Marie d'Édimbourg, née le à Eastwell et morte le à Sinaia, est un membre de la Maison de Saxe-Cobourg-Gotha, princesse du Royaume-Uni et duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha, devenue par mariage reine de Roumanie à partir de 1914. Elle pousse la Roumanie à rejoindre les Alliés de la Première Guerre mondiale en 1916 et s'investit durant le conflit pour soutenir les combattants.
Biographie Jeunesse (1875-1893) Famille Marie naît à Eastwell Park dans le Kent le . Son père, le prince Alfred, duc d'Édimbourg, est le deuxième fils de la reine Victoria du Royaume-Uni et du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. En 1893, il monte sur le trône du duché de Saxe-Cobourg et Gotha dans l'Empire allemand, à la mort de son oncle le duc Ernest II. Sa mère, la grande-duchesse Maria Alexandrovna de Russie, est la fille du tsar Alexandre II de Russie et de Marie de Hesse-Darmstadt. Marie est la deuxième enfant d'une fratrie de cinq : elle a un frère aîné, Alfred, né en 1874, surnommé "Young Affie", et trois sœurs cadettes, Victoria-Mélita, née en 1876, surnommée "Ducky", Alexandra, née en 1878, surnommée "Sandra" et Béatrice, née en 1884, surnommée "Baby Bee".
Marie est baptisée le dans la chapelle privée du château de Windsor. Ses parrains sont ses oncles le tsarévitch Alexandre de Russie et le prince Arthur, duc de Connaught et Strathearn. Ses marraines sont la tsarine Marie de Hesse-Darmstadt, la princesse de Galles Alexandra de Danemark et la duchesse de Saxe-Cobourg-Gotha Alexandrine de Bade. Elle reçoit les prénoms Marie Alexandra Victoria, mais est surnommée "Missy".
Éducation thumb|left|Marie en 1882 dans un portrait commandé par la reine Victoria à John Everett Millais et exposé à la Royal Academy.
Marie et ses frères et sœurs passent leur petite enfance à Eastwell Park, que leur mère préfère à leur résidence officielle de Clarence House. Dans ses mémoires, Marie se rappelle d'Eastwell Park avec tendresse. . Le duc d’Édimbourg est largement absent de la vie de ses enfants à cause de sa position dans la Royal Navy, et leur vie est gouvernée par leur mère. Marie raconte plus tard qu'elle ne connaissait même pas la couleur des cheveux de son père jusqu'à ce qu'elle regarde ses portraits, et les découvre plus clairs que ce qu'elle pensait. . Quand il est chez lui, le duc s'amuse avec ses enfants et invente de nombreux jeux avec eux. . La duchesse préconise quant à elle la séparation des générations et Marie regrette profondément qu'elle et sa mère n'aient jamais eu de conversation « d'égale à égale ». . Malgré tout, la duchesse, indépendante d'esprit et cultivée, est "la personne la plus importante" de la vie de ses enfants. Marie est particulièrement proche de sa sœur Victoria-Mélita, qui est d'un an sa cadette, mais que tout le monde prend pour l'aînée à cause de sa haute taille, au grand déplaisir des princesses. . La fratrie est baptisée et élevée dans la foi anglicane, ce qui agace leur mère russe orthodoxe.
Sur ordre de leur mère, Marie et ses sœurs apprennent le français, qu'elles détestent et parlent rarement. . La duchesse néglige cependant l'éducation de ses filles qu'elle trouve peu brillantes. On leur permet de lire à voix haute, mais dans les domaines de la peinture et du dessin, où elles ont hérité du talent de la reine Victoria, les filles ne reçoivent qu'une « instruction superficielle ».
