Les Réflexions sur la monarchie universelle en Europe sont une œuvre de Montesquieu composée en 1734, imprimée à Amsterdam et dont tous les exemplaires sont détruits par leur auteur, à l'exception d'un seul, annoté de sa main et aujourd’hui conservé à la bibliothèque municipale de Bordeaux..
Résumé En un texte bref, divisé en vingt-cinq courts chapitres, sur une trentaine de pages, Montesquieu examine, en opposant le présent au passé, les candidats à la succession de l'hégémonie (monarchie universelle) mise en place par les Romains et les causes de l'échec de ces tentatives. Sont passées en revue les expériences tartare, turque, espagnole et française, cette dernière incarnée par Louis XIV..
Montesquieu souligne que la guerre, ruineuse, n'est pas la solution de la conquête. C'est par sa richesse qu'une nation s'impose plutôt, à condition qu'il ne s'agisse pas, comme dans le cas de l'Espagne, de richesses « vaines » : . écrit l'auteur, hanté par le souvenir de la faillite de Law.
L'Europe est au cœur des préoccupations de Montesquieu. Elle lui apparait comme « les membres d'une grande république »Réflexions sur la monarchie, Chapitre II., Réflexions sur la monarchie, Chapitre XVIII. dont le commerce est source de prospérité, par la circulation des marchandises, des hommes et des idées.. Au total, le morcellement politique de l'Europe est plus favorable à la liberté politique que les grands espaces des empires qui appellent le despotismeRéflexions sur la monarchie Chapitre VIII..
Analyse Le thème de la monarchie universelle est un mythe politique ancien, remontant à l'Orient byzantin, selon lequel un seul monarque devrait réunir sous son autorité l'héritage de Rome et celui de toutes les monarchies chrétiennes. Ce thème trouve des incarnations successives dans les figures de Constantin, Charlemagne, Charles-Quint.
Dante en esquisse la théorie au début du .. Mais Érasme en fait la critique, en exprimant des réserves sur l’opportunité de ressusciter dans sa grandeur l’Empire romain...
Le rêve d'un monarque unissant l'Europe et s'appuyant sur l'Église est aussi analysé, à l'époque de Louis XIV, comme la prétention d'un despote hégémonique. De nombreux libelles circulent dans ce sens au moment de la guerre de Dévolution opposant militairement la France et l'Espagne entre 1667 et 1668. Ils mettent tous en cause la volonté impériale de Louis XIV. Ainsi ceux du Franc-Comtois François-Paul de Lisola (Bouclier d’État et de Justice contre le dessein manifestement découvert de la Monarchie Universelle, 1667)Baron de Lisola, « Le Bouclier d’Estat et de justice contre le dessein manifestement découvert de la monarchie universelle, sous le vain prétexte des prétentions de la reine de France » : petit volume in-12 de 220 pages, publié en 1667 se trouvait dans la bibliothèque de Montesquieu., du mousquetaire Courtilz de Sandras (Nouveaux intérêts des princes de l’Europe où l’on traite des maximes qu’ils doivent observer pour se maintenir dans leurs États et pour empêcher qu’il ne se forme une Monarchie Universelle (1685)« Nouveaux Intérêts des princes de l’Europe, où l'on traite des maximes qu’ils doivent observer pour se maintenir dans leurs États, et pour empêcher qu’il ne se forme une monarchie universelle », volume imprimé à Cologne, chez Pierre Marteau, 1685, in-12. ou de l'historien protestant italien Gregorio Leti (Louis XIV, La Monarchie Universelle, 1689). S'y ajoutent des pamphlets anonymes : Histoire secrète des moyens injustes et perfides dont Louis XIV s’est servi pour parvenir à la monarchie universelleÀ Cologne, chez Pierre Marteau, 1691, in-16 (Bibliothèque de la ville de Bordeaux, 25388), Oraison funèbre de Très-haute, Très-excellente et Très-puissante princesse Monarchie Universelle (1705). Nombre de ces publications figurent dans la bibliothèque de Montesquieu..
