L'histoire des Juifs à Sanok remonte au , mais une communauté établie n'existe que depuis la fin du . Dépendante de celle de Lesko, elle devient indépendante en 1764. À partir de cette date, le nombre de Juifs à Sanok ne va cesser de croitre pour atteindre près de au moment du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La communauté juive est exterminée pendant la Shoah.

Sanok, appelé Sonik par les Juifs avant la Seconde Guerre mondiale, est une ville de la voïvodie des Basses-Carpates, dans le sud-est de la Pologne. Située sur les rives de la rivière San, la ville compte actuellement un peu moins de . De 1772 à 1918, la ville faisait partie de la Galicie centrale sous contrôle autrichien. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la rivière San délimitait la zone d'occupation de la Pologne par les nazis de celle occupée par les soviétiques.

Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté juive Les premières informations concernant les Juifs de Sanok datent de l'époque du roi Casimir le Grand, qui dirige le pays de 1333 à 1370. On peut supposer que des juifs sont présents à cet important carrefour commercial entre la Ruthénie, la Hongrie et la Pologne, même avant que Sanok soit intégré à la Pologne. On ignore toutefois s'ils habitent alors en permanence en ville ou s'ils y résident temporairement. Un manuscrit sur parchemin conservé au musée de Sanok fait état de Juifs participant à la foire annuelle de Sanok le : Ozer Pipe: History & Happenings - A History of Sanok and the Region; traduction en anglais de: Jerrold Landau; Memorial Book of Sanok and Vicinity (Poland); éditeur: Eliezer Sharbit; site: JewishGen. Des noms juifs apparaissent sur la liste de la guilde des artisans en 1514. Les registres des impôts de 1567 mentionnent seulement une famille juive vivant à Sanok et payant un impôt d'un złoty: Archiwum glownych akt dawnych (Archives des principaux fichiers anciens); Varsovie; I-20, mais ces mêmes documents, trois ans plus tard, font état de parmi les de la ville: Andrzej Potock: Żydzi w Podkarpackiem (Les Juifs en Basses-Carpates); Rzeszów; 2004; page: 170; . Les familles juives vivent principalement du commerce du vin et de grains, mais aussi comme fourreurs, tailleurs ou tanneurs. Dans la seconde moitié du , Aron et son gendre obtiennent des magistrats de la ville le droit de vendre de la bière et des liqueurs.

En 1676, l'évêque de Przemyśl, Stanisław Sosnowski, dépose une plainte officielle contre le maire et les conseillers de Sanok pour avoir permis aux Juifs d'acheter à des catholiques des maisons au centre de la ville, de laisser leurs commerces ouverts lors des fêtes catholiques et de vendre de l'alcool sans restriction. L'évêque va même accuser les Juifs d'avoir incité à tuer ou blesser le prêtre local. On ignore qui est le coupable de l'attaque contre le prêtre, mais on apprend d'après les archives que les autorités civiles ont disculpé les Juifs malgré les fortes pressions des autorités cléricales catholiques: Antoni Borzemski: Archiwa w Sanoku.

À la fin du , une communauté juive, dépendant de celle de Lesko est formée. La synagogue locale est mentionnée pour la première fois dans des sources en 1697. En 1685, Aron Izraelowicz occupe le poste de shkolnik (ou Shamash, bedeau de la synagogue). Jakub lui succède en 1697, puis Chaïm, un marchand de textile, en 1703. Après la destruction de l'ancienne synagogue en 1718 dans un incendie, les Juifs de Sanok obtiennent la permission de l'évêque de Przemyśl de construire une nouvelle synagogue. La synagogue est inaugurée deux ans plus tard. L'autorisation est confirmée dans le privilège accordé le par le roi Auguste II et reconfirmée par Auguste III en 1754 : Wojewodzkie: archiwum panstwowe (Archives nationales), Cracovie; Varia 82; pages: 82 et 408 à 412.