Le duc et la duchesse reçoivent fréquemment des membres de la famille royale à Eastwell Park, les invitant au petit-déjeuner presque tous les jours. . En 1885, Marie et Victoria-Mélita sont demoiselles d'honneur au mariage de leur tante Béatrice du Royaume-Uni avec le prince Henri de Battenberg. Marie passe beaucoup de temps à jouer avec ses cousins maternels Nicolas, Georges et Xenia Alexandrovna de Russie, et les enfants du grand-duc Vladimir Alexandrovitch de Russie. .
thumb|upright|La princesse Marie en 1888.
En 1886, le duc est nommé commandant-en-chef de la Mediterranean Fleet et la famille s'installe au palais Saint-Antoine à Malte. Marie se rappellera de son séjour à Malte comme « le souvenir le plus heureux de mon existence ». . Durant leur première année à Malte, c'est une gouvernante française qui supervise l'éducation des princesses, mais à cause de sa santé fragile, elle est remplacée par une jeune femme allemande. . Marie et Victoria-Mélita reçoivent de leur mère des chevaux blancs et se rendent à l'hippodrome de Malte presque tous les jours sauf le samedi. . C'est à Malte que Marie rencontre son premier amour, Maurice Bourke, capitaine de vaisseau, qu'elle appelle "Captain Dear". Marie est très jalouse quand Maurice Bourke prête plus attention à une de ses sœurs qu'à elle. . Le duc et la duchesse sont très appréciés par la population et le palais accueille souvent des invités. , dont le prince George, second fils du prince de Galles, qui sert alors dans la Royal Navy. George surnomme les trois premières filles du couple "les trois chéries", mais c'est Marie qu'il apprécie le plus. .
À la suite de la renonciation du prince de Galles, le duc d’Édimbourg devient l'héritier présomptif de son oncle sans enfant Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha, décrit par Marie comme "ayant ses bizarreries". Par conséquent, la famille déménage à Cobourg en 1889, où la vie de cour est moins stricte que dans les autres duchés allemands. , et choisit le château de Rosenau comme résidence d'été. . Marie décrira plus tard ce moment comme « la fin d'une vie qui n'était alors que bonheur absolu et joie sans nuages, une vie sans déceptions ou désillusions et sans aucune fausse note ». . La duchesse, qui est pro-allemande, engage une gouvernante allemande pour ses filles, leur fait porter des vêtements simples et les fait confirmer dans la foi luthérienne. À Cobourg, l'éducation des princesses est approfondie et l'accent est mis sur la peinture et la musique, enseignées respectivement par Anna Messing et Mme Helferich. . Les jeudis et dimanches, Marie et ses sœurs aiment aller au théâtre de Cobourg. . Une autre activité que les filles apprécient est d'assister aux fêtes hivernales organisées par leur mère, où elles patinent ou pratiquent le hockey sur glace. . Marie et Victoria-Mélita observent souvent les amis de leur frère et discutent de ceux qu'elles préfèrent, un aspect que Marie considère comme inévitable dans la vie des jeunes filles qui ont des frères. .
Princesse héritière de Roumanie (1893-1914)
Mariage thumb|left|Ferdinand et Marie après leur mariage. Marie, devenue une belle jeune femme, est considérée comme un parti intéressant. Son cousin germain, le prince George, futur George V, tombe amoureux d'elle et la demande en mariage . . La reine Victoria et leurs pères approuvent ce mariage, mais leurs mères, qui ne s'apprécient guère, refusent. La princesse de Galles, née princesse de Danemark et profondément prussophobe, déteste en effet le positionnement pro-allemand de la famille. Quant à sa mère, elle préfère voir ses filles se marier hors de la pléthorique famille royale britannique selon le principe « mieux vaut être un grand poisson dans un petit lac, qu'un petit poisson dans la vaste mer »Andreea Lupșor, Regina Maria între critică și laude în istoriografia comunistă - , in „Historia”, 7 septembre 2013. Elle est également contre un mariage entre deux cousins, proscrit par l’Église orthodoxe. Ainsi, quand George lui fait sa demande, Marie lui répond que c'est impossible et qu'il doit rester son "ami bien-aimé". La reine Victoria commentera plus tard que « Georgie a perdu Missy en attendant trop longtemps ». .
