Les Naskapis constituent un peuple autochtone du Québec et du Labrador, au Canada, vivant précisément dans l'extrême-nord de la région de la Côte-Nord et au nord du Labrador. La langue la plus parlée de ce peuple est le naskapi, qui fait partie du groupe linguistique innu-aimun-cri-atikamekw.

Ils nomment leur territoire historique St'aschinuw. Ce territoire se situe dans le nord du Québec et du Labrador. D'un point de vue ethnique, ils sont étroitement liés aux Innus, qui eux, appellent leur patrie Nitassinan.

Pour des raisons politiques, encore aujourd'hui, on considère les Naskapis et les Innus de Matimekush comme étant deux peuples autochtones distincts bien qu'ils parlent la même langue et qu'ils habitent le même territoire (Schefferville).

La classification des Naskapis en tant que nation distincte des Innus est discutée. Les deux peuples auraient des origines communes, mais leur mode de vie, leur territoire, les contacts qu'ils ont eu avec les Européens puis l'État ont eu des incidences sur leur évolution, qui s'est réalisée de manière plutôt distincte. Fondamentalement, les Naskapis demeurent nomades, comparativement aux Innus (notamment ceux de Matimekush) qui sont davantage territoriaux.

Il demeure que les Innus (au sens large du terme) sont fréquemment divisés en deux groupes : les Neenoilno (anciennement appelés Montagnais par les Français) qui vivent le long de la rive nord du golfe du Saint-Laurent et les Naskapis, moins nombreux, qui vivent plus au nord, à l'intérieur des terres.

Les Innus eux-mêmes reconnaissent plusieurs distinctions, telles que Mushuau Innuat, Maskuanu Innut, Uashau Innuat, selon différentes affiliations régionales et divers dialectes de la langue innue.

La dénomination naskapi (signifiant « peuple au-delà de l'horizon ») fait son apparition au et est ensuite utilisé pour décrire les groupes innus hors de portée de l'influence missionnaire, notamment ceux vivant en bordure de la baie d'Ungava et au nord de la côte du Labrador, près des localités inuites du nord du Québec et du nord du Labrador. Les Mushuau Innuat, bien qu'apparentés aux Naskapis, se sont séparés de la tribu au et ont fait l'objet d'un programme de réinstallation gouvernemental à Davis Inlet.

La langue et la culture naskapie sont assez différentes de celles des Innus. Par exemple, sur le plan linguistique, le dialecte naskapi (iyuw iyimuun) est caractérisé par des sons en y, alors que dans le dialecte matimekush (innu-aimun), ces sons seront remplacés par des sons en n.

D'un point de vue administratif, le gouvernement du Québec fait une distinction entre les deux groupes, soit les Naskapis pour ceux qui résident dans le nord de la Côte-Nord et les Innus pour ceux qui vivent en bordure du Saint-Laurent. Quant à lui, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, considère les deux peuples un seul, qu'il identifie comme Innus ou d'autres fois comme deux groupes distincts.

