants dirigés par un frère convers chef de grange ().. Le Chapitre Général interdisait initialement aux Cisterciens de tirer des revenus de sources extérieures à leur travail propre, mais cette règle fut progressivement assouplie au cours du J.-B. Mahn, L'Ordre cistercien et son gouvernement des origines au milieu du XIIIe siècle, Paris, 1945, p. 139–141, cité dans ..
L'abbaye possédait plusieurs granges au Pays de Galles et en Angleterre :
Monknash (Mynach) : la plus grande grange extérieure, de 800 acres, donnée par Richard de Granville ; les vestiges encore visibles comprennent un noyau central de 20 acres avec les restes d'une grange monumentale et d'un colombier. Cwrt Betws (Cwrt-y-Bettws) : grange proche de l'abbaye, au cœur des terres originelles, restée propriété directe jusqu'à la dissolution. Tetteberne (Cwrt Herbert) : grange avec bergerie mentionnée dans l'accord de 1289 avec Gilbert de Clare. Exford (Somerset) : grange anglaise affermée à partir de 1322, premier signe du recul de l'exploitation directe. Propriétés en Devon et Somerset, qui contribuaient à la richesse globale de la maison.
En 1291, lors de la Taxatio Ecclesiastica du pape Nicolas IV, l'abbaye possédait plus de 5 000 acres de domaine arable, environ 5 000 moutons et 200 têtes de bétail, avec un revenu annuel d'environ 236 livres, plaçant Neath parmi les maisons les plus riches du Pays de Galles méridional.
L'élevage ovin et le commerce de la laine
Le troupeau de 5 000 moutons documenté en 1291 constituait la ressource la plus précieuse de l'abbaye sur les marchés extérieurs. Les moutons gallois étaient de la race « Penhydd », bien adaptée aux pâturages d'altitude. La laine trouvait des acheteurs sur les marchés flamands et italiens (les drapiers flamands ayant develloppé une industrie textile florissante et les italiens maitrisant le commerce des colorations c’etait une partie importante du commerce medieval), les marchands avançant parfois des liquidités sur les récoltes à venirEileen Power, The Wool Trade in English Medieval History, Oxford University Press, 1941, p. 17–19..
La rivière Clydach, dont un moulin faisait partie de la donation initiale de 1130, permettait l'installation d'un moulin à foulons (fulling mill), réduisant mécaniquement la dépendance aux bras des frères convers pour le traitement de la laine.
Les pêcheries et les viviers
La concession des pêcheries figure dans l'acte même de fondation : les moines reçurent « toutes les pêcheries de Granville sur la Neath et la Tawe ». Ces pêcheries étaient exploitées par des nasses et des déversoirs (weirs) barrant partiellement le courant pour guider les poissons — en particulier les saumons et truites migrateurs — vers des pièges.
En 1289, lors du grand échange territorial avec Gilbert de Clare, les moines cédèrent d'importantes terres montagnardes mais retinrent expressément toutes leurs pêcheries et déversoirs entre l'abbaye et la mer.
Les moulins
Un moulin sur la Clydach figurait déjà dans la charte de fondation de 1129-1130. Les moulins monastiques cisterciens remplissaient plusieurs fonctions :
Moulin à grain (grist mill) : transformation des céréales produites dans les granges en farine pour le pain quotidien. Moulin à foulons (fulling mill) : traitement mécanique de la laine — piétinement et foulage remplacés par des marteaux hydrauliques. Un moulin à tan pour le tannage des peaux et une forge hydraulique pour le travail du métal sont également attestés dans d'autres granges cisterciennes galloises.
L'exploitation minière du charbon
Contexte géologique
L'abbaye de Neath se situe à la limite nord du Bassin houiller du Pays de Galles du Sud (South Wales Coalfield), l'un des plus riches gisements de charbon de Grande-Bretagne. Les affleurements de charbon — en particulier des veines d'anthracite et de charbon bitumineux — affleurent dans les collines au nord et à l'ouest de la vallée de la Neath, précisément dans les terres comprises dans la donation de 1130.
