vignette|Répartition des écoles juridiques dans l'Islam contemporain.|315x315px La violence familiale dans l'islam désigne l’ensemble des violences exercées au sein d'une famille où la religion musulmane structure les rapports entre ses membres. Le sujet est complexe dans la jurisprudence islamique et les textes fondateurs de l’islam, en particulier le Coran et les hadiths, ayant été interprétées de diverses manières au fil des siècles et selon les régions, influençant les rapports entre les genres et les générations.

Depuis le , des personnalités de l'islam libéral en proposent une relecture critique : bien que ces textes condamnent l’injustice, l’oppression et la négligence envers autrui, certaines limites ou décisions antérieures ne font plus consensus dans la communauté musulmane contemporaine. Ces débats concernent surtout les violences faites aux femmes, mais la réflexion s'étend également aux droits des enfants, ainsi que la situation des personnes âgées et des hommes dans le cadre familial. Tant dans les pays à majorité musulmane que dans la diaspora, les pratiques sociales varient selon les contextes culturels, les écoles juridiques et les réformes mises en œuvre.

Définitions Violences familiales En islam, la violence familiale est définie comme un type de comportement abusif envers une personne afin d'avoir ou de maintenir un pouvoir et un contrôle sur une autre de sa famille, notamment le comportement de l'époux envers son épouse.

Le Coran et la loi islamique condamnent explicitement toute forme d’abus, d’oppression ou de négligence au sein du foyer, prônant une justice morale et sociale qui protège les individus des violences familiales. La protection des membres vulnérables, la promotion de l’harmonie conjugale et le rejet des comportements abusifs constituent des principes centraux dans la doctrine islamique relative à la famille.

La famille en islam La famille nucléaire occupe une place centrale en islam, considérée comme la cellule fondamentale de la société : elle est constituée d'un homme, de son (ou ses) épouse(s) et leurs enfants. Les termes employés dans le Coran désignent à la fois le foyer domestique, la parenté biologique et les proches au sens élargi. La famille musulmane s’inscrit dans la continuité des formes préislamiques de parenté et de filiation, que Mahomet et ses successeurs cherchent à encadrer moralement et juridiquement, par la loi religieuse, plutôt qu'à les transformer ; on retrouve, dans l'islam, le rôle collectif et protecteur du clan familial. L’autorité du chef de famille, généralement masculine, constitue l’un des fondements du modèle familial islamique traditionnel, avec des variantes culturelles et historiques. La femme occupe une place importante dans le rôle d'éducatrice des enfants, bénéficiant d'une égalité spirituelle avec les hommes, ainsi que des droits économiques et successoraux. Ce cadre patrilinéaire et patriarcal a influencé les législations dérivées du (« droit de la famille »), notamment dans les domaines du divorce, de la polygamie et de la transmission des biens.

Violence envers les femmes Violences conjugales Sources islamiques Le trente-quatrième verset de la sourate des Femmes, quatrième sourate du Coran, est l'un des versets qui définissent la relation entre un mari et sa femme dans l'Islam :

Selon le récit transmis par l'érudit sunnite Ali ibn Ahmad al-Wahidi au , le verset est révélé après que le Médinois Saad ibn al-Rabi eut frappé sa femme Habiba au visage, à la suite d'un différend de couple. Son beau-père Zayd Abou-Zouhayr se serait adressé à Mahomet pour demander vengeance au nom de sa fille. Ce dernier la lui aurait d'abord accordée, avant de rappeler les protagonistes à la suite de la révélation du verset 34 par l'ange Gabriel, suspendant les représailles.. Toutefois, les circonstances des révélations des versets du Coran () ne sont pas regardées comme fiables pour la recherche universitaire contemporaine..

Dans plusieurs hadiths rapportés par Abou Dawoud, Mahomet est vu en train de conseiller la vie de couple de ses fidèles. Parmi les conseils qu'il donne, il incite à ne pas frapper sa femme (certains précisent au visage)... et se montre très critique envers les maris violents, obligeant certains à divorcer de leurs épouses... Abou Dawoud et Ibn Majah transmettent un hadith, dont l’authenticité est débattue , dans lequel Omar ibn al-Khattâb a entendu de Mahomet dire qu'on ne demandera pas à un homme de donner la raison pour laquelle il a frappé sa femme..... Un hadith, attribué à Aïcha, épouse de Mahomet, et transmis par Ibn Majah, précise que ce dernier n'a jamais levé la main sur ses esclaves ou ses épouses.. L'imam Boukhari rapporte que Mahomet aurait interdit de se moquer d'un homme interrogeant d'autres sur les raisons pour lesquels ils battent leurs femmes.. Dans le Mishkat al-Masabih, Mahomet dit avoir interdit de battre quiconque fait la prière.. Un autre hadith raconte que Laqit ibn Sabira se plaint que son épouse eut des paroles vulgaires ; ne voulant pas s'en séparer, Mahomet lui aurait recommandé de la sermonner et de ne pas la frapper comme il le ferait avec une esclave..

Jurisprudence et relectures Plusieurs chercheurs affirment que la charia appuie la permission de la violence domestique contre les femmes lorsqu'un homme suspecte son épouse de désobéissance (mauvaise conduite, rébellion, infidélité). Certaines traductions, comme celle de Médine, précisent en note : Marie-Thérèse Urvoy résume que, selon la doctrine traditionnelle, l'homme a droit de contrainte dans le mariage, et l'épouse ne peut pas aller au-delà de celui du compromis.. Les commentaires du Coran du pseudo-Ibn Abbas, des deux Djalal, d'Ibn Kathir et de Maududi indiquent que la correction physique doit être légère, même si Mahomet ne l'appréciait pas et l'ait permise à contre-cœur. Le théologien Al-Qushayri (986-1072) précise dans son commentaire qu'il faut une épouse progressivement : il n'est pas nécessaire de la frapper si la réconciliation a eu lieu avant d'arriver à cette extrémité.

