Lhistoire des Canaries commence avec l'arrivée, à une date qui n'est pas précisément connue, mais remonte à l'Antiquité, des premiers habitants, les Guanches. À partir du , les îles Canaries sont redécouvertes par les Européens et au terme de plusieurs décennies de conflit entre la Castille et le Portugal, deviennent des possessions de la couronne de Castille, puis des rois d'Espagne. Le peuple guanche disparaît au cours des siècles suivants.
Les îles Canaries sont aujourd'hui une des communautés autonomes qui constituent le royaume d'Espagne.
vignette|droite|400px|Reconstitution (façon Renaissance) de la Description de la Terre du géographe romain Pomponius Mela (vers 43), f. 182 vignette|droite|400px|Pierre Bertius, Carte de l'Afrique (1640)
Antiquité
Les légendes de l'Océan atlantique La mythologie grecque parle des Champs Élysées, mais aussi du fabuleux jardin aux pommes d'or du jardin des Hespérides, nymphes du Couchant, à la limite occidentale du monde, de l'autre côté du détroit de Gibraltar (Colonnes d'Atlas, Colonnes d'Héraclès, Colonnes d'Hercule, Djebel Tarik). À partir d'Hésiode, les textes parlent d'Îles des Bienheureux (Macaronésie) ou Îles Fortunées, où les âmes vertueuses goûtent un repos parfait après leur mort. On a tenté d'identifier au cours des âges ce lieu mythologique situé aux extrêmes limites du monde avec des îles de la côte atlantique de l'Afrique. Il est également question d'Îles Satyrides. L'océan atlantique est surtout perçu comme Mer des Ténèbres, au moins très longtemps à partir du Cap Boujdour.
Carthaginois et Romains en Afrique du Nord Vers 500 AEC, le navigateur carthaginois Hannon aurait été chargé par Carthage de franchir les Colonnes d'Hercule avec une flotte de soixante navires de cinquante rameurs chacun et à bord ; il doit débarquer à chaque étape pour y fonder des colonies ou peupler des comptoirs déjà existants et, une fois atteint le dernier comptoir, poursuivre sa route pour une expédition d'exploration. Son périple a été transcrit sur une stèle déposée dans le temple de Ba'al-Hammon à Carthage. De l'original punique non retrouvé, il existe une version grecque intitulée Récit du voyage du roi des Carthaginois Hannon autour des contrées qui sont au-delà des Colonnes d'Hercule, gravée sur des plaques suspendues dans le temple de Kronos : le périple d'Hannon. L'historien Raymond Mauny, autant que d'autres historiens, relève au minimum des inexactitudes, ou des impossibilités, dont le non-signalement des îles Canaries.
L'Afrique romaine et ses voisins numides et maurétaniens La province d'Afrique (de 146 AEC à environ 400), correspondant globalement à la Tunisie et la Libye actuelles (Ifriqiya), de culture phénico-punique (littérature phénico-punique), se romanise. Les romano-africains sont d'origine berbère, de souche locale, ou punique, mais peuvent aussi être des descendants de populations venues de Rome elle-même, ou de diverses régions de l'empire, notamment les légionnaires.
La Maurétanie antique, pour les Romains, est le territoire peuplé de Maures (Imuriyen) ou Mauri, partie du grand groupe des Libyens anciens ou Berbères, parlant des langues berbères.