Histoire

Contacts européens gauche|vignette| Nascaupee amérindien par Frank Weston Benson (1921). La première référence écrite aux Naskapis est recensée vers 1643, lorsque le jésuite André Richard fait mention des Ounackkapiouek, groupe qui demeure toutefois peu détaillé dans ses écrits, mis à part qu'ils constituaient l'une des nombreuses « petites nations » situées quelque part au nord de Tadoussac. Le mot Naskapi est apparu pour la première fois en 1733, époque à laquelle le groupe ainsi décrit comptait environ quarante familles et possédait un campement important au lac Achouanipi. À peu près à la même époque, en 1740, Joseph Isbister, directeur du poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Eastmain, rapporte qu'on lui a dit qu'il y avait des Indiens, qu'il appelait Annes-carps au nord-est du golfe de Richmond. Des années plus tard, ces Indiens sont appelés également Nascopie et Nascappe. En 1790, les Comptes périodiques des missionnaires moraves décrivaient un groupe d'Indiens vivant à l'ouest d'Okak comme des Nascopies. Les Naskapis, comme les Inuits, fréquentaient cette région à l'époque. L'influence des missionnaires protestants est à cette époque bien plus grande à l'égard des Naskapis, faisant que ceux-ci demeurent généralement protestants des centaines d'années plus tard. En plus de leur langue maternelle, ils parlent l'anglais, contrairement à leurs cousins montagnais qui sont pour la plupart catholiques romains, parlant leur langue maternelle et le français. vignette| Femmes naskapies portant des vêtements en laine et en peau de daim en 1908. Les premiers contacts réguliers entre les Naskapis et la société occidentale surviennent lorsque la Compagnie de la Baie d'Hudson établit son premier poste de traite à Old Fort Chimo vers 1831. Il s'agit d'ailleurs de l'un des derniers peuples autochtones à être en contact avec les Européens et le dernier peuple nomade à être sédentarisé au Québec. Les relations entre la Compagnie et les Naskapis sont difficiles, vu la difficulté pour ces derniers d'intégrer le piégeage commercial dans leurs activités de chasse de subsistance, notamment celle de la martre. La fréquentation par les Naskapis des postes de traite entraîne une perte de la transmission orale des savoirs, tel que les trajectoires suivies par les hardes de caribous, ceci rendant la population de plus en plus dépendante de l'aide alimentaire et sanitaire offerte par le gouvernement fédéral.

Lors du recensement du dominion de Terre-Neuve de 1945, la population innue totale du Labrador (constituée à la fois de Montagnais et de Naskapis) est de 100 personnes à Davis Inlet, 33 à Nain et 137 à North West River et Sheshatshiu, soit un total de 270 personnes. Le recensement précédent de 1935 ne dénombrait que les Innus de Davis Inlet. La plupart des Innus du Labrador n'avaient aucun nom de famille jusqu'à l'entrée de la région au sein de la confédération canadienne en 1949. Aucun Innu ne vivait dans des maisons de conception occidentale, ils campaient plutôt dans des tentes près de North West River, Nain et Davis Inlet (tous des établissements inuits) durant l'été.

Relocalisations Entre 1831 et 1956, les Naskapis subissent plusieurs délocalisations majeures, qui ne reflétaient habituellement pas leurs besoins ni leurs intérêts, mais ceux de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Les principaux déménagements sont les suivants : vignette|Vue de Fort Chimo en 1909. 1842 : Fort Chimo à Fort Nascopie 1870 : Fort Nascopie à Fort Chimo 1916 : Fort Chimo à Fort Mackenzie 1948 : Fort McKenzie à Fort Chimo 1956 : Fort Chimo à Schefferville

À de nombreuses reprises, la Compagnie de la Baie d'Hudson déplace les Naskapis de poste de traite en poste de traite uniquement selon ses propres intérêts commerciaux, et ce, sans se soucier de savoir si les nouveaux emplacements permettaient aux Naskapis de pêcher et chasser, activités qui leur étaient vitales. Dans plusieurs cas, des gestionnaires, apparemment insatisfaits du manque apparent d'engagement des Naskapis envers le piégeage, leur ont refusé les munitions dont ils se servaient pour chasser, causant ainsi un nombre significatif de personnes mortes de faim.

Établissement à Schefferville En 1956, pour des raisons qui demeurent nébuleuses, la quasi-totalité des Naskapis déménagent de Fort Chimo vers Schefferville, une ville minière nouvellement fondée. Les motifs ayant entraîné cette migration s'articulent autour de deux hypothèses. La première soutient que les Naskapis ont été incités, voire contraints de déménager par des fonctionnaires du ministère des Affaires indiennes et du Nord, alors que la deuxième prévoit que les Naskapis ont eux-mêmes décidé de déménager dans l'espoir de trouver un emploi, un logement, une assistance médicale et des établissements d'enseignement pour leurs enfants. Qu'ils aient été ou non les instigateurs de cette migration, les fonctionnaires fédéraux n'ont pas préparé la venue des Naskapis à Schefferville en prévenant la Compagnie Iron Ore du Canada ou la municipalité, et ce, malgré leur connaissance de la situation.

