Frances Alice Kellor, née le à Columbus dans l'État de l'Ohio et morte le à New York, est une juriste, sociologue, criminologue et réformatrice sociale américaine, connue notamment pour ses études sur la politique envers les immigrants, les liens entre la criminalité et le milieu social, la situation des femmes américaines des milieux pauvres, les conditions sociales des Afro-Américains.

Pour mettre en œuvre ses observations, en 1906, elle cofonde la (Ligue nationale pour la protection des femmes de couleur) puis en 1911, elle fait partie des fondateurs de la National Urban League.

Ses compétences et sa réputation lui permettent d'obtenir de multiples nominations à des postes officiels.

En 1908, elle est nommée à la tête de la (Commission de l'État de New York sur l'immigration) ; en 1910 elle est nommée directrice du (Agence des industries et de l'immigration) de l'État de New York ; en 1915, elle fonde la (Division pour l'éducation des immigrants) au sein du Bureau of Education (agence fédérale de l'éducation) ; en 1917, elle est nommée conseillère spéciale de la (Commission de l'économie de guerre et le travail des immigrants pour le gouvernement fédéral) ; en 1918, elle est élue présidente de l (Association américaine des langues étrangères) ; en 1926, elle est élue vice-présidente de l' (Association américaine d'arbitrage).

Biographie

Jeunesse et formation Alice Kellor est la cadette des deux filles de Daniel Kellor et de Mary Sprau Kellor. En 1875, la famille se sépare, Mary Sprau Kellor emménage avec ses deux filles à Coldwater dans l'État du Michigan. Mary Sprau Kellor, est une mère isolée, elle travaille comme femme de ménage et lavandière pour subvenir aux besoins de ses filles. Alice Kellor, tient les mêmes emplois de sa mère pour financer ses études. Alice Kellor n’oubliera jamais cette période de pauvreté qui marquera ultérieurement ses orientations de chercheuse et de femme impliquée dans la vie politique. Après ses études secondaires, pendant deux ans Alice Kellor est journaliste pour le Coldwater Republican. En 1891, elle adhère à la First Presbyterian Church dirigée par le pasteur Henry P. Collin qui lui fait découvrir les problèmes sociaux. En 1894, elle quitte le foyer familial pour vivre chez deux sœurs bibliothécaires, Frances et Mary Eddy ; les sœurs Eddy l'encouragent à suivre des études universitaires. C'est ainsi qu'en 1895, elle est admise à la , la faculté de droit de l'université Cornell, qui vient d'ouvrir ses portes aux femmes ; elle y obtient le Legum Doctor (LL.D) en 1897. C'est pendant ses études à la faculté de droit de l'université Cornell qu'elle ajoute le prénom de Frances et se fait appeler Frances Alice Kellor ou Frances Kellor. Plus intéressée par les problèmes sociaux que par le droit, elle poursuit ses études universitaires à l'université de Chicago . Gertrude Dudley, qui est à tête du département d'éducation physique de l'université, l'aide à financer ses études en l'embauchant comme professeur de gymnastique. Frances Alice Kellor devient chercheuse dans cette nouvelle discipline qu'est la sociologie qui se distingue de la philosophie sociale, elle étudie plus particulièrement les causes environnementales de la criminalité.

Carrière

Les premières enquêtes sociologiques Ses premières recherches, parues dans la revue American Journal of Sociology, portent sur des comparaisons entre des femmes incarcérées et des femmes étudiantes, d'où il ressort que leurs similitudes physiques rendent les explications de la criminalité par des facteurs biologiques comme étant invraisemblables, infirmant en cela les thèses du criminologue Cesare Lombroso.

En 1900, avec le soutien du , Frances Alice Kellor voyage dans les États du Sud pour étudier les conditions de vie sociale et professionnelles des Afro-Américains et à son retour, elle publie plusieurs articles dans lesquels elle préconise une amélioration des programmes d'éducation des écoles publiques ségréguées et la création de centre de formation professionnelle.

Lors de ce voyage, elle a visité des prisons pour enquêter sur les conditions carcérales des Afro-Américains. En 1901, elle publie son enquête sous le titre de Experimental Sociology : Descriptive and Analytical Delinquents. Ses observations confirment que la criminalité est corrélée aux spécificités de l'environnement social, économique et culturel comme une enfance maltraitée, un bas niveau d'instruction, le chômage récurrent, la pauvreté et non à l'hérédité . Elle en appelle à des réformes à l'échelle nationale pour établir une politique de réhabilitation des criminels au sein du système pénitentiaire américain comme : garantir aux détenus des possibilités d'exercice physiques, de suivre des cours scolaires, de pratiquer les rites religieux, de mettre fin aux châtiments corporels et d'étudier scientifiquement la prévention de la récidive.

En 1902, Frances Alice Kellor s'inscrit à la (connue depuis 1940 sous le nom de la et obtient une bourse attribuée par l' pour mener une enquête sur les emplois administratifs des femmes dans les villes de Chicago et de New York. Pendant ses investigations, elle loge alternativement soit à l', soit à la Hull House de Chicago. Elle et ses assistantes ont interviewé, audité un peu plus de agences d'emploi privées, observé sur place le fonctionnement de ces institutions douteuses, notamment en se faisant passer pour des employeurs ou pour des personnes en recherche d'emploi. Le compte rendu de ces recherches est publié en 1904, sous le titre de , où elle déclare que le chômage est un problème national et préconise une action du pouvoir fédéral pour résoudre les problèmes économiques qui produisent du chômage et que les agences d'emploi privées soient soumises à un contrôle de l'État fédéral. Elle fait appel au gouvernement fédéral, car elle a la ferme conviction, comme d'autres réformateurs de l'Ère progressiste, que le gouvernement est le mieux placé pour conduire des réformes sociales.

