Laffaire Philippe Monguillot est une affaire criminelle survenue en à Bayonne en France.

Le , Philippe Monguillot, chauffeur de bus de , souhaite contrôler le titre de transport d'un groupe de personnes tout en leur demandant de porter un masque de protection, obligatoire à bord dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Une altercation éclate et Philippe Monguillot est frappé plusieurs fois, avant d'être laissé inconscient sur le sol. Conduit au centre hospitalier de la Côte Basque, il se trouve en état de mort cérébrale. Le , sa famille et les médecins s'accordent pour arrêter les soins, prélude au décès du chauffeur.

Plusieurs suspects sont rapidement arrêtés et placés en garde à vue. Wyssem Manai et Maxime Guyennon sont mis en examen pour et Mohammed Akrafi et un autre individu pour . Ils sont placés en détention provisoire dès le . En , la juge d'instruction chargée de l'affaire requalifie les faits, ce que confirme la cour d'appel de Pau en septembre de la même année.

Wyssem Manai et Maxime Guyennon sont finalement poursuivis pour . Ils sont jugés du par la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques à Pau. À l'issue des débats, ils sont respectivement condamnés à une peine de de réclusion criminelle.

Mohammed Akrafi est finalement poursuivi pour . Au , il est toujours en attente de son procès à la suite de son expulsion vers le Maroc. Les poursuites sont abandonnées pour le quatrième homme mis en examen.

Cette affaire provoque un vif émoi tant au niveau local que national. De nombreux hommages sont rendus à Philippe Monguillot ; le par exemple, une marche blanche organisée à Bayonne réunit près de .

En conséquence de l'agression, les collègues du chauffeur exercent leur droit de retrait, ce qui conduit les pouvoirs publics à adopter des mesures rapides pour renforcer la sécurité sur les lignes du réseau et ainsi permettre une reprise progressive de l'activité.

Contexte La famille Monguillot Philippe Monguillot, né le ., est décrit comme sportif. À la fin des années 1980, il intègre l'Association sportive bayonnaise, où il joue au rugby à , avant de rejoindre le club des Croisés de Bayonne où il joue au football. S'il abandonne par la suite son activité de joueur, il reste impliqué dans le club, notamment en arbitrant des rencontres de jeunes ou des matchs amicaux...

Passionné de la route, il commence sa carrière professionnelle en conduisant des cars internationaux. En 1990, il intègre la société des transports en commun de l'agglomération de Bayonne (STAB) et garde son poste lors de la mue du réseau en Chronoplus, en 2011. Il est surnommé par ses amis et collègues..

En , il rencontre Véronique (âgée de en 2020), alors qu'elle prend régulièrement son bus. Le couple se marie le . Ensemble, ils ont trois filles : Mélanie, Manon et Marie, nées respectivement en 1996, 1999 et 2002. (donc âgées en 2020 de ).

Impliqué dans l'écoquartier où il réside avec sa famille, il est le trésorier de l'association de défense du .

Précédentes agressions Dans la semaine précédant cette affaire, trois agressions ont lieu sur différentes lignes du réseau Chronoplus.. Certains chauffeurs se disent alors , en pointant ..

Faits alt=Photographie en couleurs représentant un bus.|vignette|Philippe Monguillot conduit le Tram'Bus de la ligne T1, du réseau Chronoplus (ici, photographié fin 2019). alt=Plan de la ligne T1 du Tram'bus, représentée en rouge.|vignette|Plan de la ligne T1 (en 2021), l'arrêt « Balishon » est le desservi depuis la gare de Bayonne en direction de Biarritz.

Le dimanche , Philippe Monguillot accepte de remplacer un de ses collègues. et prend donc son service en conduisant le Tram'Bus (un Irizar ie tram 18) du réseau Chronoplus..

