Les manifestations du 11 juillet 2021 à Cuba sont une série de manifestations contre le gouvernement cubain et le Parti communiste de Cuba au pouvoir. Excédés par les pénuries d'aliments et de médicaments, les coupures d'électricité, la crise économique accentuée par la résurgence de la pandémie de Covid-19 et l'absence de liberté, des milliers de Cubains ont manifesté dans les villes du pays. Ces manifestations sont décrites comme les plus importantes depuis celle du 5 août 1994, qui se limitait à La Havane, et même depuis la révolution cubaine en 1959.
Ces rassemblements ont fait un mort et des dizaines de blessés. Selon diverses organisations de l'opposition et des ONG, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées.
Contexte Comme origine à ces manifestations, les universitaires Laura Tedesco et William Leogrande évoquent la crise économique qui frappe Cuba depuis plusieurs années avec l'embargo des États-Unis, la perte de soutien économique de la part d'un pays tiers (initialement l'Union soviétique puis le Venezuela) et, plus récemment, la fermeture du pays aux touristes, en raison de la pandémie de Covid-19, qui prive le régime cubain de liquidité pour acheter à l'étranger les produits nécessaires à la population. D’autre part, la réforme monétaire visant l’unification du peso, mise en œuvre au début de l’année 2021, a favorisé l’inflation. L'embargo est encore accentué avec la politique de « pression maximale » engagée depuis 2019 par Donald Trump.
En conséquence, la nourriture et les médicaments manquent à Cuba. Des files d'attentes interminables sont visibles dans l'ensemble du pays. Par exemple, d'après Laura Tedesco, la population doit Crise économique, Covid-19... pourquoi Cuba est secouée par des manifestations historiques. France 24, 13 juillet 2021.. Les coupures d’électricité peuvent durer plusieurs heures.
L'ouverture d'Internet en 2018 permet aux Cubains d'échanger sur les réseaux sociaux. Le régime cubain a perdu de fait le monopole de l'information. Ainsi le clip Patria y vida, conçu en , ou #SOScuba sont des vecteurs de la mobilisationManifestations inédites à Cuba : pourquoi cette colère ? Euronews, 13 juillet 2021..
Pour Laura Tedesco la communication du régime cubain indiquant que les manifestants « dans les rues sont des contre-révolutionnaires, qu'ils sont payés par les États-Unis, que l'embargo... Le peuple est très fatigué d'entendre cela ». Par ailleurs Cuba subit un nombre élevé de cas d'infection à la Covid-19. Ainsi le dimanche sont recensés et dénombrés, cette situation accroit les tensionsÀ Cuba, la rue ne décolère pas contre le gouvernement. Atlantico, 13 juillet 2021..
Historique
Déroulement
vignette|Véhicule de police détruit lors des manifestations. Les manifestations commencent à San Antonio de los Baños, au sud-ouest de La Havane puis elles se répandent à La Havane et dans plusieurs villes à travers tout le pays, relayées par les réseaux sociauxCuba : tourner la page de la dictature. Les Échos, 13 juillet 2021.. Les manifestants crient : « Nous avons faim », « Liberté », « À bas la dictature », « À bas le communisme » et « Patria y vida ». Les forces armées cubaines interviennent pour mettre fin aux manifestationsManifestations historiques à Cuba, l'Église en appelle au bien commun. Vatican News, 13 juillet 2021.. Le couvre feu est renforcé, des tirs et des arrestations sont signalés ainsi que des « tabassages ». L'armée est placée en état d’alerteLes manifestations du 11 juillet libèrent les Cubains de la peur du régime. Courrier International (traduction de Cubanet - Coral Gables (Floride)), 13 juillet 2021..