La collaboration avec l'État de New York De retour à New York, Frances Alice Kellor est nommée directrice de la nouvelle (Commission inter-municipale d'enquête sur les ménages) de New York, où elle fait la rencontre de Mary Dreier qui y dirige la section législative et prépare les projets de lois. L'amitié entre elle et Mary Drier est croissante et à partir de 1905, Frances Alice Kellor vit chez Mary Drier et sa sœur Margaret Dreier Robins. Leur amitié se transforme en amour et Frances Alice Kellor et Mary Drier emménagent dans un appartement, leur union durera jusqu'au décès de Frances Alice Kellor.

En 1906, avec Mary Dreier et Mary White Ovington, elle fonde la (Ligue nationale pour la protection des femmes de couleur), dont la mission est d’accueillir les migrantes agricoles afro-américaines qui arrivent sur New York pour les accompagner dans leurs recherches d'emploi et de logement.

En 1908, le gouverneur de l'État de New York, Charles Evans Hughes, nomme Frances Alice Kellor secrétaire générale de la (Commission de l'État de New York sur l'immigration) qu'il vient de créer ; sa mission est réaliser des enquêtes sur les conditions de vie des nouveaux migrants débarqués sur Ellis Island. Il s'avère qu'ils sont exploités et sont dans l'ignorance de leurs droits ; le rapport final des enquêtes préconise la création d'un (Agence des industries et de l'immigration) qui voit le jour en 1910. Frances Alice Kellor est nommée directrice de la nouvelle agence, dont la mission consiste, entre autres, à établir pour les nouveaux migrants des cours de langue anglaise, de leur donner des informations sur la vie aux États-Unis, sur les conditions de travail et la prévention des accidents de travail. À l'instar de Jane Addams, elle a la ferme conviction que si l'intervention d'instances officielles est nécessaire, elle est insuffisante, il faut également mobiliser des personnalités privées et des organisations philanthropiques. Grâce au réseau de Mary Dreier, elle obtient le soutien des présidents de la Chesapeake and Ohio Railway Company et de la National City Bank. Ces derniers vont financer divers projets d'accueil et d'accompagnement des nouveaux migrants : activités sportives et musicales, journées dansantes, initiation aux soins de santé élémentaires, cours d'anglais et formation d’interprètes auprès des diverses communautés.

Pour une politique d'assimilation des migrants Frances Alice Kellor en tant que directrice du se bat pour établir une politique d'assimilation des migrants, et pour elle, l'école, l'instruction sont les premiers vecteurs de l'assimilation. C'est pourquoi elle mène des campagnes pour la construction d'écoles et de centres de formation professionnelle dans les quartiers où viennent s’installer les migrants. Son travail est entravé par divers groupes relevant d’idéologies racistes et nativistes dont l', l' et le Ku Klux Klan, organisations qui s'opposent à la venue de migrants venant de l'Europe centrale, de l'Europe orientale ou de l'Europe méridionale. La plupart de ces nouveaux migrants issus de ces régions sont illettrés et n'ont aucune expérience de la démocratie. Frances Alice Kellor affirme qu'une politique d'américanisation ne fera pas d'un migrant polonais, un américain polonais, mais simplement un américain.

L'engagement politique dans les élections présidentielles de 1912 et 1916 Son implication dans les réformes sociales la conduit à s’inscrire au Parti progressiste. Frances Alice Kellor, s'engage dans la campagne présidentielle de Theodor Roosevelt pour l'élection présidentielle américaine de 1912. Theodor Roosevelt est devenu un admirateur, puis un ami de Frances Alice Kellor depuis qu'il a lu son livre ; sur ses recommandations, elle est nommée directrice de campagne. Selon : . Dans son autobiographie, Theodor Roosevelt déclare que jusqu’à sa collaboration avec Jane Addams et Frances Alice Kellor, il n'avait porté qu'une vague attention pour le droit de vote des femmes, mais que grâce à elles, il a inscrit le droit de vote des femmes dans son programme.

Après la défaite de Theodor Roosevelt face à Woodrow Wilson, Frances Alice Kellor continue son activité au sein du Parti progressiste, particulièrement lors des . En 1913, Jane Addams et elle proposent la création d'un (Office national des services) au sein du parti. Theodor Roosevelt donne son accord et la nomme à tête de ce nouvel office. Pour prendre ses nouvelles fonctions, elle donne sa démission du . Avec l'aide de John Dewey, de Jacob Riis et d'élus du parti au Congrès des États-Unis, elle rédige plusieurs propositions de loi comme la fixation d'un salaire minimum, la création d'une assurance sociale (santé, retraite et chômage) et des distributions de déjeuners pour les enfants dans les écoles. Pour soutenir la candidature de Charles Evans Hugues à l'élection présidentielle américaine de 1916, elle rejoint le Parti républicain.

Les nouveaux engagements À la suite de la Grande guerre des nations, Frances Alice Kellor revient sur la politique d'assimilation des migrants, en fondant en 1918 lInteracial Council (Conseil inter-racial) de New York pour continuer le processus d'américanisation. Elle fonde et dirige le journal de (Association américaine des langues étrangères), qui devient l'organe de l'Interacial Council, il contrôle la publicité dans la presse lue par les migrants et met en garde contre la propagande communiste.