La préhistoire de l'Australie est la période comprise entre l’arrivée des premiers groupes humains sur le continent, il y a entre et ans "First Humans in Australia Dated to 50,000 Years Ago", Hillary Mayell, National Geographic, 24 février 2003 "Australia colonized earlier than previously thought?", The West Australian, 19 juillet 2003Briscoe, Gordon & Len Smith (éds.), The Aboriginal Population Revisited: 70,000 years to the present, , et l’arrivée des premiers explorateurs européens en 1606, qui marque le début de l’histoire de l'Australie. Il est question de préhistoire plutôt que d’histoire dans la mesure où aucune trace écrite n’est disponible concernant les évènements humains advenus durant cette période.

L’arrivée des premières populations

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Il est généralement admis que les premières populations humaines sont arrivées en Australie entre et ans. Durant la dernière période glaciaire, le niveau de la mer était beaucoup plus bas qu’aujourd'hui. La côte australienne s'est trouvée au plus proche à de Timor, et l’Australie et la Nouvelle-Guinée formaient un seul continent, appelé Sahul. Elles étaient reliées par un isthme situé au niveau de la mer d'Arafura, du Golfe de Carpentaria et du détroit de Torres. Selon la théorie actuelle, des groupes ancestraux auraient navigué à partir des iles de l’actuelle Indonésie pour atteindre le Sahul. Puis, par voie terrestre, ils se seraient dispersés sur l’ensemble du continent. Les témoignages archéologiques attestent de l'occupation humaine du site de Madjedbebe dans le Territoire du Nord il y a 65 000 ans ± 6 000 ans, ainsi que de la présence d’habitations humaines en amont de la Swan River, en Australie occidentale, il y a environ . Le moment exact du peuplement initial reste controversé en raison de la mauvaise conservation de l'environnement aride du Sahul et du relativement petit nombre de séquences archéologiques fiables par rapport à d'autres régions du monde Corey J. A. Bradshaw, Kasih Norman, Sean Ulm et al., Stochastic models support rapid peopling of Late Pleistocene Sahul, Nature Communications, volume 12, Article numéro: 2440, 29 avril 2021, doi.org/10.1038/s41467-021-21551-3.

Des preuves génétiques récentes d'Australiens aborigènes et de Papous suggèrent également que ces peuples sont issus d'une population ancestrale commune, divergeant finalement dans leurs groupes génétiques respectifs après un goulot d'étranglement initial, avec peu de preuves d'un flux génétique ultérieur. Alors que les preuves génomiques suggèrent que le peuplement de Sahul est le résultat d'un seul événement de migration, les preuves de l'ADN mitochondrial concluent que la colonisation s'est produite à la fois par les routes du sud (par le Timor) et du nord. Le flux de gènes ultérieur s'est apparemment produit principalement le long des côtes de l'Australie, l'intérieur aride agissant comme une barrière au mouvement.

Selon un modèle établi par des chercheurs, le peuplement de l'ensemble de Sahul se serait produit rapidement dans tous les environnements écologiques en 156–208 générations humaines, ce qui correspond à près de 5 000 ans (env. 4 368 – 5 599 ans). Il semble que la Tasmanie, elle aussi accessible par voie terrestre à l’époque, ait été atteinte vers le .

La présence d’espèces végétales et animales semblables en Australie, en Nouvelle-Guinée et dans les iles indonésiennes voisines est une autre conséquence de ces anciennes voies de passage terrestre, qui disparurent lorsque le niveau de la mer remonta, à la fin du dernier âge glaciaire. Depuis le , le niveau de la mer est relativement stable, et recouvre le passage qui reliait autrefois l’Australie à la Nouvelle-Guinée.

Dans la tradition des Aborigènes d'Australie, l’histoire du continent commence avec ce que l’on peut traduire par le « Temps du rêve », un mythe de la création qui raconte l’origine des peuples, des animaux et de la configuration géomorphologique du continent australien (voir aussi l’article Cosmogonie). Les traditions du « Temps du rêve » furent, et sont encore aujourd’hui perpétuées par des chansons et des récits oraux dans toute l’Australie. L’arrivée de Matthew Flinders à Albany (Australie Occidentale) et l’attaque japonaise sur Darwin en 1942 ont été intégrées dans les danses et les cérémonies rituelles, et d’une certaine manière, appartiennent désormais à cette mythologie.

Conséquences environnementales La découverte de cendres par les archéologues semble montrer que, durant la période suivant l’arrivée des humains, les incendies se sont multipliés dans l’Australie préhistorique. On suppose que les chasseurs s’en servaient pour rabattre le gibier, pour stimuler la renaissance de la végétation afin d’attirer les animaux, ou pour s’ouvrir un chemin dans des forêts impénétrables. Les régions très densément boisées devinrent des forêts plus clairsemées, et les forêts déjà clairsemées devinrent des prairies. Les espèces résistant au feu devinrent prédominantes : par exemple, les eucalyptus, les acacias et les plantes grasses.

L’évolution de la faune fut plus radicale : la mégafaune australienne disparut très rapidement, ainsi que de nombreuses autres espèces plus petites. On dénombre 60 espèces de vertébrés ainsi exterminées, notamment le groupe des diprotodons (des marsupiaux herbivores de la taille d’un hippopotame), quelques espèces d’oiseaux, des kangourous dont une espèce carnivore, une espèce de lézard mesurant près de cinq mètres, et une tortue aux dimensions comparables à celle d’une petite voiture. La cause directe de ces extinctions en masse n’est pas connue avec certitude : le feu, la chasse, les changements climatiques, ou la combinaison de ces facteurs peuvent être mis en cause, mais on pense généralement que l’intervention de l’homme y a d’une façon ou d’une autre contribué. Sans grands herbivores pour réguler la végétation, et recycler les nutriments du sol dans leurs excréments, l’érosion devint plus rapide et les feux plus destructeurs, faisant ainsi évoluer rapidement le paysage.

