vignette|300x300px|Fers au musée de l'esclavage de Willemstad (Curaçao). vignette|Jan Pranger, négrier et administrateur colonial néerlandais du , dans son bureau du fort de traite d'Elmina, 1742. La Traite négrière et l'esclavage dans l'Empire colonial néerlandais désigne la participation néerlandaise à la traite négrière occidentale, ainsi que la pratique de l'esclavage dans leurs colonies.
Avec déportés, les Provinces-Unies, puis les Pays-Bas, occupent le cinquième rang des puissances négrières européennes, derrière le Portugal, le Royaume-Uni, l'Espagne et la France.
Selon les recherches de l'historien barbadien , les Néerlandais qui ont dû fuir le Brésil entre 1641 et 1645 ont contribué à créer dans l'île de la Barbade une forte croissance de la production de sucre et ainsi une nouvelle demande pour la traite négrière et l'esclavage, jusque-là surtout répandus dans l'Empire colonial portugais, et qui a dans un premier temps été résolue surtout par le recours à des engagés blancs. Première moitié du Les obstacles éthiques et idéologiques La traite négrière, que le pasteur Martin Luther King va beaucoup plus tard évoquer, dans les années 1960, comme un , sont d'abord des pratiques de l'Empire portugais tandis que dans l'Empire hollandais, cette pratique et celle de l'esclavage sont vigoureusement critiquées au cours de toute la période pré-1640.
Lors du siècle précédent, elles ne s'installent que progressivement. Environ 1700 Africains sont déportés sur la totalité de la première moitié du , dont la moitié sur l'archipel de Sao Tomé-et-Principe. Les critiques de Guillaume le taciturne Guillaume le taciturne, leader historique de la révolte des Pays-Bas espagnols, puis père et premier souverain du nouvel État néerlandais, dans son Apologie", publiée en , accuse le Roi d'Espagne Philippe II, fils de Charles Quint, d'être responsable de la mort d'au moins , parmi lesquels ceux réduits en esclavage.
En 1596, un navire négrier portugais est pris par les hollandais et ramené à Middeburg. Les 130 Africains à bord sont symboliquement libérés mais leur sort ultérieur n'est pas documenté. En 1606, les ventes d'esclaves sont toujours interdites chez les Néerlandais et un autre corsaire ayant pris un navire négrier portugais doit les céder à un navire anglais. L'opposition de Dierick Ruiter et Willem Usselincx Dierick Ruiter, capitaine de navire hollandais, le « pilote de Middelburg », fut l'un des fondateurs de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et l'auteur de plusieurs ouvrages décrivant les grands voyages des marins hollandais. Avec Willem Usselincx, autre cofondateur de la Compagnie en 1621, il fut l'un des farouches opposants à toute implication de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales dans le trafic d'esclaves, en faisant valoir sa bonne connaissance des pratiques dans l'empire portugais, à la suite de ses voyages sur les côtes du Sénégal et d'Angola dès 1612, puis au Brésil en 1617.
Dans son ouvrage paru en 1623, Le flambeau de la marine, Dierick Ruiter dénonce cette pratique: "On gagne de l'argent de façon scandaleuse en vendant et en achetant des êtres humains", dans l'empire portugais. Dans un autre livre publié en 1623, il décrit les côtes de part et d'autre de l'Atlantique au début de 1618, lors d'une la traversée du Brésil au Congo, racontant l'usage de farine de mantiocque, utilisée pour faire le « pain du Brésil » consommé durant la traversée. Cette farine était très appréciée des indigènes car en Angola, il pousse peu de produits qu'on pourrait employer comme (...) pain.