Alors qu'il effectue son dernier trajet de la journée, en direction de Biarritz, trois hommes montent dans son bus à l'arrêt « Gare de Bayonne », dont l'un avec un chien. Le chauffeur poursuit sa route jusqu'à l'arrêt « Balishon » (), aux alentours de , où les trois individus sont rejoints par un quatrième homme..

Il est ., Philippe Monguillot décide de marquer l'arrêt, sort de sa cabine et se dirige vers le fond du bus. Il désire contrôler le titre de transport de l'homme qui vient de monter et demande aux autres de porter leur masque de protection, obligatoire à bord.. À ce moment-là, des insultes sont proférées et une altercation éclateLe déroulement exact des faits est remis en cause (voir la section Deux versions du déroulement des faits).. Tous les protagonistes se retrouvent à l'extérieur du bus et Philippe Monguillot est frappé plusieurs fois, notamment au niveau du haut du corps et de la tête. Les quatre agresseurs présumés prennent alors la fuite, laissant la victime inconsciente au sol...

Les premiers soins sont prodigués par un pompier volontaire témoin de la scène.. Les secours sont rapidement prévenus et le chauffeur est conduit au centre hospitalier de la Côte Basque..

Véronique, l'épouse du chauffeur, est mise au courant à par un appel téléphonique de « Yoyo », contrôleur et ami de la famille.. Elle prévient sa fille Marie qui prévient ensuite Manon et les deux décident de patienter avant de prévenir Mélanie qui, à ce moment-là, est employée dans la restauration. Finalement toutes se retrouvent à leur domicile.. Le soir même, Philippe est opéré au niveau pendant près de cinq heures avant d'être envoyé en réanimation aux alentours de minuit.. Son pronostic vital est alors engagé., avant qu'il ne soit déclaré en état de mort cérébrale..

Le , soit cinq jours après l'agression, la famille et les médecins s'accordent pour arrêter les soins. À , Marie, l'une de ses filles, annonce à une correspondante de l'AFP : Son épouse, Véronique, l'annonce au même moment sur les réseaux sociaux, par ces mots : ...

Enquête ( à ) L'enquête est confiée au commissariat de police de Bayonne. Le lendemain des faits, soit le , un appel à témoins est lancé, à la recherche de ..

Profil des mis en examen

Le dimanche soir, une première personne est interpellée près du lieu de l'agression et placée en garde à vue. Trois autres, retrouvées dans un appartement du quartier Balishon, le sont dans la matinée du , et une cinquième, qui se trouvait également dans l'appartement, à la mi-journée... Lundi soir, la garde à vue de quatre des cinq individus est prolongée, le cinquième homme, mineur, est relâché..

Wyssem Manai et Maxime Guyennon Wyssem Manai () et Maxime Guyennon (), âgés de , sont les principaux mis en cause. Arrêtés le et mis en examen deux jours plus tard pour , ils sont placés en détention provisoire. À la suite du décès de Philippe Monguillot, le , les faits qui leur sont reprochés sont requalifiés en , Jérôme Bourrier, le procureur de la République de Bayonne, expliquant qu'il s'agit d'une circonstance aggravante..

Le , la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau rejette la demande de remise en liberté formulée une semaine plus tôt. par Maxime Guyennon... Le , ce même individu demande une nouvelle fois sa remise en liberté. Il estime n'avoir porté que des coups , expliquant aussi qu'il .. Trois jours plus tard, la chambre de l'instruction rejette cette demande. Le mis en cause reste alors incarcéré..

Mohammed Akrafi Mohammed Akrafi, âgé de , est qualifié comme par le quotidien Sud Ouest.. Il est arrêté le et mis en examen deux jours plus tard pour et . Il est placé en détention provisoire.

Le , il est remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire, quatre mois étant la durée maximum de placement en détention pour les faits reprochés...

Cependant, il repart en détention le pour et violation des conditions de sa libération conditionnelle... Remis en liberté mi-, il est une nouvelle fois arrêté le pour .. Il enchaîne alors les allers-retours en prison, jusqu'au , où il est à nouveau jugé par le tribunal judiciaire de Bayonne. À cette date, il compte sur son casier judiciaire et comparaît pour des faits de vol. Il est condamné à dix mois de prison ferme..