Le roi permet aussi aux Juifs de Sanok de construire des étals, des magasins et des ateliers artisanaux près de leur maison, ainsi que d'implanter des distilleries, des malteries pour produire de la bière, des liqueurs et d'autres boissons alcoolisées. La charte royale leur accorde aussi le droit de vendre des produits sur les étals municipaux après avoir payé une taxe au trésor royal. Les Juifs sont autorisés à fonder un cimetière en dehors des limites de la ville. Ils peuvent travailler comme tisserands après paiement d'une taxe au château local. Au milieu du , les brasseries sont contrôlées par Moszko Jakubowicz. Icek et Mosiek, fils d'Eliasz Dawidowicz louent le village de Radoszyce à une quarantaine de kilomètres au sud de Sanok..

En 1720, le rabbin Moszko paie une redevance annuelle de au doyen de l'église de l'hôpital du Saint-Esprit pour le compte de la communauté. Son fils Herszko Moszkowicz devient rabbin probablement en 1735. À sa mort en 1763, son fils Moses Herszkowicz, précédemment rabbin à Rymanów lui succède et occupe le poste jusqu'en 1794 en changeant son nom en Helpern. Herszko Fiskowicz est le hazzan (chantre) de la synagogue. En 1782, les doyens de la communauté sont : Fisko Berkowicz, Abraham Herszkowicz, Jeczko Boruchowicz, Salomon Jeczkowicz, Chaim Lewkowicz, et Judka Szmulowicz. La communauté gère deux écoles, une située dans la maison appartenant au rabbin Herszko Moszkowicz, et l'autre près de la synagogue.

La communauté jusqu'à la Première Guerre mondiale La communauté devient indépendante en 1764. À cette époque, les Juifs de Sanok possède déjà un Mikvé (bain rituel). Trois ans plus tard, la communauté compte déjà vivant en ville et dans les voisins dépendant de la communauté. Le cimetière juif, mentionné pour la première fois dans des sources de 1720, est agrandi en 1773 quand un verger voisin est acheté à Józef Słusikiewicz.

Après la première partition de la Pologne en 1772, Sanok est annexé par l'Autriche. En 1777, Jakow Mendelowicz devient le premier Juif de Sanok autorisé à construire une maison en briques. En 1780, les Juifs de Sanok ont déjà deux synagogues. À partir de 1788, les enfants juifs peuvent suivre des cours non seulement dans les heders, mais aussi à la Jüdisch-Deutsche Schule (École juive-allemande). En 1806, une école secondaire juive est installée en ville.

Un document sur les Juifs de Sanok a été trouvé à Wrocław, sous la forme d'actes pour les années 1791-1800, concernant des prêts et la vente de maisons. En 1791, les noms du rabbin Manes Halperin, d'Avraham Berkowicz et du marchand Simon Liber, sont mentionnés parmi les propriétaires de maisons sur la place du Marché (Rynek). En 1792, Leizer Romer, le marchand Chajmowicz, Yosef Herszkowicz, Yaakov Link et Yaakov Yehoshua Herzig sont aussi mentionnés. En 1793, le propriétaire d'un champ, Mendel Har, donne plus de la moitié d'une maison à son gendre Yosef Herszkowicz, à Chil Lowle et à Hertz Fenig. En 1795 et 1796, David Fiszlowicz et Yosef Porec sont mentionnés comme devant des taxes sur les biens et l'immobilier à la ville de Sanok: Antoni Borzemski: Streszczenie pzywilejow krola Aug. II dla zydow Sanokich (Résumé des privilèges du roi Auguste II pour les Juifs de Sanok); musée municipal de la ville de Sanok.

En 1799, Sanok a . Józef Hercig est le grand-rabbin du district de Sanok. Son fils, Mordechaj devient rabbin à Wielkie Oczy. En 1808, les Juifs possèdent des de la ville. Ils ont une synagogue en briques, un hôpital, un hospice pour les pauvres, une maison de prière en briques et une chapelle funéraire au cimetière. En 1824, on compte en ville. Depuis 1827, les Juifs sont acceptés dans les guildes d'artisans.