Pendant ce temps, le roi Carol Ier de Roumanie est à la recherche d'une épouse pour son neveu, le prince héritier Ferdinand - après un amour impossible avec Hélène Vacaresco -, dans le but d'assurer, par un mariage conforme à la constitution Roumaine avec une femme de son rang, et sa succession et la postérité de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen. Possiblement motivée par l'idée d'apaiser les tensions entre la Russie et la Roumanie à propos du contrôle de la Bessarabie, la duchesse d’Édimbourg suggère une rencontre entre sa fille et le prince. Marie et Ferdinand se rencontrent pour la première fois lors d'un gala où ils discutent en allemand. Elle le trouve timide mais aimable, et leur deuxième entrevue se passe tout aussi bien. . Fin 1892, le roi Carol visite Londres pour rencontrer le duc d’Édimbourg et la reine Victoria, qui donnent tous deux leur accord au mariage, et la souveraine l'élève au rang de chevalier de l'ordre de la Jarretière. . Une fois le couple officiellement fiancé, la reine Victoria écrit à une autre de ses petites-filles, la princesse Victoria de Hesse-Darmstadt, que « Ferdinand est gentil et ses parents sont charmants, mais le pays n'est pas sûr et la société de Bucarest est affreusement immorale. Bien sûr le mariage sera différé de quelque temps, comme Missy n'aura pas 17 ans avant fin octobre ! ». . Victoria, impératrice douairière d'Allemagne et tante de Marie, écrit à sa fille Sophie, princesse héritière de Grèce, que « Missy est enchantée, mais la pauvre enfant est si jeune, comment peut-elle savoir ce qui l'attend ? ». .
Le , Marie et Ferdinand se marient au château de Sigmaringen en trois cérémonies : une civile, une catholique, la religion de Ferdinand, et une anglicane. La cérémonie civile est conduite dans le hall du château par Karl von Wendel, et l'empereur Guillaume II d'Allemagne est le premier des témoins à signer l'acte de mariage. À 16 heures, la cérémonie catholique se tient dans l'église de Sigmaringen, et Marie est conduite à l'autel par son père. La cérémonie anglicane est plus simple et a lieu dans l'un des salons du châteauSupplement to The Graphic, 21 January 1893.. Marie et Ferdinand passent quelques jours au château de Krauchenwies. Ils se dirigent ensuite vers la Roumanie en s'arrêtant quelques jours à Vienne, où ils rendent visite à l'empereur François-Joseph. À cause des tensions grandissantes entre l'Autriche et la Roumanie, leur visite est brève et le couple arrive à Predeal après avoir traversé la Transylvanie en train. . Marie est accueillie chaleureusement par le peuple roumain, qui souhaite une monarchie plus incarnée et accessible.
Vie familiale thumb|Première photographie de Marie après son arrivée en Roumanie.
Les premières années du mariage de Marie et Ferdinand ne sont pas particulièrement faciles, et Marie dira plus tard à son mari : « quel gâchis d'avoir perdu tant d'années de notre jeunesse juste pour apprendre à vivre ensemble ! » . Progressivement, le couple développe une amitié cordiale : Marie accorde à Ferdinand le respect qu'elle pense lui devoir en tant qu'homme puis roi, et il la respecte quand il réalise qu'elle a une meilleure compréhension du monde que lui. . Éventuellement, Marie considère qu'elle et Ferdinand sont « les meilleurs associés et les plus loyaux des compagnons, mais nos vies ne s'entremêlent que sur certains points ». Sa correspondance avec sa confidente secrète de toujours, la danseuse américaine Loïe Fuller, révèle néanmoins « le dégoût, qui grandit en répulsion » que Marie éprouve envers son mariAlexander Easterman, le roi Charles, Hitler, et Lupescu, Victor Gollancz Ltd, Londres, 1942.