La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales a pour but exclusif à sa création la piraterie contre les Empires espagnols et portugais réunis dans l'Union ibérique, afin de lui faire perdre la guerre de Trente Ans, commencée en 1618. Les possessions portugaises, calculait Amsterdam, seraient le talon d'Achille, et l'Espagne sacrifierait sa propre défense au profit de la protection de ses domaines américains. Ainsi, le , peu après sa création la WIC consacra le meilleur de son attention au Brésil par une expédition de 35 navires dont 13 appartenant aux Provinces-Unies, sous le commandement de l' amiral Jacob Willekens qui ont attaqué et conquis la capitale, ce qui amène l'Espagne à réagir dès l'année suivante par la Reconquête de Bahia via une puissante flotte de 52 navires avec environ sous le commandement de D. Fadrique de Toledo Osório, marquis de Villanueva de Valduesa, et le général portugais Manuel de Meneses, pour expulser les envahisseurs hollandais le .
L'œuvre de Gerbrand Adriaenszoon Bredero Les opposants à l'esclavage, soutenus par l'Église réformée des Pays-Bas et inspirés par les pièces de théâtre et chansons du dramaturge Gerbrand Adriaenszoon Bredero, auront plus de mal à faire respecter leurs principes à partir de la seconde partie du .
Gerbrand Adriaenszoon Bredero(1585-1618), dramaturge et poète spécialiste de la chanson burlesque en langage populaire, originaire d'Amsterdam, artiste majeur du Siècle d'or néerlandais, imprégné de l'esprit de la fin de la Renaissance, fut l'un des opposants les plus connus à l'esclavage, alors interdit en Hollande et pratiqué dans l'empire portugais. Il a fustigé dans l'une de ses pièces Moortje, écrite en 1615, peu avant sa mort cette pratique, également dénoncée par l'Église réformée hollandaise.
Guyane et Caraïbe, premières implantations
Les possessions hollandaises dans les régions de l'ensemble Guyane-Suriname et de la Caraïbe, anciennes, ne comportent à leur début aucune trace d'esclavage, les premières traces de ces pratiques n'apparaissant qu'à la fin des années 1650 à Curaçao et au Suriname.
La colonie d'Essequibo, d'abord appelée Pomeroon est détruite par les Amérindiens et les Espagnols en 1596. Menés par Joost van der Hooge, membre de la confrérie Bentvueghels, les commerçants zélandais s'installent en 1613, sur Fort Hoog, une île nommée Kyk-over-al dans l'estuaire, à de l'océan, qui devient en 1621 l'un des sièges de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales puis en 1638 de sa section zélandaise: on y cultive du cacao, de l'indigo et du coton avec des colons blancs de Middelburg, Veere et Flessingue implantés à partir de 1624. y épouse la fille d'un chef caraïbe.
En 1626, une colonie de venues de La Rochelle cultive la Saramacca avant de fuir en 1629. puis revenir dix ans plus tard à 400, pour trois ans et d'être exterminés par les Amérindiens. En 1643, 300 Anglais s'installent et connaissent le même sort. vignette|Navires négriers néerlandais et anglais devant la colonie néerlandaise de Saint-Eustache, 1763. Dans les Antilles néerlandaises, à partir de 1627, les Néerlandais effectuent diverses reconnaissances à la recherche de salines naturelles, avant d'installer en une petite garnison de trente hommes et quatre canons sur une presqu'île de Saint-Martin, qui est harcelée par les Espagnols puis mise sous contrôle de l'île de Saint-Eustache colonisée en 1636, par la chambre de Zélande de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. D'autres petites îles sont annexées militairement à la même époque mais pas réellement colonisées.
En 1634, une escadre de six vaisseaux sous le commandement de Joannes van Walbeeck et Pierre le Grand, installe un gouverneur et 38 colons européens sur l'île de Curaçao, où vivent quelque 400 Amérindiens. Dans les années suivantes, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales oblige ses corsaires à rapporter à Curaçao tout butin acquis aux dépens des Espagnols. Le gouverneur néerlandais Matthias Beck signale une demande des Espagnols en Espagne, mais l'île n'accueille aucun esclave avant 1658.
