thumb|Classe pour adultes en Guinée-Bissau. L'éducation en Afrique désigne l'un des enjeux fondamentaux pour l’avenir de l’Afrique. Elle a été reconnue comme un droit universel pour tout individu et comme un élément essentiel du développement économique et social des nations.

Contexte L’acte constitutif de l’UNESCO (1945) met ainsi en avant le fait que tous les États s’engagent à « assurer à tous le plein et égal accès à l’éducation ». Aujourd’hui, après plus d’une décennie focalisée sur l’accès à la scolarisation primaire universelle, un tournant s’est progressivement opéré pour permettre une meilleure prise en compte des enjeux de qualité et d’équité de l’éducation, dans la perspective de l’agenda post objectifs du Millénaire pour le développement.

La croissance démographique et l’urbanisation ont aussi des incidences majeures sur les partenariats et les arrangements institutionnels indispensables pour pouvoir assurer des possibilités d’éducation pertinentes et flexibles dans la perspective d’un apprentissage tout au long de la vie. La proportion de personnes âgées dans la population globale devrait doubler d’ici à 2050, parallèlement à une demande accrue de diversification de l’éducation et de la formation des adultes. Pour parvenir à transformer l’augmentation prévue de la population en âge de travailler en Afrique en dividende démographique, il faudra offrir des possibilités pertinentes d’éducation et de formation tout au long de la vie.

Une mobilisation internationale La communauté internationale s’est largement mobilisée en faveur de l’Éducation pour tous (EPT). Dès 1990, à la Conférence mondiale tenue à Jomtien (Thaïlande), les délégués de 155 pays et les représentants d’environ 150 organisations se sont engagés à promouvoir l’universalisation de l’enseignement primaire et à réduire radicalement l’illettrisme avant la fin de la décennie. Le Forum mondial sur l’éducation, qui s’est tenu dix ans plus tard à Dakar (Sénégal) a été l’occasion de réitérer et de renforcer cet engagement pour une scolarisation primaire universelle. Cet élan a contribué à inscrire l’éducation au cœur des Objectifs du millénaire pour le développement en 2000 à travers l’ambition de scolarisation universelle (OMD2) et l’élimination des disparités entre les sexes, notamment dans l’éducation primaire et secondaire (OMD3).

Au vu des résultats encourageants en termes d’accès à l’éducation primaire, une nouvelle réflexion s’est ouverte sur les suites à donner aux objectifs du Millénaire au delà de l’échéance fixée de 2015. Après avoir longtemps été axés sur l’accès universel à l’éducation primaire, les débats sont, depuis les années 2010, remis en perspective pour privilégier davantage la qualité et le continuum éducatif en se concentrant sur la cohésion sociale, la transition vers les cycles post-primaires ou la formation des enseignants.

La mobilisation des différents acteurs – États, société civile, communauté internationale, organisations non gouvernementales (ONG) et secteur privé – ne saurait s’arrêter en 2015. Elle devra au contraire, au regard des défis restant à accomplir, s’accentuer, particulièrement en Afrique subsaharienne.

Richesses et inégalités Les taux de pauvreté dans le monde ont été réduits de moitié entre 1990 et 2010. Ce recul de la pauvreté est, pour une large part, le résultat des taux vigoureux de croissance économique que l’on observe dans des économies émergentes et dans de nombreux pays d’Afrique, et ce, en dépit de la crise financière et économique qu’a connue le monde en 2008. L’expansion des classes moyennes dans les pays en développement devrait se poursuivre à un rythme soutenu durant les quinze à vingt prochaines années.