Attestation documentaire
Aucune charte conservée de Neath ne mentionne explicitement l'extraction du charbon par ses propres termes. Selon Cadw (l'organisme officiel du patrimoine gallois), les frères convers travaillaient dans les domaines de l'abbaye à des tâches qui . La voisine Abbaye de Margam détient la plus ancienne mention documentée du charbon au Pays de Galles : une charte de vers 1250 accordant à l'abbaye « toute la pierre-charbon (stone coal) » du district de Penhydd, destinée à la grange de Rossoulin et à l'usage de l'abbaye elle-même.
Techniques d'extraction : le bell pit
L'exploitation pratiquée par les frères convers relevait de la technique médiévale des zones d'affleurement, le bell pit (puits en cloche) :
Un puits vertical étroit était creusé jusqu'à la veine de charbon, à quelques mètres de profondeur. Arrivé à la veine, le mineur creusait latéralement dans toutes les directions, créant une cavité en forme de cloche : large en bas, étroite en haut. Lorsque le risque d'effondrement devenait trop grand, le puits était abandonné et un nouveau creusé à quelques mètres de distance.
Ces opérations laissaient dans le paysage des chapelets de dépressions circulaires alignées suivant le tracé du filon. Dans les secteurs en flanc de coteau, des galeries horizontales (adits) permettaient d'exploiter la veine directement depuis le talus, avec drainage gravitaire naturel.
Destination du charbon : usage domestique et artisanal
L'exploitation du charbon par l'abbaye de Neath était une activité d'autosuffisance énergétique, non une industrie commerciale. Le charbon servait à :
Chauffer le calefactorium (salle de chauffage) : la seule pièce de l'abbaye où un feu était autorisé en hiverMeredith Gill, « Heating and Cooling in the Medieval Monastery », dans M. Henig et P. Lindley (dir.), Alms for Oblivion: Essays in Honour of Neil Stratford, Paul Holberton Publishing, Londres, 2001, p. 33–44.. Alimenter la cuisine et les fours de la boulangerie abbatiale. Alimenter les forges internes pour l'entretien des outils agricoles, des charrues et des fers à cheval.
Pourquoi les frères convers et non les moines ?
La règle cistercienne était explicite : les moines de chœur ne pouvaient s'absenter de l'abbaye sans compromettre l'observance de l'office liturgiqueBurton, Monastic and Religious Orders in Britain, op. cit., p. 68.. Creuser du charbon à flanc de colline, dans les granges éloignées, était un travail physiquement épuisant et dangereux — exactement le type de tâche dévolu aux conversi, issus des couches rurales les plus modestes et habitués au labeur physique lourdR. A. Donkin, « Settlement and Depopulation on Cistercian Estates during the Twelfth and Thirteenth Centuries, especially in Yorkshire », Bulletin of the Institute of Historical Research, vol. 33, 1960, p. 141–165..
L'échange territorial de 1289
En 1289, l'abbé Adam de Carmarthen conclut un accord majeur avec Gilbert de Clare, comte de Gloucester et seigneur de Glamorgan. Les moines cédèrent d'importantes terres montagnardes entre Kilvey Hill, la Neath et la Tawe, mais conservèrent toutes leurs pêcheries. En échange, Gilbert garantissait 100 livres de rentes annuelles provenant de bourgs et manoirs du Glamorgan. En 1291, le revenu annuel total de l'abbaye dépassait 236 livres, faisant de Neath la deuxième maison monastique du Pays de Galles méridional.
Déclin et dissolution (XVe–XVIe siècle)
La Peste Noire (1348-1350), les troubles liés au soulèvement d'Owain Glyndŵr (à partir de 1400) et le sac de l'abbaye affaiblirent considérablement la communauté. Le dernier abbé, Leyshon Thomas (vers 1510-1539), diplômé d'Oxford, convertit systématiquement l'exploitation directe des granges en un système de baux : à partir de 1533, il avait concédé 51 baux.