Selon le média 14ymedio, il est dénombré plusieurs morts, blessés, disparus et prisonniers parmi les manifestants Muertos, heridos y desaparecidos, el saldo de la represión tras las protestas en Cuba. 14ymedio, 13 juillet 2021.. Le ministère de l'intérieur cubain annonce, le , la mort d'un homme qui participait aux « troubles »Cuba: un mort lors des manifestations anti-gouvernementales. Le Figaro, 13 juillet 2021.. Environ 130 Cubains étaient emprisonnés ou signalés comme disparus. Le mouvement San Isidro indique que plusieurs figures de la dissidence sont arrêtées. C'est le cas de Luis Manuel Otero Alcántara, José Daniel Ferrer et Manuel Cuesta Morúa. De leur côté les Dames en blanc annoncent l'arrestation de Berta Soler qui dirige le groupeCuba: plus de 100 personnes en détention. Le Figaro, 14 juillet 2021.. L'internet mobile, qui a permis le regroupement des manifestants et l'échange d'informations entre eux est fermé à partir du . Il est rétabli le , mais l'accès aux réseaux sociaux reste impossible. Ainsi Facebook, Instagram ou WhatsApp ne sont pas accessibles sauf en utilisant un VPN. Selon l'ONG Access Now le régime cubain contrôle le contenu des échanges en utilisant des technologies chinoisesCuba : le gouvernement rétablit l'accès à Internet. TV5Monde, 15 juillet 2021.Les Etats-Unis peuvent-ils vraiment "rétablir" internet à Cuba? L'Express, 17 juillet 2021..
À la suite des manifestations anti-gouvernementales, Miguel Diaz-Canel réunit plusieurs milliers de partisans sur le Malecón. Raúl Castro, sorti de sa retraite et revêtu de son uniforme de général, est à ses côtés. Miguel Diaz-Canel déclare : .
Conséquences politiques et économiques
À la suite des manifestations du dimanche , Miguel Díaz-Canel demande à ses partisans de défendre la Révolution dans la rue et accuse les États-Unis d'être à l'origine de cette contestationCuba : ce que l'on sait des manifestations inédites contre le gouvernement. France info, 13 juillet 2021.Manifestations inédites à Cuba contre le gouvernement. Le Monde, 12 juillet 2021.. Il réfute qu'il s'agit d'une « explosion sociale », toutefois, il admet la nécessité d'effectuer une « analyse critique » des problèmes. Concernant les manifestants, il évoque la possibilité d'excuses à « ceux qui au milieu de la confusion dans ce genre d'événements ont été pris (pour des fauteurs de troubles) et maltraités »Cuba : le président appelle à la "paix" et annonce des mesures pour apaiser les manifestants. Marianne, 15 juillet 2021.. vignette|left|Manifestation pro-gouvernementale à Cienfuegos. Raúl Castro participe le à une réunion du Bureau politique, la plus haute instance du Parti communiste de CubaManifestations à Cuba : «Les jours du régime castriste sont-ils comptés?» Le Figaro, 15 juillet 2021.. Le régime cubain lève, jusqu'au , les restrictions douanières qui limitaient les importations d'hygiène, de médicaments et de nourriture. De plus, l'obligation d'utiliser l'échelle salariale pour le paiement des salaires est supprimée. Le ministre de l'Économie Alejandro Gil précisant qu'il s'agit du « principe de gagner plus si on produit plus de richesse et si on est plus efficace ». Par ailleurs, les Cubains pourront toujours conserver la libreta après un déménagement, ce qui n'était pas le cas auparavant. De plus les bénéficiaires de la libreta vont recevoir trois livres supplémentaires de riz et ce au moins jusqu'à .
Pour l'opposant cubain Manuel Cuesta Morúa : Cuba: la mesure économique annoncée ne comble pas le mécontentement social. RFI, 16 juillet 2021.. De même la blogueuse dissidente Yoani Sánchez estime que les mesures sont insuffisantesCaroline Popovic À Cuba le gouvernement autorise les voyageurs à porter des quantités illimitées de produits de premières nécessités dans leurs bagages. France Info, 16 juillet 2021..
Le , les Etats-Unis décident, en vertu de la loi Magnitski, des sanctions symboliques à l'égard d'Álvaro López Miera, ministre de la défense cubaine, et contre « les bérets noirs » une unité spéciale anti-manifestation, gelant leurs accès au système financier et leurs avoirs aux États-Unis.