La qualité de l'éducation La démocratisation de l’éducation exige d’être accompagnée par des réformes profondes des systèmes éducatifs. L’augmentation du nombre d’élèves risque sinon de créer des effets négatifs sur la qualité des enseignements dispensés. En effet, d’après le Rapport mondial de suivi de l’EPT 2010, « des millions d’enfants quittent l’école sans avoir acquis les compétences de base et, dans certains pays d’Afrique subsaharienne, la probabilité que de jeunes adultes qui ont fréquenté l’école pendant cinq ans soient analphabètes est de 40 % ». Les dispositifs de formation des enseignants ne sont globalement pas en mesure de répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs de formation. Au Tchad par exemple, seuls 35,5% des enseignants sont certifiés comme enseignants. Pour poursuivre la politique de scolarisation primaire universelle et améliorer les acquisitions des apprentissages pour un développement ultérieur autonome des enfants, les pays doivent donc renforcer les compétences des enseignants novices et en exercice.

La scolarisation primaire universelle

Des progrès pour la scolarisation primaire Dans les premières années qui ont suivi le Forum de Dakar, les efforts des États en faveur de l’Éducation pour tous ont permis des résultats spectaculaires en Afrique subsaharienne. C’est l’accès à l’éducation primaire qui a le plus progressé, dans la mesure où il a constitué la priorité absolue des gouvernements. Les effectifs scolarisés dans le primaire sont ainsi passés en Afrique subsaharienne de 82 millions en 1999 à 136,4 millions en 2011. Au Niger par exemple, le nombre d’enfants entrant à l’école a augmenté de plus de trois fois et demie entre 1999 et 2011. En Éthiopie, sur la même période, plus de 8,5 millions d’enfants en plus ont été admis dans les écoles primaires. Le taux net de scolarisation dans l’enseignement primaire a ainsi progressé de 19 points en 12 ans, passant de 58 % en 1999 à 77 % en 2011. Malgré des efforts considérables, les dernières données de l’Institut statistique de l’UNESCO estiment que pour 2012, 57,8 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, dont 29,6 millions dans la seule Afrique subsaharienne, un chiffre en stagnation depuis plusieurs années. Un certain nombre de défis restent par ailleurs à relever pour que les enfants demeurent scolarisés.

Accès et rétention L’éducation primaire pour tous ne signifie pas seulement l’accès universel à l’école. Elle suppose aussi que le cycle primaire soit achevé par tous. En 2012, le Taux d’achèvement de l’école primaire (TAP), qui mesure la proportion des enfants atteignant la dernière année du primaire, se situe à 70 %, ce qui signifie que plus de trois enfants sur dix entrant au primaire n’atteignent pas la dernière année du cycle primaire. Même si les avancées ont été également très importantes, l’accès et la poursuite des études dans le cycle secondaire sont encore problématiques. La mobilisation financière et les réformes structurelles ont permis de faire face pour partie aux besoins du secondaire, avec un taux brut de scolarisation dans le premier cycle du secondaire passé à 49 % en 2011, contre 29 % en 1999. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont notamment inclus le premier cycle du secondaire dans l’éducation de base. Au Rwanda, par exemple, le premier cycle de l’enseignement secondaire a été rattaché à l’enseignement primaire en 2009, ce qui a permis une hausse significative du nombre d’élèves inscrits à ce niveau d’étude. L’un des pays qui a le plus profité de cette croissance est le Mozambique, qui a vu quintupler son taux brut de scolarisation dans le secondaire selon le rapport de suivi de l’EPT (2011).

Des disparités persistantes En dépit de ces progrès, l’importance des efforts s’étant longtemps concentré sur le cycle primaire, les retards à combler au niveau secondaire sont particulièrement criants. Ainsi, en 2008, sur une population de 100 enfants d’Afrique subsaharienne, quatre n’intègrent jamais le primaire, 29 abandonnent au cours du collège, 15 ne passent pas le cap du collège au lycée, et six abandonnent le lycée. Finalement, 19 enfants seulement poursuivent jusqu’à la dernière année du lycée. Ces moyennes cachent en outre de fortes disparités (urbain- rural, garçon-fille).

