vignette| Frankfurter Tor à Berlin : architecture des années 1950 typique du classicisme socialiste par Hermann Henselmann (photo de 2009). vignette| La ville socialiste moderniste : Prager Strasse à Dresde. L'architecture en République démocratique allemande est spécifique aux projets d'architecture urbaine menés par la République démocratique allemande le temps de son existence, entre 1949 et 1990.

Cette architecture est inspirée par le modernisme, qui trouve cependant peu de soutien politique au départ. Au lieu de cela, le classicisme socialiste ou style pâtissier prévaut jusqu'en 1955, comme l'architecture d'autres pays communistes à l'époque de Staline. L'architecture des villes suit le modèle de la ville socialiste avec de larges artères, des bâtiments dominants et une place d'armes centrale. En 1953, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev initie des mesures d'austérité dans l'industrie du bâtiment qui conduisent à renoncer à ce classicisme socialiste. En RDA, cela se traduit par l'industrialisation de la construction, la construction de grands ensembles, et plus tard l'utilisation de préfabriqués de type Plattenbau.

Au sein de la RDA, l'expansion privilégiée de Berlin-Est en tant que capitale entraîne des rivalités avec d'autres villes et quartiers qui se sont sentent clairement défavorisés lors de l'attribution des matériaux de construction, de la planification et de la main-d'œuvre. L'architecture vitrine du socialisme comprend à Berlin la Stalinallee (maintenant Karl-Marx-Allee) et l'Alexanderplatz, y compris la tour de télévision.

La ville d'Eisenhüttenstadt est un exemple de cette nouvelle architecture. D'autres villes se sont, elles, considérablement agrandies, la population de Neubrandenburg par exemple a été multipliée par six entre 1945 et 1990, et celle de Schwedt et Hoyerswerda multipliée par dix.

Étapes vignette|Karl-Marx-Allee à Berlin. Dans les espaces arborés au centre de l'image à droite se trouvent les maisons à arcades de la première phase de construction. Sur les 41 années d'existence de la RDA, l'architecture est loin d'être uniforme. Les styles sont influencés par les circonstances politiques et idéologiques, et aussi par les contraintes économiques. Cependant, l'objectif principal reste toujours de résoudre les problèmes de logement.

Années d'après-guerre Aux premiers jours de la RDA, des projets marqués par le modernisme voient le jour. La destruction des villes offre l'occasion de concrétiser des approches d'avant-garde, notamment celles du Bauhaus. Avant la fondation de la RDA, Hans Scharoun réalise un plan collectif de redistribution et de décentralisation de la ville alors indivise de Berlin pour le compte du Conseil de contrôle allié. Des cellules résidentielles, en forme de cités-jardins entourées de verdure, devaient contraster avec les appartements sombres et étroits des quartiers ouvriers.

Un exemple connu est le début de la construction de la Stalinallee à Berlin, aujourd'hui Karl-Marx-Allee et Frankfurter Allee. Les deux maisons à arcades de la Karl-Marx-Allee entre la Warschauer Strasse et l'actuelle Straße der Pariser Kommune, réalisées par , en sont des exemples caractéristiques. Cependant, le monumental style pâtissier soviétique des années 1950 s'impose, et le modernisme, l'architecture fonctionnaliste et l'idée de la Cité-jardin sont combattues et qualifiés d'« idéologie petite-bourgeoise ». Les bâtiments de la phase d'avant-garde des premières années de la RDA sont aujourd'hui rares.

Architecture des années 1950 vignette|Réaménagement de l'Altmarkt de Dresde sur son côté ouest (1954) vignette|Développement du Ring à Leipzig (1956) vignette|Classicisme socialiste à Magdebourg Dans le classicisme socialiste désormais émergent les formes de bâtiments de « tradition nationale ». On tente de combiner des éléments décoratifs du passé au confort de vie moderne, avec en arrière-plan une idéologie politico-culturelle dans la sphère d'influence soviétique en Europe, qui privilégie le traitement d'éléments nationaux dans l'architecture contemporaine.

