Ioánnis Metaxás (en grec : ), né le à Ithaque et mort le à Athènes, est un militaire et homme politique grec. Il est Premier ministre du royaume de Grèce de 1936 à sa mort, durant la période de dictature appelée régime du 4-Août.

Biographie Famille et formation vignette|gauche|redresse=0.6|Ioánnis Metaxás et ses parents, vers 1875. Il appartient à une des branches d'une grande famille de Céphalonie, les Metaxás. Il nait à Ithaque où son père est préfet. En 1885, il entre à 14 ans à lÉcole des Évelpides dans la région d'Athènes, la principale académie militaire grecque, dans le corps du génie, et en sort en 1890 avec le grade de sous-lieutenant. En 1897, il rejoint le Ministère de la Guerre, aux côtés d'un de ses parents, Nicolas Metaxás, alors ministre.

Il se distingua lors de la guerre de 1897 contre l'Empire ottoman. Il suit ensuite les cours de l'Académie militaire prussienne de Berlin. De retour en Grèce, il entre à l'état-major où il s'emploie à moderniser l'armée de son pays. Il la trouve très indisciplinée comparée à l'armée allemande qu'il admire. lors des guerres balkaniques. Il devient général et chef d'état-major.

Franc-maçon, il est membre de la loge EsiodeIoannis Metaxas Biographie sur le site officiel de la Grande Loge de Grèce..

Schisme national et exil

Monarchiste fervent, il soutient le roi Constantin lorsque celui-ci cherche à maintenir la neutralité grecque lors de la Première Guerre mondiale. Il démissionne de l'état-major en signe de protestation contre les projets d'intervention du Premier Ministre Elefthérios Venizélos dans les Dardanelles aux côtés de l'Entente. La victoire définitive d'Eleftherios Venizelos dans le conflit - désigné sous le nom de Schisme national - qui l'oppose au souverain en oblige Constantin à fuir le pays. Metaxás l'accompagne en exil.

Retour en Grèce Il ne revient en Grèce qu'en 1920 et démissionne alors de l'armée. Il critique le déroulement des opérations en Asie Mineure. Il entre en politique à l'abolition de la monarchie. Il fonde en 1923 un petit mouvement d'extrême-droite : le Parti de la Libre Opinion. Régime du 4 août

L’agitation sociale qui caractérisait la Grèce des années 1930, marquée par des grèves, des conflits ouvriers et une forte instabilité politique, a servi de prétexte à Ioánnis Metaxás pour instaurer un régime d’exception. À la suite d'un plébiscite contesté, Georges II, fils de Constantin, revient sur le trône en 1935. Les élections à la proportionnelle de aboutissent à une impasse parlementaire entre Panagis Tsaldaris et Themistoklis Sophoulis. Le Parti communiste (KKE), quant à lui, ne cesse de gagner du terrain politiquement. En , face à la montée des tensions sociales et à un climat de désordre perçu par les élites politiques, il obtient du roi Georges II la proclamation de l’état d’urgence, puis fait suspendre le Parlement pour une période indéfinie et abroger plusieurs articles constitutionnels. En mars, le roi nomme Metaxás ministre de la guerre d'un gouvernement de transition, puis Premier Ministre le à la mort du premier ministre Demertzís. Le , avec l’autorisation royale, il devient de fait dictateur de la Grèce en inaugurant ce qui sera qualifié par la suite de « régime du » : il abolit le jeu démocratique parlementaire et mis en place un pouvoir autoritaire centré sur l’armée et l’État.

Le régime interdit les partis politiques, proscrit les grèves, dissout les syndicats indépendants et instaure une censure étendue des médias. L’appareil répressif s’emploie à neutraliser l’opposition : des responsables communistes sont arrêtés et le Parti communiste grec (KKE) est pratiquement dissous officiellement par les autorités de sécurité, tandis que des personnalités politiques opposées au pouvoir sont emprisonnées, exilées ou internées. L’objectif affiché de Metaxás est d’imposer l’unité nationale, de briser les polarités politiques et de prévenir toute contestation organisée, ce qui est renforcé par la promotion d’une idéologie officielle vaguement définie, dite « metaxisme », fondée sur la notion de « Troisième civilisation hellénique », combinant références à l’antiquité classique et au christianisme byzantin.

Sur le plan social et économique, il met en œuvre des réformes qui améliorent certaines conditions de vie : la création de l’Institut de Sécurité sociale (IKA) en 1936-1937 marque la mise en place d’un système de protection sociale moderne, et des réformes du travail instituent une semaine de travail de 40 heures, la journée de huit heures, un salaire minimum, des congés payés, une assurance chômage et d’autres protections, tout en renforçant la sécurité sur les lieux de travail. Ces mesures, inspirées en partie des modèles corporatistes contemporains, visent à apaiser les tensions sociales et à réguler le conflit entre employeurs et salariés dans un cadre étroitement contrôlé par l’État.

Ces initiatives sociales s’accompagnent d’une répression systématique de toute expression politique indépendante : les grèves et les mobilisations ouvrières sont criminalisées, la vie politique pluraliste est supprimée et l’expression culturelle et éducative est réorientée dans le sens du nationalisme d’État. Du point de vue de nombreux historiens, Metaxás manque d’un soutien populaire de masse organisé, même si des segments de la population peuvent accueillir favorablement certaines réformes matérielles ; cela s’explique aussi par l’absence de liberté politique qui rend toute opposition structurée difficile.