Les multiples déplacements de population(s), quelles qu'en soient les modalités (exploration, colonie de peuplement, colonisation, relégation, déportation, accidents maritimes, exils collectifs volontaires), de Maurétanie aux îles Canaries, peuvent-être plus anciens (et puniques), mais dateraient plus sûrement du siècle des règnes de quelques grands rois de Numidie (orientale ou occidentale) puis de Maurétanie, de culture punico-berbère, lettrés : vignette|droite|Carte antique supposée, façon Juba II Juba II, fils de Juba , roi de -25 à + 23, otage à 5 ans, élevé à Rome par la sœur d'Auguste, duumvir, homme de lettres de sciences, connaissant (ou ayant favorisé des expéditions vers ces lieux) les Îles Purpuraires (Mogador), l'Île de Madère et les îles Canaries, enterré au mausolée royal de Maurétanie), admiré par Plutarque, Pline l'Ancien, Selon Pline le Jeune, Juba II aurait donné leur nom aux îles Canaries, pour y avoir trouvé de grands chiens féroces (canarius, du latin chien), il y aurait collecté des informations sur la flore, la faune et l'ethnographie, et il aurait nommé cinq îles en latin : "Canaria" (aujourd'hui Grande Canarie), "Nivaria" (l'île de la neige perpétuelle, maintenant Tenerife), "Capraria", "Iunonia Maior" (probablement La Palma), "Iunonia Minor" et une en grec, "Ombrios" (actuelle El Hierro). Ptolémée de Maurétanie, son fils, roi de 23 à 40, grand voyageur, assassiné (sans doute à Lyon) par Caligula, qui annexe son royaume, remarqué par Suétone.
Géographie romaine de l'Afrique du Nord Le géographe Pomponius Mela. fournit vers +43 une Description de la Terre et une Chorographie assez sommaires (hors Méditerranée).
À la suite de ses prédécesseurs Posidonios d'Apamée et Marinos de Tyr, Ptolémée, dans sa Géographie (traité rédigé vers 150), considère que ces îles sont à la limite occidentale du monde habité (avec Thulé au Nord, pour mesurer la latitude). Selon Ptolémée, l'écoumène s'étend entre la latitude 63° Nord (pour Ptolémée, il s'agit du parallèle de Thulé) et celle de 16° 25’ Sud (le parallèle d’Anti-Meroe, la côte orientale de l'Afrique), couvrant 180° en longitude. La localité le plus à l'Ouest, où il place le méridien de référence, se trouve sur les îles « Fortunata » (îles des Bienheureux), généralement associées aux îles Canaries, sans doute El Hierro ou Île du Méridien : méridien de Ferro.
Le peuplement guanche aux Canaries de l'Antiquité au Moyen Âge vignette|redresse|Guatimac, statuette d'argile appartenant à la culture guanche, découverte à Tenerife, Musée archéologique de Puerto de la Cruz Les datations au radiocarbone suggèrent que les Canaries ont été peuplées pour la première fois entre le deuxième et le cinquième siècle de notre ère, les données génétiques indiquant une origine nord-africaine pour cette population indigène des Canaries Javier G. Serrano, Alejandra C. Ordóñez, Jonathan Santana ,The genomic history of the indigenous people of the Canary Islands, Nature Communications, volume 14, numéro 4641, 15 août 2023. https://doi.org/10.1038/s41467-023-40198-w. Le peuplement des îles Canaries a pu s'effectuer, en plusieurs vagues, par des populations de culture punico-berbèreFregel 2009, Demographic history of Canary Islands male gene-pool: replacement of native lineages by European.Nicole Maca-Meyer, Matilde Arnay, Juan Carlos Rando , Ancient mtDNA analysis and the origin of the Guanches. European Journal of Human Genetics, volume 12, pages 155–162, 24 septembre 2003Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique des origines à nos jours, Ellipses Edition Marketing S.A., 2009. page 269. .. La taille de la population effective ayant peuplé les îles semble relativement petite. Les données de paléogénétique montrent une différence dans les populations entre les îles occidentales et orientales. Cette différence semble exister depuis le début de la période de colonisation indigène et est restée inchangée : les îles les plus proches du continent ont une plus grande affinité avec les populations préhistoriques d'Europe, tandis que les îles occidentales s'apparentent davantage aux individus préhistoriques d'Afrique du Nord. De plus, les peuples autochtones montrent la présence d'une composante steppique, très probablement associée à la migration des populations nord-méditerranéennes vers l'Afrique du Nord au cours de l'âge du bronze ou du fer. L’ascendance de ces populations montre enfin une petite composante d’Afrique subsaharienne impliquant l’existence de migrations transsahariennes en Afrique du Nord déjà avant les premiers siècles de notre ère.