L'universitaire Sami Bibi et l'islamologue Malek Chebel appellent à reconsidérer le verset dans le contexte de l'Arabie du , caractérisé par des mœurs archaïques, soulignant que frapper son épouse ne doit pas être considéré comme un impératif au .. D'autres interprètes estiment que cela est incompatible avec les interprétations modernes du Coran et que le sens actuel du verset fut influencé par la société patriarcale : l'imame soufie Anne-Sophie Monsinay et la féministe musulmane Asma Lamrabet interprètent (conjugué dans le texte) comme signifiant « s'éloigner » ou « se séparer », al-qiwamah comme « responsabilité », et nuchuz comme « impiété » .... Par ailleurs, le Pakistanais Ahmed Ali considère que signifie ici « coucher avec son épouse », tandis que Laleh Bakhtiar interprète le terme par « laisser son épouse ». Cependant, la critique historique ne soutient pas cette interprétation libérale car le verbe est ici suivi d'un objet direct ; or les autres sens ne peuvent être employés que ..

Mariages forcés Sources islamiques vignette|174x174px|Mahomet permet le divorce si le silence de la mariée n'équivaut pas à un consentement (miniature ottomane, , Bibliothèque universitaire, Édimbourg). Le Coran permet le remariage entre un homme et une femme si les deux parties sont d'accord, et prescrit de ne pas empêcher cette réunionCoran 2:232.. Le fait que Coran 4:34. a parfois été interprété pour justifier l'autorité du père ou du tuteur dans le droit de choisir le mari pour une femme, surtout si elle est vierge ou mineure.

Certains juristes ont toléré des formes de mariage sans consentement explicite, mais il ne vaut pas toujours approbation : des hadiths racontent que Mahomet aurait alors fait annuler des mariages imposés par un ou laisser le choix à l'épousée contrainte de divorcer.

Dans le Le droit musulman classique oblige que la femme ait un (tuteur matrimonial) pour diriger ses épousailles. Le consentement a été sujet de débats, les écoles de jurisprudence n'étaient pas unanimes sur la validité du mariage imposé par le de la mariée. Mahomet aurait dit qu'une dame adulte doit être consultée et qu'une vierge doit accorder sa permission avant de la donner en mariage ; sur la manière de la déterminer, le silence de la femme fait foi.

Il aurait encore dit qu', ce qui fut interprété diversement dans le courant sunnite : dans le droit malikite, chaféite et hanbalite, le est indispensable et il peut marier une vierge sans son consentement explicite. ; dans le droit hanafite, une femme pubère peut consentir au mariage sans l'approbation de son . Dans le courant chiite, le droit jafarite demande un consentement libre et explicite et l'accord du est obligatoire pour les filles vierges ; le droit zaïdiste permet le consentement implicite, le est obligatoire et le mariage forcé est toléré selon les régions. Dans le courant et le droit ibadite, appliqué dans le sultanat d'Oman, le consentement de la femme est requis et le mariage forcé invalide, mais le besoin de l'accord du n'est pas toujours explicite.

Violences économiques La domination masculine s'exprime par le contrôle de l'accès à la santé, à l'éducation et à l'emploi des femmes. La violence économique est condamnée comme une faute grave du mari, pouvant justifier le divorce. Cela est contraire à la justice et l'éthique islamique, car l'épouse est censée être autonome financièrement, même si elle ne participe pas aux gains. Le mari a le devoir juridique et religieux de subvenir aux besoins essentiels du foyer () et, de l'autre côté, la femme ne doit pas dépenser les biens de l'homme sans permission, sauf en cas de besoin ou si l'autorisation est implicite. Dans la jurisprudence islamique, plusieurs versets servent de base à garantir le bon entretien de l'épouse (2:223, 4:32 ; 65:6-7).

La violence économique dans l'islam est un sujet sur lequel les études reste relativement limitées. Les abus financiers par le mari sont assez fréquents en Malaisie (), en Inde du Nord, au Liban ( — ), en Arabie saoudite () et en Jordanie (). Les réfugiées syriennes en Jordanie sont plus susceptibles d'être victimes de violences domestiques, y compris économiques. Au Maroc, en 2018, une étude indique que des femmes mariées interrogées, âgées de 15 à 49 ans, furent victimes de violences au cours des douze derniers mois, y compris économiques.

Mutilations génitales féminines Les mutilations génitales féminines (MGF ; en arabe : ) sont courantes dans plusieurs pays d'Afrique et de l'Asie du Sud-Est . Aussi appelées « circoncision féminine », les organes génitaux externes féminins sont retirés partiellement ou totalement pour des motifs non médicaux. Un hadith d'Abou Dawoud fait référence à cette pratique culturelle : il met en scène Mahomet recommandant à une exciseuse médinoise de ne . Le droit malikite et le droit hanafite considèrent la pratique comme recommandable mais optionnelle () ; le droit chaféite reconnaît la pratique comme obligatoire () ; le droit hanbalite est divisé entre la les juristes l'estimant obligatoire ou ceux l'estimant facultative mais honorable (). Le droit chiite (notamment duodécimain) n’a pas de position canonique clair sur la pratique, mais les MGF sont généralement permises tant que cela ne porte pas préjudice à la fille. Les MGF sont pratiquées dans certains milieux omanais, mais relèvent davantage de la coutume que du droit ibadite, qui ne considère pas cela comme un enseignement divin.