Politique étrangère active Une fois son régime consolidé après l’instauration de la dictature du , Ioánnis Metaxás s’efforce de renforcer la position internationale de la Grèce face à la montée des tensions en Europe et à l’expansionnisme italien malgré son affinité avec l’Italie fasciste, pris pour allié naturelle, Metaxás est plus proche des démocraties occidentales sur le plan diplomatique. Il adopta la doctrine de l'amitié traditionnelle avec la Grande-Bretagne, en réaction naturelle à l'expansionnisme italien mais aussi bulgare. Depuis les années 1930, la faction anti-vénizélienne à laquelle il appartenait s'était alignée sur la politique des États d'Europe occidentale dans les Balkans, notamment celle de la Grande-Bretagne, la jugeant conforme aux intérêts grecs. Dans ce cadre, la Grèce continue à participer l’Entente Balkanique sur la base du Pacte Balkanique, un pacte de défense collective signé le 9  février  1934 entre la Grèce, la Turquie, la Roumanie et la Yougoslavie, visant à garantir l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États balkaniques après le premier conflit mondial convenu par le Traité de Neuilly (1919) et du Traité de Lausanne (1923) et à contrer les pressions révisionnistes régionales.

La politique extérieure de Metaxás s’inscrit donc dans une logique de coopération régionale pragmatique : il s’agit moins d’une alliance idéologique qu’une réponse stratégique aux défis sécuritaires du moment, notamment la nécessité de dissuader des révisions territoriales ou des agressions extérieures. Dans ce contexte, les relations gréco‑turques, historiquement marquées par des conflits antérieurs, s’apaisent progressivement, s’appuyant sur des bases antérieures telles que le traité d’amitié de 1930, et se renforcent au sein de l’Entente.

Cette dynamique se concrétise par une visite officielle de Metaxás à Ankara du 18 au , où il rencontre Mustafa Kemal Atatürk, le Premier ministre İsmet İnönü et le vice‑Premier ministre Celâl Bayar. Les négociations et contacts lors de cette visite sont considérés comme importants pour le développement des relations turco‑gréco‑balkanique et pour la cohésion de l’Entente balkanique. Metaxás est accueilli avec intérêt et enthousiasme, et la visite illustre l’intérêt commun des deux pays à maintenir la paix et le statu quo régional.

Dans les années qui suivent, l’Entente tente de renforcer davantage la coopération entre ses membres, y compris par des conventions militaires signées en 1937, mais elle restera limitée dans son efficacité face aux puissances de l’Axe et s’érodera progressivement à l’approche de la Seconde Guerre mondiale.

Seconde Guerre mondiale

vignette|Ioánnis Metaxás, au centre du groupe, en 1938. En , Metaxás choisit la neutralité. Le , un sous-marin italien coule le croiseur grec Elli dans le port de Tinos lors du pèlerinage pour l'Assomption. Mussolini envoie en suivant un ultimatum prévu pour être inacceptable : la Grèce devait autoriser l'occupation par les armées italiennes de tous ses sites stratégiques. Metaxás se rendit alors extrêmement populaire en disant en français : « Alors, c'est la guerre ». La légende remplace cette phrase par le mot grec: « Ὄχι » (« Non »), d'où l'appellation du . L’Italie envahit le la Grèce depuis son protectorat albanais, déclenchant la guerre italo-grecque. La défense grecque est héroïque, repoussant les Italiens en Albanie.

Metaxás meurt à Athènes, le d'un abcès au pharynx.

Jugement d'un contemporain Le poète Georges Séféris est aussi consul et ambassadeur de Grèce, et tient un Journal politique. Son jugement sur Metaxás est celui d'un haut fonctionnaire d'une lucidité sans concession sur la machine fasciste et l'avilissement du régime :

Anecdotes Selon certains témoignages familiaux, au moment de son agonie, un médecin britannique qui s’occupait de Metaxás aurait été surpris en état d’ébriété à proximité de son lit, avec un cylindre d’oxygène, et aurait trébuché dans le jardin. Cette anecdote, rapportée par la fille de Metaxás, Loukia, et reprise dans des publications populaires sur sa vie.

Notes et références

Articles connexes Régime du 4-Août Jour du Non Guerre italo-grecque

Liens externes

Projet de Metaxás dans la Grèce fasciste (1936-1941) Bien documenté, mais faisant ouvertement l'apologie de la Grèce fasciste (en anglais et grec)

Catégorie:Premier ministre de Grèce Catégorie:Général grec Catégorie:Personnalité de la franc-maçonnerie grecque Catégorie:Personnalité grecque de la Première Guerre mondiale Catégorie:Chef d'État ou de gouvernement de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Régime du 4-Août Catégorie:Anticommuniste grec Catégorie:Ministre grec des Transports Catégorie:Ministre grec de l'Intérieur Catégorie:Ministre grec de la Défense Catégorie:Ministre grec de l'Éducation Catégorie:Ministre grec des Affaires étrangères Catégorie:Dirigeant de parti politique en Grèce Catégorie:Personnalité de l'extrême droite grecque Catégorie:Militaire grec des guerres balkaniques Catégorie:Naissance en avril 1871 Catégorie:Naissance à Ithaque Catégorie:Naissance dans le royaume de Grèce Catégorie:Décès en janvier 1941 Catégorie:Décès à 69 ans Catégorie:Décès à Athènes