Indice de cette diversité de peuplement, les îles les plus proches du continent présentent un corpus d’inscriptions alphabétiques et de variations d’art rupestre plus diversifié que les îles occidentales. Si l'on retrouve des traces de la langue libyco-berbère dans toutes les îles, Lanzarote et Fuerteventura ont produit des inscriptions appartenant à l'alphabet dit latino-canarien qui ne sont présentes nulle part ailleurs dans l'archipel. Un autre exemple de différences entre les régions est la présence de figuiers (Ficus carica) exclusivement à Grande Canarie, ce qui suggère que certaines différences dans le contexte culturel et biologique des colons étaient présentes depuis le début du millénaire de notre ère.
Les preuves archéologiques indiquent que les connexions ultérieures entre les îles et la côte africaine étaient très limitées et que les îles sont restées pratiquement isolées jusqu'au contact avec les marins et explorateurs européens au .
Sur l'archipel des Canaries vit un groupe ethnique particulier, les Guanches., d'origine berbère.
Le guanche, aussi appelé berbère canarien, amazigh canarien ou tamazight insulaire, aujourd'hui disparu est la langue parlée par les Guanches des îles Canaries.. Il appartient au groupe berbère de la famille des langues chamito-sémitiques. Le guanche s'éteint vers le , bien que de petites communautés continuent à l'employer jusqu'au . Des toponymes guanches sont encore conservés de nos jours, surtout les noms de communes et de lieux-dits, mais aussi en élevage, flore, ethnonymie... La langue de chaque île étant très similaire, des indigènes de certaines îles sont utilisés comme interprètes dans la conquête des suivantes.
Momification chez les Guanches, Momie guanche de Madrid, , musée ethnologique en plein air, reconstitution d'habitat guanche antique Sélection de sites archéologiques des îles Canaries Musées archéologiques aux Canaries (San Bartolomé de Tirajana, Grande Canarie) la plus grande de l'archipel, avec (MAB, La Palma, 2007) (Guanartemato de Gáldar, Grande Canarie, vers 1860) Pierre des Guanches (ou de Taganana), Pierre de Zanata, avec inscriptions punico-berbères Grotte de Achbinico, Grotte de Chinguaro, Cuevas de Don Gaspar, Cueva de los Guanches, (Gáldar)
L'arrivée des Européens au Les premiers navigateurs (1291-1350)
En , deux galères quittent le port de Gênes sous le commandement des frères Vandino et Ugolino Vivaldi. Leur objectif est d'établir des relations commerciales avec l'Inde en contournant l'Afrique. Les navires traversent le détroit de Gibraltar et naviguent vers le sud le long de la côte africaine. On pense que ces Génois connaissaient les îles Canaries et se dirigeaient vers elles pour obtenir de la nourriture et de l'eau. Il n'y a aucune information sur la localisation des navires lorsqu'ils disparaissent en mer.
En 1312, une expédition dirigée par un autre Génois, Lancelotto Malocello, part à la recherche des galères disparues : c'est l'origine des premières cartes mentionnant Lanzarote avec des armoiries génoises (Insula de Lanzarotus Marocelus).
En , une escadre quitte le port de Palma de Majorque aux Baléares, avec pour tâche de « prendre l'une des îles mentionnées ou toute ville ou colonie fortifiée... et de la transférer à leur seigneur lige ». Tout ce que l'on sait de ce voyage, c'est que les navires sont revenus au bout d'environ cinq mois et demi.
Le navigateur génois Niccolò de Recco (1327-1364) est un des chefs de l'expédition, équipée par le roi de Portugal Alphonse IV, qui explore les îles Canaries pendant quatre mois en 1341 (l'éruption volcanique de 1341 a lieu durant ce séjour). Recco fournit un rapport crédible sur la situation des îles Canaries, De Canaria et insulis reliquis ultra Ispaniam in Oceano noviter repertis (vers 1342). La version latine envoyée à Rome en est attribuée à Boccace (1313-1375).
Le navigateur majorquain serait le découvreur supposé de la « Rivière d'Or » (Rio de Oro) en 1346, mais il disparaît en mer peu après.
Vers 1350-1400, les Frères Zeno, navigateurs vénitiens, seraient à l'origine de la Carte Zeno, publiée en 1558.