En 1870, la communauté juive compte et est responsable de deux synagogues, d'un cimetière et d'une école accueillant . Dans les années 1857-1879, le rabbin de Sanok est Lejb Frankel. De 1883 à 1887, le président de la communauté est Ichla Herzig. Une yechiva est fondée à Sanok par Nathan Naftali Daum, rabbin de la ville de 1894 à 1914. thumb|200px|right|Meir Shapiro, rabbin de Sanoka après la Première Guerre mondiale

Dans la seconde moitié du , le nombre de Juifs de la ville croit rapidement. En 1880, la communauté juive de Sanok avec représente 41,6 % de la population totale de la ville. La majorité sont hassidiques. Ils obéissent aux tsadikim de Bobowa (Bobov), de Belz, Nowy Sącz (Sanz), ou de Sadhora (Sadigura). Une des maisons de prière hassidique est dirigée par la Fondation Kloyz Beth Midrash de Sadigura. Pendant quelque temps le tsadik local est Meir Shapiro (1870–1933), fils du tsadik de Bukowsko et de Dynów. En 1933, Shapiro décède et est remplacé par Eleazar Shapiro (1900- ?) de Dynów. À cette époque, le dayan (juge rabbinique) local est Baruch Halberstam, arrière-petit-fils du tsadik Chaim de Sanz.

Durant le , le commerce local du bois de construction et de grumes, ainsi que la fabrication de vêtements sont concentrés dans les mains des juifs. À la fin du , la situation économique s'améliore de façon substantielle, à la suite de la découverte de gisement de pétrole dans la région des Basses-Carpates. De nombreux Juifs prennent part au développement de cette nouvelle industrie pétrolière. À la mêle époque, quatre banques dirigées par des Juifs ouvrent à Sanok : en 1891, la Towarzystwo Kredytowe (Société de crédit) présidée par Pinkas Englard; en 1891 le Komercjalny Zakład Kredytowy (Banque commerciale de crédit) dirigée par Mendel Kauner et la Towarzystwo Kredytowo-Oszczędnościowe (Société de crédit et d'épargne) avec Jankiel Fink comme président; et en 1895, la Towarzystwo Eskontowo-Kredytowe (Société de crédit et d'escompte).

D'après les listes des artisans, entre 1873 et 1939, on compte juifs indépendants à Sanok dont huit femmes. Au total, sont listés, représentant la grande majorité des artisans de la ville. thumb|200px|right|Le bâtiment du Talmud Torah et sa synagogue associée

En 1900, la communauté juive de Sanok compte dont habitant la ville elle-même, les autres habitant dans les villages avoisinants. Elle possède cinq heders (écoles élémentaires juives). Sur les enregistrés à Sanok, sont juifs. Les Juifs locaux ont leur propre caisse de soins. Natan Dym est le rabbin local. En 1907, Dr Artur Goldhamer est nommé vice-maire de Sanok. Il est propriétaire de fermes à Turzańsk et à Zasławie pour une surface totale de . En 1909, l'enseignant Zvi Apt fonde une école appelée Safa Berura (en hébreu : langue pure), avec l'hébreu comme langue d'enseignement. En plus de l'éducation religieuse, l'école donne des cours de mathématique, chimie et biologie. En 1911, ses cours sont suivis par . En 1910, l'Association Talmud Torah ouvre un établissement où sont organisés quotidiennement des sessions d'étude de la Torah, suivies par . Le dernier président de l'association avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est Moses Milstein. En 1910-1914, Adalbert Schönbach édite et publie l'hebdomadaire yiddish Folksfraynd. L'Association du commerce et de l'industrie est dirigée par Simche Sobel, et l'Association Yad Harutzim des artisans juifs par Arnold. Cette dernière association va ériger sa propre synagogue en 1897.

En 1911, le Dr. Goldberg, le candidat sioniste de Sanok lors des élections au parlement de Vienne obtient : Dr. N. M. Gelber. The History of the Zionist Movement in Galicia. Page 774. Il représente aussi la Galicie au quatrième et au sixième congrès sioniste.

Il y a deux ensembles musicaux à Sanok : l'orchestre Feder et l'orchestre Remer. En 1912, Markus Amster fonde une imprimerie où il publie des livres en hébreu. Dawid Weinfeld qui installe son imprimerie un plus tard fera de même, tandis que Mendel Muszel, lui, imprime des livres en yiddish. Il y a deux bibliothèques en ville, qui appartiennent Markus Ascher et à Szulim Fenig.