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Le défilement anxiogène (ou « » en anglais et « défilement morbide » au Québec.) est le fait de passer une quantité excessive de temps d'écran consacré à l'absorption de nouvelles à prédominance négative, majoritairement de nature dystopique.. Une telle consommation compulsive pouvant à terme entraîner des réponses psychophysiologiques néfastes chez certains individus.. Une partie de la population jeune et adolescente est particulièrement vulnérable et touchée par ce phénomène en grande partie généré par les algorithmes de recommandation qui amplifient l’exposition continue à des cascades de contenus négatifs en optimisant automatiquement la sélection de messages susceptibles de retenir l’attention., ce qui inquiète les spécialistes de la santé mentale..
Histoire Origines et sémantique Le terme anglais doomscrolling est un mot-valise, composé des mots anglais doom (fin, chute, effondrement), connotant le mal et les ténèbres ainsi que scrolling (Faire défiler son écran).
Selon la journaliste financière Karen Ho, le terme serait apparu en sur le réseau social Twitter.., mais il pourrait être plus ancien, et le phénomène lui-même est antérieur à l'invention du terme.. Le doomscrolling peut aggraver un phénomène antérieur, identifié dans les années 1970 dit syndrome du grand méchant monde (.
Le mot a gagné en popularité dans les médias. pendant la pandémie de Covid-19, les manifestations consécutives à la mort de George Floyd, l'élection présidentielle américaine de 2020 et l'assaut du Capitole des États-Unis. Il est aussi régulièrement employé dans la perspective des conséquences globales du changement climatique.
Le phénomène serait en augmentation, peut-être en lien avec le « scroll infini, sans pagination » (lors d'une requête sur Google, YouTube, TikTok ou d'autres plateforme, l'utilisateur n'a même plus besoin de cliquer sur « page suivante », quand il descend sur la page de résultats, les résultats suivants, choisis par l'algorithme, s'affichent d'eux-mêmes . Selon une étude du site britannique Bupa (groupe privé du secteur de la santé), en 2022, les recherches sur Google pouvant être reliée à des angoisses matinales auraient augmenté de 247 %.
L'ensemble de ces événements et les incertitudes (de nature sociale, politique, scientifique) en résultant ayant pu encourager davantage de personnes à s'adonner à ces pratiques... Les réseaux sociaux amplifiant drastiquement le phénomène...
En 2020, bien qu'alors non reconnu par la majorité des dictionnaires, Merriam-Webster, entreprise américaine qui publie des dictionnaires, a indiqué « surveiller » le terme (pour désigner des mots de plus en plus utilisés dans la société qui ne répondent pas encore aux critères d'inclusion) et Dictionary.com, dictionnaire anglophone en ligne, l'a choisi comme mot du mois en ..
Explications Exploitation de biais du cerveau humain La littérature scientifique récente a identifié plusieurs mécanismes comportementaux et cognitifs qui sous‑tendent le défilement anxiogène Sekhon, A. (2024). Doomscrolling and its impact on Mental Health. Indian Journal of Health & Wellbeing, 15(4)., qui est stratégiquement provoqué et entretenu par les GAFAM et les producteurs d'applications, et également recherché par de nombreuses productions de contenu en ligne. Il peut être attribué à plusieurs spécificités ou biais fréquent et naturel du cerveau humain : biais naturel de curiosité pour ce qui est nouveau ; biais d'intérêt pour ce qui semble avoir intéressé d'autres personnes avant nous ; Syndrome FOMO qui correspond à la peur de manquer quelque chose) biais de négativité, fréquent quand on consulte ou consomme des informations : les informations négatives ou menaçante attirent plus l'attention, et ont un impact plus important sur le bien-être mental et les événements du quotidien que les événements positifs.. Jeffrey Hall, professeur d'études en communication à l'Université du Kansas à Lawrence, note que les menaces potentielles éveillent et entretiennent l'attention., chez tous les humains qui sont ainsi programmés par l'évolution, pour éviter des situations susceptibles de mettre leur vie ou leur intégrité en danger. : . Privilégier des informations négatives est un phénomène largement réflexe et inconscient. Les algorithmes des médias sociaux en tiennent compte dans leur contenu pour augmenter l'engagement des utilisateurs, et ils sélectionnent des publications de nature similaire, ce qui encourage la pratique du défilement anxiogène. Selon le directeur de la clinique de l'école de médecine de Perelman: . surcharge informationnelle
Anatomie du cerveau Le gyrus frontal inférieur (GFI) joue un rôle important dans le traitement de l'information et l'intégration de nouvelles informations dans les croyances sur la réalité.. Dans le gyrus frontal inférieur, le cerveau « filtre sélectivement les mauvaises nouvelles » lorsqu'on lui présente de nouvelles informations pour actualiser ses croyances. Lorsqu'une personne s'adonne au doomscrolling, le cerveau peut se sentir menacé et désactiver son « filtre de mauvaises nouvelles » en réponse parce qu'il croit détecter une vraie menace.