Avec une première loi sur la cybersécurité, les autorités cubaines décident de pénaliser la « subversion sociale » qui peut « troubler l’ordre public » et « promouvoir l’indiscipline ».
Arrestations et condamnations vignette|Luis Manuel Otero Alcántara arrêté le 11 juillet. , président du Tribunal suprême populaire, indique le ne pas connaitre le nombre d'arrestations après les manifestations des 11 et . Celles-ci sont estimées à plusieurs centaines par des associations humanitaires. Par ailleurs Rubén Remigio Ferro évoque 59 manifestants jugés dans le cadre de 19 procès. Bruno Rodríguez Parrilla, ministre des Affaires étrangères de Cuba, annonce que la majorité des manifestants arrêtés sont déjà relâchés après . Il s'agit de décisions sans que les condamnés soient présentés devant un tribunal. De plus Bruno Rodríguez Parrilla dément la présence de mineurs parmi les prisonniers. Pour sa part l'ONG Prison Defenders dénonce des procès expéditifs .
Anyelo Troya, un des réalisateurs du clip contestataire Patria y vida, est condamné à un an de prison pour « désordre public » après sa participation à la manifestation du . Sa famille indique qu'il a été jugé avec 12 autres manifestants. Le dissident José Daniel Ferrer et l'artiste Luis Manuel Otero Alcántara, membre du Mouvement San Isidro, sont emprisonnés. Selon le mouvement, Luis Manuel Otero Alcantara a été « transféré à la prison de haute sécurité de Guanajay ».
Le , le gouvernement cubain indique que 790 personnes, dont 55 âgées de moins de 18 ans, ont été inculpées pour les manifestations de juillet. À cette date, 172 autres personnes ont été condamnées. Entre le et , 129 accusés sont jugés à La Havane et le la Cour suprême de Cuba annonce la condamnation de 128 d'entre eux à des peines de 6 à 30 ans de prison pour et Cuba : six à trente ans de prison pour 128 manifestants du 11 juillet, Le Monde avec AFP, 17 mars 2022..
En , Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo Pérez sont condamnés respectivement à cinq et neuf ans de prison.
En , Yosandri Mulet Almarales, un prisonnier politique, est mort des suites de graves blessures subies après une tentative de suicide qui l'a maintenu entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Yosandri Mulet Almarales est un militant politique, connu pour avoir participé aux manifestations du et .
En , à la suite d’une médiation entreprise par le pape François, les autorités cubaines annoncent la libération des personnes qui avaient été condamnées dans le cadre de ces manifestations.
Réactions internationales vignette|Manifestation de soutien à Miami. Gouvernements Amérique , le président Alberto Fernández demande la levée de l'embargo des États-Unis contre Cuba et condamne une hypothétique intervention étrangèreCuba: le président argentin demande la levée de l'embargo, rejette toute ingérence étrangère. Le Figaro, 12 juillet 2021.. , le président Jair Bolsonaro soutient le peuple cubain qui subit une « dictature cruelle »Bolsonaro fustige la « dictature cruelle » de Cuba, pique son rival Lula. La Presse, 12 juillet 2021.. Par contre, l'ancien président Lula indique : « Si Cuba ne subissait pas un blocus, elle pourrait être la Hollande ». , les autorités canadiennes soulignent « le droit à la liberté d'expression et de réunion et appelle toutes les parties à respecter ce droit fondamental » Canada calls for 'inclusive dialogue' after Biden expresses support for Cuban protesters. Société Radio-Canada, 12 juillet 2021.. Puis Justin Trudeau condamne la « répression violente » et les « centaines d’arrestations »Manifestations à Cuba : Trudeau condamne la « répression violente ». Le Journal de Montréal, 15 juillet 2021.. , le gouvernement de Sebastián Piñera condamne les « mesures répressives » du gouvernement cubain contre son peuple qui manifeste pacifiquement Chile condenó la represión a las protestas en Cuba y pidió a la dictadura no acallar a los manifestantes que piden libertad. Infobae, 13 juillet 2021..