Conformément au programme culturel de l'époque en RDA, la construction suit dès 1951 « 16 principes du développement urbain » dans un style architectural qui perpétue le patrimoine culturel national. En RDA, ce sont surtout des échos du classicisme. On a des variantes régionales spécifiques du baroque (par exemple l'Altmarkt à Dresde et Neubrandenburg) ou du gothique de brique (Lange Straße à Rostock). Les idées avant-gardistes et constructivistes du Bauhaus, que Scharoun et d'autres essayaient encore de mettre en œuvre en RDA, passent au second plan. Au lieu de cela, on planifie des zones commerciales et résidentielles pour la population. Le futur architecte en chef de Berlin (Est) Hermann Henselmann invente alors le concept de « palais des travailleurs ».

Pénuries de matériaux et construction des années 1960 et 1970 vignette|La partie ouest de la Karl-Marx-Allee de Berlin, avec la tour de télévision en construction en arrière-plan vignette| WHH GT 18/21 sur le Fischerinsel de Berlin. La « feuille d'érable » au premier plan, sorte de salle polyvalente, est aujourd'hui démolie. vignette| Café Moscou (2017) Le style monumental des années 1950 crée des appartements d'un confort élevé, mais cette époque prend fin dès 1955, pour des raisons tant économiques qu'idéologiques : avec la déstalinisation de l'Union soviétique, qui s'est progressivement étendue aux autres États de la sphère d'influence soviétique, l'architecture de la tradition nationale est remise en question.

En outre, la RDA ne peut plus se permettre des projets de construction aussi coûteux que dans les grands centres urbains pour loger toute sa population. Ces constructions onéreuses qui empruntent aux styles classique, baroque et gothique créent une pénurie de ressources, de finances et de matières premières pour la construction de logements à grande échelle. Des millions de personnes vivent encore dans des appartements anciens, vétustes ou dans les conditions de vie extrêmement précaires des quartiers populaires. Cette évolution préjudiciable est progressivement reconnue.

En conséquence, on programme une industrialisation de la construction et une construction d'assemblage, où l'accent est mis sur la réduction des coûts et la construction rapide et massive d'appartements. Contrairement aux bâtiments de tradition nationale du stalinisme, la conception des façades passe au second plan.

À Berlin, ce développement est visible dans l'extension de la Stalinallee vers l'ouest, qui s'appelait déjà Karl-Marx-Allee. Une phase de construction s'ensuit entre Strausberger Platz et Alexanderplatz, qui rompt radicalement avec les bâtiments résidentiels néoclassiques dans l'esprit de l'école Schinkel. Le front de rue est maintenant caractérisé par des immeubles résidentiels fonctionnalistes en grands blocs. Devant ces bâtiments, on trouve plusieurs pavillons plats sur la Hauptstrasse, dans lesquels sont logés des équipements sociaux et culturels, comme le Café Moskau ou le Kino International. Derrière les grands immeubles résidentiels de la Karl-Marx-Allee, des bâtiments préfabriqués plus plats sont édifiés dans un environnement semblable à une ville-jardin.

Même si l'adoption d'une méthode de construction industrialisée est principalement liée à la situation économique de la RDA, les choix urbanistiques découlent de décisions réfléchies des architectes en charge. Libérés de la focalisation idéologique sur une architecture de tradition nationale, ils peuvent développer un concept urbain et résidentiel socialiste qui suit de près les traditions fonctionnalistes du « nouveau bâtiment » (Neuer Bau) des années 1920 et du Bauhaus.

À partir des années 1970, les modèles WBS 70, le P2 et l'immeuble de grande hauteur WHH GT 18/21 sont particulièrement répandus. Grâce à des éléments préfabriquées, ces modèles de construction permettent une construction rapide et extrêmement rentable. Le coût moyen de construction d'un appartement en 1965 est de 20 478 marks, alors qu'un appartement dans le gratte-ciel de 1951/52 sur Weberwiese (Hochhaus an der Weberwiese) compte encore plus de .