Brésil et Angola
Débuts de la guerre de Trente Ans en 1618 La guerre de Trente Ans a démarré en 1618, incitant l'État néerlandais à tenter de bloquer la production de sucre et de métaux précieux qui . C'est l'objectif en 1621 de la création de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), dont la fondation va de fait compromettre la position commerciale avantageuse de certains marchands des Pays-Bas qui recyclaient le sucre espagnol et portugais vers le reste de l'Europe.
Il s'agit pour cette la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales de harceler la filière du sucre portugaise, de l'Angola au Brésil, par la piraterie en Mer comme par l'attaque des ports. L'attaque de l'Angola portugais D'Angola, plusieurs milliers d'esclaves étaient exportés chaque année vers les mines et plantations de l'Amérique, dont un tiers vers le Brésil, rapportant en impôts à l'Espagne. Le Brésil est d'abord une étape vers Buenos-Aires, d'où les esclaves remontent le fleuve en bateau puis finissent le voyage en charriots de bois vers la mine d'argent géante du Potosí, dans l'actuelle Bolivie. Le journal "Mercure françois" de Théophraste Renaudot, qui avait Richelieu et Louis XIII comme principaux protecteurs, décrit ainsi la Baie de Salvador de Bahia lors du conflit de 1624 entre Hollandais et Portugais pour sa possession, comme . Au passage, le Brésil capte une part croissance des esclaves pour devenir la première colonie sucrière du monde.
Une part importante du sucre brésilien produit par les Portugais au cours des deux premières décennies du avait été négociée sur la bourse d’Amsterdam, d'où les réticences des marchands d'Amsterdam quand les Hollandais ont commencé à harceler les possessions portugaises au début des années 1620.
Mais en 1624, le roi d'Angola Amband mourut de causes mystérieuses et propose peu avant que la princesse Njinga lui succède. La nouvelle de son accession au trône d'Angola et de son opposition aux déportations d'esclaves déclenche des fuites d'esclaves de Luanda pour aller se réfugier sur les îles de Quindonga, sur le fleuve Kwanza. Sa rivale à la cour de Dongo, Hari qui était opposée à un leadership féminin, jura allégeance aux Portugais. En 1624 aussi, les Néerlandais tentent de s'emparer de Luanda deux fois, après la prise de Salvador de Bahia, au Brésil, via deux expéditions, menée par Philip van Zuylen puis Piet Heyn.
En , l'ambassadeur Tristao de Mendonça Furtado signe une trêve de avec le gouvernement néerlandais, mais le , une flotte de huit navires permet aux Hollandais avec l'aide du Royaume du Congo et de la princesse angolaise Njinga. L'expédition n'attaque pas Massangano, où la garnison et la population portugaises s'étaient réfugiées), mais conquiert Benguela, São Tomé, et Axim, sous la direction du corsaire Cornelis Jol qui y a succombé et le plus grand fort portugais, Luanda, capitale de la colonie, après ceux d’Arguin (1633) et d’Elmina (1637).
Les Pays-Bas ont alors préféré créer un district sud de la côte africaine avec pour capitale Luanda, englobant l'Angola et São Tomé. L'alliance entre Njinga et les Hollandais marque des points au cours de la guerre luso-hollandaise entre 1641 et 1643, lors des batailles du Dembos et de la rivière Bengo. Cette alliance oblige les Portugais à fuir et se réfugier dans l'intérieur des terres dans leur fort de Massangano. Les Africains profitent de leur affaiblissement face aux Hollandais pour les attaquer et les assiéger.
L'une des réalisations les plus notables de la princesse Ginga fut d'ouvrir le royaume aux esclaves qui s'étaient échappés des colons portugais. Par la suite, les Portugais décident d'expéditions de rétorsion contre eux, profitant de la nouvelle d'un traité de Paix signé en Europe entre Portugal et Pays-Bas, ennemis de la guerre de Trente Ans. Mais le traité local est contourné par les Hollandais, qui en profitent pour tuer une quarantaine de Portugais, emprisonner 120 autres dont les principaux dirigeants, et les poursuivre jusqu'au fort de Massangano.