Dans une étude où les chercheurs ont manipulé le gyrus frontal inférieur gauche à l'aide de la stimulation magnétique transcrânienne (SMT), les patients étaient plus susceptibles d'incorporer des informations négatives lors de la mise à jour de leurs croyances, ce qui suggère que le gyrus frontal inférieur gauche pourrait être responsable de l'inhibition de la modification des croyances personnelles par les mauvaises nouvelles ; lorsque les participants ont reçu des informations favorables et ont reçu la stimulation magnétique transcrânienne, le cerveau a quand même mis à jour les croyances en réponse aux nouvelles positives. L'étude suggère également que le cerveau filtre sélectivement l'information et met à jour les croyances de manière à réduire le stress et l'anxiété en traitant les bonnes nouvelles avec une plus grande considération (biais d'optimisme). L'augmentation du doomscrooling expose le cerveau à une plus grande quantité de nouvelles défavorables et peut limiter la capacité du cerveau à accepter les bonnes nouvelles et à écarter les mauvaises, ce qui peut entraîner des émotions négatives qui font que l'on se sent anxieux, déprimé et isolé.
Effets sur la santé
Effets psychologiques Le défilement anxiogène excessif a des effets négatifs démontrés sur la santé mentale..., notamment mis en évidence durant la pandémie de Covid-19Anand N, Sharma MK, Thakur PC, Mondal I, Sahu M, Singh P et al (2022) Doomsurfing and doomscrolling mediate psychological distress in COVID-19 lockdown: implications for awareness of cognitive biases. Perspect Psychiatr Care, 58:170-172| url=https://psycnet.apa.org/fulltext/2022-30406-001.html .Buchanan K, Aknin LB, Lotun S, Sandstrom GM (2021) Brief exposure to social media during the COVID-19 pandemic: doom-scrolling has negative emotional consequences, but kindness-scrolling does not. PloS One, 16:e0257728., variant selon son intensité et la vulnérabilité de la personne..
De nombreuses études confirment un lien entre la consommation de « mauvaises nouvelles » ou de messages à tonalités négatives mis en avant par les algorithmes des plateformes (sur Instagram, TikTokGerges M (2023) TikTok made me buy it: emotional carryover of doomscrolling on purchasing decisions (Senior thesis). Claremont, CA, Claremont McKenna College. et twitterKatariya J (2020) The rise of doomscrolling: how negative emotions drive engagement with political content on Twitter. https://dssoc.github.io/project_examples/dss_fa2020_rise_of_doomscrolling_jaiveer_katariya.html devenu X notamment), et des niveaux plus élevés d'anxiété, d'irritabilité, de dépression, de stress psychologique, d'épuisement émotionnel et d'isolement social, allant même à des symptômes similaires au trouble de stress post-traumatique (TSPT, aggravés par l'exposition répétée à des images traumatisantes ; on parle alors de traumatisme vicariant).McLaughlin, B., Gotlieb, M. R., & Mills, D. J. (2023). Caught in a dangerous world: Problematic news consumption and its relationship to mental and physical ill-being. Health communication, 38(12), 2687-2697..
Des études montrent aussi que le fait d'avoir subi une catastrophe (un tremblement de terre par exemple)Kartol A, Üztemur S, Yaşar P (2023) ‘I cannot see ahead’: psychological distress, doomscrolling and dark future among adult survivors following mw 7.7. and 7.6 earthquakes in Türkiye. BMC Public Health, 23:2513. ou l'exposition récurrente à des données bouleversantes déclenche le réflexe de vouloir en savoir plus sur le sujet., pouvant alimenter un cycle mental envahissant et qui se perpétue, éventuellement associé à une solastalgie quand les informations concernent les crises de la biodiversité et/ou du climatGrossekemper L (2023) Sex differences and helplessness in climate change doomscrolling (Bachelor thesis). Enschede, University of Twente.. Et, dans ce contexte, a montré que la relation entre dépression, exposition médiatique négative et engagement climatique est complexe (chez certains, le défilement anxiogène sur des contenus climatiques renforce la conscience du problème ; et chez d’autres, il provoque un épuisement émotionnel qui inhibe le passage à l’action) ; l’état dépressif module la consommation compulsive d’actualités négatives et inversement. Plus les symptômes dépressifs sont marqués, plus ils sont associés à une intensification du défilement anxiogène, en partie parce que la recherche d’informations anxiogènes alimente et entretient des ruminations négatives. Ce comportement, bien que motivé par un besoin perçu de se tenir informé, tend à accroître la détresse psychologique et peut réduire la capacité à s’engager activement dans des initiatives liées au climat, par sentiment d’impuissance, ou par retrait socialPas, L. (2023) The influence of depression on doom scrolling and climate change engagement: a mixed-methods study (Bachelor thesis). Enschede, University of Twente.
Avant même l'avènement du smartphone, mais alors que les ordinateurs individuels se diffusaient, une étude (1997) de psychologie, à l' Université du Sussex, a fait visionner à des participants des informations télévisées respectivement composées « d'informations positives, neutres et négatives ». ; elle a montré que ceux qui regardaient les émissions avec des nouvelles négatives voyaient leurs niveaux d'anxiété, de tristesse et de regrets personnels s'accroître. Ces effets peuvent persister durant des heures (une étude conduite par des chercheurs en psychologie avec le Huffington Post a conclu que les participants regardant trois minutes d'informations négatives le matin étaient 27% plus susceptibles d'avoir déclaré avoir vécu une mauvaise journée 6 à plus tard. Comparativement, le groupe qui a regardé des reportages portant sur les solutions positives avaient déclaré à 88 % avoir passé une bonne journée).
Même en scrollant des nouvelles apparemment positive ou neutres, la consommation excessive (massive et continue) de contenus est très consommatrice de tempsMerriam Webster (2020) On ‘doomsurfing’ and ‘doomscrolling’ can you think of a better way to spend your time?. https://www.merriam-webster.com/wordplay/doomsurfing-doomscrolling-words-were-watching , et a des effets négatifs mesurables sur le cerveau et le système neuro‑hormonal.