Dans les années 1960, le Conseil des ministres de la RDA décide d'accélérer la construction et le réaménagement des principales villes du pays. Les prétendues « villes dominantes » doivent donner aux centres-villes historiques une nouvelle apparence « socialiste » et dominer tous les autres bâtiments, en particulier les tours des églises. La tour de télévision de Berlin est censée devenir un « édifice urbain dominant », particulièrement vis-à-vis de l'Église Sainte-Marie de Berlin, et proclame la « victoire du socialisme »: Einsame Spitze: Berlins schönster Aussichtspunkt wird 40. In: Der Tagesspiegel. 27. September 2009, S. 13.. L'architecte d'État Hermann Henselmann conçoit une tour ronde pour Iéna (la Jentower), censée symboliser un téléscope. Le bâtiment doit être utilisé comme centre de recherche du Kombinat Carl Zeiss Jena. En outre, des complexes industriels sont construits à Schkopau et Leuna au début des années 1960.

Individualisation et postmodernisme des années 1980 Malgré un programme de construction massive utilisant des méthodes de construction industrialisées dans les années 1960 et 1970, le problème du logement n'est pas résolu, aussi la construction entre-t-elle dans une phase supplémentaire dans les années 1980. Malgré des coûts élevés, une vaste rénovation des bâtiments anciens est entamée, comme à Berlin, dans le cadre du anniversaire de la ville, les bâtiments autour de la Kollwitzplatz. Dans le secteur du bâtiment neuf, deux voies différentes sont choisies : la première est une rupture avec les constructions monotones espacées, on construit alors de manière plus dense, comme dans le Nikolaiviertel à Berlin où les styles architecturaux historiques sont reconstitués à l'aide de panneaux préfabriqués. La seconde sont des bâtiments dont les façades sont modelées sur celles des siècles passés, de sorte qu'on se retrouve avec des restitutions fidèles à l'original, hormis l'intérieur.

Dans les villes de la Baltique, on trouve un mélange de bâtiments préfabriqués et de maisons de ville à pignon hanséatiques. Rostock est un exemple particulièrement remarquable, avec la maison à cinq pignons de l'Universitätsplatz de Peter Baumbach, inspirée du gothique de brique, qui est achevée en 1986Schwerin/Rostock: Denkmalschutz für die Platte? Streit um Erhalt der Ostbauten, Ostsee-Zeitung, 12. Februar 2018.

Si on a toujours des quartiers résidentiels à grande échelle en construction, on évite cependant désormais les façades froides et impersonnelles. On construit aussi des maisons individuelles, qui ne correspondent à aucun des types de bâtiments précédents. Les trous de bombes dans la ville densément peuplée de Berlin-Mitte sont bouchés avec des bâtiments neufs. À Halle-sur-Saale et à Erfurt, on utilise des panneaux de béton de formes variables pour combler les espaces bombardés en s'adaptant à l'architecture historique de la ville.

L'hôtel Hilton Dresden, anciennement l'hôtel « Dresdner Hof », sur le Neumarkt à Dresde est un exemple frappant dans la vieille ville de Dresde de l'évolution des directives d'urbanisme dans la phase tardive de la RDA, le postmodernisme. Ce faisant, « il n'y avait plus [de] rupture radicale avec l'histoire, mais plutôt [...] une médiation de « l'héritage historique » et un postmodernisme modifié. »Hotel Hilton Dresden – Postmoderne.. Le complexe immobilier remet en valeur la vieille Münzgasse dans sa dimension historique . Le bâtiment représente un tournant dans la politique de construction urbaine de la RDA.

Conservation des monuments et renationalisation après 1980 vignette|Cathédrale de Berlin, 1982, après reconstruction.