Le texte de Montesquieu reprend et renouvelle ce topos. Il dénonce le rêve absurde et ruineux d'un empire guerrier impérial, préférant l'analyse réaliste d'un monde commerçant sous le signe de la prospérité et non plus de guerres destructrices où les puissances se neutralisent par l'évolution de l'art militaire.. Selon l'analyse de l'historien Pierre Bonnet, Montesquieu énonce « deux lois pour expliquer respectivement ces deux données nouvelles : une loi historique et géopolitique d’interdépendance des États et une loi spatiale et cinétique, si l’on peut dire, de dissuasion des États »..
Le thème de la monarchie universelle est repris en 1836 par Louis Geoffroy dans l'un des premiers ouvrages uchroniques jamais écrits. : « Napoléon et la conquête du monde, 1812 à 1832. Histoire de la monarchie universelle ».
Retrait de l'édition Lorsqu'il rédige son texte, en même temps que les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence et en complément de celles-ci, Montesquieu prend la précaution de consulter le père jésuite Castel, Mme du Tencin et même le directeur de la Librairie royale. Sans doute inquiet de voir mal interprétés des propos qui pourraient être considérés comme trop critiques à l'égard de la monarchie, il fait retirer tous les exemplaires édités à Amsterdam chez Jacques Desbordes — l'éditeur des Considérations… — et les fait détruire à l'exception d'un seul, qu'il conserve avec le manuscrit. et qu'il annote. Il réutilise tout de même des fragments de son texte dans l'Esprit des lois, écrit ultérieurement.
Après avoir été prêté à Honorât Laîné, puis à Aimé Martin, l'exemplaire est vendu par les héritiers de ce dernier à M. Téchener. Il reste dans la bibliothèque de ce libraire de 1847 à 1886.. Le livre disparait donc de 1818 à 1886, date à laquelle il est acquis (en ), par l’intermédiaire de Duthu, libraire à Bordeaux, à la vente de Téchener, et est conservé ensuite au château de La Brède. En 1994, il figure dans la dation faite à la bibliothèque de Bordeaux. par la comtesse de Chabannes, dernière descendante directe de Montesquieu..
vignette|alt=Premier feuillet.|Premier feuillet. Dans cet unique exemplaire des Réflexions sur la Monarchie universelle conservé à la bibliothèque municipale, le nom du Président, sous le titre, est écrit de la main d'Honorât Laîné, frère du ministre de Louis XVIII. Montesquieu lui-même avait écrit sur le faux-titre : .
Sur le premier feuillet, Montesquieu avait ajouté :
D'autres mentions manuscrites dans l'ouvrage indiquent que les passages correspondants ont été repris dans l'Esprit des Lois.
Citations La mention : (chap. x) chapitre renvoie à l'édition : « ». La mention : p. x renvoie à l'exemplaire original numérisé sur Séléné et conservé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, qui comporte les annotations de Montesquieu. — chapitre XVIII (Wikisource, p. 36, Séléné, p. 36) —. Cette citation est souvent reprise dans des articles de presse ou des sites évoquant l'EuropeLe Un hebdo du 27 octobre 2021, page de couverture "Ce qu'écrivait Montesquieu".Site lesecho.fr, page "Refaire l'Europe".. (chap. I, p. 3). (chap. II, p. 8). (chap. III, p. 8). (chap. VII, p. 13). (chap.XVII , p. 28). (chap.XXV, p. 44).
Éditions Exemplaire original et unique, conservé à la bibliothèque municipale de Bordeaux (en ligne sur Séléné). .
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Bibliographie . . . .
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Notes et références
Articles connexes Montesquieu De l'esprit des lois Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence
Liens externes Montesquieu, Unité Mixte de Recherche 5317, CNRS
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