Forces nouvelles est un mouvement artistique créé par le critique d'art et peintre Henri Héraut en 1935, en opposition à l'impressionnisme, au cubisme et à l'abstraction prônant le retour au sujet, à la nature et au dessin.
Henri Héraut lance le groupe par un rejet du modernisme et un retour au dessin et à la tradition dans un contact fervent avec la naturepréface d'Henri Héraut, cat. Exposition Forces Nouvelles, galerie Billiet-Vorms,, cité dans Kampa 2014, p. 188. Ce retour à la tradition, présenté comme un dialogue avec une tradition vivante, s'inscrit dans le prolongement du « retour à l'ordre » des années 1920 et dans le contexte de la « querelle du Réalisme », le grand débat sur la fonction sociale de l'art lancé en 1935-1936
C'est un mouvement qui valorise avant tout le dessin en prenant pour modèles des peintres comme Ucello, Ingres ou David. Le positionnement du groupe est toutefois plus paradoxal qu'un simple traditionalisme. Lancé en 1935 comme un groupe à la fois antimoderne et anticonformiste », Forces Nouvelles avance « un réalisme plus sensible investi dans l'expression de l'intériorité de l'être et éloigné de toute connotation sociale et idéologique, au-delà de toute trivialité ou de classicisme éteint », élaborant « un style réaliste, grave et austère, effleurant l'archaïsme ». Sa peinture, à la palette souvent sombre et austère traduit le climat d'inquiétude des années 1930.
Historique et expositions Arrivé à Paris en 1932, Henri Héraut s'y fait connaître dès 1933 en organisant l'exposition collective La ménagerie humaine, présentée par Waldemar George, André Lhote et Jean Cassou.
La première exposition du groupe se tient en avril 1935 à la galerie Billiet-Vorms, à Paris , avec la participation de Jannot, Lasne, Rohner et Tal Coat.Pierre Vorms fait ensuite circuler les toiles en Tunisie, en Hollande, en Belgique, en Angleterre et en Australie. Suivent une deuxième exposition dans la même galerie préfacée par Eugenio d'Ors, qui inscrit Forces Nouvelles dans la filiation de l'héritage latin et classique français et le rapproche de « la moderne Italie »Exposition Forces Nouvelles, galerie Billiet-Vorms, mars 1936.
En 1937, le noyau dur du groupe (Jannot, Lasne, Pellan, Rohner) participe au premier Salon des Jeunes Artistes à la galerie Beaux-Arts, préfacé par Raymond Cogniat ; en 1938, Héraut, Humblot et Lasne exposent à L'art cruel (galerie Billiet-Vorms) en solidarité avec l'Espagne républicaine. La troisième exposition Forces Nouvelles, réunissant le noyau Héraut, Humblot, Jannot et Rohner, est organisée en 1939 à la galerie de Berri par Jacques Lassaigne, sous le patronage de Georges Huisman.
La dernière exposition sous le nom Forces Nouvelles a lieu à la galerie de Berri du 28 juin au 26 juillet 1941, préfacée par Gaston Diehl ; elle réunit, selon le témoignage de Diehl, « Jannot, Humblot, Rohner, Venard, alors très proche, et les sculpteurs Gili et Iché ». Enfin, en 1941-1942, l'exposition Les Étapes du nouvel art contemporain, conçue par Diehl rassemble la plupart des membres (Héraut excepté) aux côtés d'André Marchand et de Claude Venard : première tentative de faire entrer le groupe dans l'histoire, elle marque sa dernière apparition.
Le mouvement disparaît au cours de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs de ses membres (Humblot, Rohner, Jannot, Martin) formeront ensuite le noyau des « peintres de la réalité poétique », tandis que Pierre Tal Coat évoluera, paradoxalement, vers l'abstraction.
Œuvres La production du groupe s'organise autour de quelques grands registres : les natures mortes d'inspiration métaphysique, héritières des vanités du XVIIe siècle (Baugin, Georges de La Tour, Stoskopff), les figures graves et mélancoliques, et les compositions tragiques inspirées de la guerre d'Espagne. Parmi les œuvres les plus représentatives :
Henri Jannot, L'Homme à la charrue, 1937, huile sur toile, 97 × 137 cm, Paris, Centre Pompidou, musée national d'art moderne, inv. AM 2009-164 (achat, 2009). Figure paysanne abattue devenue emblématique du groupe Georges Rohner, Le Noyé, 1939, huile sur toile, 65 × 81 cm, Boulogne-Billancourt, musée des Années Trente, inv. 1998.19.1. Nu inspiré de la découverte d'un corps sur une plage bretonne et de la montée des « temps menaçants », dont la critique rapproche la vue plongeante du Christ mort de Mantegna. Pierre Tal Coat, Massacres, 1937, huile sur toile, 129 × 161 cm, Paris, Centre Pompidou, musée national d'art moderne, inv. AM 2008-171. inspirée de la guerre d'Espagne et du manuscrit de l'Apocalypse de Saint-Sever Robert Humblot, Les Horreurs de la guerre, 1937, huile sur toile, Boulogne-Billancourt, musée des Années Trente. Robert Humblot, Le Minotaure, 1936, huile sur toile, 125 × 256 cm. Jean Martin, Les Aveugles, 1937, huile sur toile, 130 × 89 cm, Lyon, musée des Beaux-Arts. Satire de l'aveuglement de la Société des Nations face à la montée du fascisme, présentée en 1938 à la galerie Billiet-Vorms lors de l'exposition Nouvelle Génération.
Artistes du mouvement Forces nouvelles
Henri Héraut Robert Humblot René Iché Henri Jannot Jean Lasne André Marchand Jean Martin Raymond Moisset Alfred Pellan Georges Rohner Francis Tailleux Pierre Tal Coat Claude Venard
Références
Catégorie:Mouvement artistique Catégorie:Peinture française Catégorie:Art moderne