Selon le rapport EPT 2013 en effet, ce sont 70 % des garçons les plus riches des zones urbaines qui achèvent le premier cycle du secondaire en Afrique subsaharienne en 2010, contre seulement 9 % des filles issues de familles pauvres des zones rurales.

Une étude conjointe de la Banque mondiale et de l’AFD menée par Alain Mingat, Blandine Ledoux et Ramahatra Rakotomalala a cherché à anticiper la pression qui pèse sur l’enseignement post-primaire. L’étude explique ainsi : « Dans l’année de référence (2005), notre échantillon de 33 pays d’Afrique subsaha- rienne comptait 14,9 millions d’élèves inscrits dans le premier cycle du secondaire. Si le taux d’achèvement du cycle primaire atteignait 95 % d’ici 2020 avec des taux de transition du primaire au premier cycle du se- condaire maintenus à leur niveau actuel dans chaque pays, le premier cycle du secondaire compterait 37,2 millions d’élèves en 2020, soit une multiplication par 2,5 des effectifs actuels. Si tous les élèves qui achèvent le cycle primaire pouvaient poursuivre leur scolarité, le nombre d’élèves scolarisés dans le premier cycle du secondaire atteindrait 62,9 millions en 2020, soit une multiplication par 4,2 sur la période. »On le voit, les objectifs de l’accès universel à l’éducation secondaire restent difficiles à atteindre. D’un côté, les structures scolaires ne sont pas encore capables d’accueillir l’ensemble des élèves, puisque les modèles existants ne supportent pas la massification de l’enseignement secondaire. En outre, certaines familles ne peuvent pas se permettre d’envoyer leurs enfants au collège, du fait du coût élevé des études. De plus, si ces élèves ne vont pas à l’école, ils peuvent travailler et constituer une aide financière pour leur famille. Enfin, même si l’Afrique subsaharienne connaît une croissance économique très forte depuis quelques années, les créations d’emplois ne sont pas suffisantes pour absorber les étudiants sortis du cycle secondaire. Les défis à relever demeurent nombreux.

Les freins à l'éducation

Les instabilités politiques La majorité des populations non scolarisées se trouvent dans des pays en conflit ou dont la gouvernance est très fragile. Lors du Forum de Dakar, les 181 pays signataires du Cadre d’action de Dakar ont identifié les conflits armés, mais également les instabilités internes au pays, comme « un obstacle majeur à la réalisation de l’Éducation pour tous (EPT) » – l’éducation étant l’un des secteurs qui pâtit le plus des effets des conflits armés et des instabilités politiques. Les pays touchés par un conflit enregistrent un taux brut de scolarisation dans le secondaire près de 30 % plus faible que dans les pays en paix à revenu équivalent. Les conflits ont également un impact sur l’alphabétisation des populations. À l’échelle mondiale, le taux d’alphabétisation des adultes dans les pays touchés par un conflit était de 69 % en 2010 contre 85 % dans les pays en paix. Vingt États d’Afrique subsaharienne ont été ainsi touchés par un conflit depuis 1999. Les pays touchés par un conflit armé, tels que la Somalie et la République démocratique du Congo, sont les plus éloignés de l’atteinte des objectifs de l’Éducation Pour Tous et regroupent la majorité des populations non scolarisées d’Afrique subsaharienne. En République démocratique du Congo, dans le Nord Kivu, région particulièrement touchée par les conflits par exemple, la probabilité que les jeunes âgés de 17 à 22 ans n’aient suivi que deux ans de scolarité est deux fois plus forte qu’à l’échelle nationale.

La marginalisation des populations pauvres En Afrique subsaharienne, vivre en zone rurale reste un obstacle supplémentaire pour accéder à l’éducation : il y est plus difficile de recruter et de retenir des enseignants ; les questions logistiques rendent la construction et la maintenance des écoles difficiles ; les conditions de vie y sont plus précaires et la pression pour faire participer les enfants aux travaux domestiques ou agricoles est très forte.