400px|thumb|right|Cette carte montre l'étendue probable des terres émergées en Australie vers le (le niveau de la mer était alors plus bas de ), ainsi que la localisation des glaciers (en blanc, Tasmanie, sud-est de l'Australie).

Il est difficile d’évaluer la population qui habitait l’Australie avant la colonisation européenne. Il existe des hypothèses faisant état d’une population séparée en trois groupes ethniques distincts, ou d’une origine ethnique unique. Cependant, en raison de la politisation de ce problème, la théorie de l’origine unique, qui favorise la solidarité ethnique, a été privilégiée. En fait, il existe assez peu d’éléments permettant d’argumenter dans un sens ou dans l’autre. L’étude du génome n’a pas permis de trancher entre un modèle reposant sur un peuplement par vagues successives et un modèle reposant sur une implantation unique.

Changement climatique, isolement et contacts

Entre le et le , l’aridité du continent s’accrut ; le climat était plus froid et moins humide qu’aujourd'hui. À la fin du Pléistocène, vers le , l’isthme qui traversait le détroit de Torrès, celui qui reliait l’île Kangourou au continent et la plaine de Bass (qui se trouvait entre l’actuelle province de Victoria et la Tasmanie) furent à nouveau immergés. La fin de l’époque glaciaire fut assez brusque. Pour certains, elle serait évoquée dans les légendes aborigènes : on y trouve des récits évoquant des poissons tombant du ciel et des tsunamis.

Dès lors, les Aborigènes de Tasmanie furent isolés sur le plan géographique. Vers le , les populations habitant l’île Kangourou et les petites îles du détroit de Bass disparurent.

Les éléments apportés par la linguistique et la génétique permettent d’affirmer que, pendant une longue période, il y a eu des contacts entre les Aborigènes du nord de l’Australie et les populations austronésiennes habitant les iles orientales d'Indonésie, mais l’activité commerciale semble en avoir été le trait dominant, sans qu’il y ait d'unions interethniques, ni de colonisation à proprement parler. Il faut aussi signaler la présence temporaire et localisée d’un habitat austronésien sur la côte nord de l’Australie.

Culture et techniques

Les dernières années furent caractérisées par une amélioration générale du climat, une augmentation de la température et des précipitations, ainsi que le développement d’une culture tribale complexe. Les tribus aborigènes échangeaient principalement des chants, des danses, mais aussi des pierres précieuses, des semences, des armes, de la nourriture… Le type linguistique Pama-Nyunga était présent sur l’ensemble du continent à l’exception du sud-est et de la terre d'Arnhem. On observe également à cette époque une remarquable continuité entre les conceptions religieuses dans toute l’Australie. L’initiation des jeunes gens et des jeunes filles était marquée par des fêtes et des rites particuliers. Les comportements étaient soumis à des règles strictes en ce qui concerne les responsabilités au sein du cercle familial élargi, oncles, tantes, frères, sœurs et belle-famille. Le système de parenté en vigueur dans la plupart des communautés déterminait une division en deux parties, avec des restrictions concernant le mariage entre membres d’une des deux parties de la communauté.

Le pouvoir politique appartenait aux anciens du groupe plutôt qu’à des chefs héréditaires, et les querelles étaient jugées au sein du groupe selon un système complexe de lois tribales. Les vendettas semblent avoir été chose courante, mais la guerre organisée à grande échelle était rare, sans doute en raison des multiples liens de mariage ou de sang entre les individus et les communautés.

Des innovations techniques significatives eurent lieu au cours des années qui précédèrent la colonisation. Le quartz était utilisé pour produire des outils et était travaillé avec habileté par les artisans indigènes. Le dingo arriva depuis l’Asie du Sud. Enfin, l’agriculture se développa à petite échelle dans la Victoria occidentale, et la culture de l’igname autour de Geraldton.

On estime généralement qu’en 1606 il y avait environ un demi-million d’Aborigènes australiens (les estimations les plus élevées parlent d’un million d'habitants). Ces populations étaient divisées en groupes culturels et linguistiques distincts. La plupart vivaient de la chasse, et possédaient un riche patrimoine culturel transmis oralement ainsi que des techniques élaborées de gestion des terres (les traces du désastre écologique qui avait succédé aux premières arrivées de population étaient effacées depuis longtemps). Dans les régions les plus fertiles et les plus peuplées, l’habitat était semi-permanent. Dans le Bassin de Murray, l’économie fondée sur la chasse et la cueillette que l’on retrouvait partout ailleurs sur le continent avait en grande partie cédé la place à la pisciculture.

On ne sait pas grand-chose du nombre originel des peuples aborigènes et de la diversité de leurs cultures et de leurs langues. Comme sur le continent américain, les maladies véhiculées par les marins européens décimèrent les populations indigènes bien avant que la plupart des peuples soient entrés en contact avec les colons. À l’époque du débarquement de James Cook, il aurait pu exister jusqu’à 500 tribus parlant plusieurs centaines de langues.

Contacts avec les peuples non-australiens