Les Naskapis ont quitté Fort Chimo à pied pour parcourir les qui les séparaient de Schefferville par voie terrestre. Au moment où ils atteignirent le lac Wakuach, quelque au nord de Schefferville, la plupart d'entre eux étaient dans un état pitoyable, épuisés, malades et proches de la famine. Une opération de sauvetage par avion est finalement menée pour emmener le reste de la population à destination, mais les seules maisons qui attendaient les Naskapis étaient des cabanes qu'ils avaient eux-mêmes construites au bord du lac Pearce. En 1957, peu de temps après leur arrivée, les autorités municipales les déplacent sur un site adjacent au lac John, à environ six kilomètres au nord-nord-est de Schefferville, sous prétexte que l'eau du lac Pearce était contaminée. Ce nouvel emplacement sans eau, égouts ni électricité était en outre dépourvu d'établissements scolaires et de santé.

Les Naskapis partagent le site adjacent au lac John avec un groupe de Montagnais, qui s'étaient fait déplacés de Sept-Îles à Schefferville par les fonctionnaires et les compagnies minières dans les années 1950. Au départ, les Naskapis vivent dans de minuscules cabanes qu'ils s'étaient construites, mais en 1962, le ministère des Affaires indiennes et du Nord leur construit environ 30 maisons au coût de chacune.

Certaines familles de la nation naskapie de Kawawachikamach ont des parents proches dans le village cri de Whapmagoostui, sur la rive est de la baie d'Hudson.

Déménagement à Matimekosh vignette|Vue de Matimekosh et de Schefferville en 2007. En 1968, le ministère des Affaires indiennes et du Nord acquiert de la récemment constituée municipalité de Schefferville, un marécage de carrés au nord du centre-ville et adjacent au lac Pearce. En 1972, 43 unités de maisons en rangée y sont construites pour les Naskapis et 63 autres pour les Montagnais. La plupart des Naskapis et des Montagnais déménagent sur ce nouveau site, connu aujourd'hui sous le nom de Matimekosh.

Convention de la Baie-James L'aube d'un changement marquant dans l'histoire des Naskapis se dessine au début de 1975, lorsque, après des visites distinctes à Schefferville de Billy Diamond, grand chef du Grand Conseil des Cris, et de Charlie Watt, président de l'Association des Inuits du Québec, les Naskapis décident de s'impliquer dans les négociations menant à la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) avec le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada. Les Naskapis concluent un contrat avec l'Association des Inuits du Québec, en vertu duquel cette dernière devait fournir un soutien logistique, des conseils juridiques et une représentation à une petite équipe de négociateurs naskapis basée à Montréal. Cet arrangement ne connaît cependant pas beaucoup de succès et la CBJNQ est signée le , sans les Naskapis.

Au printemps 1977, les parties à la CBJNQ reconnaissent la légitimité des revendications des Naskapis et amorcent avec ceux-ci la négociation d'une entente qui aurait les mêmes caractéristiques principales que la CBJNQ. Ces négociations aboutissent par la création de la Convention du Nord-Est québécois (CNEQ), qui est finalement signée le . Grâce à ce traité, les Naskapis obtiennent compensation pour les ressources tirées de leur territoire traditionnel. L'entente prévoit aussi que les Naskapis renoncent à leurs droits sur certaines parties de leurs terres, mais qu'en échange, ils bénéficient de droits exclusifs sur d'autres parties de territoire en plus de services de développement social et économique. Les Naskapis se servent de leurs nouveaux acquis pour notamment se relocaliser dans un nouveau village à une dizaine de kilomètres au nord de Schefferville, Kawawachikamach.

Déménagement à Kawawachikamach