Quatrième individu Un quatrième individu, âgé de , est arrêté le et mis en examen deux jours plus tard pour . Il est placé en détention provisoire.

Le , il est remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire, quatre mois étant la durée maximum de placement en détention pour les faits reprochés.

Les enquêtes dans l'enquête Plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse, saisie de l'IGPN Lundi , Mourad, un Bayonnais de , décide de porter plainte contre X pour et , sa photographie ayant été diffusée sur les réseaux sociaux qui le présentent à tort comme l'un des agresseurs de Philippe Monguillot. Rapidement épinglé par plusieurs personnalités politiques d'extrême droite, le cliché est notamment relayé sur Twitter, par Marine Le Pen, Jordan Bardella, ou encore Damien Rieu.....

Le , le procureur de la République de Bayonne annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire et la saisie de l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN).. Il expose qu'il s'agit de , et précise que le cliché, pris au commissariat de Bayonne pour une affaire antérieure et sans rapport, est ...

Le lendemain, alors invitée sur France 2, Marine Le Pen déclare qu'elle est , et ajoute que son . Elle demande cependant aux médias de ....

Condamnation pour incitation à la violence Le lundi , Anastasia, une Bayonnaise de , est condamnée à deux mois de prison, d'amende, de dommages-intérêts et pour la société Keolis, par le tribunal correctionnel de Bayonne, pour . Elle avait posté, sur sa page Facebook, trois jours après l'agression de Philippe Monguillot : Elle a refusé de s'expliquer lors de l'audience...

Deux versions du déroulement des faits

Le , les avocats de l'un des accusés, mis en examen pour homicide volontaire, remettent en cause la version avancée jusqu'alors. Ils indiquent avoir pu visionner les images de vidéosurveillance montrant la scène d' à l'intérieur et à l'extérieur du Tram'Bus. Selon eux, le chauffeur de bus se rend à l'arrière du véhicule, puis après quelques mots, assène un violent coup de tête à leur client. Celui-ci, dans un premier temps sonné, réagit en s'acharnant sur le conducteur et le laissant effectivement au sol. Ils souhaitent une instruction ..... En outre, il leur semble que le non-port du masque n'est pas le point de départ de l'altercation, car si les images montrent effectivement les accusés sans masque, elles laissent apparaitre que d'autres usagers ne le portent pas non plus au moment des faits..

Le corps de Philippe Monguillot est autopsié le jeudi à Bordeaux.. Le , la défense indique, au regard du rapport, être en mesure d'affirmer que .....

Au regard de tous ces éléments, les avocats de la défense entendent demander la requalification des faits, passant d' à ...

Reconstitution judiciaire Le vendredi , une reconstitution judiciaire est organisée. Durant environ , la scène est rejouée au niveau de l'arrêt Balishon, où la circulation est coupée. Les quatre accusés sont présents, accompagnés de leurs avocats, de même que l'avocat de la famille Monguillot, la juge d'instruction chargée de l'affaire et le procureur de la République de Bayonne....

Fin de l'instruction et procès (depuis ) Fin de l'instruction vignette|La salle des assises du tribunal de Pau, au moment du procès.|alt=Photographie en couleurs représentant l'intérieur de la salle des assises du tribunal de Pau.

L'enquête est close mi-..

Le parquet de Bayonne livre son réquisitoire définitif le . Il retient la qualification d' (le meurtre, en réunion, d'une personne chargée de mission publique dans un transport collectif en étant les circonstances aggravantes) pour Wyssem Manai et Maxime Guyennon. La qualification de et pour avoir hébergé les agresseurs présumés est retenue pour Mohammed Akrafi. Enfin, la relaxe est requise pour le quatrième homme mis en examen, qui n'a pas pris de part active aux violences....